Une dynastie de médecins duclairois

Par Laurent Quevilly

Durant 150 ans, de père en fils, les Cavoret prirent soin de la santé des Duclairois. L'un d'eux fut longtemps maire de la ville. Résumé de leur épopée...


1) François Amédée Cavoret

Qui sait quel vent poussa François Amédée Cavoret jusqu'à Duclair. Né en 1721, il était originaire du diocèse de Genève, en Savoie. Plus précisément de la paroisse Saint-Pierre de Moignard. Fils d'un bourgeois drapier, il laissait derrière lui un frère et un beau-frère notaires. Bref, du beau linge.

Après avoir exercé son art dans la Marine, il est reçu chirurgien préposé à Duclair en 1749. Là, Jacques Berryes exerçait cette charge depuis plus de vingt ans. Avant de rendre l'âme. Cavoret lui succède en 1750 au point d'épouser sa veuve, Marguerite Gresset. Au seuil de la ménopause, elle a douze ans de plus que lui et est restée sans enfants.

Cavoret va vivre dix-neuf ans avec cette femme qui ne lui donnera aucun héritier. On le devine s'ennuyer auprès de son aînée. Quand, à 60 ans, Marguerite Gresset a  la bon goût de tirer sa révérence, le 27 avril 1769, son mari n'apparaît pas parmi les témoins de son décès. La terre s'est-elle seulement refermée sur le corps de la défunte ? François Amédée Cavoret met aussitôt enceinte Marguerite Leprévost. Il l'épouse en août. Elle accouche en janvier. Marguerite lui donnera en tout trois filles et enfin un fils appelé à lui succéder.

Chirurgien n'est pas médecin

Assimilés aux barbiers, les chirurgiens sont alors méprisés par les médecins qui les maintiennent sous leur domination intellectuelle. Ils forment une corporation et tiennent boutique. Chez les chirurgiens se distinguaient encore deux catégories. Ceux qui passaient l'épreuve du grand chef-d'œuvre. Et ceux qui n'avaient que légère expérience et pratiquaient dans les bourgs des soins rudimentaires.
Ce n'est qu'en 1762 qu'est créé un collège de chirurgiens à Rouen. Un édit de Louis XV venait enfin les séparer des barbiers en leur conférant le statut de profession libérale et les mettait sur un pied d'égalité avec les médecins.
En attendant, en 1773, Cavoret est convoqué à la chambre de juridiction des chirurgiens de Rouen pour des raisons disciplinaires. Trois ans plus tard, on le voit déposer dans le cadre d'un accident survenu au passage de Jumièges :  Cet épisode voit Marie Angélique Boutard, titulaire du bac de Jumièges et veuve de Denis Mustel, lui donner du "Mon cher cousin".  Quant à lui, il se présente comme son beau-frère...


Cavoret assied sa notoriété tout en étant en concurrence avec le Dr Berrye, apparenté à sa première femme . A la Révolution, on le voit propriétaire foncier. C'est sur l'un de ses terrains qu'est édifié le moulin Bouillon, là où l'Austreberthe se jette dans la seine à Duclair. Nommé officier municipal en 1790, il siège aux côtés de Jullin, laboureur, Langreney, marchand, Denis Lecouteulx et Sénéchal, laboureurs. Le maire est alors Caillouel, avocat, le curé Delanos occupant les fonctions de Procureur de la commune. Cavoret meurt dix ans plus tard, le 5 janvier 1800.

2) Jacques François Amédée Cavoret

Cavoret, 2e du nom, fut sans doute "apprentif" de longues années chez son père et reçut des cours d'anatomie. Mais c'est en qualité de médecin-chirurgien qu'il épouse, en décembre 1801, la fille d'un gros rentier, Jean-Baptiste Poullain, dit Grandchamp. Ce dernier, marchand à Caudebec, a du bien à Duclair mais aussi près de l'abbaye de Jumièges. A Duclair, on a vu Poullain conduire une révolte en 1781, puis signer les cahiers de doléances et siéger, à la Révolution, au sein du conseil municipal en compagnie de François Amédée Cavoret. Maurice Leblanc, l'auteur d'Arsène Lupin, sera apparenté à la famille Poullain qui donnera un maire de Jumièges, conseiller général du canton.

Ce mariage de Cavoret avec Aimée Poullain fut précipité par un impératif de la nature. La mariée accoucha en effet d'un garçon le mois suivant. Aimée donnera encore deux filles et deux fils. 

En attendant, fin 1814, Jacques François Amédée Cavoret est requis par Hue, maire de Jumièges, pour examiner le cadavre d'un inconnu. Dans la nuit du 9 au 30 décembre, un homme a pris une chambre à l'auberge Lassire, située à Heurteauville. Il y est mort subitement. On ignore son nom mais un habitant de Port-Jumièges dit qu'il s'appelle Nicole, car il a été détenu avec lui voici deux ans. Cavoret signe le certificat d'inhumer et l'homme est enterré par le desservant de la chapelle d'Heurteauville.

Cavoret, mourra en 1825. Ses enfants n'ont guère vécu. Mais l'aîné, lui, va se faire un nom.



3) Amédée Adolphe Cavoret

C'est la gloire de la famille. D'abord son parcours en quelques dates  depuis sa naissance, le 13 Nivôse de l'an 10.

1820 : attesté comme officier de santé à Duclair, en concurrence avec Dupuis. Il a 19 ans et procède donc aux vaccinations dans les communes sans avoir le grade de docteur. Dupuis a déjà 1025 vaccinations à son actif. Il obtient à ce titre un prix de première classe qui consiste en une trousse d'instruments de chirurgie en vermeil. Cavoret, lui, se contente d'un 43e prix de 3e classe sous forme d'ouvrages de médecine.

1826 : prend ses fonctions de médecin à Duclair.

1830 : fait son entrée au conseil municipal. Il y restera 59 ans.

1831 : il obtient du comité central de vaccine un 2e prix. Une mention honorable va à Allain, de Boscherville, et Hodienne, de Jumièges

1832 En juillet, entre Duclair et le passage de La Mailleraye, il perd son lancetier en argent doré contenant six lancettes à manche de nacre.

1836 : Nouvelle médaille pour le zèle déployé ces deux dernières années dans la vaccination.

1847 : deuxième rappel de médaille de lauréat.

1848maire provisoire pour deux ans.

1853 : Recommandation spéciale de l'Académie de médecine.

1854 : Il a sous son toit un garçon de 20 aus, Paulin Acius, venu de l'hospice.

1857 : médaille de lauréat du comité de vaccine de Rouen.

1859 :  Rappel de médaille de lauréat.

1860 : médaille de bronze grand module délivrée par l’autorité préfectorale de la Seine-Inférieure. Cavoret dispense des soins gratuits à la brigade de gendarmerie de Duclair depuis sa création en 1837.

1861 : médaille d’argent délivrée par le ministre de l’Agriculture et du Commerce pour soins gratuits aux pauvres du canton et vaccinations.

1862 : Troisième rappel de médaille de lauréat.

1865 : Premier adjoint de Duclair.

1869 : à nouveau élu maire. Il le restera jusqu'à sa mort. Auparavant, il remplissait les fonctions avec la démission de son prédécesseur, Berruyer, dont il était l'adjoint. 

1872 : il inaugure le premier bac à vapeur.

1874 : Nommé encore maire de Duclair par le Ministère de l'Intérieur avec Pol-Denis Bellest pour adjoint. On donne aussi Auguste Boullard.

1876 : Témoignage de satisfaction du ministre de la guerre pour les soins gratuits aux familles de garmes.

1879: le 17 mai 1879, dans la salle de la mairie de Duclair, à l'occasion du conseil de révision, le Dr Cavoret reçoit la Légion d'Honneur des mains d’Achille Poullain Grandchamp avec qui il est en famille. Cet année-là, il met un terme à sa carrière de médecin.

1881 : il inaugure la ligne Barentin-Duclair, le 20 juin. Bellest est à nouveau adjoint.

1884 :  Médaille d'or des Sociétés de secours mutuel.

La mairie et ses halles dans leur jus d'origine. Adolphe-Amédée Cavoret les a vus se construire de 1810 à 1813. Il y siégera ensuite durant... 58 ans ! Cette photo fut prise quelques années après sa mort.

Amédée Adolphe Cavoret était aussi un érudit à ses heures. Il conservait notamment une hache en silex de l'époque gauloise ou encore un dessin de Lefoyer, le restaurateur de la maison de Corneille, daté de 1812.  Cette maison, située rue de la Pie, y apparaît dans son état ancien. Le dessin sera exposé au musée rétrospectif de Rouen.

Cavoret avait deux sœurs, Adèle-Aimée-Aglaé, épouse du pharmacien Persac, Félicité, épouse Leclerc. En 1837, on les voit tous trois vendre un terrain au cantonnier de Duclair, Pierre-Augustin Maréchal.

En 1847, orphelin de sa mère-célibataire, Gabriel François Menant, natif d'Evreux, fit son entrée à l'hospice de Rouen.Il avait 5 ans. L'enfant sera placé chez Cavoret.

Nommé maire

Par arrêté du 13 mars 1848, le citoyen Deschamps, commissaire du Gouvernement provisoire pour le département de La Seine-Inférieure, a dissous le conseil municipal de la commune de Duclair, et l'a remplacé par une commission provisoire composée des citoyens dont les noms suivent :
Cavoret, médecin , maire ; Persac, pharmacien, adjoint ; Danjou, horloger ; Saunois, rentier ; Delaunay, greffier ; Bassagne, limonadier ; Olivier, rentier ; Martin Pierre, propriétaire et cultivateur ; Jourdain, rentier ; Emangard, fabricant de briques ; Aroux, clerc de Ia justice-de-paix ; Ferand, idem ; Paumet, marchand de fer ; Vespierre, serrurier ; Delaporte, charrieur ; Gaudray, marchand ; Roulet, sabotier, et Léger, clerc d'huissier.

Le 1er avril 1848, il verse une souscription pour les ouvriers sans travail.

On nous écrit de Duclair, le 1er juillet :
"Une fête toute patriotique vient d'avoir lieu a Duclair ; voici a quelle occasion : Jeudi dernier, les cinquante braves de notre milice citoyenne, ayant à leur tête leur digne commandant, M, Baudouin , qui s'étaient dirigés  dimanche dernier sur Rouen, pour se mettre a la disposition de I'autorité, sont rentrés dans tours foyers avec ceux des leurs qui étaient allés à Paris.
L'autorité municipale de la commune, la garde nationale sédentaire, musique en tête, sont allées a la rencontre de ces courageux citoyens, qui n'avaient pas craint d'abandonner leurs familles, leur commerce et leurs propriétés, pour voler au secours de l'ordre et de la liberté ; aussi, a leur entrée dans le bourg, où plusieurs évolutions d'armes ont eu lieu, chacun les félicitait de leur dévouement.
Le citoyen Cavoret , maire, leur a fait ensuite une allocution dana laquelle II exprimait qu'ils avaient tous mérité les sympathies du pays et les siennes en particulier ; que, pour preuve, l'administration leur avait fait disposer un banquet auquel ils étaient tons instamment invités à s'asseoir. A cc banquet, où la plus franche cordialité a régné, un grand nombre de discours ont été prononcés. Les braves volontaires sont allés ensuite reconduire leur commandant ; puis, revenant an pied de l'arbre de la Liberté, ils ont remercié les autorités de leur concours et du banquet fraternel qu'elles avalent bien voulu offrir, en jurant tous que si jamais la France avait besoin de ses enfants, ils se lèveraient comme un seul homme pour la défendre.
On s'est séparé aux cris de vive la République. !"

En 1850, le notaire Rigoult succède à Amédée Cavoret qui poursuit sa carrière humaniste.

En 1853, le Dr Cavoret intervient dans l'affaire de la norole empoisonnée :

En août 1856, alors que Panthou est maire, Cavoret se fend d'une souscription en faveur des inondés. Il met encore la main à la poche en 1862 pour soutenir la Société du Prince-Impérial concernant l'enfance au travail. L'année suivante, don en faveur des chômeurs du département.

En 1861, Amédé vit avec son fils Adolphe au 34 quai du Havre. Ils ont deux domestiques : Aglaée Cornu, 34 ans, et Auguste Bidault, 17. Ils ont Isidore Chéron pour concurrent. Demeurant au bourg, il a 44 ans et est l'époux de Marie Ponty. Une fille, Laurentine, une domestique,Célina Vincent, 21 ans.

Le 31 août 1865, on apprend la nomination de Cavoret au poste de premier adjoint, de Berruyer étant nommé maire. En février 1866, on organise une loterie en faveur des pauvres et Cavoret met en jeu un lot. Il y a ceux de l'Empereur, de l'Impératrice, ceux du député, du sénateur, du maire, bref, de toutes les sommités, y compris du curé-doyen Baudry. Curé qui, le 2 mai suivant, quitte Duclair pour Yvetot. Avec Berruyer, Cavoret se rend au presbytère lui rendre hommage en lui témoignant l'affection de la population. Ils sont accompagnés des pompiers, la Cécilienne, la musique municipale et des fonctionnaires du canton.

Le 15 août 1866 a lieu une fête traditionnelle : Te deum, messe en musique, revue de pompiers, jeu publics agrémentés par la musique municipale sur la place de la mairie. LE soir, c'est la Cécilienne qui donne un concert sur la Seine. Elle le donne à la dunette pavoisée et illuminée a giorno d'un steamer anglais amarré au quai et commandé par le capitaine Lachlan. A 9h et demie du soir, après le feu d'artifice, la Cécilienne offre au capitaine et son second une collation présidée par Cavoret. Lachlan porte un toast à l'Empereur et aux Duclairois, la Cécilienne à la reine Victoria et aux Anglais ainsi qu'à l'éternelle entente cordiale entre les deux peuples

Novembre 1866 : c'est la Saint-Cécile. Fête traditionnelle elle aussi. Grand messe avec concert de la Cécilienne. A l'élévation, Onfroy, un musicien de 1ère classe du 10e cuirassiers exécute un andante au saxophone. Après quoi, les Céciliens donnent un concert dans une salle du premier étage de la mairie. Changement de local pour un banquet présidé par Berruyer. On lève alors son verre à l'Empereur, sa femme et le petit prince... Darcel, conseiller général souhaite succès au concours musical projeté l'an prochain par la Céciliène avec la bénédiction du préfet. Le président Mouchelet rappellera quant à lui l'histoire de sa Société, fondée en 1863 et dirigée par Huguerre. Onfroy donne encore du saxo. Et Cavoret, en bon président du bureau de bienfaisance, mène une quête qui rapporte 30F.  JM Thaurin est alors le correspondant du Journal de Rouen.

En décembre, voici la Saint-Barbe. La compagnie des sapeurs-pompiers du capitaine Delaunay se rend à la messe, musique en tête. Lefèvre dirige encore quelques morceaux durant l'office. Puis Cavoret passe les hommes en revue place de la mairie. Après quoi banquet rythmé par force toasts portés depuis le chef de l'État jusqu'aux personnalités locales.

En 1866, le répertoire archéologique de l'abbé Cochet nous apprend que le Dr Cavoret possédait aussi un hache en silex datant de la préhistoire et mise au jour à Duclair.

En décembre 66 un incendie se déclara chez Léon Huguerre, le filateur. Ce dernier se montra reconnaissant envers la réaction de Cavoret, du commissaire de police, des gendarmes et bien sûr des pompiers accourus aux premiers cris d'alarme. Sans oublier l'ouvrier qui, se jetant dans la Seine, revint comprimer le feu en se roulant sur les matières enflammées. Ce qui permit aux autres de circonscrire le sinistre. Pendant ce temps, une "'personne honorable" fut rudoyée. 

Octobre 1867 : nouvelle revue des pompiers avec le concours de la musique municipale. Au terme d'un banquet de 150 convives en mairie, Cavoret quête encore pour les pauvres.

Le 31 janvier 1868, on compte Cavoret parmi les élus du canton aux obsèques d'Etienne, maire de Varengeville, conseiller d'arrondissement et chevalier de la Légion d'Honneur. La Cécilienne et la musique municipale de Duclair sont du cortège qui accueille le char funèbre près de la Vaupalière. Après la messe à Varengeville, le cercueil fut déposé dans un caveau de la chapelle Saint-Gilles, propriété de la famille Étienne. Le fils de famille ne souhaita aucun discours. 

Nouvelle loterie de bienfaisance en mars 1868. Cavoret y va se son lot. Comme l'Empereur...

Le 19 avril, retraite aux flambeaux menée par la musique et les tambours de la ville. Elle annonce la revue des pompiers du lendemain. Coïncidence : un incendie se déclare à l'auberge Grenier, place du Marché. Cavoret fils figure parmi les pompiers en qualité de médecin-major. Son père est sur place avec le commissaire Didion ou encore Baron, le secrétaire de mairie. Le grenier d'une écurie abritant du foin est en feu et menace un bâtiment voisin regorgeant de matières combustibles. Premier réflexe : évacuer les fûts d'eau-de-vie. Une chaîne humaine de 250 m se forme et l'on vient à bout du sinistre.

En septembre, Cavoret est cité pour son dévouement en qualité de médecin visiteur auprès des enfants de l'assistance publique. Le 5 du même mois, le garçon qu'il avait recueilli de l'hospice, Gabriel François Menant, peintre en bâtiment, se marie à Barentin avec une couturière, Eugénie Célina Lecomte, née en cette même ville. Cavoret n'apparaît pas parmi les témoins.
Octobre 68 voit encore Cavoret quêter à l'issue du banquet des pompiers. 
Toujours dans le cadre de cet éternel recommencement, voici,
fin février 69, la loterie annuelle de bienfaisance. Nous vous ferons grâce des prochaines éditions...

Nouveau mandat

Ce dévouement est encore récompensé. Le 27 juillet 1869, à trois heures de l'après-midi, Lair, le jude de Paix, installe Cavoret dans le fauteuil de maire. Berruyer a démissionné.Un décret du 16 a investi le médecin dans cette fonction. 

27 septembre 1869 : sur les quais, Cavoret prodigue les premiers soins à une femme âgée tombée d'une charrette dont le cheval s'est emballé. Le garçon d'écurie avait eu la maladresse de le débrider dans le dételer pour lui donner de l'avoine.

Le 18 octobre, il va présider à Jumièges le banquet des pompiers, Lepel-Cointet et son adjoint Bicheray étant absents. A midi, la compagnie, musique et tambours en tête, était allée au devant de la délégation duclairoise à la limite de la commune. Puis, réunie en une seule compagnie commandée par Delaunay, on déambula dans le bourg. Dirigée par Delafosse, la clique anima le repas, salle de la mairie.

Le dimanche 2 janvier 1870, à 14h, dans la salle municipale de l'Hôtel-de-Ville, Cavoret procède à l'installation de Ferrand, président de la Société de secours mutuels. Qui prête serment et prononce un discours applaudi à tout rompre. La société compte 50 membres honoraires et 150 membres actifs. Parmi les protecteurs, le Dr Cavoret fils.

Le 28 juin 1870, au matin, une dépêche télégraphique appelle les docteurs Cavoret père et fils auprès d'une Jumiégoise qui vient de se donner quatre coups de ciseaux à la gorge. Le pronostic vital ne leur semble pas engagé après les soins.

En août 1870, Cavoret souscrit en faveur des victimes de guerre. Ferrand, son adjoint, aussi ainsi que les conseillers Delaunay, Baillif, Ouin, Lorgery, Bouteiller, Mettérie, Aubert, Emangard, Panthou, Ducal, Denis et Michel. Un souscription reste ouverte en mairie et Lair, le juge de Paix, préside un comité central cantonal.

Juillet 1871, Cavoret est reconduit comme maire mais avec Bellest pour adjoint.

Le jeudi 22 mai 1873, Cavoret inaugure le bac à vapeur de Duclair. Banquet chez Georges Denise avec une quarantaine de convives. Darcel, conseiller général et président de la Société anonyme du passage de Duclair trône en bonne place. Il y eut une promenade en Seine, puis des jeux publics sur la Grand Place, un bal, un feu d'artifice devant la mairie tandis que des feux de Bengale illuminaient le fleuve.

Juillet 1873 : le Dr Cavoret intervient à Anneville où Auguste Lafosse, domestique chez Richu, voulait s'exercer à la cible. Son vieux fusil à pierre lui déchira le pouce. Il fallut amputer. Le 6, concours agricole. Peu d'exposants, peu de visiteurs. 

Février 1874 : Cavoret est reconduit maire, Pol-Denis Bellest adjoint.

En mai, alerté par un Duclairois, le Dr Cavoret cout jusqu'au bois de Varengeville en compagnie du juge de Paix. On y a trouvé pendu le vieux Lemonnier, journalier à Duclair. Août, c'est la distribution des prix aux élèves du pensionnat et de la communale dirigés par Ragot. Dans la salle sont exposés les travaux des jeunes. 

Mars 1875 : les gendarmes appellent le Dr Cavoret au hameau de la Neuville, au Maulévrier. On a retrouvé le corps sans vie de Frédéric Dusseaux, 45 ans, domestique chez Hardy. Il conduisait une de ces voitures qui servent à transporter de gros arbres. Un de ses collègues, lassé de l'attendre, s'était porté à sa rencontre sur la grand route pour le découvrir couché sur son chargement. Pensant le réveiller en le secouant, il fit rouler le corps à ses pieds. Congestion cérébrale conclut Cavoret.

Le 31 octobre 1876, Cavoret est de ceux qui tiennent les cordons du char aux obsèques de Lamer, maire de Saint-Paër et manufacturier. Il eut à cette époque quelques soucis avec les sœurs Delafosse qu'il expropria de deux terrains servant à l'extension de l'école des filles. En novembre, on fêtait toujours la Sainte-Cécile. C'est un violoniste qui fut mis à contribution durant l'élévation. Cavoret présida le banquet à l'hôtel de la Poste. Une collecte alla aux assistés de l'hospice pour leur permettre de fêter eux aussi sainte Cécile le dimanche suivant. En fin de repas, nombre d'exécutants de la Société musicale allèrent animer un bal populaire.

En juin 1877 s'ouvrait l'enquête publique sur la ligne Barentin-Duclair. En juillet, Cavoret et son adjoint Boullard sont en pleine nuit à la fabrique de briques d'Edmond Emangard père et fils. Fourrage, voitures et bois alimentent le feu dans deux bâtiments. Cette année-là, la Sainte-Cécile eut la configuration habituelle mais l'idée germait d'organiser un grand concours musical le jour de l'inauguration de la gare.

Janvier 78 : Cavoret est reconduit maire avec Boullard pour adjoint. Le 17 mars, la Société musicale organise un concours de bienfaisance. Cavoret et Granchamp, conseiller d'arrondissement, "oncle d'Arsène Lupin", conduisent Mmes Bellest et Hervieux au cours de la quête. En retrouve les deux hommes à la tête de la délégation cantonale de l'instruction primaire. Mais voilà que l'on appelle le Dr Cavoret père à Anneville. La femme Perray a trouvé son mari pendu dans la grange. Il avait 35 ans, 5 enfants. Et des dettes. Dans le même temps, les gendarmes arrêtaient un étranger ne parlant pas français et qui, dans la Vallée des Vieux, demandait par gestes à manger. C'était George Lougstaff, déserteur d'un navire anglais, le Salus. Le 4 mai, Cavoret père et fils sont appelés auprès d'Eliot, jeune maître couvreur à Duclair, qui après une chute de cinq mètres reste sans connaissance. 

En octobre, Cavoret passe en revue une compagnie de pompiers totalement réorganisée. Au banquet, il ne manque pas de remercier le député Waddington qui a doté la compagnie de 100F. La musique dirigée par Huguerre est de la fête en mairie. On quête encore pour les pauvres. Puis on danse...

A partir du 1er janvier 1879, Cavoret mit en location pour cinq ans ce droit de coutune consistant à percevoir ceux liés aux marchés, halles, quais et autres places publiques de la ville. Le 21 février, le Dr Cavoret père est appelé à toute hâte dans une filature de Varengeville. Le jeune Leroux, voulant nettoyer son métier en mouvement, eut la tête prise entre le bout du raboudeur et la tringle en fer. Le vieux médecin ne put que constater la mort.

Mardi 24 juin, dans une salle de l'école, Cavoret est de ceux qui président au certificat d'études. Les cinq lauréats sont tous du pensionnat dirigé par Ragot. Parmi eux : Sever Boutard, le futur maire de Jumièges.

Le 11 juin 1880, Cavoret fait partie des propriétaires expropriés et indemnisés pour la ligne Barentin-Duclair. Revue de pompier le 4 octobre. Conseiller général, Grandchamp s'attire les applaudissements du banquet en évoquant les affaires du canton. Et nouvelle Sainte-Cécile fidèle à elle-même. le 21 novembre.

En février 1881, Cavoret est confirmé maire avec Paul Bellest pour adjoint. En mai, nos notables se partagèrent la surveillance des écoles primaires. Cavoret et Lecointre auront l'œil sur celles de Duclair, Saint-Paër et Villers-Ecalles. En juin, grand, très grand événement : l'inauguration de la ligne Barentin-Duclair. Notre maire attend la locomotive sur le quai, entouré de son conseil. Puis il préside le banquet en mairie. Le 9 août, Cavoret et Guéroult, conseiller d'arrondissement, entourent Granchamp, conseiller général à tribune d'une réunion électorale. Le député Waddington rend compte de son mandat, développe ses projets. On est unanime pour sa réélection...

Novembre 81 : Cavoret encore confirmé maire avec Bellest pour adjoint et qui fera bonne figure au banquet de la Sainte-Cécile.

Tandis que les concerts de bienfaisance sont une tradition duclairoise, en avril 82 la Société musicale ouvre une souscription en faveur des lamaneurs du Havre frappés par un grand malheur. Cavoret la remettra à son homologue havrais. Le 2 juillet se tient à Duclair le concours agricole de l'arrondissement de Rouen. Le même mois, le charretier d'un grainetier de Duclair est retrouvé gisant sur la route d'Hénouville. Sa voiture lui a passé sur le corps. Cavoret fils dénombre plusieurs côtes cassées. Lors d'une seconde visite avec son père, le médecin craint pour la vie du blessé.

Au banquet des pompiers d'octobre 82, le sieur Guéroult, capitaine de Boscherville et conseiller d'arrondissement rapporte à Cavoret les détails du congrès de Reims où son échelle-ascenseur a été présentée. A la Sainte-Cécile de novembre, Cavoret est présenté comme président de la Société musicale.

Juin 83 : Cavoret est nommé par acclamations président d'honneur d'un comité local de la Ligue de l'Enseignement. Grandchamp en est le président, secondé par Guéroult. Lors du concours de tir d'octobre, on décora le pompier Marie pour son deuxième sauvetage

En mars 1884, Amédée Cavoret a la douleur de perdre son fils qui laisse une veuve, née Mauger, et quatre enfants. Mai 84 : confirmation du tandem Cavoret-Bellest. En juin, on lance la construction d'une nouvelle maison d'école. En juillet, à la revue des pompiers, Cavoret décore le sergent Pigeon.

En octobre 84, Cavoret prêta son dessin de la maison de Corneille au musée rétrospectif pour une exposition où il côtoya notamment deux portraits des frères Corneille signés Jouvenet et appartenant au comte d'Osmoy. 

En décembre 84, à l'occasion de la Sainte-Cécile, on signale que Cavoret est président de la Société. La devise "Faire bien et faire le bien". Une collecte est encore organisée pour que l'hospice ait sa fête le dimanche suivant.

Novembre 85 : banquet de la  Sainte-Cécile à l'hôtel de la Poste.

Le 13 octobre 86, c'est un concours de tir organisé par les pompiers et le 21e RIT qui anime la ville. Revue, promenade en musique, banquet présidé par Cavoret... Personne encore ne peut songer que dans une trentaine d'années nombre d'hommes mûrs du pays partiront combattre sous l'uniforme du 21e.

En décembre 86, le banquet de la Sainte-Cécile eut lieu à l'hôtel de la Poste. Cavoret porta un toast à Jules Grévy.

En mars 1887, Cavoret est membre d'une commission d'enquête sur le raccordement du quai de Duclair avec la ligne de l'Ouest. Le 15 novembre 1887, le Dr Cavoret ouvre le n° 1 du Journal de Duclair. Hélas, il ne sera pas un longtmps un fidèle lecteur...

Mai 88 : Cavoret est reconduit maire avec l'étiquette républicaine.

Le 24 février 89 eut encore lieu la loterie de bienfaisance de Duclair avec un lot offert par le maire. Le Dr Cavoret est mort le 29 mars à 88 ans. Ses obsèques eurent lieu le 3 avril à 10h 30 en l'église de Duclair. Les veuves Cavoret et Bataille, M. et Mme Vignerot et toute la famille prièrent toutes les personnes n'ayant pas reçu le faire part d'assister à la cérémonie qui commença par une réunion au domicile mortuaire. En voici le compte-rendu :

Hier out eu lieu à Duclair, an milieu d'une affluence considérable, les obsèques de M. Cavoret, le vénérable maire de cette ville, le médecin des pauvres depuis soixante-quatre années, c'est-à-dire depuis près de trois quarts de siècle.
Ne Ie 13 nivôse an X de la République, M. Cavoret était entré le 3 janvier 1889 dans sa quatre-vingt-huitième année. Reçu officier de santé en 1825, il exerçait la profession médicale depuis cette époque, et jusqu'à la veille de sa mort, littéralement, il n'a pas interrompu ses travaux, consacrant avec une vaillance incomparable tout son temps à ses malades et aux affaires de la commune, dont it était maire depuis 1848.
Aussi sa mort a-t-elle été un deuil pour la ville de Duclair et pour le canton. La nombreuse assistance qui se pressait hier derrière le cercueil était venue acquitter une dette de reconnaissance et de considération pour tant de dévouement et de services.
On remarquait dans le cortège, M. Hendie, préfet de la Seine-Inférieure, M. Richard Waddington, député, M. Darcel, conseiller général, M. Guéroult, conseiller d'arrondissement, M. Papin, vice-président du conseil de préfecture, M. Metton-Lepouzé, directeur du service des enfants assistés, M. le docteur Duménil, directeur de l'Ecole de médecine et de pharmacie de Rouen, MM. les docteurs Persac, Bureau-Riofrey, Carliez, Richard, Maillard, Dalençon, Delépine, etc. M. Leroux, premier adjoint, à Duclair, Bance, capitaine des sapeurs-pompiers, Gamier, juge de paix, etc.
Sur la tombe, des discours out été prononcés : par M. Hendlé, qui a rappelé en termes élevés les méritcs du vieux médecin et du maire dévoué, mérites qui lui avaient valu, en 1877, la croix de la Légion-d'Honneur ; par M. Richard Waddington, qui a adressé un adieu ému à l'honnête citoyen dont l'amitié était un titre d'honneur ; par M. le docteur Duménil, au nom de l'association des médecins de la Seine-Inférieure; par M. Bureau-Riofrey, médecin à Bois-le-Roi, an nom de l'association des médecins officiers de santé de France ; par M. Guéroult au nom des délégués cantonaux, et par M. Darcel, comme doyen actuel des maires du canton, qui a rappelé toutes les améliorations réalisées à Duclair sous l'administration éclairée de M. Cavoret.


En mai 89, une souscription fut lancée pour élever un monument à sa mémoire tandis que le centenaire de la Révolution se profilait. La municipalité se réunit ce mois-là  pour procéder à son remplacement et porte Leroux dans le fauteuil de maire avec Bance pour adjoint. La tonalité reste républicaine.

On ne sait si Cavoret eut son monument à Duclair. Mais son neveu, Regulus Persac, eut le sien à Buchy dont il fut maire de 1870 à 1900. Il était fils du pharmacien de Duclair et de la sœur d'Amédée.

Quelle était la fortune du Dr Cavoret ? Coquette. A Duclair, il possédait deux maisons, place du marché et sur le quai du Havre. Ce sont plusieurs terrains Côtes des Moulins et triage du Clos-de-l'Auge à Duclair, hameau de la Haute-ville au Trait. Mais il louait trois belles maisons à Rouen. Au 7-9 rue Corneille mais aussi au 11 de la même rue,une autre encore 83, rue de la Vicomté.

De Clémence Bathilde Lefoyer, Le Dr Cavoret aura eu deux filles et deux garçons dont un seul arriva à l'âge adulte. Non sans poser quelques soucis...

4) Adolphe Pascal Cavoret

L'histoire des Cavoret croise entre temps celle de ma propre famille. Originaire de Saint-Pierre-de-Manneville, mon trisaïeul, Jean-Pierre Mauger, était en 1858 le cabaretier du bac de Jumièges, côté Heurteauville. Lorsque sa fille, Désirée Adoline, se retrouve enceinte. Elle à 17 ans. Un soir de décembre, assistée du docteur Victor Condor, Désirée accoucha  d'une fille que l'on prénomma Adolphine Pascaline. Le nom du père est facile à deviner : c'est Adolphe Pascal Cavoret, 31 ans, fils du maire de Duclair et lui-même médecin. Mais pour l'heure, la petite Adolphine n'est pas reconnue et va garder le nom de Mauger.

Ce n'est que douze ans plus tard que le Dr Cavoret fils épousa enfin Désirée Adoline. Celle-ci était alors femme de confiance à Elbeuf. Les parents des époux n'assistèrent pas à leurs noces. Mais il y avait des invités de choix. Comme Georges Denise, le patron de l'hôtel de la Poste, le maître canardier.

Dès lors, le couple vécut route de Caudebec, à Duclair, et accueillit trois nouveaux enfants : Clémence en 1873, Adolphe en 1874 et enfin Célina en 1876. 

Hélas, à 57 ans, le Dr Cavoret fils mourut le 4 mars 1884. Avant son père qui était toujours maire de Duclair. Les notabilités du pays lui rendirent hommage. Au cimetière, ce fut Léonide Maillard, lui aussi médecin, qui prononça l'éloge funèbre. De "cordiales paroles qui ont profondément ému la nombreuse assistance", dira le Pilote. Maillard n'est pas encore conseiller d'arrondissement, ni conseiller général, encore moins rédacteur au Journal de Duclair. Mais son heure viendra.

En 1885, Adolphine Pascaline Cavoret, « l'enfant du péché » se maria à son tour. A Jumièges, elle épousa Auguste Linant. Il lui fallut adresser un acte respectueux à sa mère.
Cette fois, la rosette de la Légion d'Honneur à la boutonnière, son grand-père maternel, Adolphe Aimée Cavoret est là. Il est toujours maire de Duclair et n'a plus que quatre ans à vivre. Parmi les invités : toujours le Dr Léonide Maillard et, bien-sûr, la famille maternelle de la mariée, représentée par les Mauger, notamment l'oncle Ernest. Ces Mauger qui s'illustrèrent sur tous les bacs de la région. Mais ça, c'est une autre histoire... 

Le Subrogé-tuteur des trois enfants Cavoret mineurs, Clémence, Adolphe et Célina, fut Eloi-Eugène Quesne, propriétaire et commerçant à Duclair. Et il y eut une opposition d'intérêt entre ces trois enfants et leur mère. Quesne avait pour avoué Me Albert Legrix, de Rouen.

En 1895, après sa sœur aînée, ce fut au tour de Clémence, employée de la poste de Duclair, de se marier. Avec Vincent Lefranc. Puis célina pris pour époux Jules Daubol en 1899. Enfin Adolphe Cavoret convola en 1900 avec Suzanne Lemonnier.

Cette famille Cavoret resta liée à la mienne. C'est ainsi qu'en 1932 elle apparaît dans l'avis de décès de ma grand-tante Delphine Chéron, à Boscherville, aux côtés des Mainberte, Poullard Chandelier...

Mère d'un déporté communiste

Quand vint la guerre, il y eut drame. Robert Lefranc, fils de Clémence Cavoret, fut d'abord matelot à Rouen. Mobilisé dans la Royale, il ne fut libéré qu'en 1920 et devint ouvrier horloger près Dieppe. Adhérent communiste dès 22, il est licencié des usines Duverdrey et Bloquel après une grève en 26 et se fait ajusteur au chantier naval de la Manche. Syndicaliste, il est en première ligne en 36 tandis qu'il est conseiller municipal de Saint-Nicolas-d'Aliermont. Licencié, on le retrouve affecté aux chantiers du Trait peu avant la guerre. Il logeait chez sa mère, route de Rouen à Duclair et rentrait le week-end à Dieppe. La police de Duclair ne note aucune activité subversive. Mai 40, il est déchu de son mandat de conseiller. On l'arrête une première fois en septembre. Durant l'Occupation, il aurait travaillé à Palluel pour le compte des Allemands. Mais le 17 juillet 41, à Duclair, un Feldgendarme et un agent de la Sureté l'arrêtent une seconde fois, se faisant « encore remarquer » dira le rapport. Il est alors interné à Compiègnes puis dirigé avec nombre de Communistes sur Auschwitz où il mourut le 9 octobre 42. Le nom de Robert Lefranc est gravé sur le monument aux morts de Dieppe et la plaque de la rue principale de Saint-Nicolas-d'Aliermont.

Laurent QUEVILLY.


Sources


Le Pilote,
Journal de Rouen
.
Etat-civil du canton de Duclair
Le Maitron (notice de Gilles Pichavant).
Mémoire vive


 


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