"Un Duclairois mondialement connu : Pierre Villette..." Dans les archives d'Hubert Vézier, un article de Flash-Info brosse la biographie de ce musicien de renommée internationale, né à Duclair en 1926 et décédé à Aix-en-Provence en 1998.

Francis Aubert a pu recueillir quelques témoignages, la mémoire des anciens se souvenant du passage de la famille au hameau des Monts. Trace aussi de M. Henry Villette, père de l'artiste, que l'on retrouve sur une photo ancienne de Duclair et qui fut adjoint au maire jusqu'en 1928, époque où il démissionna. Cela correspond à un déménagement vers Rouen.

Nous avons pu contacter Madame Josette Villette qui nous a autorisés à utiliser les photos de la codumentation trouvée sur internet et Madame Lawson, sœur aînée du musicien. Cette dernière nous apprit que l'héritage musical était bien présent dans cette famille de trois enfants où père et mère pratiquaient piano et violon ; le gène toujours vivace dans la génération qui suit puisque la fille de M. et Mme Pierre Villette est violoniste dans un grand orchestre philarmonique parisien.

Nous recommandons aux mélomanes internautes la page du site :  http://www.musimem.com/villette.htm : ils trouveront le catalogue des œuvres et des documents complémentaires sur la vie de M. Villette, notamment l'ensemble du texte écrit par M. Denis Havard de La Montagne dont nous publions ici quelques extraits avec son aimable autorisation. Par ailleurs, ils se procureront facilement dans le commerce le CD sorti fin mars 2006 chez Hpérionet peut-être aussi la revue Diapason qui a consacré, fin avril 2006, un article à la musique de M. Villette. 

" La musique de Pierre Villette se soucie peu de modes passagères, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle soit passéiste. Une solide formation dans les disciplines d'écriture l'a ancré dans une tradition puisée aux sources de la rigueur. La qualité évidente de cette production réside dans le soin qui préside à sa réalisation. Une harmonie raffinée, sans outrances ni anachronismes, usant d'un chromatisme subtil, bien que nettement tonale voire modale, et surtout une imagination mélodique d'une grande richesse, d'un évident naturel, en constituent l'un des aspects les plus clairs. Mais il est évident qu'une gravité intérieure préside le plus souvent à sa démarche créatrice. Orchestrateur raffiné, il sait mettre en valeur les timbres des instruments. " Ces quelques lignes écrites en 2000 pour Propos en mesure, le bulletin du Conservatoire national de région de Besançon1, résument parfaitement les qualités du compositeur, mais Pierre Villette, s’il laisse une œuvre abondante et variée de premier choix, fut également un pédagogue renommé dont les élèves gardent le souvenir d’un homme dévoué, affable et soucieux de la qualité de l’enseignement qu’il était amené à prodiguer ou à diriger.

Né le 7 février 1926 à Duclair (Seine-Maritime), petit port de Seine connu dès le VIIe siècle pour son monastère d’hommes et dont l’église Saint-Denis, classée Monument Historique, date en partie du XIIe siècle, Pierre Villette a baigné dès sa plus tendre enfance dans la musique : son père jouait du piano, de l'orgue et du violon ; son oncle du piano et ses trois tantes paternelles, dont l'une chantait agréablement, du piano et du violoncelle. Sa mère était également pianiste et s'amusait à copier les parties d'orchestre des œuvres de son mari. Comment dans un tel climat familial, où la musique était tant vénérée, ne pas devenir musicien soi-même, d'autant plus que le chanoine Delestre (1901-1993), directeur de la maîtrise Saint-Evode et maître de chapelle de la cathédrale de Rouen durant plus de 40 ans, était un cousin ! C'était aussi un ancien élève de Jean et Noël Gallon, de Paul Dukas et de Marcel Dupré. Tout naturellement, âgé de 6 ans, Pierre Villette intégre la Maîtrise Saint-Evode, où il étudie notamment l'orgue auprès de Jules Lambert. A l'âge de 13 ans, il fait ses premières armes de musicien au banc de l'orgue de l'église Ste-Thérèse de Saint-Etienne-du-Rouvray, et tout de suite après à celui de l'église St-Paul de Rouen, ainsi qu'a l'instrument de la chapelle du pensionnat St-Jean-Baptiste de Rouen. 

En 1941, après avoir été préparé quelque temps par Maurice Duruflé, un ancien de St-Evode tout comme lui, Pierre Villette entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris pour y achever sa formation musicale, mais la guerre interrompt quelques temps ses études. Il obtient néanmoins un 1er Prix d'harmonie en 1945, un 2ème prix de fugue et un 1er prix de contrepoint en 1946. Alors élève particulier d'Henri Büsser pour la composition, il se présente au Concours de Rome en 1948, mais doit interrompre sa mise en loge à la mort de son père survenue à cette époque. L'année suivante, après avoir obtenu un 2ème prix de direction d'orchestre, Pierre Villette concourt à nouveau pour le Prix de Rome. Cette fois-ci sa cantate pour 3 solistes et orchestre La Résurrection de Lazare lui vaut un second Prix. Il n'en est pas alors à son premier essai de composition qui porte d’ailleurs le numéro d’opus 16. C’est en 1942, à l’âge de 16 ans qu’il fit ses premières armes avec l’écriture d’une Marche fantaisiste op. 1, pour orchestre symphonique, suivie l’année suivante d’une Berceuse op. 2, pour violon et piano et ensuite de plusieurs motets : Ave Verum op. 3 (Heugel), Salve Regina op. 5 (Heugel), Adoramus te op.7 (inédit)...

De santé fragile, Pierre Villette tombe malade et doit se reposer durant une longue période au plateau d'Assy à Passy, non loin de Chamonix. C'est là d'ailleurs qu'il fait la connaissance de sa future femme. Il l'épouse en 1956 dans l'église Notre-Dame de Toutes Grâces, où d'ailleurs il touche l'orgue depuis 2 ans et s'occupe d'une chorale qu'il a fondée. Même si Pierre Villette aimait beaucoup l'orgue, il n'a pas souhaité faire une carrière d'organiste et n'a composé qu'une œuvre pour cet instrument : une Elévation, écrite en 1955, à l'époque où il tenait l'orgue du plateau d'Assy.

En 1957, Pierre Villette est nommé directeur du Conservatoire national de région de Besançon, qu’il dirige durant une dizaine d’années. A cette époque, cet établissement compte 20 professeurs et un effectif de 850 élèves inscrits dans les classes d’instruments et d’éducation musicale. Il s’évertue là à rénover l’enseignement, notamment en développant ou en créant certaines classes, comme par exemple celle de danse en 1960. Parallèlement notre musicien n’abandonne pas pour autant ses activités de créateur et c’est ainsi que durant cette période bisontine, il écrit une dizaine d’ouvrages, parmi lesquels nous citerons une Cantilène op. 26, pour basson ou violoncelle et piano (Leduc),une Romance op. 30, pour clarinette et piano (Leduc), un Concerto op. 33, pour violon et orchestre, une pièce pour orchestre symphonique : Rêverie interrompue op. 36, et plusieurs œuvres religieuses : O Sacrum convivium op. 27 (motet à 8 voix a cappella, Heugel), Strophes polyphoniques pour le Veni Creator op. 28 (motet à 4 voix a cappella, Ed. A Cœur Joie), Tu es Petrus op. 29 (motet à 4 voix et 2 orgues, Adoro te op. 31 (chœur à 4 voix a cappella, Durand) ... La plupart de ces œuvres ont été données en première audition à Besançon, dirigées souvent par l’auteur lui-même, car Pierre Villette est également un habile chef d’orchestre [...]

En 1967, pour des raisons de santés, Pierre Villette doit se tourner vers le Midi et prend la direction du Conservatoire d’Aix-en-Provence, alors installé dans les anciens locaux de la Place de Palais avant de se transporter en 1970 dans l’Hôtel de Caumont pour devenir le Conservatoire Darius Milhaud. 

Conservatoire d'Aix-en-Provence, année 1980 : Pierre Villette entouré de Henri Dutilleux et du compositeur polonais Witold Lutoslawski

Avec la même volonté dont il avait fait preuve à Besançon, il œuvre pleinement pour développer la musique dans cette région, en redonnant vie à l’Association des Concerts du Conservatoire, et en participant activement à la création de l’Orchestre de Chambre d’Aix. En 1988, grâce à son intense activité, la musique fait son entrée par la grande porte à l’Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles Lettres d’Aix : Pierre Villette s’installe au fauteuil du peintre Albert Coste.

Son long séjour aixois entre 1967 et 1998, où ses nombreuses fonctions pédagogiques et administratives prennent une grande partie de son temps, ne l’empêche pas cependant de se livrer à la composition, activité qu’il aime particulièrement car il peut ainsi laisser libre cours à une imagination fertile et créatrice. C’est principalement de la musique de chambre qu’il écrit, ainsi d’ailleurs que de la musique sacrée. Parmi celle-ci on lui doit notamment une Missa da pacem op. 38 (1970), donnée en l’église de la Madeleine d’Aix, et une Messe en français op.44 (1981) pour la nouvelle liturgie (commande d’Etat)...

Le 6 mars 1998, Pierre Villette s’éteignait à l’hôpital d’Aix-en-Provence. Le 22 juin 2000 le CNR de Besançon a rendu un fervent hommage à la mémoire de son ancien directeur disparu, en organisant à la Salle Battant un concert intitulé " Autour de ses œuvres ", [...]

SOURCES

Flash Info, collection Hubert Vézier.

Site Musica et Memoria 

Photos : collection Mme Josette Villette.