Sous l'ancien régime, les bourgeois des villes plaçaient facilement leur nouveau né en nourrice à la campagne. Le couple pouvait ainsi vaquer à ses occupations et préparer une nouvelle grossesse, pensant que le grand air préserverait leur héritier de la mortalité infantile. Mais voici la triste réalité...


Né à Varengeville en 1749 de Laurent Quevilly et Marie Madeleine Delacroix, Guillaume Quevilly avait une vingtaine d'années lorsqu'il vint s'établir à Duclair. Là, des années durant, c'est lui qui signera en qualité de témoin l'acte de décès de foule de nourrissons. On le dit alors domestique de la paroisse. Sans doute était-il employé au presbytère. Voici la longue liste des chérubins que Guillaume accompagna dans le carré des croix blanches...

Michel Roger, 2 ans, fils de feu Pierre et Marie Le Fâre mort le 3 février 1772. Laigné, vicaire signe avec les témoins, Guillaume uevilly et René Hardy, clerc de la paroisse.

Martin Aubé, 18 mois,
10 février 1772, fils d'un poissonnier, Jean Aubé et Françoise Bisson. Quevilly signe en compagnie de Pierre Gaudré, le bedeau qui trace une croix.

Marie Catherine Modeste Hardy, 2 ans,
4 avril 1772, fille de feu Pierre Hardy et de Marie Anne Fiquet. Signent Delanoy, curé de Duclair, Quevilly et Hardy. Ce couple est de la paroisse.

En 1770, le Journal de Rouen fait état d'une condamnation envers un certain Delamotte qui n'a pas fourni du foin au sieur Groult et a laissé dépérir son enfant. On ne sait quelle paroisse est concernée mais le tribunal prévient que tous les nourriciers et nourrices seront "poursuivis extraordinairement" en pareil cas.

Régulièrement, le quotidien normand dispensera des conseils en matière d'hygiène infantile.

Louis Regnauld, 3 jours,
7 février 1773, en nourrice à Duclair, originaire de Saint-Martin-sur-Renelle et fils de Louis Regnauld et Thérèse Millon. Signent Quevilly et Hardy.

Pierre Renaud, 16 mois,
10 février 1773 fils de Madeleine Renaud, retrouvé noyé dans la Seine. Quevilly et Hardy.

Georges Amant Courtotelle, de Saint-Patrice de Rouen, 1 mois, 13 mars 1773, fils de Jean et Marie Marguerite Françoise Boullaire, en nourrice à Duclair. Quevilly et Hardy

Georges Joseph Bonaventure Dot, 14 mois, 1er décembre 1773, de Saint-Jean de Rouen, fils de Georges Paschal et Marie-Anne Denis. Quevilly et Hardy.

Alexandre Ambroise Leclerc, 7 mars 1774, de Saint-Martin sur Renelle, fils de Alexandre Robert et Marie Marguerite Formantin, en nourrice, Quevilly et Hardy..

Marie Marguerite Toutain, 3 semaines,
Le 21 juin 1774, fille de Jean-Baptiste Toutain, siamoisier et de Marie Marguerite Feré. Quevilly et Hardy.

Emmanuel Glatigny, 10 ans, 
26 juillet 1774, fils de Nicolas et Marie Harel. Quevilly et Hardy.
Les petites annonces à la recherche d'une nourrice et les offres de services fleurissent régulièrement dans le Journal de Rouen. En 1777, celle-ci émane d'une femme de Louviers : "une nourrice voudroit trouver un nourrisson. Elle désireroit que ce fût de quelqu'un en place, elle ne veut point au-dessous de 200 livres."

Louis-Pierre Vatier
, 3 mois,
3 septembre 1774, fils d'Etienne Vatier, boucher, qui signe et Cécile Hamelin. Quevilly et Hardy.

Pierre Pascal Carrel, 1 mois,
30 juin 1775, fils du perruquier François Marin Carrel et Anne Delahaye. Quevilly et Hardy.
Marie Anne Julie Quettier, 1 an, 11 janvier 1777, fille de Marie Anne Quettier. Quevilly et Hardy

Marie Clotilde Désirée Damont, 2 ans,
14 janvier 1777, fille de Maurice Amable Damont, archer, garde en la connétablie de France et Marie Madeleine Chandelier. Quevilly et Hardy

André Jeanne, 2 jours,
L17 septembre 1777, fils de André et Anne Cufel. Quevilly et Hardy.

Marie-Julie Damont, 10 jours, 26 décembre 1777, enfant de l'archer Damont qui aura perdu deux filles dans l'année. Quevilly et Hardy

Marie Marguerite Grêle, 
20 janvier 1778, fille de Berthélémy Grêle, toilier, témoin avec Quevilly

Jeanne Thérèse Dot, fille de Georges Pascal, bourgeois de Saint-Pierre-l'Honoré de Rouen, 6 jours, en nourrice à Duclair, 17 mars 1778,. Quevilly signe avec un nouveau clerc, Denis Gorain.

Rose Catherine Derson, fille de Maurice, marchand grainetier, de Saint-Gervais de Rouen et Marguerite Aimable Marc, 2 jours, en nourrice chez Pierre Dugal, 27 novembre 1779, Quevilly et Gorain.


Guillaume Quevilly acheva ainsi sa carrière de témoin. Resté longtemps célibataire, il épousa en 1781 la fille du maréchal ferrant de Duclair, Marie-Marguerite Leduc. Il en aura trois enfants dont deux mourront en bas-âge.

La mise en nourrice n'est pas donnée. En 1786, le Journal de Rouen reçoit un don anonyme destiné aux « indigents honteux ». La somme ira surtout à un ménage « dans la plus affreuse misère et dont le père est inquiété « pour les mois en nourrice de son dernier enfant ».

Le placement en nourrice est moqué. En 1787, un article parodique signé du baron et de la baronne de Taedicum demande au rédacteur du Journal de Rouen une recette contre l'ennui : « nos enfants nous ennuient. Le bruit qu'ils font, le soin, l'attachement qu'ils exigent,leurs bavardages, leurs jeux, leurs questions, leurs caresses mêmes nous ennuient. Aussi les avons-nous bien vite relégués dans une pension & allons-nous envoyer promptement en nourrice celui qui va naître».

La même année, le journal fait état d'un livre de Baldini traduit de l'italien qui conseille de délaisser le lait des nourrices mercenaires pour lui préférer celui des animaux. Baldini est l'inventeur d'un biberon. On trouve le livre chez Le Boucher jeune, rue Ganterie. L'ouvrage, précise le journal, est destiné aux "mères imprudentes qui font, à la vérité, allaiter leurs enfants sous leurs yeux, mais qui les confient, ou à des paysannes dont on change le genre de vie, ou a des femme du peuple souvent viciées ou de jeunes personnes victimes de la séduction et quelquefois de la débauche."


La Révolution


La Révolution profita manifestement à Guillaume Quevilly qui, du statut de domestique, passa à celui de laboureur, rue des Moulins. Hélas, il allait rejoindre trop top ses chérubins en décédant à la cinquantaine.

Avec la Révolution se développe une politique de l'enfance. Est-elle suivie d'effet ? C'est une autre histoire. Reste que lors des grandes fêtes patriotiques, nourrices et nourrissons font partie de la mise en scène. Dans le Journal de Rouen s'élèvent des voix appelant à secourir les mères indigentes, "pour suppléer au défaut des nourrices". Mieux : "rendre les enfants à leur nourrice naturelle et éviter les abandons."

Mais la pratique va perdurer. Elle va même se développer avec le placement des enfants dits "exposés", autrement dit abandonnés à l'hospice de Rouen et pour qui on invente un nom de famille original.


On légifère en 96 sur le placement de ces enfants, appelés "burotins", auprès de nourrices à la campagne. Rémunérées par les hospices, celles-ci ne pourront nourrir qu'un seul enfant à la fois et seront surveillées par l'Agent municipal.

Quelques années plus tard, les maires seront tenus d'adresser à l'administration des certificats de vie des enfants placés tous les trois mois.

L'Heureuse mère

 HEUREUSE la sensible mère
Qui, fidèle au plus doux devoir
Ne livre pas au soin d'une étrangère
Son enfant , son plus cher espoir !

Qui peut sentir avec délire
Son sein pressé de son bras caressant ,
Et cueillir le premier sourir
Sur la bouche de son enfant !

Que je plains la mère indolente
Qui, pouvant allaiter son fils
Perd pour toujour , sur son âme innocente
Son empire et ses droits chéris !

Pour elle quel affreux supplice
De voir ce fils qu'elle réclame en vain,
Tendre les bras a sa nourrice
Et voir sa mère avec dédain.

Vous ne suivez pas la manie
D'un usage dénaturé ,
Belle Aglaé, des devoirs de la vie
Vous remplissez le plus sacré :

Agréez l'amitié sincère
Qui m'a dicté ces vœux qui vous sont dus ;
Puisse avec le lait de sa mère ,
Votre fils sucer vos vertus !

Journal de Rouen, 1798

Le procès des nourrices


Mais le placement de ces enfants peut donner lieu à trafic. En 1818, devant la cour d'Assises de Seine-Inférieure se tient le procès retentissant de plusieurs nourrices. Ecoutons le Journal de Rouen qui nous explique bien le fonctionnement de l'hospice .

La direction des hospices de cette ville donne à des nourrices des enfants exposés ; un employé à cette direction en est particulièrement chargé ; il confie ces enfants soit à des femmes vulgairement nommées meneuses , qui les confient elles-mêmes aux nourrices ; ou bien cet employé les confie à des nourrices qui se présentent à l'hospice. 
Les nourrices qui ont figuré dans cette affaire étaient du nombre de celles admises par l'employé et par la meneuse du canton de leur domicile, nommée la femme Troussey. Une d'elles, la femme Sacquépée, nommée aussi femme Petit, était admise depuis 12 à 13 ans, et, sous ce rapport d'ancienneté, elle avait acquis quelque confiance.
Les enfants exposés ne sont pas toujours les victimes de l'amour et la débauche ; ils sont souvent celles de la misère de leurs parents, et, sous ce rapport particulier, on prend des précautions pour attester leur état indivitduel afin de les restituer avec certitude à l'hospice, et à leur véritable famille, si celle-ci les réclame.
A cet effet, la direction de l'hospice fait adapter à chacun de ces enfans un collier de soie dont les bouts sont soigneusement renfermés dans un plomb où sont empreints, d'un côté, les mot : Enfants trouvés : Hospice-Général de Rouen, et de l'autre côté, un numéro d'ordre.   

Ce collier est passé au cou de chaque enfant, de manière que la nourrice ne puisse pas le retirer sans que l'on s'en aperçoive.
L'on délivre aussi aux nourrices un certificat nommé bulle, indicatif du numéro du collier, des noms donnés à l'enfant, et du nom de la nourrice qui en a été chargée. L'original de cette bulle reste enregistré à la direction.
Cette bulle doit être visée par chaque maire du domicile des nourrices, et il doit certifier l'existence de l'enfant pour que la nourrice en touche la pension ou l'extrait de mort pour qu'elle en soit déchargé. 

Toutes ces précautions ont été éludées par ces nourrices. La femme Sacquépée annonçait qu'au moyen de paiements convenus entre elle et l'employé, et de petits présents qu'elle lui faisait, elle obtenait autant de colliers qu'elle en voulait sans recevoir d'enfants.
Elie disait aux mères indigentes que par l'achat d'un collier elles obtenaient la pension des nourrices qu'il ne s'agissait que de passer  le collier au cou de leurs enfants sans qu'il soit besoin de les exposer, et qu'elle avait les moyens d'obvier tout ce qui pouvait  résulter de ce trafic. Cette femme, comme moyen de percussion, montrait les colliers qu'elle avait retirés aux enfants confiés par l'hospice. Elle s'associait à des proxénètes qu'elle avait intéressés dans ses profits, et elle vendait de ces colliers également aux pères et mères victimes de leur débauche, ainsi, qu'à ceux victimes de  leur misère, et ces individus devenaient ainsi associés à la complicité de cette nouvelle espèce d'escoquerie de la femme Sacquépée et de ses associées.

La femme Sacquépée n'obtenait pas les colliers comme elle le disait de l'employé à la direction ; elle avait l'art de les dépasser du cou des enfants, tant de ceux qui lui étaient confiés que de ceux confiés aux autres nourrices ses complices, au risque inhumain de blesser ces enfants. Ces colliers étaient quelquefois coupés, ou bien on retirait adroitement l'un des bouts du collier afin que l'on ne pût pas s'en apercevoir, ou que l'on s'en aperçût difficilement. 
Ces femmes vendaient les colliers un prix convenu aux mères, qui les adaptaient autant bien qu'il leur était possible au cou des nouveaux enfants, qui, ainsi substitués, passaient pour des enfants exposés qui avaient été confiés aux nourrices par l'hospice. Ensuite, pour se débarrasser des enfants qui n'avaient plus leur collier, les nourrices les réexposaient, comme elles en sont convenues, ou bien elles s'en défaisaient d'une autre manière.
Quand on réclamait ces enfants, ces femmes employaient toutes sortes de moyens pour déterminer les mères à les leur abandonner.  On les a vues chercher à voler des enfants dans les rues, et tenter de se faire donner de faux certificats du maire et de faux actes de décès.

Cet exposé de l'accusation et les faits qui y sont déduits ont donné lieu à des débats qui ont duré trois jours, par le résultat desquels, d'après la déclaration du jury, quatre accusées ont été acquittées et trois autres condamnées ; savoir :
Rose Huet, femme de Pierre Sacquépée, dite Petit, âgée de 37 ans, demeurant au Beaumanoir, à huit ans de réclusion ;
Rose-Aimée Mouchy, âgée de 28 ans, et Geneviève Linant, femme d'Eloi Gueroult, âgée de 46 ans , demeurant aussi au Beaumanoir, chacune à cinq ans de réclusion
Toutes trois, comme coupables,
D'avoir, depuis qu'elles ont été chargées, comme nourrices par l'administration de l'hospice-général, d'enfants trouvés et principalement depuis 3 on 4 ans, commis des substitutions ou des suppressions d'enfants à elles confiés, tant par cette administration que par les mères de quelques-uns de ces enfants ;
2° D avoir, par l'effet de ces substitutions, et ne justifiant pas de la mort ou de l'existence de plusieurs de ces enfants, qu'elles disent avoir réexposés ou remis à l'hospice, priés ceux existant de leur état ;
3° D'avoir été, en tout ou partie, complices les unes des autres dans ces substitutions et suppressions, en recevant de l'hospice et se partageant des mois de nourrices pour des enfants qui n'étaient pas à la charge de cette administration.

Les petites annonces


En dehors des enfants abandonnés, la pratique du placement en nourrice se poursuit. Voici quelques exemples de petites annonces dans le Journal de Rouen.

1820 : on demande une nourrice ayant un lait de quatre à six mois. S'adresser au café Dubier. 1823 : On désire trouver une nourrice qui ait un lait nouveau et habitant les environs de Rouen. S'adresser à M. Doudement, docteur médecin, rue Herbière n° 12.
1824 : Une dame âgé de 26 ans désire se placer pour être nourrice au sein.
1825 : Une nourrice se propose d'allaiter un enfant avec celui qu'elle porte vers le mois d'octobre. On pourra s'adresser chez M. Lami, journalier au Val-d'Eauplet. On fournira tous les renseignements que l'on pourra désier pour cet objet, ainsi que sur la moralité de la personne.

1826 On désire trouver nourrice nouvellement accouchée qui consente à allaiter un enfant dans la maison du père.
1828 Une nourrice âgée de 26 ans nouvellement accouchée désire trouver à allaiter un enfant dans la maison de ses parents.
1834,: On demande nourrice jouissant d'une bonne santé pour allaiter un enfant dans une maison bourgeoise. S'adreser au journal.
 AVIS AUX MERES.

294. Mme BRETON, sage-femme (seule brevetée), faubourg Montmartre, n° 24, prévient le public qu'il ne trouveraque chez M.BEAUCI,AIR le dépôt de ses Biberons propres àremplacer une bonne nourrice, en suivant exactement l'Avis aux Mères que l'on délivre gratis avec chaque appareil, avec les bouts de sein qui évitent ou guérissent les douleurs et crevasses et forment le bout du sein, et la peau de rechange.
Madame BRETON, informée que l'on vend à Rouen, en son nom, des appareils mal préparés et nuisibles à la santé des enfants, engage les mères de famille à s'adresser directement à elle-même ou a M. BEAUCLAIR, pharmacien, son seul dépositaire reconnu, boulevard Cauchois, n° 6 bis, près du port.

1835 Une femme brune âgée de 30 ans désire trouver place de nourrice dans une maison particulière.
1837  Anastasie Marie âgée de 18 ans jouissant d'une bonne santé et possédant toutes les qualités requises pour être nourrice au sein désire trouver une place dans une maison respectable pour y être nourrice et berceuse à la fois. S'adresser à Guerbaville, canton de Caudebec, hameau des Fiefs-Tuvache.


Des abandons en constante augmentation

En 1835, le nombre d'enfants trouvés en France atteint les 100.000 pour 32 millions d'habitants. En 1790, on en comptait 30.000 pour 24 millions. Leur coût est couvert pour un tiers par le revenu des hospices, le reste par le Département. Le chiffre, en constante progression depuis la création du premier hospice des enfants trouvés à Paris en 1640, est alarmant. En Seine-Inférieure, on notre trois lieux d'abandon: les hospices de Rouen, Le Havre et Dieppe.

Il y a longtemps, observe le Journal de Rouen, que les administrations départementales ont dénoncé une ruse inspiriée par la misère à de pauvres familles et qui, chaque jour, leur est d'un emploi plus fréquent. Les mères déposent leurs enfants aux tours des hospices après les avoir marqués d'un signe de reconnaissance. Puis immédiatement après, elles se présentent aux hospices comme nourrices, reprennent leurs enfants à ce titre et reçoivent un salaire qui les aide à les élever sans trop surcharger leur misère. D'autres mères ne pouvant être nourrices en raison des travaux auxquels elles sont assujéties ou par tout autre motif, envoient prendre leurs enfants par des nourrices de leur choix et les font élever ainsi sous leurs yeux sans qu'il leur en coûte rien.

La parade de l'administration : déplacer les enfants loin de leur lieu d'abandon. On prône aussi la suppression des tours d'hospice. Reste que lorsque un enfant voué à l'abandon est finalement élevé par sa famille, celui-ci meurt de faim. On note aussi des infanticides. La prostitution des mères. Les tours supprimées, les abandons auront lieu dans la rue. Que faut-il faire, supprimer les hospices ? Non, dit le quotidien rouennais, il faut détuire la misère. Supprmier ces lois qui empêchent la recherche en paternité...

Quelques scandales

Des scandales sont relatés régulièrement par le quotidien rouennais. Là, c'est une accouchée qui charge la sage-femme de porter l'enfant à l"hospice. Celle-ci abandonne le chérubin dans un parc. Ailleurs, c'est une nourrice qui écrase le bébé à sa charge durant son sommeil...
La Vigie de Dieppe s'insurge en 1836 : Une décision ministérielle enjoint aux maires de pourvoir aux frais d'enterrement des enfants trouvés; il arrive souvent quand les maires ne veulent pas payer, que les curés ne veuillent pas faire l'inhumation, et que les nourrices menacent presque de jeter à la voirie les enfants morts.


Une pauvre femme de campagne était hier devant le tribunal correctionnel appelée a répondre bien plutôt d'un grand malheur que d'un délit.
Mère de famille elle-même, cette femme avait reçu d'une mère de famille un petit enfant pour l'allaiter. Elle avait toujours veillé avec le plus grand soin sur le dépôt qui lui avait été confié mais nn soir, la pauvre femme avait tant travaillé, que la fatigue l'avait abattue. Appuyée contre son lit, elle s'endormit : mais près de là était une chandelle, et près de la chandelle le petit nourrisson dont , par le plus déplorable des malheurs , les vêtemens furent embrasés.
La clarté du feu , la fumée réveillèrent bientôt la nourrice, qui se jeta sur le pauvre petit pour éteindre la flanme. Hélas ! il était trop tard déjà ! La malheureuse femme ne prit dans ses bras qu'un corps inanimé.
C'est la raison de ce fait qu'elle comparaissait devant le tribunal, où le ministère public lui reprochait d'avoir par, son imprudence , été involontairaiment cause de la mort du jeune enfant qui lui avait été conflé. Toutefois M. Guillemard, avocat du roi, en requérant I'application de la loi a un fait malheureusement trop constant, a recommandé à l'indulgence du tribunal la prévenue, dont la vie a toujours été irréprochable, et qui n'avait, pour se défendre devant les magistrats que ses larmes et son désespoir de mère.  Le tribunal ne l'a condamnée qu'à 10 fr. d'amende.

Drame à La Bouille


1840. Un événement bien fâcheux s'est passé La Bouille, il a quelques jours. Les époux D... , demeurant Rouen, rue du Bailliage, avaient mis leur petite fille en nourrice chez une femme Gosse, à La Bouille. Or, il y a quelques jours, cette femme quitta quelques instants seulement l'intérieur de sa maison pour balayer la boue qui était devant sa porte ; mais elle laissa dans sa cuisine un baquet contenant environ un pot d'eau, et, pendant son absence, l'enfant , âgé de
deux ans et deux mois, vint se jeter dans le baquet. Bien qu'elle n'y soit resté que fort peu de tems, elle a été complèternent asphyxiée ; et quand le sieur Gosse qui, par une deplorable fatatité, était sorti aussi pour aider sa femme, est rentré, la malheureuse petite flue était dejà morte.
La femme Gosse est réputée La Bouille pour les soins dont elle environne ordinairement les enfans qui lul sont confiés Néanmoins un fait materiel existait, et la justice a dû entamer des poursuites contre elle.

Lire aussi sur les enfants de l'assistance :



SOURCES
Etat civil de Duclair
Journal de Rouen
Vigie de Dieppe