La légende veut que le poète Ulric Guttinguer fit un mariage heureux en épousant Virginie Gueudry, la fille d'un boucher de Duclair enrichi sous la Révolution. Une enquête généalogique nous permettra de rétablir la vérité. Elle est étonnante...

Par Laurent Quevilly.

Vieille famille de la région que les Gueudry. Dès l'ouverture des premiers registres paroissiaux, on trouve un Jehan Gueudry à Saint-Paër en 1550, un Michel Gueudry à Jumièges en 1555, des Gueudry encore aux Vieux, à Varengeville, Epinay... On les verra prospérer aussi du côté de Sainte-Marguerite avant de nous arriver à Duclair...

Première génération


Le 1er décembre 1691, sous le règne de Louis XIV, on célébra à Duclair le mariage de Robert Gueudri que nous dirons "premier du nom", bien qu'il soit fils d'un autre Robert. Ce jour-là, il épousait Magdeleine Baville. Trois jours après ce mariage, Robert Gueudri est déjà choisi comme parrain dans sa belle-famille. Il donne son prénom à un garçon né de Jacques Baville et Jeanne Desmares. Ces Baville comptent parmi mes ascendants directs. Jacques Baville, fils de Claude, est le beau-frère de Félix Quevilly. 

Robert Gueudri exerçait la profession de boucher à Duclair. Une corporation qui, chaque année, se livrait à un rite en tout point semblable à la cérémonie du Loup Vert de Jumièges. Le jour de la Saint-Barthélémy, patron des égorgeurs, les bouchers se réunissaient chez l'un d'entre eux. Un cortège partait de là, violon en tête, portant une brioche garnie de fleurs qui étaient bénies à l'église. Puis on dançait sur la place des halles. Après quoi, chaque boucher faisait bombance avec ses amis. Et tous se retrouvaient encore le soir pour dancer.

Sans doute Robert Ier était-il chasseur à ses heures. Il possédait une portion de la forêt du Trait, triage de la Haye d'Yainville, attestée dans ses papiers de famille depuis 1643. 

Magdeleine Baville lui donna entre autres enfants Robert qui suit, 2e du nom, né vers 1699.

Seconde génération

Le 11 juin 1725, Louis XV étant sur le trône, se marièrent à Duclair Robert Gueudry, 26 ans, deuxième du nom et Marie Anne Gresset, 21 ans. A son tour, le couple allait mettre au monde plusieurs enfants. Peu atteindront l'âge adulte. Nous en retiendrons deux :

Robert, 3e du nom, né le 31 juillet 1727, parrainé par Louis Boujard et Marie Gueudry. 

- Jacques André, né vers 1733, personnage central de notre histoire.

Voilà. Nous venons de brosser une généalogie bien banale. Et c'est alors que surgissent les surprises...

Robert le bien marié

C'est à l'âge de 15 ans que Robert Gueudry, 3e du nom, arrive au Havre. Cinq ans plus tard, le 20 avril 1747, devenu marchand épicier dans le grand port normand, il épouse Marie Barbe Renault, fille de feu Jean Baptiste Guillaume Renault et Marie Catherine Mazé. Il a 20 ans. Elle en a 26. Le père de la mariée est mort en mer alors qu'il commandait le Marquise de Briqueville, le 26 novembre 1733. Construit dix ans plus tôt, appartenant à l'armement Eustache, le navire, du port de 90 tonneaux, armé en guerre de dix canons, avait un équipage  de 19 hommes et traquait la morue à Terre-Neuve. Son capitaine avait 51 ans.

Le père Gueudry assiste à ces noces en compagnie de son autre fils, Jacques André, tout jeune encore. Et qui sans doute va bénéficier de l'aisance dégagée par ce nouveau cercle familial...

Son fils aîné marié, et bien marié, le père Gueudry rentra à Duclair. A la fin de l'année, le 1er décembre, il enterra son beau-père, Jean Gresset, boucher comme lui. Gresset repliait son tablier à 70 ans. Robert signa l'acte de décès en compagnie du chirurgien de Duclair, Jacques Beyries, époux d'une Gresset.

Ces négriers du Havre

Retour au Havre. Si les Gueudry sont bouchers de père en fils, les Renault sont marins. C'est le cas des deux beaux-frères de Robert Gueudry, 3e du nom. L'aîné, Jean-Baptiste-Nicolas Renault, va mener plusieurs campagnes en Martinique et occuper la tâche d'officier quartenier du Havre. Quant à Jacques Joseph François Renault, il est notamment parrain d'une fille qui naît au foyer des Gueudry du Havre : Marie Anne Barbe. Le 19 février 1751, jour du baptême, le navigateur est absent. Il se fait représenter par un clerc, Estienne Rousselin, qui remplira souvent cet office. La marraine est Marie Anne Grasset, la grand-mère de Duclair. Absente, elle aussi, elle est suppléée au Havre par Elisabeth Renault.


Le port du Havre en 1756

Jacques Joseph François Renault n'est pas un marin ordinaire. Il est capitaine négrier chez Begouën-Demeaux. Demeaux est d'ailleurs un parent proche. Reçu capitaine en 1747, Renault a effectué son premier voyage sur la côte d'Angole fin 1750 à bord du Prince Henry. A partir de 1752, on le retrouvera sur la Princesse d'Angole pour plusieurs campagnes. En 1757, il sert un temps comme lieutenant sur une corvette du roi après avoir vaqué à ses affaires à Rouen. 1758 le voit encore lieutenant dans la capitainerie des gardes-côtes du Havre, compagnie du sieur Begouën-Demeaux. 

La mort du patriarche

Le 31 mai 1759 mourut à Duclair Robert Gueudry, premier du nom, le patriarche de la famille. Et pour cause : on le dit âgé de cent ans ! Son fils Robert signa l'acte de décès en compagnie de Denis Gueudry, petit-fils du défunt, âgé de 21 ans, et frère de Jacques André qui, lui, n'apparaît jamais dans les registres. Etait-il dans quelque collège ? Possible car nous verrons qu'il savait parfaitement écrire.


De Robert III, plusieurs Gueurdy sont nés au Havre. Beaucoup y sont morts en bas-âge. L'un des fils de Robert, Jean-Baptiste, vint finir ses jours chez son grand-père à Duclair, le 9 juillet 1761. On le dit âgé de 4 ans. Marchand épicier, Robert Gueudry est souvent absent lors des baptêmes de ses enfants. Ses affaires l'amènent donc à quitter durablement Le Havre. Son commerce est, bien-sûr, ouvert sur la mer, même s'il n'investit pas dans le capital de quelque bateau. On le verra arbitrer un litige entre l'armateur Joseph Léger et  ses assureurs, Jacob Papillon, Mouchel & Beaufils, au sujet du navire Les deux amis, capitaine Lechevalier de la Bouchardière.

L'ascension de Jacques André

Si Robert Gueudry, 3e du nom, a fait un mariage intéressant au Havre, la réussite de son jeune frère à Rouen, Jacques André, est elle aussi étonnante. Pour ne pas dire concomitante. Dans son ouvrage, La jeunesse dorée sous Louis-Philippe, Léon Séché affirmera qu'ancien garçon-boucher à Duclair, il "fit une fortune considérable comme soumissionnaire des armées de la République et de l'Empire." Que tout cela sonne faux. Jacques André a peut-être été le garçon-boucher de son père durant sa jeunesse. Pas sous la Révolution. Nous sommes encore sous l'ancien régime quand, dès 1763, il porte déjà le titre de procureur à la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie, cour souveraine qui juge à Rouen en dernier ressort tous procès, tant civils que criminels, relatifs aux impositions. Ses compétences s'étendaient aussi aux privilèges des nobles, corporations, villes, communautés religieuses... Promu parmi les grands notables de la capitale normande, il habite alors rue du Petit-Salut et son nom apparaîtra dans nombre de transactions immobilières que sa fonction amène à régler.

Dès mars 1763, il est commis dans la vente de fermes à Longue-Rue. En mai 1764, il préside une opération semblable concernant la ferme de la Foullerie, tenue au Landin par Jacques Chambellan. La même année, dans les registres de la chambre des comptes, apparaît ce titre : quittance de marc d'or, et provisions du sieur Gueudry, procureur en la Cour. f° LXXV. Bref, c'est donc àcette époque qu'il aurait acquis la charge tenue auparavant par Michel Vassal. Mais comment expliquer cette réussite ! L'argent familial n'est pas peut-être étranger à l'achat de cet office qui coûtait dans les 5 à 6.000 livres. Le père Gueudry fait sûrement de bonnes affaires en débitant sa viande sous les halles de Duclair. Et puis il y a la famille du Havre qui tire d'importants revenus des colonies. Mais est-ce suffisant pour expliquer cette brillante promotion. Non. 

Le fil rouge


A Rouen, Jacques André a pour ami un certain Jacques Guillaume Hellot, négociant protestant né à Rouen en 1711 de Jacques Hellot et Rachel Rissoan-Piberès. Les deux hommes se sont associés dans une société fondée par Sébastien Alexandre Duclos, maître passementier sur l'eau de Robec. En 1760, Duclos s'était adressé à l'Intendant en lui fournissant un mémoire et un échantillon de ses découvertes. Il s'agissait d'un procédé pour teindre le coton en rouge d'Andrinople selon une méthode bien plus avancée qu'à l'étranger. Cette expérience lui avait coûté quelque 15.000 livres, affirmait-il. Si l'Intendant estimait souhaitable de livrer ce secret de fabrication au commerce, il se contenterait d'une pension viagère de 1.200 livres reversible par moitié sur la tête de son épouse, Marie Elisabeth Le Brument. Mais aussi d'une médaille. Ce qui fit hurler de rire les bureaux de l'Intendance. On lui répondit que la détention de ce secret devait lui offrir une fortune bien plus considérable qu'aucun récompense. Alors, en 1761, Duclos fut autorisé par le Roi à teindre son coton en rouge des Indes. Hellot et Gueudry investirent d'abord 3.000 livres chacun dans le capital, le sieur Duclos n'apportant que son talent et son industrie. En une vingtaine d'années, estimera son fils à la Révolution, la société qui ne fut dissoute que par la mort de son père, gagna plus de cent mille écus. 

Mais cette lucrative association n'en resta pas là. Jacques André va présenter Hellot à sa famille du Havre. Une rencontre capitale...

Premier naufrage

En 1764, le capitaine Renault effectue sa dernière campagne négrière en tant que marin. Il commande le Jupiter qui rallie le Cap-Français. 270 tonneaux, 22 canons, 35 fusils, 60 sabres... Son second est son beau-frère Jean-Baptiste-Pierre Dutac, époux de Catherine Renault. Né en 1729, Dutac a été reçu à l'Amirauté de Brest en 1759. Du Cap, ils ramènent du sucre, du café, du coton, de l'indigo...  Avec son frère, le capitaine Renault renonce alors à la mer. Bientôt, ils vont ouvrir leur propre maison de commerce. Mais, d'abord, un deuil les frappe...

Le 12 juin 1765, Dutac, beau-frère de Robert Gueudry, est capitaine sur le Prince d'Angole en partance pour la Guinée. Le 21 novembre 1766, le navire quitte le port de Saint-Marc. il n'arrrivera jamais au Havre...

Les frères Renault, eux, se sont amassé un capital qui leur permet de créer une maison de traite à l'enseigne de Renault & Dubois. Avec leur associé, Charles François Dubois, époux de Louise Oursel, ils armeront ainsi en 1767 la Princesse d'Angole qui leur appartient pour moitié, l'autre est à Jacques Guillaume Hellot, l'ami de Jacques André. Le négociant de Rouen devient en outre le représentant de la maison Renault & Dubois.

Construit en 1764 sous le nom du Laverdy, la Princesse d'Angole est commandée par Jean-Louis Dessaux, vétéran de la traite, accessoirement corsaire du roi. Le navire quitte Le Havre en décembre 1767 pour la Guinée où il échangera sa pacotille contre des têtes de noirs. Il emmène à son bord Louis Joseph Alexandre Gueudry, enseigne de vaisseau. C'est le second voyage de ce fils de Robert III, alors âgé de 15 ans. Ce garçon a pour parrain Louis Dubois, avocat au Parlement, conseiller du Roy en l'élection de Rouen. Durant cette campagne, on comptera un mort sur la côte d'Angole et deux désertions au Cap où sont débarqués 288 Noirs. Le voilier retrouvera Le Havre en juillet 1769, chargé de produits coloniaux. 

Entre temps, le 9 août 1768, Renault et Dubois adressent en droiture au Cap-Français un autre navire qui leur appartient pour moitié : la Duchesse de Choiseul. L'autre part étant encore à Hellot. 230 tonneaux, huit canons, 24 hommes d'équipage, le navire, lancé à Morlaix, est commandé par Jean-Denis Bremont, originaire de Saint-Vallery-sur-Somme, capitaine depuis 1748. Il rentre au Havre le 2 juin et repart déjà pour Le Cap le 9 août 1769. Après le retour du navire, le 20 juin 1770, ses propriétaires le mettent en vente. 

On lui offre un château !

A Rouen, Jacques André Gueudry a décidément beaucoup de chance. En novembre 1770, Jacques-Guillaume Hellot est autorisé par le roi à lui faire don de son château d'Amfreville la Mie-Voie pour preuve « des marques de son amitié » et sous certaines réserves d'usufruit. Diable ! fallait-il que cette amitié soit forte pour consentir un tel cadeau. On sait que notre philanthrope fait fortune sur le dos des esclaves avec la famille havraise de Jacques André Gueudry. On comprend mieux son geste désintéressé. Mais cette donation reste trouble. 

Ce château appartenait en partie au demi-frère du généreux donateur, Honoré-Jacques Hellot, né en 1725 d'un second lit et négociant rue des Carmes. L'homme s'était marié le 19 novembre 1764 à Saint-Jean-sur-Cailly et était mort neuf jours plus tard, en sa maison de Rouen. Il avait 39 ans. Sentant sa mort venir, il avait peut-être précipité cette union car un contrat de mariage avec son épouse avait été signé... douze ans plus tôt. Aussi vivaient-ils vraisemblablement en concubinage depuis. Honoré-Jacques Héllot reposait dans le cimetière protestant de Rouen. Sa veuve se remaria très vite.

Le château de la Mi-Voie

Voilà donc Jacques André Gueudry châtelain. Grâce au commerce triangulaire. Et voici la description de son domaine selon l'acte notarié du 23 novembre 1770 :

Une maison de maître et autres bâtiments limitrophes, un jardin au bout duquel est un étang une terrasse ou plate forme plantée en partie de charmilles au-delà du dit étang une prairie aussy close et plantée qu'elle est à partir de la dite terrasse jusques à la Rivière de Seine un terrain qui part de la grande Route tendant de Roüen au port de Saint Oüen lequel terrain édifié de deux bâtiments et est enclos de murs aboutit à une Ruelle qui passe et le long de la Cour de la dite maison de maître ; le tout situé en la paroisse de la mivoye borné d'un côté sur toute sa longueur une autre ruelle qui part de la dite grande route et aboutit à la rivière de Seine, d'autre côté plusieurs d'un bout la dite Rivière de Seine et d'autre bout la dite grand route.

Avec une maison de campagne, des bâtiments de service, des serres, son domaine s'étend sur quatre hectares. Gueudry fera apporter des modifications au château. Une grille de balcon en fer forgé visible sur la façade Nord de l'édifice portera la date de 1788. Elle est aujourd'hui conservée au château de Martainville ainsi que deux pots-à-feux. Jean-Pierre Ribaut nous fait visiter les locaux :

 "Le château de la Mi-Voie s'étalait sur 35,20 m de long, et 15,50 m de large; sur la façade regardant la route de Paris, deux portes permettaient d'entrer au rez-de-chaussée ; celle de gauche, réservée au personnel, ouvrait directement sur les locaux de service, tandis que celle de droite donnait accès aux luxueux appartements des maîtres : grand salon de plus de 50 m2, salle à manger de 35 m2  avec vue sur le parc et communiquant, au-delà d'un couloir dallé de marbre, avec un salon auquel ses 25m2 de surface valaient le qualificatif de « petit ». Il est vrai que, de l'autre côté du vestibule, la cuisine, à peine moins grande, côtoyait un local destiné à la vaisselle qui ne couvrait que 10 m2 ; caves et réserves, situées au rez-de-chaussée en l'absence de sous-sol, occupaient le restant de cette partie dévolue au personnel. 

Huit chambres indépendantes, d'une hauteur sous plafond de 2,85 m, constituaient le premier étage. Celle qui donne sur le parc, au centre de la façade, et qui comporte cabinet de toilette, antichambre et salon, servait d'appartement. Le second étage était dévolu aux domestiques." Là, une terrasse était close par une élégante colonnade surmontée, à chaque angle, d'un pot-à-feu. 

Et tandis que le fils du boucher de Duclair s'accoutume à sa nouvelle vie de châtelain, sa famille du Havre poursuit son aventure maritime. La Princesse d'Angole mène une seconde campagne du 8 janvier 1770 au 23 juin 1771. Les deux cuistots du bord sont deux "nègres libres". Ce qui n'est pas le cas des 325 noirs qui seront débarqués au Cap. Là, le fils Gueudry, 17 ans maintenant, passera à bord d'une corvette du Roi.

La suppression du Parlement

Cours supérieures de justice, critiques à l'égard du pouvoir royal, les parlements menaient une fronde pour se réunir en une seule instance nationale avec des pouvoirs législatifs. En septembre 1771, le chancelier Maupéou ordonne la suppression du Parlement de Normandie et l'exil de son premier président, Hue de Miromesnil. La Cour des Comptes, à laquelle appartient Gueudry, est quant à elle supprimée en octobre. La Haute-Normandie est réunie au ressort du Parlement de Paris. Un Conseil supérieur est créé cependant à Rouen et à Bayeux pour la Basse-Normandie.  De Paris, Gueudry écrit ses condoléances à Miromesnil. C'est la seule lettre que nous connaissons de lui. Elle révèle un fin lettré :

A Paris, le 23 octobre 1771.


Monsieur, 

Je fus hier consterné chez M. Huet, où une personne annonça que vous étiez exilé en Corse pour n'avoir pas voulu accepter la Première Présidence du Parlement de Paris. Nous n'avons pas donné une grande confiance à cette nouvelle, qui revolteroit notre Province et Paris, où l'on vous assigne unanimement la place qui vous est düe; cependant cette personne doit estre au courant, et, comme on craint de perdre ce qu'on aime, nous sommes ici plus affectés de ce sentiment que de la probabilité du fait. M. Huet, dont vous connoissez la vivacité et la franchise, vouloit écrire aujourd'huy à Rouen : je m'en suis chargé, ayant une occasion très sure.
On débite au surplus et on parle suivant le parti que l'intérest suit, et jamais la vérité ne fut si loin des faits. Ce que je sçais très bien et ce qui m'étonne, est M. Durand, maître des Comptes, ancien procureur du Roy, qui a fait liquider, lundy dernier sa finance de 27,000 livres : on luy donnera un contrat. Il me paroit excessivement pressé. C'est le seul dont j'aye connoissance.
Quant à moy, je suis entrainé par la fatalité des circonstances et forcé d'acquérir une charge ici, si je ne veux pas perdre mon état. Les comptables dont j'avois la confiance me pressent d'en finir, mais les révolutions dont la Chambre des Comptes de Paris est aussi menacée ralentissent mes sollicitations et me feront prendre conseil du tems.

Si quelque chose peut adoucir vos malheurs, Monsieur, c'est sans doute la part que les honnestes gens y prennent.
Il en est encore qui parlent, et beaucoup qui se taisent; mais tout le monde se réunit pour vous rendre l'hommage qui vous est dû.


Je suis avec un très profond respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.

GUEUDRY,
Chez M. de Mondétour, ruë des Tournelles.


Nota : Gueudry est vraisemblablement chez un membre de la famille Brière de Mondétour, originaire de Saint-Chéron.

On publia alors un édit intitulé "Etat des Procureurs qui étoient au Service de la cour des comptes, aides & finances de Rouen, & qui doivent occuper près le conseil supérieur de Rouen." La liste est ainsi composée : Dubos, Le Rat, Horcholle, Botre, Le Sueur, Ecalard, Bigot et Gueudry. Deux autres procureurs étaient alors à Bayeux : Loisel et Lason.
Foule d'écrits hostiles à ce coup d'Etat paraissent. Le plus virulent est le Manifeste aux Normands qui rappelle les privilèges de la province, conditions de la soumission aux rois de France. Alors, puisque la charte aux Normands de 1315 a été violée, les Normands redeviennent Normands !

La mort du marin Gueudry

Nouveau voyage de la Princesse d'Angole, le 8 janvier 1772. A 19 ans, Joseph Alexandre Gueudry étrenne ses gallons de second lieutenant. Mais il meurt sur les côtes africaines le 11 mai 1772. Ce voyage est désastreux. Un mois plus tard, c'est le commandant en second, Pierre Nicolas Liébray, fidèle pilote du capitaine Dessaux, qui disparaît dans les mêmes conditions. Il y aura encore un mousse, Louis Robert Bellan, qui trépassera à l'hôpital du Cap où le navire offre 400 captifs à la vente.  La Princesse d'Angole retrouvera Le Havre le 28 mai 1773.

On retrouve la trace de Jacques-Guillaume Hellot en 1773 dans le quartier de Saint-Hilaire, à Rouen. Il fait alors partie du corps électoral chargé de désigner le maire et ses échevins. 

Pour la quatrième campagne de la Princesse d'Angole, Dessaux cède la barre à Bremont. Il ne le regrettera pas. Le Princesse d'Angole part du Havre le 14 avril 1774 avec 17 hommes d'équipage. Le 2 octobre, il quitte la Cap. On restera sans nouvelles...

Des associés rouennais

Les Renault et Hellot ont déjà déporté plus d'un millier de personnes qui seront marquées au fer rouge et survivront sous le fouet. Mais, malgré le naufrage du Princesse d'Angole, les affaires continuent avec un nouveau bagne flottant, L'Infant d'Angole, 230 tonneaux, construit au Havre en 1773. Ses propriétaires sont toujours Hellot, Renault & Dubois, mais aussi le capitaine Dessaux et trois Rouennais : David Laurent, Guillaume Pantin et Delessart le jeune.
Jean-Baptiste Delessart n'est autre que l'homme qui a épousé la veuve du frère d'Hellot. Inquiet par la guerre d'Indépendance des Etats-Unis, il revend vite ses parts à Hellot. Mais Delessart et son frère auront aussi des parts dans le négrier L'Aimable Henriette ou encore L'Amitié, Le Citoïen, L'Augustine...
David Laurent, lui, est un marchand qui s'est notamment enrichi en important de Hollande du fil à dentelles et du fil de cologne. Il s'est impliqué aussi dans la manufacture royale de mousseline en compagnie d'un autre Hellot, Alexandre, lié à la famille Foache et qui lui fait également de bonnes affaires au Havre. 
Reste Guillaume Pantin. Il s'agit du directeur de la Monnaie de Rouen, conseiller du roi, veuf Osmont, époux Marie Jeanne Flore Lebreton, frère de Nicolas, marchand. Guillaume Pantin possède à Eauplet un vaste ensemble immobilier à usage de manufacture d'indienne et de teinturerie.

Le 22 janvier 1774, Dessaux reprend du service pour un voyage en Guinée. Un matelot meurt à la côte, cinq désertent au Cap. L'Infant d'Angole désarme au Havre le 9 août 1775. Entre temps, le Parlement de Normandie est rétabli en octobre 1774 sous les acclamations des Rouennais.

Le 25 novembre 1775, commandé par Leduey, L'Infant effectue un voyage en droiture au Cap. Il reviendra au Havre le 30 juillet 1776.

Habitant au château de Launay, près Duclair, Pierre Robert le Cormier de Cideville (1693-1776) fit don de sa bibliothèque à l'Académie de Rouen. Dans la correspondance du secrétaire de cette institution, Haillet de Couronne, avec Cideville, on trouve mention de Gueudry dans une lettre datée de Rouen le 30 mars 1775 : "J'ai remis au sieur Leblond, horloger, le louis que votre bonté lui destinait et que M. Gueudry me donna de votre part."
Gueudry est donc un proche de cet ancien avocat au Parlement, ami de Voltaire, résidant à Launay depuis 1716. En 1740, Cideville parraîna un fils de Louis-François Blondel, maître de poste à l'auberge des Vieux, proche de la famille Gueudry.

Fête de famille

Les Gueudry et les Renault forment un véritable clan au Havre. Le 28 mai 1776, tout le monde s'y retrouve pour les noces de Marie Barbe Gueudry, née de Robert III. Depuis la mort de sa mère, survenue un an plus tôt, celle-ci vit désormais à Rouen, paroisse Saint-Jean. Elle a 25 ans et épouse un négociant de quatorze ans son aîné, Philippe Eudeline. Natif de Saint-Symphorien, près Pont-Audemer, il exerce ses activités commerciales en la paroisse de Notre-Dame-de-la-Ronde, à Rouen. Eudeline va compter dans la suite de cette histoire. 
Le père de la mariée est toujours marchand-épicier. Le grand-père, lui, est est qualifée de "bourgeois de Duclair". Jacques-André est là, de même que les frères Renault, négociants dans le domaine que l'on sait. Pour eux et leurs associés, le capitaine Leduey effectuera encore deux voyages en droiture à bord de L'infant. D'abord du 9 novembre 1776 au 13 octobre 1777. Bilan : un mort au Cap, deux désertions, le navire ramène une quinzaine de passagers dont quelques esclaves domestiques. Enfin, le 23 janvier 1778, L'Infant prend encore la route du Cap mais désarme cette fois à Bayonne où le navire est vendu en 1779. Là semblent s'arrêter les aventures coloniales du sieur Hellot.

Des noces de lapis-lazuli


A Rouen, rue Grand-Pont, la maison de Jacques-André Gueurdy ressemble à un véritable hôtel particulier. En 1777 logeaient chez lui les frères Havas. L'un d'eux n'est autre que le père du fondateur de la célèbre agence de presse. En 1780, on trouve encore chez Gueudry le sieur Delafosse, chargé de mettre en vente l'office d'huissier en la cour des comptes qu'occupait M. Fantelin, de Caudebec-en-Caux.

Pendant ce temps, à Duclair, ses parents coulaient une vieillesse heureuse. Le 16 novembre 1781, le journal des Annonces, Affiches & Avis divers de la Haute et Basse Normandie nous donne cette savoureuse anecdote sur la famille de Jacques-André :

Le sieur François Blondel, ancien Maître de Poste, route du Havre, âgé de 73 ans, né en la paroisse de Launay, où il a été marié en 1731 avec Marie-Magdeleine Decaux, agée de 63 ans, ont renouvellé leur cinquantieme année de mariage, dans la même Eglise & maison où il est né, assistés de leur oncle et tante, sieur Robert Gueudry & sa femme ; l’un âgé de 82 ans & l’autre de 77, qui ont eux-mêmes 56 ans de mariage ; cette cérémonie s’est faite le 29 octobre 1781, par M. le Curé de Poville leur fils : ils en ont 2 autres, 2 filles & 16 petits-enfans. La paroisse de Launay, diocese de Rouen, est du doyenné de S. Georges.
Heureux ceux qui jouiront d’une satisfaction pareille ; en peut-il être une plus grande !

Louis-François Blondel avait succédé à son père comme maître de poste à l'auberge des Vieux. Mais Robert Gueudry et sa femme, Marie-Anne Gresset, ne lui sont pas directement apparentés.

 Après ces noces de lapis-lazuli, Marie Anne Gresset n'avait plus que deux ans à vivre. Elle rend l'âme à Duclair le 18 septembre 1783. On la dit âgée de 70 ans. Son époux, Robert Gueudry, est alors  trésorier de la paroisse. Les témoins du décès sont Messire Hamelet, vicaire de Servaville, Nicolas Duthil, marchand et Pierre-Jacques Poisson, horloger bien connu sur la place de Duclair. C'est Lequesne, vicaire de la paroisse Saint-Jean de Rouen qui procéda à l'inhumation.

La verdeur du sieur Hellot


Jacques-André Gueudry était toujours lié à son généreux donateur. Il y avait maintenant une vingtaine d'années que les deux amis se fréquentaient et, curieusement, aucun des deux n'avait éprouvé le désir de se marier. Mais, le 30 avril 1784, Hellot, demeurant paroisse de Saint-Martin-du-Pont, comme Gueudry, abjura solennellement la religion réformée devant le curé de Canteleu, ce qui lui permit d'épouser, le 4 mai suivant, une jeunette de 34 ans. Une jeunette, car il en avait 73 ! Demoiselle Flore Adélaïde Marest était la fille d'un défunt procureur au baillage et présidial d'Evreux. A Saint-Laurent, Jacques Antoine est témoin de ces noces avec le titre de procureur auquel s'ajoute celui de
Commis à la recette générale de Rouen. C'est le curé Dumesnil, oncle maternel de l'épouse, qui présida la cérémonie. Un autre prêtre, frère de l'épouse, était aussi témoin de ce curieux attelage...

A cette époque, les conseils de Gueudry furent sollicités par un avocat de Rouen, Jean Baptiste Le François, au sujet de la concession d'exploitation de la soude aux îles Chausey que l'on contestait au sieur Pimor.

En août 84, un décès tourne une page dans la vie de Gueudry et de Hellot. C'est celle du capitaine Renault, au Havre. Veillé par ses cousins Maillard et Reculard, l'ancien négrier mourut en bon chrétien. Il était marguiller de l'église Notre-Dame...

Le mariage de Gueudry


Jacques André Gueudry a déjà la cinquantaine. Un an après son bienfaiteur, il se marie à son tour. Le 25 octobre 1785, à La Vaupalière, il épouse Marie Rose Françoise Parent, née en la paroisse Saint-Jean de Rouen et vivant en celle des Pelletiers, fille de feu Pierre Nicolas Parent et de Dame Marie Françoise Catherine Anquetin. On fait état de sa qualité de procureur en rappelant son baptême à Duclair. Le couple a bénéficié d'une dispense de bans pour se fiancer et se marier dans la journée. Les témoins de Gueudry sont Philippe Eudeline, négociant à Rouen, rue de la Madeleine et Pierre Jacques Aimable Levavasseur, écuyer, ancien premier échevin de la ville de Rouen, y demeurant rue du Vieux-Palais. Né en 1723, ce dernier a déjà une longue carrière derrière lui. Il a été successivement administrateur des hospices, échevin, premier échevin, juge consul dès 1756, membre de la chambre de commerce, président de la juridiction consulaire...

Les témoins de la mariée sont également choisis : Jean Chrisostome Clérot, avocat en parlement de Rouen et lieutenant des monayeurs pour le Roy en ladite ville, Jacques Thomas Leménager, officier royal au baillage de Rouen, demeurant à La Vaupalière. Robert Gueudry, le père du marié, 86 ans, est également présent. 

Feu Pierre Nicolas Parent était de son vivant marchand à Rouen. Sitôt ce mariage, sa veuve et la jeune épouse de Gueudry mettent en vente une maison sise rue Ecuyère. Participe aussi à l'opération le fils du défunt, prénommé comme lui, et agent de change à Rouen. Avec sa sœur, il possède également des biens à Saint-Martin-du-Vivier, Mont-Saint-Aignan...

En 1786, Gueudry vivait toujours rue Grand-Pont. Sous son toit résidait alors le sieur Dumouchel qui mit en vente deux offices de clerc-commis à l'audience de la chancellerie près le Parlement de Normandie. C'est aussi à Dumouchel qu'il fallut s'adresser quand fut perdue, entre l'hôtel de la Monnaie et l'auberge du Chouquet, à Bourg-Achard, une bourse contenant 23 louis. On doute que Gueudry fut dérangé par quelque bonne âme venue frapper à sa porte.

1786 est l'année où Louis XVI vient visiter Rouen. Gueudry est sûrement parmi les notables qui l'accueillent. Le témoin de son mariage, Levavasseur, fait en tout cas partie de la députation de la chambre de commerce, présidée par Le Couteulx de Canteleu qui salue son arrivée.

Membre de l'assemblée provinciale


Voulue par Louis XVI, la première assemblée provinciale de la généralité de Rouen fut constituée en août 1787 et Gueudry, député de Rouen, fut secrétaire de la séance.
Elle ouvrit ses travaux le 19 novembre au couvent des Cordeliers. Sa tâche consistait à résoudre les grandes questions d'intérêt public, d'administration, de charité. La première séance fut présidée par le cardinal de la Rochefoucault et débuta par une messe solennelle. On comptait douze membres du clergé, dont un Marescot, archidiacre d'Eu, originaire du Mesnil-sous-Jumièges, douze membres de la noblesse, dont le marquis d'Estampes, de Mauny, vingt-cinq députés du tiers dont Gueudry ou encore Le Couteulx, seigneur de Canteleu, premier échevin de la ville de Rouen, l'homme le plus riche de la ville, fils du premier président de la Cour des Comptes. Il sont du reste présents dans toutes les instances de la ville, les Lecouteulx et, eux aussi, ont bénéficié de la manne négrière du Havre. Gueudry fut nommé au sein du premier bureau chargé de la fiscalité.

Quand l'assemblée provinciale se sépara après de longues semaines de délibérations, elle laissa fonctionner une commission intermédiaire qui préfigurait le conseil général. A titre bénévole, Gueudry y siégeait chaque semaine. D'abord en compagnie du seul Lecoulteux. Puis ils furent rejoints par les négociants Dambourney et de Fontenay lorsqu'il fut décidé de doubler les effectifs du tiers-Etat. Le clergé était représenté par de Saint-Gervais et de Goyon, la noblesse par Couvert de Coulons et le marquis de Conflans.
La première séance s'était tenue le 24 août 1787. Les deux procureurs syndics étaient le marquis d'Herbouville, un noble libéral et Thouret qui rêve d'allier ce courant à la bourgoisie d'affaires.
Jusqu'à l'ouverture des Etats-Généraux, l'établissement des administrations provinciales marque le premier coup au despotisme.
Présidée par le vieux cardinal de La Rochefoucault, souvent absent, la commission fonctionnera jusqu'au 27 juillet 1790, travaillant notamment à la formation des municipalités mais son champ d'action portait dans tous les domaines : contributions, routes, mendicité, agriculture, commerce, industrie... Gueudry en fut le membre le plus assidu, le plus écouté et apporta ses compétences en matière de finances. Il fit encore partie d'un Bureau d'encouragement pour les commerces et les manufactures de la généralité. Bref, c'est l'un des hommes forts de la Haute-Normandie. Pour ne pas dire le principal artisan du département de la Seine-Inférieure qui se dessine alors. Mais Gueudry, comme Lecoulteux et Thouret a ses détracteurs en la personne de Dumetz, syndic des procureurs du feu grand baillage de Rouen qui les qualifie de despotes, occupés à la destruction du Parlement, de la Chambre des Comptes, de l'Intendant et de ses bureaux pour s'accaparer le pouvoir et pressurer le peuple. Il les accuse aussi d'enrichissement personnel. Dumetz nous donne au passage une caractéristique physique de Gueudry : il affecte un air modeste. Ses origines le sont...

Appel au calme


1786 a frappé l'économie locale avec un traité de livre échange franco-anglais. 1788 a semé la ruine avec un temps épouvantable. La Révolution est bien accueillie à Rouen mais dans un esprit hostile au centralisme de la monarchie absolue. Le personnel politique demeurera cependant longtemps fidèle au roi. La corporation des procureurs de la cour des comptes est alors composée de Le Rat, Horcholle, auteur d'un journal sur les événéments qui se déroulent alors, Botrel, Lesueur, Bigot, Loisel, Lanon, Grancher, Lemoigne, Ancel, Lengreney et Gueudry qui fut député vers l'Assemblée nationale avec deux de ses confrères pour assurer la liquidation des charges supprimées, mission dont il s'acquitta, paraît-il, avec zèle.

Le 12 juillet 89, on manifesta dans les rues de Rouen. Contre le machinisme. Pour du pain. On tira sur la foule. Du 6 au 21 août eurent lieu huit pendaisons, bien en vue, sur le pont qui menait aux quartiers populaires.

L'assemblée provinciale était devenue l'émanation naturelle de l'assemblée nationale. Mais elle ne se réunissait plus, laissant la commission intermédiaire gérer le département. En septembre 89, Gueudry signe avec trois confrères un appel au calme en direction des bureaux intermédiaires et des municipalités. On craint qu'une augmentation du prix du blé ne mette en péril le transport du grain vers les marchés. Et d'appeler les milices bourgeoises à patrouiller dans les campagnes. Dans ce contexte, Gueudry est un des plus gros souscripteurs pour la bienfaisance publique avec un don de 600 livres en octobre 89.

Administrateur du Département


Les Départements viennent tout juste de naître. Le samedi 24 juillet 1790, Gueudry accueille une fille qui, en péril de mort, est ondoyée par l'aumônier-chirurgien de l'Hôtel-Dieu. Le vicaire Prétel l'inhume dans la même journée en compagnie des témoins Leroy et Delabarre. C'est, semble-t-il, le premier enfant de ce couple qui s'est formé cinq ans plus tôt. Là aussi, il y a matière à s'étonner.

Cette même année 1790, le citoyen Gueudry prend place parmi les receveurs généraux des finances de la Généralité de Normandie  avec son titre commis à la recette générale de Rouen, sise 62 rue Grand-Pont où il demeure. Le 3 novembre, il est de la première assemblée administrative du département de la Seine-Inférieure qui se réunit à l'Intendance après une messe, comme sous l'ancien régime. Il a été élu le 15 octobre précédant avec 29 autres citoyens. Gueudry sera surtout l'un des huit administrateurs du directoire du Département présidé encore par Herbouville. Ses confrères sont Levavasseur, témoin de son mariage, Lucas, Fouquet, de Cormeille, Levieux et Massé. Lors de la répartition des tâches, il est membre du deuxième bureau en compagnie de Fouquet et Levavasseur. Ses prérogatives portent sur la fiscalité, le dénombrement de la population ou encore les contributions patriotiques. Sa signature apparaît au bas de foule de lois et décrets de l'Assemblée nationale promulgués dans la province ou encore d'adresses aux instances parisiennes.

L'abbé Baston eut affaire avec le Directoire. Il nous donne un aperçu de ses séances : "Le président avait l'air de jouer à un bout de table autour de laquelle tous les membres étaient rangés. C'était un ci-devant noble, du nombre des titrés. Le syndic (Massé) babillait à l'autre bout. C'était un avocat. Les sénateurs (dont Gueudry) ne se gênaient pas davantage et on avait assez de peine à s'entendre..."

En mars 1791, les terres de la cure d'Amfreville exploitées par le curé étaient mises en vente au titre des biens nationaux. Près de la propriété de Gueudry, un pré de trois vergées, triège du Bout-du-Clos, bordé par la sente des Près, fut mis en adjudication dans la grande salle du Palais en présence des administrateurs du District.

En avril, Gueudry est des signataires qui, pour hâter la constitution civile du clergé, décide de la réimpression des livres de Charrier et leur envoi à chaque municipalité, chaque curé du Département. La tâche est immense. On estimera à 3.000 le nombre de prêtre réfractaires réfugiés à Rouen. Sans compter les ci-devant nobles...

En août 1791, peu avant de quitter temporairement le Directoire par tirage au sort, Gueudry se fend encore de 400 livres en faveur des volontaires qui se rendent sur les frontières. Philippe Eudeline, son cousin par alliance, fait lui aussi montre de zèle révolutionnaire. Il verse 400 livres et deux de ses commis s'enrôlent. On verra Eudeline dénoncer l'abbé Baston, prêtre réfractaire qui confesse dans l'église des religieuses Gravelines. Eudeline jouera un rôle de premier plan dans l'administration révolutionnaire du District de Rouen et notamment sous la Terreur au sein de la Société populaire. Directeur de l'imprimerie du Télégraphe, il fut inquiété en 1796 pour délit de presse. Il est attesté par la suite juré au tribunal de commerce en 1804, sous la présidence de son voisin Jean-Ulric Guttinguer et conseiller municipal jusqu'à sa mort, en 1815. Tout ceci sous réserve d'homonymie. Levavasseur, témoin au mariage de Gueudry, prendra aussi sa part dans l'administration révolutionnaire. Modéré, il sera officier municipal, administrateur du département, président du tribunal de commerce. Ses trois fils feront une brillante carrière militaire et Bonaparte récompensera le père en le propulsant parmi nos premiers sénateurs...

Acquisitions foncières


Gueudry avait retrouvé vite sa place au sein du Directoire. En janvier 92, il œuvrait à faire rentrer dans les caisses les taxes qui les débiteurs de l'ancienne ferme générale et de la régie des aides croyaient se dispenser de payer. Le 17 fut installé le Tribunal criminel, le 20 on bénit le drapeau de la garde nationale. En juillet, la France est en guerre. On enrôle à tour de bras. Comme ses confrères, Gueudry prête serment de fidélité à la Nation, la Loi et au Roi. Durant l'été 92 court le projet de transférer l'Assemblée nationale à Rouen et d'y accueillir Louis XVI. Le 10 août, la chute de la monarchie y coupe court. Dès lors, le Département fait la chasse aux réfractaires. Le 29 août, émeute contre le prix du pain. Les canons sont pointés sur la foule. On tire...
Curieusement, c'est durant cette période trouble que Gueudry développe considérablement son patrimoine foncier. Le 14 septembre 1792, alors que son épouse va bientôt accoucher, il acquiert dans l'Orne un corps de ferme sis aux Quatre-Favrils, près Argentan, ainsi que la ferme dite de la Housterie et de la Huberdièze, située non loin de là, à Champeaux, sur le canton de Vimoutiers.
En 1793, comme d'autres notables rouennais, dont les frères Havas, Thouret, Quillebeuf, Gueudry va acquérir encore du citoyen Lakanal une portion de la forêt de Touques, près Honfleur. Ce lot porte le nom des Rouges-Fontaines.

La naissance de Virginie


Entre temps, le 7 novembre 1792, Virginie Gueudry vient au monde. C'est manifestement le seul enfant viable de ce couple.
Virginie fut baptisée le lendemain de sa naissance par le curé Durand, de la paroisse de Notre-Dame de Rouen. A la cathédrale, le parrain fut Jean-Louis Meriotte, demeurant chez les parents de l'enfant, la marraine Marguerite Françoise Boullenger, épouse de Nicolas Thuillier, de la Mivoie, qui ne sait signer. Est-ce une domestique du château ? Meriotte est en tout cas connu. Ce commerçant de Rouen gère les affaires de Gueudry. A Amfreville-la-Mivoie, en 1792, un de ses fils est ainsi parrainé par Thouret, fils de l'ancien président de l'Assemblée nationale et une nièce d'Eudeline. Tout ce monde est alors logé au château.

En janvier 93, une manifestation à Rouen s'oppose au procès du roi. Il sont 300. Puis c'est une émeute royaliste, place de la Rougemare. Sanctionnée par la guillotine à Paris. Dès lors, Rouen se radicalise. 1793 est une année "sans" pour Gueudry. Il n'apparaît pas dans l'Almanach des notabilités. Règne alors la Terreur et il est
un temps écroué à la prison de Saint-Yon créée dans une ancienne institution religieuse, près de la forêt du Rouvray. Il en sera vite libéré. Suspecté de sympathies girondines, l'un de ses proches, voisin de campagne, Jacques Guillaume Thouret, aura moins de chance. L'ancien président de l'Assemblée, celui qui mena à bien la création des départements, est guillotiné le 22 avril 1794.

Le désastre de la Mivoie


Le 16 avril 1798, le second détachement du corps des guides de Bonaparte quitte Rouen pour Louviers. Les hommes sont pris de boisson. Ils descendent
au grand galop la rue Grand-Pont, traversent le port traînant leur artillerie. Parvenu non loin du château de la Mivoie, un chargement de poudre chauffe. Et explose. Deux ouvriers occupés à scier sont fauchés. Les obus contenus dans le chargement percutent les habitations des alentours. La troupe donne alors du canon pour alerter les secours. Mais les pompes venues de Rouen, le peu de sceaux disponibles sur place n'y feront rien. 28 maisons partent en fumée. Une quête fut organisée dans le Département pour secourir les victimes.

Le 1er février 1799, Gueudry perd son épouse,
Marie Rose Françoise Parent. Elle avait 43 ans et vivait de son revenu au 62 de la rue Grand-Pont. Les témoins furent Jean Quentin, un rentier de la rue de l'Ecole et Philippe Eudeline, alors commerçant au 4 de la rue de la Madeleine.

Notre premier préfet est Jacques-Claude Beugnot, proche de la famille Bonaparte. Chargé de la nomination des représentants de l'Etat dans les départements, il s'est octroyé la Seine-Inférieure le 2 mars 1800. En juillet, avec le titre de propriétaire, Gueudry fait partie des 25 citoyens composant le conseil général de la préfecture présidé par Bunel. Bégouin, ancien consituant du Havre, siège à ses côtés.

1801, membre du conseil général, nommé par le gouvernement, Gueudry est porté sur la liste des notabilités nationales. Composé de 20 membres, le conseil général est alors l'assemblée générale du Préfet qui dispose du puvoir exécutif.

En novembre 1802, Napoléon Bonaparte, premier consul, est à Rouen. On sait qu'il ne goûte guère l'économie politique. Beugnot dresse la liste secrète des notabilités qui pourront conférer avec le Corse. Voici ce qu'il écrit sur Gueudy : "Qualité : conseiller général, matières familières : contributions et comptabilité, observations : il a été préposé pendant trente ans à la recette des finances de la généralité de Rouen et a travaillé avec succès dans les assemblées provinciales, Antiéconomiste."


4 novembre 1802, Bonaparte, premier consul, visite la manufacture des frères Sévène, à Rouen. Le lendemain matin, à 6h30, il part reconnaître le cours de la Seine...

En 1804, Gueudry est l'un des conseillers généraux les mieux payés : 30.000 F. Même si c'est deux fois moins que Begouen. D'autres, comme Lefebre, se contentent de 2.000. Le conseil ne se réunit que quinze jours par an, tant en assemblée plénière que par section. Gueudry appartient sans doute à celle des contributions directes.

La fin de sa vie approche. Il fréquente toujours Charles Louis Havas chez qui ont lieu d'aimables causeries auxquelles assiste Jean-Baptiste Curmer, notre premier conseiller général élu au suffrage censitaire. Curmer avait fait ses études avec le fils Havas chez Dom Gourdin, ancien bénédictin de l'abbaye de Jumièges. Cette maison,  "elle était fréquentée par des hommes d'un mérite supérieur que j'écoutais avec bonheur : M. Beugnot, le premier des préfets de la Seine-Inférieure, y apportait son esprit brillant, les connaissances universelles, le charme inexprimable de ces causeries. M. Gueudry y racontait des faits curieux sur l'ancienne administration de la province qu'il avait longtemps dirigée comme subdélégué de l'Intendant ; le papa Quilbeuf (comme nous l'appelions) des anecdotes sur le Parlement et la belle  société des temps antérieurs à la Révolution ; MM. Defontenay, Eude, Belhoste, Fouquier, qui ne manquaient presque jamais à ces réunions, étaient aussi de solides et intéressants causeurs, et le contact de ces hommes éminents m'a donné le goût des choses sérieuses et utiles...."

Pour un portefeuil ministériel, Beugnot céda ses fonctions préfectorales le 11 mars 1806 à Savoye-Rollin,
Belhoste avait été juge à la Cour, Fouquet, et non Fouquier, procureur général, Quilbeuf conseiller de préfecture, Fontenay échevin et juge consul de Rouen... Nous aimerions savoir ces choses curieuses dont pouvait leur parler Gueudry. Mais c'est désormais un homme du passé. Et quel passé ! Celui du fils d'un boucher de Duclair devenu étonnamment une sommité de Haute-Normandie.

La mort de Gueudry


L'an mil huit cent sept, du samedy dix neuf septembre, par devant moi, maire, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil en la commune d'Amfreville la Mivoye, sont comparus Philippe Eudeline, âgé de soixante dix ans, négociant à Rouen, rue de la Madeleine et Jean Louis Meriotte, âgé de 59 ans, marchand à Rouen, Basse Vielle Tour, le premier témoin neveu et le second homme d'affaire du défunt, lesquels m'ont déclaré que Jacques André Gueudry, âge à de 75 ans, vivant de son revenu, domicilié à Rouen, rue Grand-Pont, veuf de Rose Parent, né à Ducler, département de la Seine-Inférieure, fils de feu Robert Gueudry et de feue Marie Anne Gresset, est mort le jour d'hier sur les sept heures du soir en sa maison de campagne située en cette commune, après m'être assuré du décès dudit Jacques André Gueudry en me transportant auprès de sa personne, j'ai rédigé le présent acte...

A sa mort, Gueudry laissait ses nombreuses possessions à la fille unique : la forêt de Touques, les fermes de Basse-Normandie, le domicile rouennais, le château de la Mi-Voie... Mais il avait gardé un pied à Duclair, notamment une pièce de terre, partie en labour, partie en bois-taillis sise au triège du Pavillon.

En 1808, le sieur Caire, qui habitait la rue, prévint sa clientèle qu'il allait s'installer dans la maison occupée ci-devant par Gueudry, au 62 de la rue Grand-Pont, pour y continuer son commerce de liqueur et eau de vie. Un décret impérial signé de Napoléon à Bayonne autorisa par ailleurs l'acceptation d'un legs de 3.000 F et de plusieurs glaces consenti par Gueudry au bénéfice des hospices de Rouen.

Le mariage de Guttinguer


Virginie, son unique héritière, fut placée sous la tutelle d'Eudeline. Elle avait alors 15 ans.
Son oncle veille jalousement à ses intérêts. A Amfreville, Eudeline fait saisir sur les sieurs Reboursier, père et fils, "deux pièces de foin sur pied et cerises pendant aux arbres" et les fait mettre en vente par l'entremise de l'huissier Tourly.

Le 21 février 1811, Virginie se marie avec le poète Ulric Guttinguer, âgé de 24 ans, demeurant au 7, rue de la Madeleine. Il n'a pas encore écrit son fameux recueil, Jumièges, dont je conserve pieusement un exemplaire.  Guttinguer est le fils d'un voisin d'origine suisse, engagé en politique, appelé à des responsabilités nationales et notable de la ville de Rouen malgré une fortune toute relative. Il fallut un conseil de famille pour autoriser cette union déséquilibrée. Car Guttinguer n'apportait dans la corbeille de mariage que les 40.000 F avancés par son père sur sa succession. En revanche, la dot de Virginie et son patrimoine seront estimés à plus d'un million 200.000 francs.

Aussitôt, le 25 février 1811, Virginie mit en location la maison de campagne dont elle avait hérité en face du château de la Mivoie, sur la route de Rouen à Paris.
Guttinguer savait-il que cette propriété était en lien avec la traite négrière ? Ni lui, en tout cas, ni Virginie n'avaient quelque responsabilité dans cette affaire. Jacques-André Gueudry, lui-même, en avait-il ?

Un juteux héritage


Les Guttinguer auront Rose Virginie en novembre 1811 et Marcelline Francine en 1814. Durant son mariage, alors qu'il tient toujours boutique, boulevard Cauchoise puis rue Saint-Eloi, Guttinguer étend le domaine de son épouse. A la naissance de sa première fille, il emploie le reliquat du compte de tutelle remis par Eudeline à l'achat de biens immobiliers au hameau des Hayons, sur la commune d'Esclavelles, arrondissement de Neufchâtel. Au fil des ans, les Hayons se composeront d'une résidence, de deux fermes, d'une auberge, de terres, de bois... En 1812, un corps de bâtiments, une petite ferme et le terrain du cimetière sont également ajoutés au domaine des Quatre-Favrils.

Hélas, à 26 ans, Virginie vint à mourir en 1819, au 35 de la rue Fontenelle. On l'inhuma à Amfreville.
Gardant l'usufruit du château durant la minorité de ses filles, Guttinguer séjournera souvent à la Mi-Voie, de 1820 à 1830, recevant les figures du mouvement romantique. C'est ici aussi que son père mourut en 1825. Quant à ses activités commericiales, elles se sont déplacées place du Vieux-Marché à la mort de sa femme.

Le 25 mars 1826, disparut à son tour Marie Anne Barbe Gueudry, veuve de Philippe Eudeline, cousine de Virginie, au 35 rue de Fontenelle. Guttinguer vivait avec elle ainsi que Eloy Boulanger, un homme de confiance âgé de 30 ans. Le mobilier et le linge dépendant de sa succession furent aussitôt mis en vente avec la table de jeu et à thé, la pendule, la montre dans son étui d'or... Mais Guttinguer garda aussi l'usufruit de cette maison.

Le morcellement des biens


En 1832 eut lieu le réglement de succession et en 1835 le partage des biens entre les deux filles Guttinguer. Les Hayons allèrent à Rose, épouse Herval de Vasouy, la Mivoie à Marcelline, épouse Moutier. Guttinguer n'y fera plus que de brefs séjours, lui préférant la forêt de Touques où il va édifier son fameux chalet en compagnie de sa seconde épouse mais en lui donnant le nom de la première. Le poète conservera aussi la majeure partie de la ferme de Champeaux et l'usufruit des Quatre-Favrils. Les deux propriétés de l'Orne avoisinent les 400.000 F.

Marcelline vendit le château de la Mivoie en 1850 à Edouard Rondeaux, grand-père maternel de Gide. Guttinguer fut cependant inhumé à Amfreville en 1866.
Occupé par plusieurs familles, se délabrant inexorablement depuis une vingtaine d'années, la demeure fut détruite en 1976. Trois ans plus tard, le terrain alla à la commune, à condition que fut conservée la superbe allée de tilleuls. A son emplacement s'élève aujourd'hui un centre culturel. Et nul ne sait que ce château fantôme plongeait ses fondations dans la traite des noirs.

Laurent QUEVILLY.

SOURCES

BMS Duclair, Rouen, Le Havre, arch. départementales de la Seine-Maritime.
Le Journal de Rouen.
Jean-Pierre Ribaut, Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen; 1987.
La Terreur à Rouen.
Christine Le Bozec, La contre-révolution en Europe / Rouen entre tentation et raison.
L'Assistance publique à Paris pendant la Révolution, vol. 2, P. 309.
Revue générale des matières colorantes, 1899, P. 280.
Un préfet du Consultat, Jacques-Claude Beugnot, Etienne Dejean, 1907.

Notes généalogiques


Du couple Robert Gueudry- Magdeleine Baville sont nés à Duclair :

1) Anne, en mars 1693, parrainée par Louis Boujard et Anne Gueudry.

2) Magdeleine, le 19 janvier 1704, parrainée par Guillaume Berrenger et Catherine Huilard. Elle se mariera le 20 août 1721 avec André de Conihout, fils de Jean et Marie Lebourgeois. Veuve, elle est décédée à Duclair le 1er janvier 1785. Son fils était boucher à Saint-Paër.

3) Marie, le 28 mars 1705, parrainée par Charles Poullain et Marie Desmoulins.

4) Robert qui suit, mais dont nous ne retrouvons pas sa naissance dans les registres.

Du couple Robert-Gueudry-Marie Anne Gresset sont nés à Duclair :

1) Robert, le 16 août 1726, parrainé par Robert Gueudry, son grand-père et Marguerite Gresset. Manifestement, il ne survécut guère. On ne retrouve pas son acte de décès mais l'année suivante un autre Robert vient au foyer des Gueudry...

2) Robert, le 31 juillet 1727, parrainé par Louis Boujard et Marie Gueudry. Marié à Marie Anne Barbe Renault, il s'établira comme marchand au Havre de Grâce. Ce sera l'un des personnages clefs de notre histoire. Plusieurs enfants lui sont nés au Havre mais l'un de ses fils, Jean-Baptiste, vint mourir à Duclair à 4 ans le 9 juillet 1761.

3) Louis Jacques, le 1er mai 1729, parrainé par Louis Etienne Dubois et Catherine Legrand. On note qu'un Louis Gueudry mourut le 23 avril 1730 à l'âge de un an. Le clerc Laurent Maupoint signa seul l'acte de décès sans indiquer le nom des parents.

4) Pierre Nicolas, le 17 novembre 1730, parrainé par Pierre Dubois et Marie Anne Leclerc. Il est décédé à 7 semaines le 30 décembre 1730. Maupoint signe seul sans indiquer le nom des parents.

5) Marie Anne Marguerite, le 4 décembre 1733, parrainée par Louis Noël Dubois et Marie Anne De Conihout. Elle est décédée à 10 ans, le 25 octobre 1743. Son père et le clerc Maupoint signent l'acte.

6) Louis, le 6 septembre 1735, parrainé par Adrien Lehoué et Catherine Binet, femme de M. Deliée. Il est mort à 8 ans le 7 octobre 1743. Son père et Maupoint signent l'acte.

7) Denis, le 9 octobre 1738, parrainé par Jean Gresset et Madeleine Duboc. Il parraine un de ses neveux au Havre en 1754. Il est témoin de la mort de deux jumeaux de Pierre Troque, marchand de Duclair, en novembre 1760. Je ne retrouve pas son décès.

8) Marguerite, le 27 mars 1742, parrainée par Robert Gueudry, son grand-père et Marie-Anne Lehoué. Il semble que ce soit la Marie Gueudry que l'on dit âgée de 2 ans lorsqu'elle est inhumée le 21 juin 1744. Signent son père Robert et Maupoint.

9) Jacques, le 8 février 1745, parrainé par Michel Jacques Rollain et Marie Françoise Rose Leroux. Ce Jacques mourut le 22 août 1749, âgé de 4 ans et 6 mois. L'éternel grand-père, Robert Gueudry signa l'acte de décès en compagnie de Jean Lepage, clerc et maître d'école à Duclair.

10) Jacques André dont nous retrouvons pas la naissance, né vers 1734

Du couple Robert Gueudry et Marie Anne Barbe Renault sont nés au Havre :


1) Jean Baptiste Robert, le 14 juin 1748, parrainé par Robert Gueudry, son aïeul et Marie Elisabeth Françoise Renault.

2) Jean Baptiste, le 23 octobre 1749, parrainé par Jean Baptiste Nicolas Renault, capitaine de navire et Marie Elisabeth Françoise Renault.

3) Marie Anne Barbe, 19 fevrier 1751, parrainée par Jacques Joseph François Renault, capitaine de navire représenté par le clec Etienne Rousselin, et Marie Anne Grasset, son aïeule, de Duclair, représentée par Elisabeth Renault. Mariée le 28 mai 1776 au Havre à Philippe Eudeline.

4) Louis Joseph Alexandre, le 25 mai 1752, parrainé par l'avocat Louis Dubois, conseiller du roi en l'élection de Rouen représenté par Etienne Rousselin, clerc des Sacrements, et Elisabeth Renault. Mort à la côte d'Angole le 11 mai 1772. Marin.

5) Marie Adélaïde, 23 mai 1753, parrainée par Jacques André Gueudry, représenté par Rousselin, et Marie Catherine Renault. Décédée le 18 avril 1755 en présence de Nicolas Baril et Louis Satin, témoins attachés à l'église Notre-Dame.

6) Denis Amand, 26 septembre 1754, parrainé par Denis Gueudry, son cousin de Duclair, représenté par le capitaine Renault et Hélène Françoise Dorothée Renault. Mort le 17 novembre 1757.

7) Jean Baptiste Guillaume, le 8 mars 1756, parrainé par Jean Baptiste Nicolas Renault, capitaine de navire et Marie Catherine Renault, son épouse. Mort à Duclair le 9 juillet 1761.

7) Pierre Corentin, le 17 juillet 1758, parrainé par Pierre Gallais, oncle maternel et une tante Renault.

8) Philippe Louis, le 25 août 1763, le ravisé, parrainé par son cousin Philippe Guillaume Augustin Mazé et Hélène Françoise Dorothée Renault.

La mère de ces enfants, Marie Anne Barbe Renault, mourut le 23 avril 1776 à l'âge de 55 ans, au Havre, les témoins furent son frère, Jacques Joseph François Renault et son neveu, Jean Baptiste Guillaume Dutac dont le père avait disparu en mer. Elle était la marraine d'une fille de son frère Jacques Josèph François nommée Marie Barbe en 1761.

Robert Gueudry, son époux, avait parrainé Joseph Robert Renault en 1763 qui fut capitaine de navire, mort à Ingouville en 1827. Lui-même eut un fils disparu au Brésil.


Décès non trouvés :

1) Robert Gueudry, père de Jacques-André, attesté à son mariage en 1785, alors âgé de 86 ans. Peut-être est-il mort peu après à Rouen.


2) Jacques Guillaume Hellot. Après son mariage tardif en 1784, il n'apparaît pas dans les registres du quartier de la rue Grand-Pont ni à Amfrevrille où il avait conservé l'usufruit du château.

NB : En 1838 fut vendue une propriété sise à Rouen 5 rue St-Lô et 55 rue des Carmes qui avait appartenu notamment à Marie Flore Hellot, propriétaire à Bolbec, Charles Augustin Hellot qui fut siamoisier à Bolbec, époux de Marie Rose Larchevêche, protestante, et dont la fille, Marie Henriette Hellot, née le 1er octovre 1787 avait épousé en 1807 à Bolbec François Bourdon, graveur né à Londre en 1782.
La propriété avait appartenu encore à Pierre Augustin Hellot, l'épouse Bourdon, Jacques Guillaume Hellot, notre donateur, Honoré
Jacques Hellot, son demi-frère, Jacques Hellot, son père, marchand à Rouen, rue Grand-Pont, époux en première noce de Rachel Rissoan-Piberès et en seconde noce de Marie Frontin. La propriété a appartenu aussi à la famille de Vielzmaisons qui donne un marquis.

Il est dit que le demi-frère de Jacques Guillaume Hellot possédait la majeure partie du château de la Mi-voie. A la mort d'Honoré Jacques, il en aurait hérité avant d'en faire don à Gueudry. J'ignore la date du décès d'Honoré Jacques.

Honoré Jacques Hellot, fils de Jacques, dans le cimetière protestant de Rouen et de Marie Frontin, décédée paroisse de Saint-Jacques à Dieppe, est né le 3 août 1725. Il fut baptisé le 6, paroisse de Saint-Lô.
Il s'est marié 
le 18 novembre 1764 sous l'égide de la religion réformée avec Elisabeth Leborgne, née le 2 décembre 1732 baptisée le 3, paroisse de Saint-Jacques de Dieppe, fille de Jacques et Elisabeth Roger. Leur contrat de mariage avait été cependant signé chez le notaire Vitecoq le 7 août 1752.

Honoré Jacques Hellot mourut neuf jours plus tard, le 28 novembre 1764, à 9h du soir, en sa maison des Carmes, paroisse Saint-Lô, et fut inhumé dans le cimetière protestant de Rouen entre 9h et 10h du soir. Il avait 39 ans.

Veuve après quelques mois de mariage, Elisabeth Leborgne se remaria le 14 septembre 1765 à Saint-Jean-sur-Cailly selon le rite de la religion catholique avec Jean-Baptiste Delessart, fils de feu Jacques inhumé le 26 février 1749 en la paroisse de Saint-de-la-Neuville par ordre du lieutenant général de Montivilliers et de Marie Marthe Lavotte, qui décédera en 1777 à Nointot avec la qualité de fileuse. La mère de l'épouse est alors décédée. Gueudry et Jacques Hellot figurent parmi les témoins.

Elisabeth Leborgne avait pour frère Jacques Abraham, époux d'Amélie Gabrielle Félicitée Argant. Deux enfants : Louis Marie Jacques et Alexandre. Le couple confirma son mariage devant l'église protestante en 1788 de même que le couple Delessart-Leborgne qui demeuraient rue du Pré, faubourg de St-Sever.