La tempête à Duclair : une péniche coulée, une mère et son enfant précipités dans la Seine..
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Ainsi titrait le
Journal de Rouen le 18 mars 1905. Ce jour-là, l'équipage du bac fit acte de bravoure...


Une nouvelle bourrasque succédant aux tempêtes que nous subissons dans la contrée depuis quelques jours, s'est déchaînée mercredi dans l'après-midi, vers trois heures et demie, avec plus de violence encore que les jours précédents. De forts grains de pluie et de grêle sont tombées et la Seine, très grossier et excessivement agitée, particulièrement entre Berville et Duclair, a occasionné un accident qui aurait pu entraîner les plus graves conséquences.
Vers quatre heures la péniche Antoine, servant à transborder du bois de Berville à Duclair, ayant à son bord le patron Janvier, sa femme et un matelot, se trouvait au milieu du fleuve au moment de la tempête. A ce moment, le vent soufflait avec rage, soulevant d'énormes vagues qui pénétraient par moments dans le bateau et le mettaient en péril. Craignant de sombrer, le patron de la péniche se précipita dans la cabine de l'Antoine, au secours de son jeune enfant qui dormait profondément et le remit à la mère qui manœuvrait le gouvernail.

Peu de temps après, un coup de vent plus violent encore que les premiers fit pencher la péniche et entraîna la chute à la seine de Mme Janvier et de son enfant qu'elle tenait dans ses bras. Celle-ci, maintenant son fardeau, put fort heureusement saisir d'un main le bord de la péniche qui faisait eau et s'y maintint avec son enfant, malgré les vagues qui passaient au-dessus d'elle jusqu'au moment où on put lui porter secours. Mais il était temps, car la malheureuse était exténué de fatigue.

De la rive, de nombreuses personnes assistaient, impuissantes, à cette scène émouvante. Elles appelèrent au secours l'équipage du bac qui s'est tout particulièrement dévoué en cette circonstance. Après une demi-heure d'efforts, on parvint enfin à retirer Mme Janvier et son enfant de leur dangereuse position.

Le bateau, coulé entre deux eaux, a dérivé sur la rive gauche à Berville où il s'est échoué. Une partie du chargement flottait à la dérive, ayant pu être jetée à la Seine à mesure que la péniche s'enfonçait.

L'Antoine était complètement chargé de bois ; on espère pouvoir procéder très prochainement au renflouement.

22 mars 1905... La péniche Antoine qui, ces jours derniers, lors de la bourrasque de Duclair, avait coulé en Seine vient d'être renflouée. Elle est actuellement hors de danger et amarrée sur la rive gauche à Berville.

Commentaires


L'Antoine était un chaland de 15 tonneaux construit à Compiègnes en 1892. Il appartenait à Sabatier, de Rouen. Charles Janvier était natif de Kerbon, dans les Côtes-du-Nord. QM2 manœuvrier dans la Royale, matelot dans le civil, il avait remplacé le patron de l'Antoine, Joseph Chevalier, de Villeneuve-sur-Lot, resté à terre pour maladie le 1er décembre 1904 et qui dut réclamer ses salaires à l'armateur. Le matelot honfleurais, Eugène Neveu, engagea aussi par la suite une action contre Sabatier pour ne pas avoir reçu sa part du fret.



L'équipe du bac de Duclair était alors commandée par mon grand oncle Gustave Mauger, natif de Jumièges où il a fait ses premier pas sur le bac, il commanda plus tard celui de La Mailleraye ou encore travailla aux carrières d'Yainville. Le mécanicien était François Deunff, un Breton de Plougasnou, les matelots Alfred Lecat, de Berville et le Fécampois Adolphe Taulin. Le mousse et le jeune Bernard Picard, de Duclair

L'Antoine reprit du service en avril sous le commandement de Janvier et avec un nouveau matelot breton qui, non payé à temps, lui réclama de l'argent. Après la grande frayeur de mars, la vie avait repris son cours...
Source

Journal de Rouen, articles retrouvés par Jean-Yves Marchand. Mise en page : Laurent Quevilly.
Inscription maritime, pp. 2 et 338.