On l'appelait Léonis ou encore Maître Danet selon que l'on se voulait familier ou respectueux. Dans les deux cas affectueux. Léonis Danet fut maire de Saint-Martin de juin 1912 à mai 1944. Voici le portrait qu'en fait Le Journal de Rouen le 17 août 1940.


Tous les bons Français sans exception, qu'ils se soient éloignés pendant quelque temps de leur domicile durant les jours sombre de juin, ou qu'ils soient, stoïques, demeurés à leur poste, applaudissent de tout cœur aux éloges que l'on fait avec juste raison, des personnalités responsables qui ont veillé avec sollicitude et dévouement à la sauvegarde et au ravitaillement de leurs administrés en détresse.

Les villes ont eu leurs dignes représentants dont le courage le disputait à la clairvoyance. Mais nos campagnes n'ont pas été moins bien partagées.

Qui ne connaît, aux portes de Rouen, par delà Canteleu et les frondaisons de la forêt de Roumare, ce magnifique village de Saint-Martin-de-Boscherville qu'on nomme encore, par habitude ancestrale, Saint-Georges à cause de sa fière église abbatiale des XI et XIIIe siècles ? Que de touristes dévorés de curiosité, de peintres délicats, de poètes même, se sont attardés le long de ses vieux murs aux lierres croulants dorés par le soleil couchant, devant ses chapiteaux romans aux sculptures volontairement naïves et pleines de mystères ! Tout dans ce beau décor, respire l'harmonie et la douceur de vivre par le travail ; depuis son coteau du Genétay que couronnent l'antique Maison des Templiers du XIIIe siècle et sa chapelle Saint-Gorgon, jusqu'aux rives fleuries de Seine où les terriens du « Marais » récoltent à foison les foins blonds et les fruits réputés, en passant par la Carrière que surplombe sa colline du « Gibet », et par le Val Saint-Léonard qui s'enfonce loin dans la forêt mystérieuse...
C'est dans ce vallon, véritable col qui conduit vers la Vaupalière, qu'habite le maire du pays, M. Léonis Danet, un sage. C'est là que, depuis 28 années qu'il est maire sans interruption, tous les habitants sont venus lui soumettre leurs doléances, lui demander conseil, quelque fois même une assistance urgente.
C'est là que ce grand vieillard de 73 ans cultive fidèlement avec ses fils – dont l'un a fait la guerre de 14 et l'autre la retraite de Dunkerque – un sol exigeant, difficile, mais productif.


M. Léonis Danet vous recevra avec la plus franche bonhomie et sans vantardise aucune, vous contera des anecdotes savoureuses de sa longue carrière municipale.


 Pendant la guerre de 14-18, M. Danet s'était acquis déjà la connaissance de ses administrés qui ne souffrirent pas de disette parce qu'il ravitaillait directement de Rouen avec ses propres charrettes.

En 1940, ce maire dévoué n'abandonna pas davantage ce qui restait de sa population. IL réquisitionna le four du boulanger absent, l'approvisionna de farine, on ne manqua pas de pain, ni même de viande. Peu à peu, tout le monde est rentré et chacun réserve sa première visite à Maître Léonis. Modeste et juste, il vous vantera la collaboration précieuse de plusieurs conseillers municipaux, de son vieil ami Georges Andrieu et surtout celle de M. Coffre qui fut pendant quinze années son auxiliaire dévoué comme instituteur et comme secrétaire de mairie et qui, à 75 ans lui aussi, a reprise cette double charge restée provisoirement vacante.
Ces dévouements admirables ne méritent-ils pas d'être signalés ? Vingt-hui années maire d'un grand village de 800 habitants. Deux guerres durant, accablé de soucis extraordinaires que vous connaissez. Vingt-huit années penché, après le labeur quotidien, sur les besoins d'une population qui appelle son maire respecté « Léonis » par une touchante affection. C'est beau, n'est-ce pas

M. Léonis Danet et son épouse peuvent être fiers de l'estimes dont ils sont entourés.
 
Notes

Léonis Danet fut maire de juin 1912 à mai 1944. Il eut aussi pour secrétaires de mairie Émile Burgot et M. Delavaux. En juin 40, le ravitaillement de la population est géré par une association dont M. Dussault est trésorier et Delavaux secrétaire. De 1917 à 1938, Léonis a connu l'abbé Poisson comme curé de la paroisse. A son décès, il fut remplacé par l'abbé Capron.

Sources

Article numérisé aux Archives départementales par Josiane Marchand. Transcription : Laurent Quevilly.
Notes : Gilbert Fromager, le canton de Duclair.


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