1863...

« Elisa Sellier avait quinze ans; elle était l'aînée de neuf enfants, et travaillait comme ouvrière dans une filature à Villers-Ecalles, département de la Seine-Inférieure. 

Sa mère meurt ; son père, entraîné par la débauche, oublie tout et abandonne sa maison. 

Que vont devenir ces neuf malheureux enfants, dont quelques-uns sont encore au berceau? Qui va les secourir, les nourrir, les soigner? 

Déjà la charité publique s'en émeut; mais au milieu d'eux la jeune Elisa se lève, essuie ses larmes, console ses frères, et, sans s'effrayer de sa jeunesse, leur dit : « Adorons la main de Dieu qui nous frappe, et ayons confiance en lui. C'est moi qui vous servirai de mère; Dieu me protégera et m'en donnera la force. » 

De ce moment, cette jeune fille de quinze ans se met à la tête de la maison. Avec un courage, une volonté, une intelligence au-dessus de son âge, elle pourvoit à tout, soigne les plus petits, se fait aider par les plus grands, veille sur tous; et, malgré le faible gain de sa journée, elle suffit, à force d'ordre, d'économie et de travail, à l'entretien de toute la famille, sans vouloir recourir à personne : c'est là sa gloire et son orgueil. Non-seulement elle pourvoit à leurs besoins, mais elle songe à leur éducation. 

Elevée dans la piété par une mère vertueuse, elle leur inspire les sentiments religieux qui sont dans son cœur, leur inculque les principes les plus sévères de l'honnêteté et de la morale, les conduit elle-même à l'église, les envoie à l'école, les habitue à travailler: 

Aujourd'hui Elisa Sellier a vingt-six ans ; et ses frères et sœurs, dont elle a été la providence, pénétrés à son égard d'une confiance aveugle et si bien méritée, déposent chaque jour entre ses mains les fruits que leur labeur commence à leur donner. 

C'est elle qui en dispose dans l'intérêt de tous; et, malgré tant de charges, elle n'oublie pas qu'elle a un père, quoique ce père les ait tous si durement oubliés; et de temps en temps, lorsqu'elle le peut, elle lui fait parvenir une petite part de ses modiques économies.

400 signatures !


« Tout le pays a été ému de ce touchant tableau. Quatre cents signatures, à la tête desquelles celle du patron d'Elisa Sellier, puis celles des curés et desservants du canton, des autorités municipales, des propriétaires et industriels, des ouvriers et ouvrières, attestent les éloges universels donnés à la belle conduite de cette jeune fille, citée d'ailleurs comme un modèle d'exactitude laborieuse et de régularilé exemplaire, et qui a déjà reçu comme récompense, de la Société libre d'émulation de Rouen, une médaille d'or et un livret de caisse d'épargne de 50 francs. L'Académie y ajoute un prix de 1000 francs, et joint ses éloges à tous ceux qu'Elisa Sellier a déjà recueillis.



Quizz: qu'est devenue cette fratrie ?


SOURCES

Nouvelle encyclopédie théologique, 1863.