Par Patrice Bizet

Avec le concours de Laurent Colasse et Laurent Quevilly

La foudre, le feu, une souscription populaire... Après la destruction du clocher d'Anneville, une grosse cloche remplaça les trois anciennes. Patrice Bizet nous la décrit...

Mais d'abord l'article du Journal de  Rouen, 31 janvier 1938

Le clocher d'Anneville-sur-Seine est incendié par la foudre
Les dégâts dépasseraient 400.000 francs

Vers 5 h. 30, hier matin, alors que la tempête faisait rage, la foudre s'est abattue sur le clocher d'Anneville-sur-Seine, dont l'église est une des plus coquettes des rives de la Seine.
M. Beaufils, secrétaire de mairie, qui habite en face, aperçut soudain une lueur au sommet de la tour. Le feu venait de prendre à la partie supérieure de la charpente, M. Beaufils prévint aussitôt M. l'abbé Picot, curé de la paroisse, et M. Darcel, maire.
Les secours dont dispose la commune étant limités à une petite pompe, M. Darcel tenta de téléphoner aux sapeurs-pompiers de Duclair, mais la ligne téléphonique était coupée. Il se rendit alors en automobile à Duclair, mais le bac avait une hélice brisée et
les pompiers ne pouvaient passer. Le maire eut alors recours aux pompiers de Rouen. Il les alerta à 6 h. 58, mais la commune d'Anneville-sur-Seine n'étant pas abonnée, on lui demanda une réquisition. Celle-ci parvint à la caserne des pompiers de Rouen à 7 h. 44. Aussitôt le fourgon-pompe partit sous le commandement de l'adjudant Hubert. A 9 h. 15, deux petites lances furent mises en batterie.A 10 h. 27, une grosse lance fut demandée ainsi que la grande échelle, car on craignait que le feu ne gagnât le reste de l'église.


La photo des dégâts fit la une du Journal de Rouen pour illustrer l'ouragan qui avait fait plusieurs morts dans tout l'Ouest... (Communication : Laurent Colasse)

Les habitants de la commune avaient réussi à mettre les objets mobiliers en lieu sûr. Mais il était difficile de combattre le sinistre, car les points d'eau sont fort éloignés de l'église et les citernes s'épuisaient rapidement. Des flammèches tombaient sur les maisons voisines que les pompiers d'Anneville réussirent à protéger.
Le clocher s'était effondré au moment où arrivaient les secours de Rouen, endommageant la toiture de l'église et amoncelant à l'intérieur un volume considérable de pierres, sur les cloches brisées et à demi fondues.
L'échelle de Rouen arriva sous le commandement du lieutenant Ledermann, que suivait le commandant Méré. Mais il ne fut pas nécessaire de s'en servir. A 11 heures, les sauveteurs étaient maitres du feu. L'échelle rentrait à Rouen à 13 h. 15 et, après avoir noyé les décombres, les sapeurs-pom
piers rouennais étaient tous rentrés à 16 h. 50. Leur intervention avait permis de sauver la partie principale de l'église, la plupart des vitraux, le maltreautel. Il convient aussi de signaler la courageuse conduite des pompiers d'Anneville-sur-Seine et de la population tout entière qui fit la chaine pour alimenter les pompes.


Les pompiers d'Anneville parmi les dégâts (Communication Laurent Colasse)

Sur les lieux du sinistre on remarquait la présence de: MM. Darcel, maire; Levasseur, adjoint; les membres du Conseil municipal; du capitaine de gendarmerie Le Cam, de Rouen; de Malartic, conseiller général; l'abbé Carpentier, curé-doyen de Duclair; l'abbé Picot, curé d'Anneville-sur-Seine; Baron, capitaine des sapeurs-pompiers de Duclair. Le service d'ordre était assuré par le maréchal des logis chef Rimbert et le gendarme Hibon, de Duclair.Le clocher complètement détruit, la toiture de l'église très endommagée, et les dégâts causés surtout par l'eau dans les autres parties de l'édifice, représentent une perte de plus de 400.000 francs,

L'article de Patrice Bizet


Avant l’incendie du 30 janvier 1938, le clocher de l’église d’Anneville-sur-Seine renfermait trois cloches. La plus grosse datait de 1844, la moyenne de 1819, et la petite de 1825.

   Une nouvelle cloche nommée Marie-Barbe-Thérèse par Jacques Darcel le parrain et Eliane Hulin la marraine fut bénite le 3 septembre 1939 par S.E. Pierre Petit de Julleville archevêque de Rouen. Elle sort de l’atelier Havard à Villedieu (Manche).



Le nouveau clocher fut moins élancé que l'ancien...




Voici ce que l’on peut lire en partie sur cette cloche

OFFERTE PAR ……………. DANS L’INCENDIE DU CLOCHER LE 30 JANVIER 1938
 J’AI ETE BENITE L’AN DE GRACE 1939
PAR S. E.  PIERRE  PETIT  DE  JULLEVILLE
ARCHEVEQUE DE ROUEN
 
ET NOMMEE PAR M. JACQUES DARCEL ….
ET MADAME CHARLES HULIN NEE ELIANE ….
MARIE BARBE THERESE
    FONDEUR VILLEDIEU

 

(Photographie du 27 août 1939, Ed. Dechamps – Duclair. Collection P. Bizet)

Patrice BIZET.

L'église...


Journal de Rouen

La date de la fondation de l'église d'Anneville-sur-Seine n'est pas connue mais son style permet d'attribuer la nef et la tour centrale à la fin du xv siècle, et le chœur et l'abside à la première moitié du xvr siècle.
D'un excellent article de notre érudit concitoyen, M. le docteur Coutan, vice-président de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, publié ici-même le 14 juillet 1932, détachons cette description:
Le clocher, de plan barlong, s'élève entre chœur et nef. Emprisonné entre les combles, il n'est complètement dégagé qu'au nord et au sud, où il prend jour, par une grande baie en cintre brisé, refendue par un épais meneau, et coupée par une lourde traverse horizontale. Une flèche octogonale, en charpente, revêtue d'ardoises, émerge d'une pyramide basse, à quatre pans.
La façade méridionale est interrompue par une sacristie, sans grâce, d'époque moderne, au voisinage de laquelle se dresse une tourelle d'escalier, fort bien apparelllée, et terminée par une pyramide de pierre à huit pans.
L'aspect du chœur et de l'abside est charmant, avec ses fenêtres plus importantes que dans la nef, et dont l'une même, celle de l'axe, est garnie de deux mencaux. Les contreforts concourent aussi à l'élégance de l'ensemble. Leur corps carré est revêtu d'une pyramide triangulaire, dant le pinacle, délicatement sculpé, monte jusqu'à la  corniche, à travers le glacis supérieur.
A l'intérieur de l'église, la travée qui fait suite à la nef se rétrécit, pour servir de base au clocher. Elle est voûtée sur quatre nervures prismatiques, avec clef annulaire, et encadrée par quatre arcades retombant sur de robustes piliers d'angle, dont les chapiteaux ont fait place à un bandeau sculpé. Cette travée est accompagnée. de part et d'autre, par des tronçons de transept, limités par le prolongement des murs de la nef. Ils sont couverts par ur étroit berceau, que souligne une fierne et éclairés par une grande fenêtre, dont l'une, au midi, a été aveuglée lors de la construction de la sacristie.
Deux naissances d'arcs se montrent, de chaque côté, d'où l'on peut conclure que de véritables bras de transept avaient été projetés,

Un jubé semble avoir existé, à l'en
trée du chœur. Il a complètement disparu; mais il survit dans cette locution populaire : « On s'est marié sous le jubé ».
Les voûtes du chœur et de l'abside, un peu moins élevées que celle de la travée précédente, sont ornées de clefs pendantes, chargées de motifs sculptés.
Les nervures de l'abside retombent sur des consoles arrondies.
Quatre fenêtres de la gracieuse église conservent une simple vitrerie décorée de bordures de style Renaissance et de soleils d'or encadrant les monogrammes du Christ et de la Vierge. Quatre autres fenêtres présentent des sujets : L'Annonciation; Sainte-Barbe et L'Immaculée Conception; La Crucifixion; La Vierge à l'Enfant.
M. Jean Lafond, qui a étudié ces vitraux, comme tous ceux de la contrée, signale quelques blasons très intéressants : au premier vitrail, celui de la famille rouennaise Le Pesant de Boisguilbert; à la fenêtre de la tour, celui des Bressy, qui possédaient sur la paroisse « une vavassorerie noble mouvante du fief Dupont  (Etat de la paroisse d'Anneville-sur-Seine, p. 13); et au vitrail du chevet, les armes de la famille du Fay du Taillis.

JDR

Source des deux photos de tête

A l’occasion du Bicentenaire de la Photographie, les Archives départementales ont souhaité mettre à l’honneur la photographie de presse conservée dans ses fonds dans le cadre d’un projet intitulé « Clic enquête ». Il repose sur l’identification de clichés sur verre provenant du fonds photographique du Journal de Rouen (10 Fi). Une centaine d’entre eux sont donc soumis aux internautes. Ces clichés, datés des années 1930 et 1940, représentent majoritairement des bâtiments et des évènements, notamment sportifs et ont été regroupés par thématique.
Vous pouvez participer à l’identification des clichés jusqu’à la fin de l’année 2026.
Enfin, une exposition réalisée grâce aux clichés identifiés concrétisera ce projet à l’été 2027.

https://www.archivesdepartementales76.net/n/clic-enquete/n:358

(Communiqué par Laurent Colasse)

Laurent Colasse nous signale aussi une série sur le clocher d'Anneville photographié en 2004 et 2006 par les bénévoles de la base nationale clocher.org Voici le lien :
Saisie et mise en page : Laurent Quevilly.
 
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