Par Laurent Quevilly
et Jean-Yves Marchand.
Photos de Marc Ribès


          La chapelle du Bout-du-Vent... C'est à ce niveau que les vents cessaient d'être utiles aux voiliers remontant la Seine. Elle date de 1730. Longtemps, les gens d'Heurteauville furent privés d'église paroissiale et partageaient leurs obligations religieuses entre Jumièges et la chapelle du Torp, à Guerbaville...

Quand une paroisse est coupée en deux par un fleuve comme la Seine, la simplicité n'a rien de biblique. En 1710, le curé de Jumièges demande un nouveau vicaire pour desservir Heurteauville. Déjà, la rive droite de sa paroisse est très étendue. Entre les Sablons et le Conihout, "séparé de l'église par des marests qui sont affreux par leurs digues et fossés qui le traversent et environnent..." Mais pour visiter ses ouailles d'Heurteauville, alors là il lui faut traverser sans cesse la Seine au risque de sa vie. Viel doit aussi aller chercher le corps des défunts pour les accompagner jusqu'à l'église paroissiale. Le voyage, par tous les temps, est parfois impossible et "quantité de malades sont morts sans visite et sans sacrements." C'était encore le cas, le 27 janvier 1709.  Anne Hébert dut être enterrée à la Mailleraye. Le fleuve était gelé...

           Enfin, Viel assure encore avec les moines le service exigé à la chapelle du Torp par son donateur en 1083. Une trentaine de messes pas an...  Le Torp ? Ancienne villa romaine, affublé d'une nom scandinave, ce domaine agricole est situé dans un essart dans la forêt de Brotonne, à Guerbaville. Robert de Meulan en a fait don aux religieux de Jumièges qui y édifièrent une chapelle Saint-Philibert. En contrepartie, à perpétuité, deux moines devaient y résider pour prier au salut du comte et de sa postérité. 

La chapelle mesure 18,15 m de long sur 6,85 m de large. A l'arrière, la sacristie est un rajout opéré en 1890. 

           De leur côté, les paroissiens d'Heurteauville traversent la Seine plus de 80 fois par an pour assister aux messes dominicales, l'office de 10 h du matin et les vêpres de deux heures et demie, mais aussi aux fêtes du calendrier. Sans compter les baptêmes, mariages, inhumations... Alors pour ce faire, ils n'empruntent pas le bachot du passage, mais leur propre flette qui les mène au bout de la rue des Iles. Ce qui n'est pas toujours du goût des riverains. En 1722, excédé, revendiquant la rive, SA rive, Nicolas Boquet fit "démarrer par ses fils et ses gens" la barque de Jean Tuvache. Il était venu assister à l'office de l'Ascension. Plainte... Les enfants eux aussi doivent traverser le fleuve pour recevoir l'enseignement catholique et général.


Vingt noyés introuvables!











La statuaire comprend notamment une vierge à l'enfant, le curé d'Ars, sainte Austreberthe (XVIe)...
                      Le 15 août 1726, les habitants d'Heurteauville demandent donc l'érection d'une chapelle face aux risques encourus "une grande partie de l'année pour assister au service à l'église sur la rive droite de la Seine". Plusieurs érudits expliquent la pétition par la noyade d'une vingtaine de paroissiens se rendant à l'office divin. Les registres paroissiaux n'en disent rien. Tout au plus trois noyés dans un même accident en juillet 1722 .  Mais bon, les noyés ont souvent la bougeotte... Le 11 juillet 1722, on inhuma avec la permission des religieux et du bailly  de Justice le corps de Valentin Vastey "qui a été noyé par un accident". On n'en dit pas plus de la victime. Il y eut aussi Valentin de la Metterie, 24 ans, fils de Valentin et Catherine Roger. Victime encore Jean Deconihout, dit Duflac, 21 ans.

Tout ira très vite. L'archevêché ouvre une enquête de commodo et incommododès novembre 1726. Mgr Lavergne de Tasseran ordonne la construction. Suivi par l'Intendance de la Généralité de Rouen au mois de janvier suivant. Résultat: un arrêt du Conseil d'Etat autorise la construction de la chapelle, le 1er avril 1727, sur un terrain cédé par les sieurs Chantin et Saffray. Juste Houel nous affirme qu'elle sera édifiée sur les fondations d'une ancienne chapelle. Ce que confirme l'abbé Cochet. Pour lui s'élevait là un ancien oratoire pour satisfaire la piété des marins qui remontaient ou descendaient le fleuve. Certains auteurs n'hésitent pas à y voir les restes de Saint-Vast où Rollon aurait déposé les reliques de sainte Hermentrude. 
Quoi qu'il en soit, le Conseil nomme par l'intermédiaire du sieur de Gasville un certain Martinet comme architecte-expert. Il dressera les plans et devis d'une chapelle-église. Ce dernier inclut l'achat d'un terrain, la création d'un cimetière et d'un presbytère.
Les habitants aisés se proposent aussitôt d'en financer l'entretien. Le financement des terrains, de la construction, de l'entretien de la nouvelle chapelle et du prêtre viendra d'une imposition sur les propriétaires d'Heurteauville. 2 à 300 livres par an aussi longtemps que Gasville le jugera à propos.


La nef autrefois...
...et depuis la restauration. L'autel majeur en bois est du XIXe. Ex-voto représentant le Saint-François, trois-mâts carré.


La voûte est la réplique de l'ossature d'un navire...

L'ancienne chapelle du  Torp semble alors abandonnée. Située à Guerbaville dans un corps de ferme, elle est éloignée d'Heurteauville, la traversée du marais de la Harelle est difficile... Aussi, les messes y sont rares. Si bien que le grenier au  dessus du chœur sert à stocker foins et fourages. Tout cela est consigné dans un procès-verbal et par une ordonnance du 10 novembre 1727, l'archevêque  promet à l'abbé Saint-Simon de faire démolir la vieille chapelle. Les matériaux, la cloche, les vases, linges, images et ornements sacrés iront au nouvel édifice.  


Saint Jean-Baptiste et Saint Simon, statues en bois peint du XVIIe, encadrent l'entrée.
Iici, lors d'une porte ouverte en juillet 2008.

 Placée sous le vocable de saint Simon et de saint Jude, la chapelle d’Heurteauville est achevée en 1730. Sans guère de modifications du projet initial. Contrairement à ce que prévoyait l'arrêté du 1er avril 1727, les pierres de la chapelle du Torp n'ont pas servi à la construction. On alla puiser dans les carrières de Port-Jumièges, propriétés de l'abbaye. En revanche, ornements, charpente et cloche proviennent bien du Torp. A Port-Jumièges se voyaient encore une chapelle ruinée qui, vouée à Sainte-Austreberthe, avait, dit-on, été entourée d'un cimetière. Une statue de la sainte abbesse fut paraît-il transportée de cet ancien sanctuaire vers le nouveau et l'on fêtera Austreberthe chaque lundi de Pentecôte. Plus tard, au dessus de la porte, on hissera une statue venue de l'abbaye. 
En attendant, le service de Guerbaville qui rebutait tant le curé Viel est reporté sur Heurteauville et son vicaire percevra 100 livres par an pour cette peine.  

1728: l'imposition des gros propriétaires est transormée en rente sur une portion de prairie mesurant dix acres.

Des mariages "secrets" ?

On traite des faits divers, à la chapelle du Bout-du-Vent : "Le mardy vingt cinq juillet mil sept cent soixante neuf a été par nous, vicaire de cette paroisse et desservant la chapelle d'Heurteauville, inhumé dans le cimetière Jean-Baptiste Martin, âgé de dix ans, qui a eu le malheur de tomber dans les fossés de tourbes où il s'est noyé étant à garder les vaches chez Jean Dantin, tourbier au hameau d'Herteauville... Orphelin de mère, ce garçon était originaire de Bénouville-en-Caux. Jacques Nobert , le curé Grenier et le tourbier Dantin signèrent l'acte.

Mais y célèbre-t-on des mariages secrets ? En cette chapelle du Bout du vent, il se serait très vite établi une coutume qui permettait d'unir les jeunes gens sans l'autorisation parentale. Il suffisait alors de solliciter le vicaire. Cela aurait duré jusqu'à la Révolution. C'est du moins ce qu'affirment Bunel et Tougard, deux prêtres historiens, qui citent un autre exemple à Moulineaux. 

Sous l'ancien régime, la chapelle d'Heurteauville n'a pas titre de succursale, pas de clocher et, comme on ne dîme qu'en vertu de celui-ci, les ressources du desservant consistent dans une rente de MM. les religieux et dans le revenu de 7 acres environ de prairies, qu'il récolte lui-même et dont il envoit les foins au marché de Caudebec. 

On connaît quelques desservants d'Heurteauville sous l'ancien régime. L'abbé Pouchin en 1746, l'abbé Adam en 1773. Il est ainsi l'auxiliaire du curé de Jumièges, Jean-Pierre Grenier, à qui il succède aussitôt.
En 1780, on demande dans les six mois la création du cimetière initialement prévu. En vain. Les habitants d'Heuteauville continueront d'être inhumés à Jumièges. Jusqu'au crépuscule du XXe siècle, il subsistera un carré réservé dans le champ mortuaire de Saint-Valentin. Dans les années 1780, Monsieur Daviron est le prêtre vicaire d'Heurteauville. Il
il enseigne le catéchisme, fait classe, administre en principe les sacrements, hormis celui du mariage. En principe, car les gens d'Heurteauville semblent continuer à traverser la Seine pour nombre de devoirs religieux. Daviron prêtera serment à la Révolution. Comme ses collègues de la presqu'île. Il mourra à Epreville-en-Roumois.

17 articles ! 1780, c'est l'année où le cardinal de La Rochefoucauld réglementa les obligations respectives du curé de Jumièges et de son chapelain. Le premier peut venir célébrer à sa guise, le 17 octobre, la fête de Saint-Simon et Saint-Jude. Son vicaire le remplace alors sur l'autre rive. Ce dernier est tenu de s'y rendre à la Saint-Valentin, de remplacer le curé à Jumièges en cas d'absence mais de rentrer dormir à Heurteauville.













La chaire à prêcher

1791: le desservant est nommé à Jumièges. Les habitants demandent à l'administration de pouvoir se choisir un chapelain. Mais le district de Caudebec confie ce recrutement au curé du Mesnil.

1792: le nouveau chapelain est pourvu de la cure de Guerbaville. Les habitants demandent à nouveau de pouvoir choisir un prêtre. L'évêque Gratien soutient que c'est au curé de nommer le desservant. on en resta là. Ce fut un ancien moine, Dom de Montigny, qui officia en ces années-là.

En 1794, la cloche fut sans doute fondue comme nombre de ses sœurs pour former des canons. 


Mort de deux anciens moines


Si un ancien moine, Desaulty, fut maire de Jumièges et trépassa chez celle qui passait pour sa maîtresse, Mlle Diniaumare, deux autres bénédictins finirent leurs jours à Heurteauville. D'abord Louis Charles de Mésanges. Né à La Ferrière-Béchet, diocèse de Séez, le 3 mai 1714, il avait fait profession le 13 novembre à l'abbaye de Saint-Evoult. A la Révolution, sénieur, Louis Charles de Mésanges a 76 ans. Religieux depuis 58 ans, à Jumièges depuis 27, il déclare que  "dans la crainte qu'un changement d'air et de climat n'altera sa santé au point de le réduire à un état de langueur (...) son intention est de se retirer dans quelques maisons du village de Jumièges". En attendant d'en savoir plus... Affublé d'un tel nom, Mésanges fut le grand chantre de l'abbaye et il garda, paraît-il, sa voix la plus pure jusqu'à à la mort. Il est décédé à 84 ans le 29 novembre 1796 à trois heures du matin chez ses logeurs, Marie-Rose Carpentier, veuve Belliard 52 ans et son fils Jacques, menuisier de 25 ans. L'ancien organiste de l'abbaye, adjoint municipal de Jumièges, David Foutrel alla s'assurer du décès.

Le second moine fut curé d'Heurteauville. Né à Falaise le 12 avril 1744 de Jean Baptiste de Montigny et de Jacqueline Anseaume, établis à Saint-Pierre-sur-Dives, Jean-Jacques de Montigny fut profès à Séez le 8 octobre 1761. A 46 ans, il est procureur et cellérier de l'abbaye en 1790 en 1790, il déclare le 27 mai « qu'il se réserve à se décider lorsqu'il saura quelles sont les maisons qui seront conservées et le régime qu'on sera obligé d'y suivre » (Arch. Nat. D XIX 13, n° 181). Assermenté, il dessert la chapelle d'Heurteauville de 1790 à 1793.
Le 17 mai 1796, un passeport révolutionnaire lui est délivré. On le dit à Jumièges depuis 13 ans, soit depuis 1783, originaire de Falaise et âgé de 51 ans. Taille 5 pieds, cheveux et sourcils roux, yeux bleus, nez retroussé, bouche moyenne, menton allongé, front haut, visage ovale, inscrit n° 516, signe.
Montigny reprend du service en 1802 comme desservant de la chapelle d'Heurteauville jusqu'en 1807. Pourtant, il serait subitement mort à l'autel de la chapelle le 31 mars 1811 sous les yeux de ses paroissiens. Une mort à la Molière... C'est du moins la légende coloportée par Savalle dans les Derniers moines de l'abbaye de Jumièges. L'acte de décès signé de Dinaumare, premier suppléant au juge de Paix du canton de Duclair et David Foutrel, organiste, tous deux voisins du défunt, signale qu'il est mort à 10h du matin en sa maison. Mais le 31 mars était bien à dimanche et le créneau horaire correspond à la messe dominicale. Mort à 66 ans, il avait été franc-maçon au sein de la loge de Caudebec en compagnie d'autres moines...

1812 : la succursale devient cure. Les habitants réclamaient l'exercice des sacrements, de TOUS les sacrements en la chapelle.

Une nouvelle cloche est hissée en 1819 avec plusieurs motifs. Les frises et marques des maîtres fondeurs Reveilhac Bertrand Frères de Paris.

L'abbé Dujardin est le prêtre desservant la chapelle d'Herteauville en 1820. Il est avec le notaire Charles-Antoine Deshayes et le curé de Jumièges, l'abbé Testu, signataire d'une pétition pour le rétablissement du marché de Jumièges.

Dans les années 1820, les assauts du fleuve rongent la rive, près de la chapelle. Si bien que pour boucher une excavation, on édifie un talus de 1.200 pieds de long sur 12 à 14 pieds d'épaisseur. Le travail s'achevait à peine que la marée en emportait déjà 100 pieds.

1829: la chapelle est toujours propriété des habitants possédant fonds.

N° 19,910. — Décret Impérial (contre-signé par le garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes) qui :

1°) Érige en succursale l'église d'Heurteauville, dite de la Harelle, section de la commune de Jumièges, canton de Duclair, arrondissement de Rouen (Seine-Inférieure);

2°) Autorise l'acceptation du legs fait par le sieur Pasquier à la fabrique de l'église précitée et consistant en une somme de mille francs pour l'achat d'ornements nécessaires au culte. (Paris, 14 Juin 1865.)

Les curés



Edouard Paul Gille
(1849-1850), né à Bolbec le 10 janvier 1811, ordonné prêtre en 1849, il est nommé à Heurteauville qu'il quitte très vite, en mars 1850, pour La Haye, Saint-Aignan-sur-Ry et enfin Menthieville. L'abbé Gille y est mort le 4 décembre 1873 à 62 ans.


Jean-Baptiste-Léon Bénet (1850-1856), né à Sainte-Colombe en 1824, ordonné en 1850 et est nommé à Heurteauville en mars 1850. Il en partit en août 1856 pour Auberville-la-Manuelle puis Saint-Gilles-de-la-Neuville en 1864. Retiré depuis 1880 pour raison de santé, il est mort en 1883.

Augustin-Justin Drieu(1856-1859). Né le 4 mai 1830 et ordonné prêtre le 17 mai 1856, M. l'abbé Drieu est nommé à Heurteauville en août 1856 et nous quitte en janvier 1859. On le retrouve à Saint-Vaast-du-Val en 1861, Glasville en 1872, Penly en 1876 et de Guilmécourt en 1886. Il y est mort en 1891 à l'âge de 71 ans.

Jules-Elphège Marical (1859-1861). Né à Ourville, le 18 avril 1827, et ordonné le 5 juin 1852, M. l'abbé Marical avait été nommé : vicaire à Hautot-Saint-Sulpice en 1852 puis vicaire à Cany. Desservant d'Heurteauville en janvier 1859, il en part en novembre 1861 pour Contremoulins, Morville en 1865. Démissionnaire depuis 1891, il est décédé à Limésy, le 17 juin 1894.

Commence une première période de binage relativement stable puisqu'elle est assurée par l'abbé Prévost, curé de Jumièges, de novembre 1861 à décembre 1865. Le 14 juin 1865, il voit la chapelle d'Heurteauville obtenir le statut de chapelle succursale, autrement dit d'église indépendante desservie par un titulaire amovible, prêtre appelé desservant. Mais bien sût on lui donne du Monsieur le curé.
Du binage...
Avant 1827, le binage, pour un curé, desservant ou vicaire, consiste simplement à dire deux messes le même dimanche, dans deux paroisses différentes. Après la circulaire du 30 juin 1827 puis du 2 août 1833, le mot binage est remplacé par "double service". Outre les deux messes, le prêtre autorisé à biner doit desservir réellement une seconde paroisse, y faire des instructions, visiter les malades, administrer les sacrements.

Prévost est connu pour son ouvrage sur le culte de saint Valentin. Heurteauville va retrouver ensuite un titulaire pour plusieurs années :

Guillaume Adolphe Anthime Caumont (1865-1873). Né à Epretot le 29 août 1828, ordonné prêtre le 18 décembre 1852, il a d'abord été nommé vicaire à Yébleron en 1853. Il est affecté à Heurteauville le 23 décembre 1865. Il connut donc l'érection de la section d'Heurteauville en commune à part entière le 9 octobre 1868.
L'abbé Caumont quitta Heurteauville le 23 janvier 1873 pour Auzouville-l'Esneval, de Sorquainville en 1876, Saint-Aubin-sur-Mer en 1885 où il mourut à la fin de l'année suivante.

Durant l'année qui suivit le départ d'Heurteauville de l'abbé Caumont, l'abbé Hénault, curé d'Yainville, vient biner de janvier à avril puis ce fut Brismontier, curé du Trait, d'avril à décembre 1873. Heurteauville va garder ensuite le même desservant durant sept ans.

Alexandre Boulanger (1873-1880). Né le 23 janvier 1824 à Saint-Léger-du-Bourg-Denis, ordonné le 23 décembre 1854, nommé curé de Rebets en 1854, d'Esteville en 1862, de Freneuse en 1866. Le presbytère d'Heurteauville s'ouvre à lui en 1873. Il s'y installe avec son domestique, Albert Petit. Le 31 août 1880, il quitte Heurteauville pour Esclavelles, puis Bezancourt en 1885, Saint-Honoré en 1891, Bardouville en 1897. Démissionnaire en 1899, l'abbé Boulenger est décédé à Bonsecours, le 30 juin 1906.
A Heurteauville, il reçut par deux fois l'archevêque de Rouen.


En avril 1874, l'archevêque de Rouen effectua une visite pastorale dans le canton de Duclair. Monté à bord d'une péniche des douanes, à Jumièges, il se rendit à Heurteauville. La presse diocésaine : Une grande partie des habitants réunis sur la rive attendaient, le Maire à leur tête, l'arrivée de Son Eminence. Par une attention des plus délicates, M. l'ingénieur des ponts et chaussées, chargé des travaux de la basse Seine, avait, dans la nuit, fait préparer une cale de débarquement en face de l'église. Monseigneur le Cardinal y mit pied à terre, reçut les hommages de bienvenue de M. le Maire, et se rendit à l'église. Son Eminence, après l'avoir visitée, examina l'emplacement destiné à la construction d'un presbytère ; puis, montant de nouveau dans la péniche des douanes, vint débarquer sur la rive droite dans la paroisse du Trait.

1875: mise en chantier du nouveau presbytère près de la chapelle.

En mai 1879 eut lieu une nouvelle visite épiscopale :  Avant de quitter Duclair, Monseigneur le Cardinal avait promis de visiter Heurteauville. Son Eminence s'y est rendue mardi dans l'après-midi. La paroisse s'étend sur la rive gauche de la Seine, en face de la presqu'île de Jumiéges. A trois heures et demie, la péniche de l'administration des douanes, gracieusement mise à la disposition de Monseigneur le Cardinal, attendait Son Eminence au passage d'Yainville.
M. le capitaine des douanes était venu de la Mailleraye, sa résidence, pour avoir l'honneur de l'accompagner. Monseigneur le Cardinal prit place dans l'embarcation, et quatre vigoureux rameurs ne tardèrent pas à la conduire, pavillon flottant au vent, de l'autre côté du fleuve.
Monseigneur mit pied à terre. Reçue par M. le curé, M. le maire et les notables de la commune, Son Eminence se rendit d'abord à l'église ; elle visita ensuite dans tous ses détails le presbytère nouvellement construit sur le bord de la Seine, s'entretint longuement avec les autorités ; puis, montant de nouveau dans la belle embarcation qui l'avait amenée, elle se dirigea vers la paroisse du Trait, située sur la rive droite.

Après le départ de l'abbé Boulenger, le 31 août 1880, Heurteauville va voir les les curés du Trait et d'Yainville biner la paroisse. Arthur Lejeune, vicaire du Boisguillaume, fut nommé aux deux cures en septembre 1880 mais on considéra dès lors Heurteauville comme étant privée de pasteur. En 1882, le presbytère est loué à des particuliers, faute de prêtre en résidence et pour compenser les indemnités versées au curé d'Yainville. Après Lejeune vinrent en effet de Yainville Pierre Généreux Haley, Jean-Charles Pamiseux et enfin Jean-Arthur Caron.

Paul-Eugène Masson (1889-1896). Dès 1890 eut lieu une mission prêchée par le RP Macellein, franciscain d'Amiens et qui rassembla 120 paroissiens. Né à Ancourteville le 7 juin 1861, ordonné le 20 décembre 1884, l'abbé Masson fut nommé vicaire à Notre-Dame-de-Bondeville en 1884. La cure d'Heurteauville lui fut confié le 31 août 1889. Il loge au presbytère en compagnie de ses parents, Eléonor Masson et Antoinette Hédouin. Sous son ministère, en 1891, fut construite une sacristie.
En septembre 1896, il quitte la paroisse pour Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen. Démissionnaire pour raison de santé en 1931, il s'était retiré à Bonsecours. Il est décédé le 27 janvier 1935.


Auguste Jean Pantène Sampic (1896-1897). Né à Gerponville le 7 juillet 1863, et ordonné prêtre le 18 juillet 1886, M. l'abbé Sampic avait été nommé vicaire à Eu en 1886; aumônier du collège de cette ville en 1887 ; curé de Saint-Aignan-sur-Ry en 1889 ; curé d'Auberville-la-Manuel en 1893. Il prend possession de la cure d'Heurteauville en septembre 1896. Démissionnaire pour raison de santé en juillet 1897, il se retrire à Montmorillon où il est mort en 1899.

Curé du Trait, l'abbé Sampic vient butiner la paroisse de septembre 1896 jusqu'à juillet 1897, mois où il se retire pour raison de santé. Son confrère du Trait, l'abbé Onice, lui succède de juillet 1897 à décembre 1898. Après quoi, de décembre 98 à septembre 99, on retrouve Onice et Lequy, curé de Jumièges. Un curé d'Heurteauville retrouve enfin le presbytère le 1er octobre 1899.

Pierre-Louis Thibaut (1899-1901). Natif de Petitville. Ordonné prêtre en juillet 1899, il est nommé à Heurteauville le 1er octobre 1899. Au presbytère, il vit avec sa domestique, Clémence Mazot. Nommé curé de Sorquainville en janvier 1902, il ne fut pas installé et devint vicaire de Londinières puis de Lillebonne en 1903.


Joseph-Alphonse Dupré (1902-1905). Né le 23 mars 1871 à Rouen, ordonné en 1899, vicaire de Caudebec-lès-Elbeuf, il est nommé en 1902 à Heurteauville qu'il quitte en décembre 1905. On le retrouve ensuite curé de Beaurepaire en 1906 par permutation avec Brocard qui suit puis curé de Roumare en 1911. Durant la guerre de 14, il fut réformé pour obésité.

Hypolite-Emile Brocard (1905-1918). Nommé en décembre 1905, il bénéficia aussitôt d'une pension ecclésiastique pour 23 ans de service. Né à Villy-le-Bas le 30 août 1854 ; ordonné le 29 décembre 1878, il fut successivement nommé : vicaire à Saint- Valery-en-Caux en 1878, vicaire à Doudeville en 1883, curé de Criquiers en 1890, curé d'Esclavelles en 1896, curé de Beaurepaire en 1900, et donc curé d'Heurteauville le 23 décembre 1905. Il y est décédé le 12 mars 1918. Brocard, qui vivait au presbytère avec Alphonsine Thieuslin, sa domestique, fut le dernier curé d'Heurteauville.

Après sa mort, le presbytère fut loué à des particuliers et c'est le curé de La Mailleraye qui vint officier au Bout-du-Vent.


18 mars 2007: inauguration de travaux de rénovation après deux ans de chantier.

Laurent QUEVILLY.

Jean-Yves MARCHAND.

Sources



Recherches aux archives départementale, (4 V 125) et registres paroissiaux, Jean-Yves Marchand
Un passage de la Basse-Seine, Jumièges, Jean-Pierre-Derouard, 1993.
La chapelle du Bout-du-Vent se raconte, Comité départemental du Tourisme, 2008.
Juste Houël, Harelle de Harteauville, 1829.

Presse diocécaine.
Géographie de la Seine-Inférieure, Tougard.