C'est une belle histoire comme on les aime. Durant l'occupation, un résistant normand se lie d'amitié avec un prisonnier soviétique en cavale. 70 ans plus tard il tente de retrouver son ami. Et voici ce qui arrive...

Février 1944, des prisonniers de guerre soviétiques travaillent en commandos dans la forêt d’Allouville-Bellefosse. Ils sont affectés à la construction des rampes de lancement pour V1. L'arme ultime sur laquelle compte Hitler pour anéantir Londres. Un jour, les Russes tuent les soldats allemands qui les encadrent et s'échappent dans la nature...
Trois d'entre eux trouvent refuge à Duclair, route de Saint-Paër, dans la grange d'Albert Leconte.
Le groupe FPJ (1) de Duclair se charge de les nourrir, les informent des événements.. Tous risquent gros en cas de découverte par l'Occupant. Alors les Soviétiques ne sortent que la nuit.

(1) Front Patriotique  de la Jeunesse, c'est la section jeunes du Front National. (NDLR: mouvement créé par la Parti communiste français). A Duclair, le premier noyau de résistants fut animé par Auguste Engelhard, horticulteur, maire à la Libération, Marcel Rannou, normalien à Rouen, le seul qui soit membre du Parti communiste et Jean-Raymond Legallet, étudiant, fils d'un héros de la guerre 14.

   Les trois soldats Russes cachés de février 1944 à la Libération dans la grange d'Albert Leconte et leurs amis résistants. 1. Jean Rannou, étudiant, fils du capitaine du bac ; 2. Yvan Birioulkine ; 3.Anatol Khousmine; 4. Raymond Leconte ; 5. Jean Legallet, étudiant ; 6. Nikolas Karol.

Duclair Septembre 1944

Cliquez sur l'image pour l'agrandir



Boris Khaeroubline
avant guerre

1 Jean Rannou ; 2 Yvan Birioulkine, lieutenant DCA ingénieur Pétrole à Bakou, prisonnier à Poltava ; 3 Wassiliev Shamoff, sergent de DCA ; 4. Anatol Yvanowitch Khousmine, originaire de Kiev, prisonnier à Kharkov ; 5. Raymond Leconte, étudiant ; 6. Stepan Tchimlorienko, capitaine d'aviation, décoré de l’ordre de Lénine, prisonnier à Krivoï-Rog, habitant Moscou ; 7. Jean Legallet  ; 8. Constanti Michalowitch Koleso, lieutenant tankiste, prisonnier à Krivoï-Rog, habitant Moscou ; 9. 9. Boris Khaeroubline, étudiant, engagé volontaire ; 10. Nicolas KAROL, engagé volontaire, prisonnier à Kiev, habitant Karkov ;11. Kukirian MERCU BIHOM .

A la Libération, les Russes quittèrent Duclair. L'un d'eux, Boris Khaeroubline  (n°9 sur la photo) engagé volontaire de 20 ans, arrivé à Duclair après les Canadiens se retrouve en Autriche. "On buvait beaucoup avant de monter à l'assaut en criant Hourra", racontera-t-il à ses enfants. Mais les nombreux soldats de la famille Khaeroubline ne se montraient guère diserts sur ces années terribles. Boris aura été deux fois grièvement blessé si bien qu'en 1948, il est définitivement réformé de l'Armée rouge et regagne Son village natal d'URSS. Seulement, en avril 1945, de Paris, il avait écrit à Jean-Raymond Legallet qui, toute sa vie, va conserver pieusement cette lettre.


Réunion UJRF Hotei de ville de ROUEN. Septembre 1944.
1.HERONDELLE Jacques 2.TASSU Maurice 3.BEAUFILS 4.KHAEROUBLINE Boris
5.RIGAUD Charles 6.LAVOINE Pierre 7.RANNOU Jean 8.BOCQUET Pierre
9.KOLESO Constantin 10.GENET Claude 11.KREBIL Pierre 12 .LEGALLET Jean 13.BRUNET Marius 14.VALLET Albert 15.CASSE Coco

Les photos de guerre de Boris Khaeroubline...

 

Les Communistes de Duclair à la Libération.


1er anniversaire de la Libération, char de l'UJPF

L
a lettre qui va tout déclencher...

En 1990, établi à La Garde, dans le Var et retrouvant cette missive, Jean-Raymond écrit à son ami qui parlait parfaitement français mais aussi allemand. "Je pense que malgré les années tu n'as pas oublié le jours heureux passés à Duclair en 1944/1945 après la Libération et le départ des Allemands..." Et il lui demande de ses nouvelles.


Le neveu de Boris lisant la lettre de Jean-Raymond Legallet
Seulement la rue de Boris ne s'appelle plus ainsi et Jean-Raymond n'a pas indiqué de prénom. Alors la lettre erre longtemps, mais la poste russe est manifestement aussi percévérente que nos PTT. Si bien qu'un jour, la famille Khaeroubline la reçoit enfin. Hélas, Boris est décédé en 1972.

Cette donc un neveu qui annonce à Jean-Raymond la triste nouvelle. Il ajoute que Boris avait deux filles habitant la ville de Kazan,  capitale de la république du Tatarstan.
 "Lorsque j'ai su que quelqu'un recherchait mon père plus de 70 ans après, avoue l'une d'elles, je n'en ai pas dormi de la nuit. Notre père parlait très peu de la guerre..."
Touchée par cette histoire, une Chaîne de télévision russe, Canal 1, a retrouvé les deux filles de Boris pour l'émission "Zdhi", ce qui signifie "Attends moi". En regardant ses photos, elles parlent de leur père comme un bel homme d'un grand altruisme, énergique, possédant des doigts d'or et dessinant à la perfection.
Chaque 1er mai, au cimetière de Kaurlat, son tombe est toujours fleurie.
Boris, son épouse et ses deux filles.  Il est mort  à 48 ans.

Le neveu de Boris sur la tombe de son oncle décédé en 1972

Un message de paix...


En mai 2015, l'équipe de la télévision est venue filmer à Duclair la fameuse grange-refuge puis s'est rendue à La Garde pour interviewer Jean-Raymond. "Malheureusement, leur film est en langue russe et  je n'ai pas encore essayé de le faire traduire. Par contre ils m'ont remis un clip en français qu'ils avaient tourné dans les environs de Kazan dans la famille de Boris."

Le message qu'adresse, au nom des siens, Alfia, la cadette de Boris à l'ancien résistant de 88 ans et ses descendants est de toute beauté :
"Je suis reconnaissante que lui et sa maman aient aidé notre père. Je lui souhaite à lui et sa famille un ciel toujours clair au dessus de la tête. Que jamais, jamais dans leur vie ils ne soient obligés de supporter ces horreurs. A vous, à vos enfants, arrière-petits-enfants, je vous souhaite à tous la paix et le bonheur de tout mon cœur."

Ah, dernier détail : Boris
Khaeroubline était musulman.

Les filles de Boris et leurs enfants, Pavel et Sacha. Elles ont perdu leur père très jeune mais conservent de lui de hautes valeurs.

Laurent QUEVILLY.



SOURCES


Jean-Raymond Legallet.