Trois Boutard furent maires de Jumièges de père en fils. Leur descendant direct, Julien Delalandre, a repris le flambeau en 2020. Un cas...
En dehors de la noblesse et de la haute bourgeoisie, on pourrait citer aussi Châteaubourg dans l'Ardèche où sept générations de vignerons, les Courbis, se sont succédé durant 180 ans, portés à la mairie par la population. A Cloyes-sur-Marne, de 1800 à 1907, cinq Jacquemin, se sont relayés. Balazé, en Ille-et-Vilaine, est le fief des Méhaignerie. Mais leurs premiers élus ont été, comme nos nobles sarthois, nommés par le Préfet. Pas les Boutard...
Jumièges se singularise...
L’originalité de Jumièges tient à une transmission familiale indirecte, mais persistante, sur 130 ans. Si l'on compte bien trois maires de père en fils, d'autres sont venus s'intercaler entre eux, ce qui témoigne d’une popularité récurrente des Boutard à Jumièges. Cette dynastie débute de plus à une époque où les maires ne sont plus nommés par le Gouvernement, mais élus au suffrage universel direct.
L'élection de Julien Delalandre en 2020, arrière-petit-fils de Georges Boutard, est donc la reprise d'une tradition familiale après 75 ans d'interruption. Ce qui, manifestement, semble exceptionnel dans l’histoire municipale française. Peu de communes peuvent en effet revendiquer une telle continuité familiale aussi dispersée dans le temps. Surtout que les Boutard se sont manifestés très tôt...
Les premiers Boutard...
Le nom, qu'il s'écrive Boutard, Bouttard ou encore Boutart, évoque le verbe bouter, ce qui signifierait celui qui pousse, qui fonce, qui bouscule... Mais non, il serait plutôt d'origine germanique. Bod signifiant messager, et hard hardi. Ainsi trouve-t-on des Bothard avec pour variante de Bodart,
Il existe à Jumièges plusieurs branches de Boutard déjà formées avant même la tenue des registres paroissiaux. A titre d'exemple, je descends pour ma part de plusieurs Boutard vivant à la même époque et dont il sera bien difficile d'établir les liens entre eux. Comme Isaac Boutard, né vers 1570, Pierre Boutard, vers 1575 et combien d'autres. Tous ces Pierre, ces Jean Boutard sont donc les chefs de file de lignées qui ont évolué de façon parallèle pour parvenir jusqu'à nous. Et parfois de façon plutôt amusante.
De quoi perdre son latin
Un de mes Boutard fut cinq fois marié... et cinq fois veuf ! Ses nouvelles femmes étant elles-mêmes veuves, imaginez la tête de saint Pierre quand il fallut gérer tout ce monde au Paradis. Ce Pierre Boutard avait même poussé l'originalité jusqu'à épouser une veuve Boutard le jour où sa fille épousait un fils de la mariée. Du coup, père qu'il était, il devint aussi le beau-père de sa fille. Oui, de quoi y perdre son latin ! Mais rassurez-vous, le curé de Jumièges s'appelait alors Grossetête...
Le fondateur de la branche des maires de Jumièges serait Valentin Boutard, né vers 1625 et marié à Marie Foucquet. Nos Boutard étant si nombreux, ils nous auront forcément donné au moins deux curés. Le nom de l'abbé Pierre Boutard apparaît sur une vitrail du Mesnil-sous-Jumièges pour avoir été un bienfaiteur de l'église en 1540. En 1671, l'abbé de La Brosse, curé de Jumièges, avait Michel Boutard pour vicaire. Ce dernier donna l'extrême-onction à un confrère, l'abbé Lanvery Dossier. Lui même trépassa le 10 mai 1682 à l'âge de 40 ans environ.
Avec Deconihout, Duquesne ou encore Vastey, Boutard fut un nom si porté dans la presqu'île qu'il fallut des surnoms pour les distinguer : Boutard dit Carbonneau, Boutard dit Boisselier... Ce qui voudrait dire que l'un fut charbonnier quand l'autre fabriquait des objets en bois. Mais ils eurent bien d'autres occupations...
Maréchaux de l'abbéDès le XIVe siècle, des Boutard ont pris des responsabilités dans la vie locale. En 1398, Richard Boutard partageait avec quelque 23 familles l'office de maréchal de l'abbé de Jumièges. Elles étaient représentées par un certain Jean Gouffre.
Maréchal de l'abbaye de Jumièges, c'est une charge transmise de façon héréditaire et attachée au fief de la Maréchaussée. L'homme d'armes exerçait diverses fonctions. Garde du corps de l'abbé, il l'accompagnait lors de ses déplacements, était son émissaire vers d'autres dignitaires, les servait à la table du palais abbatial, gérait les chevaux de l'écurie, entraînait les Jumiégeois au combat et levait le nombre d'hommes requis en cas de conflit. Pour cela, il percevait des droits en nature, comme du pain, du vin et des vêtements voire des terres de labour et bénéficiait d'exemptions fiscales. Cette charge, prestigieuse mais exigeante, déclina au XIVe siècle, jusqu'à sa transformation en 1398 en une rente annuelle de 60 sols, marquant la fin de ses fonctions traditionnelles au profit d'une monétisation des obligations féodales.

Marins, terre-neuvas...
4 avril 1391, un contrat de construction de bateau est signé entre Jean le Caron et Pierre le Cavelier, de Saint-Martin-sur-Croisset, artisans du bois, et deux acheteurs : Jean Boutard de la paroisse de Jumièges et Marguerin le Blout, bourgeois de Rouen. Les constructeurs s’engagent à livrer un bateau de 9,25 mètres de long, 2,50 m de large et 1,50 m de profondeur, fait de bon bois, de clous et de fer, avant la fête de la Sainte Madeleine. Les acheteurs doivent fournir le bray (résine pour l’étanchéité). Le paiement de 35 livres tournois, équivalant à deux vaches de l’époque, se fait en quatre étapes selon l’avancement des travaux. Ce contrat illustre les pratiques de construction navale sur la Seine à cette époque et l’usage courant de ces bateaux pour le transport de marchandises entre Jumièges et Rouen.
Au XVe siècle. Bien
entendu, plusieurs Boutard figurent dans le premier recensement de la
population qui nous soit, connu, celui de 1413, lors d'une
levée d'impôt. Ils sont exactement huit des deux
sexes : Ermion, Rogière, Guillaume,
Valentine, Jehannot, Jouen et enfin deux Robin. Ce sont
là nos ancêtres
communs. Toujours à l'occasion des impôts de 1413, on
publia la liste des serviteurs de l'abbaye qui en furent
exemptés. Parmi eux figure Jouen Boutart, l'un des deux "clers du moustier".
Ce qui signifie qu'il occupaiet une fonction telle employé aux
écritures, avait reçu la tonsure mais gardait un pied
dans le monde séculier.
Au XVIe siècle... Le 10 janvier 1509, est signé un "arrêt rendu à Messieurs les religieux pour Michel Boutard fils du défunt Pierre, héritiers de Richard dit Machon et Robert dit Levindel". Ce document porte sur l'entretien du fossé courant nommé Le Neuf aboutissant d'un bout "aux commune pastures et à l'autre bout à la rivière de seine."
Comme beaucoup de familles
jumiégeoises, les Boutard ont donné de nombreux
marins. Dès 1525, on a mention d'un Jean Boutard,
maître du Nicolas. 
Pierre Boutard fut bénéficiaire du bail du manoir d'Agnès Sorel en1536 et 1548,
Le 10 mars 1541, nous apprennent
les archives, à Civitavecchia, "la nave de Pietro Botaro
(Pierre Boutard) des
environs de Rouen" prend à son bord 2.506
cantares d'alun extrait des mines de Tolfa pour « la Bretagne et Rouen
». Quelques jours plus tard, le 19 mars,
apparaît "la
nave de Nicolao Botaro", (Nicolas Boutard) qui
charge 2.210 cantares pour la Flandre. Civitavecchia était
port des États pontificaux, près de Rome, qui
contrôlaient l'extraction du sel minéral.
En octobre 1549, pendant le séjour au Havre de Henri II et Catherine de Médicis, deux buttes furent aménagées pour que le roi puisse s’adonner au tir à l’arc. Alors qu'il venait de blesser accidentellement à l’épaule un capitaine allemand. "un navire commandé par un certain Boutard, originaire de Jumièges et revenant de Barbarie, arriva en rade en tirant plusieurs coups de canon, ce qui interrompit le jeu". Le roi et les seigneurs se rendirent alors sur la jetée pour observer, mais furent mouillés par une mer très agitée. Cette mésaventure marqua le roi, au point que par la suite, lorsqu’un représentant du Havre venait en cour, il était toujours reçu rapidement en souvenir de l’inconfort subi par le roi. Et on le devait au capitaine Boutard!
Au cours de ce siècle, les Boutard ne sont pas les derniers à écumer les bancs de Terre-Neuve. Le 17 novembre 1554, Pierre Boutard vend à Nicolas Alleaume, maître et bourgeois, un quart d'un navire prêt à partir de Jumièges vers Terre-Neuve. En 1557, Nicolas Boutard, le patron de la Barbe, 180 tonneaux et ses compagnons sont pris par des navires flamands de retour du grand banc. Certains sont retenus prisonniers depuis le 7 août sur l’île de Flessingue.
Un « Pierre Boutart de Jumièges » apparaît sur le navire La Marie vers 1562, actif entre le Cap‑Vert, la Guinée et le Brésil
Ils seront impliqués aussi dans l'expédition désastreuse des Français aux Açores en 1582 visant à porter secours au Portugal contre l'Espagne. On note Richard Boutard, dit Soisson, patron de l'Espérance, navire de 60 tonneaux..
Opposants aux moinesMais dès cette époque, un interminable conflit opposera les gens de la presqu'île aux moines de l'abbaye. Objet du litige : un droit de panage contesté dans la forêt par nos pieux cénobites. Les Boutard sont alors fort actifs dans les assemblées tenues à Jumièges comme au Mesnil dans les années 1575. Ils ont pour noms Clément et Isaac Boutard, Guillaume Boutard fils, Cardin-Richard Boutard dit Sonichon, Jean Boutard, dit Boisselier, autre Guillaume Boutard fils, et encore un autre Guillaume, et encore un Jean. Bref, les surnoms de sont pas de trop pour les distinguer.
Cette affaire, marquée par l'assassinat du moine chargé de garder les lieux et l'emprisonnement des meneurs, ne trouva son épilogue... qu'en 1853 ! Et ce sera encore un Boutard, Sever Aimable, que nous retrouverons bientôt, qui signera l'acte final de ces trois siècles de procédure dans l'étude du notaire.

Au XVIIe siècle. Des Boutard de Jumièges ont fait souche à Rouen en la personne de Loys qui épouse en 1605 Guillemette Hellot en la paroisse de Saint-Martin-du-Pont. Il sera suivi de deux autres Boutard de Jumièges qui viennent prendre épouse dans diverses paroisses de la capitale normande : Jacques Boutard en 1613, Richard Boutard en 1623...
A Rouen, la rue Villon s'est longtemps appelée rue Boutard mais elle semble sans rapport avec cette série de mariages célébrés deux siècles après la première mention d'une rue Boutchard.

Au XVIIIe siècle. Magdeleine Boutard était enceinte quand son mari, Jean Lebourg, fut levé dans la Marine. On ne le revit jamais. Quand, 20 ans plus tard elle maria son fils, le curé exigea... le consentement du père. Il fallut régler l'affaire devant les tribunaux Le clan des Boutard étant pléthorique, on en voit dans les années 1750 un Augustin se prendre le bec avec son voisin, Valentin Porgueroult, qui le traîte de "bougre de cocu",
En
1761, Pierre et Nicolas Boutard sont parmi les signataires d'une
pétition à l'abbé de Jumièges contre
l'armée qui prend ses quartiers d'hiver dans la paroisse.
Nicolas et François Boutard signent encore une pétition
en 1772 pour décharger les habitants de la commune des
corvées de chemins.Marie Angélique Boutard était fermière du bac de Jumièges en 1776 quand il coula, faisant deux noyés.
La même année, le chirurgien Bairies nous apprend : "Traitté
la femme d'un nommé Boutard, de la paroisse de Jumièges,
de vapeurs histériques, guérye radicalement."Révolutionnaires
Trois Boutard signent les Doléances. Comme dans de nombreuses paroisses, c'est le 29 mars 1788 que les plus gros contributeurs de la paroisse Saint-Valentin de Jumièges se réunirent à l'église sous l'œil de l'abbé Adam. Ils forment alors trois groupes. Ceux des Sablons, ceux du Conihout et enfin ceux d'Heurteauville.
Ce nom étant avec les Deconihout, les Duquesne, les Vastey et quelques autres parmi les plus portés de la presqu'île, trois Boutard figurent parmi les représentants du Conihout : J. N. A. Boutard, crédité de 17 livres d'imposition, P. Boutard, 22 livres, enfin Pierre Augustin Boutard, 38 livres, ancêtre direct de Julien Delalandre.
Quelques mois plus tard, Augustin Boutard prit pour épouse Marie Anne de Saint-André. Nous étions le 7 juin 1789 et la Bastille restait à prendre. Augustin avait 32 ans, son épouse 24. Laboureur, il pouvait être heureux. Mais son père avait alors un pied dans la tombe.
La mort du patriarche. Cette fameuse année 1789, le vendredi 13 novembre, mourut l'ancêtre direct de Julien Delalandre. Il avait 72 ans. Pierre Boutard fut inhumé le lendemain et plusieurs personnalités signèrent l'acte de décès : J.N.A. Boutard, Augustin Boutard, Pierre Desjardins, ancien pourvoyeur des moines, Jean Vatey, gendre du défunt, Jean Amand, JB Damendé. On retrouve là des signataires des cahiers de doléances, des acteurs très en vue de la vie municipale. Ce qui semble indiquer un rôle actif de Pierre Boutard durant la Révolution. Déjà... On allait dire encore.
En 1790, Augustin Bouttard figure parmi les locataires de biens de l'abbaye s'acquittant de fermages. Pour sa part, ses échéances portent sur une dixme de la Traversaine et un trait de dixme au Conihout. Nicolas Augustin Bouttard est par ailleurs fermier de prairies à Jumièges.En mai 1800, un Pierre Boutard est des signataires d'une pétition qui demande la nomination des citoyens Desaulty et Dinaumare comme maire et adjoint. Le premier est un moine défroqué qui a des assiduités pour la fille du second, ancien homme d'affaires de l'abbaye.
Et déjà des élus !
Un premier conseiller municipal. En 1811, et sans doute avant, est attesté un Pierre Boutard siège au conseil municipal présidé par Jean-Jacques Hue. Encore un exemble de l'omniprésence des Boutard à Jumièges. Car tenez-vous bien. Ce Boutard-là est né en septembre 1749 de Nicolas Boutard et de Marie-Anne... Boutard ! Ses parrains furent... Pierre Boutard et Marie Madeleine Boutard fille de Nicolas Boutard ! C'est pour moi un arrière-grand-oncle mais ses liens avec les futurs maires dont nous allons parler sont plus distendus.
Naissance d'une dynastie de maires.Le 27 avril 1802 naquit Aimable Sever Boutard, fils d'Augustin Pierre, signataire des cachiers de doléance, et Marie Anne Saint-André. Le lendemain, ses parrains, parfaits homonymes de ses parents, vinrent du Mesnil pour honorer leur tutelle spirituelle. Nous sommes chez les ancêtres de Julien Delalandre.
Il était encore bien jeune, ce garçon, pour devenir orphelin. Alors que Napoléon perdait la partie, Aimable sever, perdit son père. Nous étions le 1er mai 1815. Mais bon sang ne saurait mentir. il va s'élever résolument dans la vie jusqu'à s'investir très vite dans la vie communautaire.
Deux Boutard tirent sur l'écharpe. En 1821, le maire, Jean-Jacques Hüe, est destintué. Pierre Boutard, évoqué plus haut, ne cache pas son intention de le remplacer. Juge de Paix du canton, Jacques Quevilly exprime clairement au Préfet une forte méfiance envers lui. Il le juge non seulement inapte mais politiquement dangereux pour la fonction de maire. Plaident contre lui un âge avancé, son manque d’énergie, des idées bonapartistes et libérales opposées à la monarchie restaurée. Ses relations douteuses prédisant que sa nomination entraînerait des troubles et des vengeances.
À l’inverse, Quevilly loue les qualités du maire sortant, Hüe, décrit comme loyal au roi, respecté et capable. En dernier recours, Quevilly propose le premier adjoint, Charles Le Sain, comme successeur plus fiable.
En préfecture, on partage l'avis du juge de Paix. Boutard " aime à s'amuser, reste très facilement où il se trouve et il est sans caractère, pour cette raison, de l'avis de tout le monde, ce n'est point l'homme qui convient pour maire,"
En revanche, Le fils d'un autre Boutard, François, est jugé plus sérieux. " celui-ci est âgé de 38 ans, il est homme de caractère et juste, très capable d'être maire, il fera tout le bien que sa commune a besoin." Il a de la considération, de l'avoir, "bon père de famille, bon mari, c'est l'homme qui sous tous les rapports convient pour être maire d'une commune aussi étendue que celle de Jumièges. Dans l'intérêt des administrés comme dans celui des propriétaires de la tourbe, Monsieur le Préfet ne peut assez tôt faire un meilleur choix."
Entre les deux Boutard, l'Administration tranche. Ce sera Charles Lesain...
Et un autre Boutard conseiller ! Le 29 mai 1834 meurt en exercice Jacques Nicolas Augustin Boutard, propriétaire au Conihout, né le 23 juillet 1761 de Nicolas Augustin et de Marguerite Lecoq, époux de Marie Marguerite Barbe Delarue. Son fils François, 49 ans, déclare le décès.
Sever père conseiller. Quelques temps après, en 1837, on trouve forcément un Boutard à la tête de la commune : François Boutard de la Grange, gros contributeur d'Heurteauville, celui qui l'on disait si sérieux. S'il occupe ce poste, c'est que Casimir Caumont, le propriétaire de l'abbaye, sentant du haut de ses tours le vent tourner, ne s'est pas représenté.
François Boutard tenait son surnom du fait qu'il exploitait la grange dîmière.
Sever Aimable Boutard est membre de son conseil. Il est attesté en 1834 sous Caumont puis en 1840, 1870...
Le mandat de Sever Augustin (1890-1907)

Sever Boutard, fut le 28e maire de Jumièges. "Je suis né à Jumièges, le 6 octobre 1830, au hameau du Conihout", raconte-t-il dans ses mémoires. Augustin fut son second prénom. Ses parents, Aimable Sever Boutard et Marthe Ouin, s'étaient unis l'année précédente. Aimable Sever était cultivateur et propriétaire. Il vendait aussi un peu de "besson".
Sever Boutard s'est marié le 12 octobre 1861 au Mesnil-sous-Jumièges avec Aglaée Fortunée Pulchérie Goubert dont il aura deux enfants : Augustine Herminie, épouse Pigache et Sever Jérémie que nous retrouverons plus tard comme maire.
Le 4 janvier 1870, Sever et son frère Léon déclarèrent le décès de leur père qui, à 67 ans, était toujours conseiller municipal.
Fils
de conseiller municipal, d'abord adjoint dès 1872 de Simon
Cabut et de son fils Ernest puis d'Achille
Grandchamp, l'oncle de Maurice Leblanc, auteur d'Arsène
Lupin, il
devient maire à 60 ans suite au décès
de Grandchamp. Mais il présidait déjà souvent le conseil en l'absence de Granchamp.
Son élection eut lieu le dimanche
10 août 1890 par onze voix sur douze. Ancien maire du
Trait,
Léon de la Metterie fut désigné
adjoint par dix voix
sur
douze. On
se félicite aussitôt de l'élection d'un
maire enraciné dans le paysage local. Granchamp
était plus souvent à Rouen
qu'à
Jumièges.
Sever se souviendra longtemps du jour de février 1891 où, tout juste élu, il apporta au marché de Duclair un paquet de six beaux pommiers provenant de la pépinière Delamare, à Jumièges. Il les destinait à son gendre, Pierre Pigache, cultivateur à Boscherville. A huit heures, il déposait le paquet devant l'écurie d'Henri Denise. Quand Pigache vient en prendre livraison, il avait disparu.
A
Jumièges, en juillet 1892, Boutard va présider le
centenaire de
la
République en organisant une fête à la
hauteur de l'événement. Et c'est alors que Sadi
Carnot va
être assassiné. 

Sur cette photo figurent vraisemblablement les trois maires de père en fils. Au premier rang, Edoine Cauvin et Charles Léon Boutard frère de de Sever Boutard avec son chien. L'enfant assis entre luis Aglaée Goubert est peut-être leur petit-fils, Georges Boutard. Enfin à l'arrière 3e à partir de la droite, on croit reconnaître Sever Boutard fils.
Son mandat terminé,
avec
une plume fleurie et des anecdotes truculentes,
il écrivit
ses
mémoires de jeunesse en 1908 à la demande de
l'instituteur du village, Parfait Paôn. Il y raconte ses
souvenirs d'école, les superstitions dans les
années 1850,
les mentalités d'alors, "Il
y avait à cette époque des oies
enculottées à Jumièges,
juge-t-il avec
malice, il y en a
encore aujourd'hui..." Sa conclusion : "J'aurais encore bien des choses
à raconter..." Dommage qu'il ne l'ait pas fait.
Sever Boutard
décéda
au Mesnil le 12 février 1922. 
On ne peut donc qu'imaginer quelle aurait été l'évocation de son mandat si quelqu'un avait eu la bonne idée de noter ses souvenirs. Alors allons-y
(1890–1907)
J'ai succédé conte toute attente à Achille Grandchamp le 10 août 1890. Pris d'un malaise alors qu'il passait le week-end à Jumièges, il était rentré à Rouen. Et là, il était mort subitement. L'oncle d'Arsène Lupin, comme l'appellent aujourd'hui certains, passait plus de temps à Rouen qu’à Jumièges. Du coup, on se félicita d'avoir enfin un maire présent. Et c'est ainsi que j'ai ressenti mon devoir: faire battre le cœur de la commune parmi ses habitants, pas depuis la capitale normande...
Mon adjoint, Léon Delametterie, ancien maire du Trait mais natif de Jumièges, fut un pilier sur lequel je pouvais m'appuyer. Avec lui, nous formions un tandem solide, deux pays enracinés qui savaient ce que signifiait administrer un village, pas un programme.
Je n’ai jamais pu me résoudre à considérer l’abbaye comme une simple ruine. Elle veillait sur nous, sur nos morts comme sur nos fêtes. Quand la procession du Saint-Sacrement montait la rue principale, j’entendais dans la cloche du chariton battre la mémoire d’un autre temps.
2. L’hiver, la misère et les justes
L’hiver 1890-1891, le premier de mon mandat, fut si rude que la Seine devint une lame de glace. Le facteur Clément traversait le fleuve gelé pour porter le courrier à Heurteauville. Il mérita bien une délibération. Un vrai héros de campagne.
On voyait passer aussi des hommes à bout, comme cet ouvrier venu de Rouen en 1893, errant, affamé... Nous avions été émus, avant de comprendre qu’il jouait la comédie. La misère fait parfois mentir, pour un quignon de pain. D'autres ne faisaient pas semblant : Mainberte, Obiat, Martel... Tous pendus. Les femmes, elles se jetaient plutôt dans la citerne. Comme la veuve Chrétien, à peine sortie de l'asile de Saint-Yon. Je revois encore ce pauvre Martel qui s'était fait sauter la cervelle, il n'y a pas d'autres mots, après une nouvelle querelle avec sa femme. C'est là un des plus mauvais aspects de notre fonction de maire. Que ce soit par suicide ou accident, il me fallait annoncer ces morts aux familles, j'y allais avec le curé, l'abbé Lequy, avec le garde-champêtre. Du moins quand celui-ci était dans une tenue correcte. Car figurez-vous qu'on l'a surpris un jour tout nu dans un champ en compagnie d'une dame qui n'était pas tout à fait la sienne. Alors on a remplacé Cuffel par Hardi et n'y voyez pas de jeu de mot.
3. Le feu, notre fléau
Je crois avoir connu tous les incendies du pays. Chaque année, parfois plusieurs par saison. Chez Mme Philippe, chez Duparc, chez Saint-André, à la ferme du Puits-Parlant, chez Castel, Bunel, à la chapelle qui grâce aux bontés de M. Prat, la terreur des sangliers, a pu renaître de ses cendres...
Nous avons donc entretenu avec soin notre compagnie de sapeurs-pompiers. Le banquet de la Sainte-Barbe était pour moi un rendez-vous incontournable. Je me souviens du jour où l'on honora Mazeau pour 33 ans de service. Du lieutenant Lambert, courant à travers champs derrière un attelage emballé, ou bravement stoppant un cheval fou à l’entrée du bourg. Des héros discrets.
En 1905, les pompiers de Duclair durent même venir en renfort, tant l’incendie chez la veuve Neveu menaçait tout le quartier. L’un des nôtres, le boulanger Coignard, sauva une octogénaire. Un homme d’honneur. Il avait déjà tiré des noyés de la Seine.
4. La justice des campagnes
Les tribunaux avaient leur lot de nos affaires : vols, coups de bâton, adultères, même un meurtre. Rigault qui tire au fusil pour défendre sa sœur contre un mari devenu bête féroce. Il fut acquitté. Les jurés de Rouen savent faire la part des choses.
L'affaire qui m'embarrassa le plus, c'est bien quand Emile Barbey, mon voisin, mon conseiller, vint frapper à ma porte pour m'avertir de la mort de sa bonne. J’ai vu un homme secoué, pas un meurtrier — mais l’autopsie a parlé d’un coup de couteau en plein cœur, de marques au cou. Alors on l'a emprisonné. Puis innocenté.
Je me souviens aussi des ces disputes de voisinage, une clé volée, une armoire vidée. Et parfois, c’était la gendarmerie pour deux vaches en pâture un jour de trop.
5. Fêtes, processions et Saint-Pierre
Ah, la Saint-Pierre ! Bal, illuminations, feu d’artifice, fanfare de Duclair, jeux pour tous... Et les jeunes dansaient, riaient, oubliaient les jours durs. À la Saint-Jean, on allumait encore mille bourrées pour un feu de joie. Et puis la tradition s'est perdue.
Les charitons ouvraient la procession du Saint-Sacrement, suivis du garde suisse, du chantre, de M. Deshayes, vétéran de Crimée. Et moi, au bout, discret. L'abbaye, chaque fois, nous regardait comme une vieille dame indulgente. C'était le domaine de "Madame Éric", la propriétaire des lieux qui accueillait du beau monde.
6. L’ombre politique et les batailles invisibles
Je fus mêlé à la querelle des écoles. En 1902, on ferma l’école maternelle libre, dirigée par les religieuses, pourtant fondée et entretenue par Mme Lepel-Cointet. Une injustice à mes yeux. l'État ne voulait plus de Dieu dans l'école, mais c’était oublier que ces femmes soignaient, instruisaient, nourrissaient sans rien demander.
Même M. Mastier, le préfet qui donna l’ordre de fermeture, avait été précepteur des enfants Lepel-Cointet… Quelle ironie...
7. Visiteurs illustres et regards du monde
En 1896, après un banquet mémorable où nous étions réunis à Duclair, Félix Faure posa le pied à Jumièges. Il visita les ruines avant de regagner Caudebec. En 1903, les sociétés de géographie débarquèrent sur le “Félix-Faure” pour les explorer aussi. Roger Martin du Gard y fouilla la terre, l’année suivante. Je n’ai pas su qui il était sur le moment. Je l’ai su après. Un écrivain.
8. La fin d’un cycle
J'avais obtenu les gallons de lieutenant des pompiers à Eléonor Lambert. En 1905, on m'éleva au rang officier du Mérite agricole. J'étais flatté d'accrocher ce poireau au revers de ma veste. Mais je pris cela comme un hommage à mon village plus qu’à moi-même.
J'ai vu mourir entre autres Victrice Lambert, vieux conseiller. Le cœur se serre à voir partir tant d’âmes qui avaient fait le pays. Ces dernières années, le conseil municipal était devenu un véritable champ de ronces. Jules Martin, à qui nous avions fait résilier ses baux pour loyers impayés, Jules Martin qui ne respectait pas l'usage de la commune pâture, Jules Martin qui multipliait les passages en correctionnelle avait réussi par magie à se faire élire conseiller. Depuis, il ne cessait de perturber nos réunions, s’opposant systématiquement à toute décision.
Obsédé par l'idée de me ravir mon siège, Prosper Peschard, pourtant fin érudit et notaire distingué, crut bon faire cause commune avec cet énergumène. Une alliance de la carpe et du lapin qui transforma nos délibérations en joutes oratoires.
J’ai tenu bon, mais la haine et les violences me firent comprendre que je ne pouvais plus gouverner dans ces conditions. En 1907, j'ai cédé mon écharpe à Jules Lefebvre. Dix-sept ans à la barre ! J’avais semé, arrosé, éteint bien des flammes. Et peut-être échappé au pire. Prosper Peschard parvint à satisfaire enfin ses ambitions en devenant maire de Jumièges. Le 14 Juillet 1910, sur la place de la Mairie, Jules Martin, son conseiller, l'abattit d'un coup de revolver
Sever BOUTARD.
Maire de Jumièges, 1890-1907
Le mandat de Sever Jérémie (1920-1933)

Sever Boutard fils fut le 33e maire de Jumièges. Il est né le 11 juin 1866 à Jumièges, Jérémie est son second prénom. Cultivateur aux Sablons, il s'est marié à Berville en 1891 à Julia Pigache.
Mardi 24 juin 1879, d l'école de Duclair, le Dr Cavoret, maire, préside au certificat d'études. Les cinq lauréats sont tous du pensionnat dirigé par M. Ragot. Parmi eux : Sever Jérémie.
En novembre 1919 eurent lieu des législatives suivies de municipales qui donnèrent une large victoire au bloc national, coalition de droite. De nombreuses invalidations furent alors prononcées contre des maires de gauche. Soit par l'Administration pour irrégularités, voire après le recours d'opposants politiques Or Jules Lefèvre était radical socialiste. Voilà un homme qui, pendant la guerre, avait eu la lourde tache d'informer les familles de la disparition de l'un. Et le premier télégraphe qu'il reçut de l'Armée concernait son propre fils. Mais nous voilà après l'Armistice.
Le samedi 28 février 1920, à 17h, le conseil municipal de Jumièges se réunit à la mairie pour sa cession ordinaire sous la présidence de Jules Lefebvre, maire. Présents : MM Deconihoult, Maugerard, Aimable Duparc, Boutard, Glatigny, Lamy, Quesne, Grain, Louis Duparc, Emile Gossey, enfin Léopold Renault désigné comme secrétaire de séance. Une séance qui tourne court. En marge du registre, on note cette inscription "Protestation contre l'exercice de la fonction de maire par M Jules Lefebvre." En pleine page: "Le conseil, considérant que l'élection de M. Jules Lefèvre comme maire a été invalidée, l'adjoint dispose du pouvoir administratif et que seul il est qualifié pour présider la session de février..." Le petit-fils de Jules Lefèbvre avouera plus tard qu'il prit la mairie du Mesnil pour venger son grand-père contre les "familles dominantes" de la presqu'île. Comptait-il les Boutard parmi elles. Pas sûr comme nous le verrons plus loin.
Toujours est-il que le 14 mars 1920, Sever Boutard succède à Jules Lefebvre. Mais il sera réélu à la régulière le 16 mai 1925 et à nouveau le 18 mai 1929. Ce qui témoigne d'une confiance de la population.
En juin 1920, on voit partir Sosthène Levacher, curé de Jumièges, pour Saint-Jean-du-Cardonnay. L'abbé Grout lui succédera et Sever lui remettra solennellement les clefs de l'église.
En septembre, on remit la médaille d'or de la famille à Mme Crevel pour ses 12 enfants. Le 11 octobre 1920, le Ministre de l'Instruction publique vint visiter l'abbaye et s'arrêta un moment devant l'église Saint-Valentin alors en réfection.
En 1921, les antiquaires alertent le préfet sur la dangerosité de l’église Saint-Valentin. Le curé de Jumièges, sur avis du cardinal Dubois, a signalé l’état déplorable du chœur et du portail, ce qu’est venu constater un haut fonctionnaire ministériel. Sever Boutard fut invité à constituer une demande de classement.
En juin 1921, Boutard fut des maires invités à l'inauguration de l'école ménagère du Trait. La Saint-Pierre dresse sont mat de cocagne d'où l'on voit partir les courses à pieds et à vélo. Puis c'est le bal... En juillet, le maire et Mme Éric reçoivent l'archevêque qui visite l'Asile et les ruines. Le 26 juillet, Sever est certainement sur la rive quand toute la population acclame le passage du bateau transportant le président Millerand.
C'est le temps fort du mandat
de Sever Boutard fils. Le 13 novembre 1921 fut
inauguré le monument aux morts de Jumièges.
Réalisé en
pierre artificielle, il en coûta 14.000 F de
l'époque réunis par souscription.L’inauguration du monument aux morts de Jumièges, organisée le jour de l’Anniversaire de l’Armistice par une messe à l’église, magnifiquement décorée par la société Worms. Elle fut célébrée par M. l’abbé Wagner, et l’allocution prononcée par M. l’abbé Gilles rendit hommage aux soldats tombés. La fanfare de Duclair, dirigée par M. Pellerin, accompagna la cérémonie tout au long de la journée.
Après la bénédiction d’un drapeau offert aux anciens combattants par les dames de la commune, un important cortège se forma, comprenant les enfants des écoles, les pompiers, de nombreuses autorités locales et régionales, ainsi que des délégations des villages voisins. Le cortège se rendit au monument.
C’est M. Jules Lefèbvre, ancien maire de Jumièges et président du comité du monument, qui remit officiellement la stèle commémorative à la commune. Preuve que ses rapports avec son successeur étaient au mieux. Très ému – ayant perdu un fils à la guerre – il remercia la population pour ses généreuses contributions et appela à l’union sacrée. Ce message fut repris par plusieurs orateurs, dont le maire, Sever Boutard, le conseiller général Henri. Denise, le député Jean Maillard et M. Roux, représentant le préfet.
La cérémonie s’acheva par l’appel des morts, des chants patriotiques par les enfants, la Marseillaise jouée par la fanfare, puis un vin d’honneur à la mairie où de nouveaux discours patriotiques furent prononcés.

Sever Boutard fils sera donc le premier maire de Jumièges a présider aux cérémonies du 11 Novembre qui suivront l'érection du monument.
Le 17 septembre 1922, la mairie accueille une conférence de M. Lenormand, vice-président de la fédération des anciens combattants. A la suite de quoi se constitua une association commune à Yainville et Jumièges sous la présidence de René Edde. Mon grand oncle Pierre Chéron en fut le secrétaire. Cette association va contribuer à l'animation du bourg.
En février 1924, Sever Boutard représente à Rouen la commune de Jumièges aux obsèques de Mme Givon, donatrice de l'école Lefort. Il prononce une allocution au cimetière monumental.
Le 1er mars 1925, la veuve Savalle, 95 ans, est victime du feu près de l'Hôtel Neveu et décède malgré les secours.

A la Saint-Pierre, Sever Boutard remet aux pompiers de nombreux prix gagnés au concours de pompes de Duclair.

En 1925, Euphrasie Havert fête les cent ans de son café épicerie, au hameau du Conihout. Celui-ci avait été créé par Monsieur et Madame Gosse. Quand l'homme fut veuf, il épousa Euphrasie, alors employée au café. Sever Boutard est de la fête (2e à partir de la fauche) ainsi que le lieutenant Lambert, promu cette année-là chef des pompiers.

C'est à la Pâques de 1926 que fut instauré un droit d'entrée à 2F pour visiter les ruines et contribuer à sa conservation.
Sever Boutard milite à droite. En avril 1927, il assiste avec les représentants de toutes les communes du canton, hormis le Trait, à une conférence donnée à Duclair par la Fédération républicaine. Elle est présidée par Denise, conseiller général, assisté du comte de Malartic, conseiller d'arrondissement. Objectif : rallier les forces républicaines conservatrices contre la gauche radicale et socialiste en vue des législatives de 1928. Les discours dénoncent la politique du Cartel des gauches menée de 1924 à1926,
Mai 1927. Encore une tentative de suicide. La veuve Julien est sauvée à temps. Juin. Marcel Deconihout, cultivateur, est absent. on lui vole l.000 F dans une commode.
Le 18 octobre 1927, le roi d'Irak visite Jumièges. On va bientôt consolider la tour lanterne et les parties supérieures de la nef.
Février 1928, comme toutes les communes voisines, Jumièges reçoit le député Dubreuil en campagne. Celle-ci fait rage : André Marie s'en prend vertement à un électeur de Jumièges, Etienne Ysnel qui lui reprochait de cacher son appartenance au parti radical-socialiste.
Sever a misé sur le mauvais cheval. Mais bon, nous ne sommes pas au prix de Jumièges qui se dispute à Vincennes. Le 28 avril, André Mariefait jeu égal avec Follet à Jumièges et remporte la criconscription. le nouveau député entame alors une carrière politique qui le mènera à la présidence du Conseil en 1948.
Juillet 1928, la forêt brûle encore par l'imprudence de deux enfants.
Le 18 mai 1929, Sever Boutard est réélu maire par 11 voix sur 12. Deconihout est nommé adjoint mais refuse et cède la place à Henri Lefrançois. Il y eut cette fois un second adjoint chargé spécialement du Conihout : Aimable Duparc.
Juillet 1929, c'est un scout qui se noie à la cale du bac. Le 13 novembre, Henri Douillère et Henri Brasse frappent leur père et beau-père quand celui-ci vient demander à son épouse de reprendre la vie commune.
En juillet 1930, Sever Boutard participe à l'Hôtel de la Marine de Caudebec avec son homologue d'Yainville (un rad Soc !) à la création du Groupement des intérêts de la Seine Maritime. Ce comité naît de la volonté de rassembler élus et habitants de 23 communes pour défendre les intérêts communs économiques, sociaux et ruraux de la région. Dans un esprit de concertation, d'entraide et de neutralité politique (la preuve !), ce groupement vise à favoriser la prospérité collective, résoudre les différends locaux à l’amiable et faire entendre la voix des territoires ruraux auprès des pouvoirs publics.
Mais voilà que le prix d'entrée est passé vite à 5 F à l'abbaye de Jumièges. En octobre, certains élus s'en offusquent à l'affaire est même débattue au conseil général. Ce mois-là, encore en compagnie de ses homologues des communes voisines, Sever est des invités à l'inauguration de l'école Jean-Maillard, à Pavilly, par Painlevé, ancien président du conseil, ancien ministre de la Guerre. Un homme de gauche...
En 1931, un agriculteur de Jumièges trompait la clientèle sur le marché de Caudebec. En mars, un événement. Mme Éric rend l'âme à 94 ans. C'était l'âme de l'abbaye. Les anciens combattants étaient alors présidés par M. Monguérard.
En septembre, l'abbé Debris succède à la l'abbé Groult. Sever préside la traditionnelle remise des clefs de l'église Saint-Valentin.
1932 commence mal. Deux adolescentes portent plainte contre un journalier de Jumièges pour agressions sexuelles. Il est arrêté par les gendarmes de Duclair.
Paul Doumer, est un homme de la droite modérée qu'appréciait Sever. Le 7 mai, le Président est assassiné par immigré russe. Le maire de Jumièges fait parvenir ses condoléances la veuve via la Préfecture. Elle lui retourne ses remerciements par le même canal.
32 voit la création du comité des fêtes présidé par J. Persil. On organise dès lors un curieux concours : celui des bébés. La municipalité organisa quant à elle un concours de tir pour la Fête nationale. Le dimanche 2 octobre eut lieu la fête Saint-Michel.
En octobre 1932, Sever Boutard est élevé au rang d'officier du Mérite agricole. Délégué cantonal, vice-président du comité cantonal de défense républicaine, il ne lui reste plus beaucoup à vivre lorsqu'en novembre nous vient le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts.
Sever est mort en exercice au cours de son troisième mandat en avril 1933.
Sever Jérémie eut un fils prénommé Pierre, engagé dans la guerre de 14, prisonnier et qui a laissé un petit journal de campagne. Un autre, Georges, qui sera maire à son tour. Un troisième, Jules, marié à Jumièges en 1920 avec Anatolie Hulin.
Le mandat de Georges (1945-1953)
Georges Boutard
fut
le 37e maire de Jumièges. Né
le 23 août 1899, de
Jérémie Boutard, il fut mobilisé
à la fin
de la Grande guerre dans la cavalerie. Georges Boutard sera le
fondateur de l'Etoile
sportive en
1937 et le
stade de
Jumièges porte aujourd'hui son nom. En 1945, Estor Cadinot eut le
mandat le plus court de l'histoire de Jumièges. Trois mois.
Georges Boutard, l'homme à l'éternel chapeau, fut
élu le
19
mai 1945. Premier tour : MM. Boutard Georges, 330 voix; Canu
André, 264; Mme Guillemot-Treffainguy, 244; Callais
Alphonse,
242 ; Cadinot Estor, 234; Quesne Guillaume, 224.Deuxième tour ; MM. Huet Georges, 238 voix; Gruley Charles, 229; Duparc Aimable, 227; Lefebvre Henri, 222; Deshayes Fernand, 220; Huet Emile, 212.
On manque encore de recul sur les réalisations de son administration. On sait que le mandat de Georges Boutard débute par ces petites tracasseries administratives que doit régler un maire. En février la section des Vieux travailleurs de Duclair reproche à ses services de freiner l'obtention d'une retraite par l'un de ses adhérents. Comme ses devanciers, il a aussi affaire a de retentissants faits-divers, une bataille rangée en juin, un crime dans la plaine de Yainville en septembre. Un homme abat le mari de sa maîtresse. La victime et ses parents sont bien connus. Le choc est immense.
C'est l'époque aussi où le tout puissant Parti communiste mène campagne contre la direction des carrières Drouard et son directeur local. Celui-ci sera arrêté pour faits de collaboration.
Mais l'ambiance est plutôt à la fête avec des bals qui n'en finissent pas de célébrer la Libération.
1947 est une année capitale dans l'histoire de Jumièges. L'Etat devient propriétaire des ruines de l'abbaye. Des travaux de préservation vont suivre.
Réélu le 31 octobre 1947, on déplore la disparition de M. Détienne, guide emblématique de l'abbaye. Le 7 mai 1953, Georges Boutard confia son écharpe à Henri Lefrançois, mais il demeura au sein du conseil municipal.
Chaque 14 juillet, il avait pour tradition de hisser à sa fenêtre un drapeau hérité d'un Boutard ayant joué un rôle à la Révolution et conservé depuis dans la famille. Père de huit enfants, Georges Boutard est décédé le 25 mai 1983.
Le mandat de Julien, élu en 2020
| Julien
Delalandre,
45e maire de
Jumièges
descendant direct de trois maires de Jumièges, c'est
l'arrière-petit-fils de Georges Boutard. Il avait 2 ans
à la
disparition de son bisaïeul. Au
début de l'épidémie du Coronavirus, en
2020, sa
liste s'imposa par un score sans appel sur celle de Jean
Dupont, maire sortant dont il avait été le
colistier : 65,47%
contre 34,53, ne laissant que trois sièges à
l'équipe du maire sortant. L'installation
officielle du
nouveau conseil tarda pour raisons sanitaires.
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Julien
Delalandre
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Laurent QUEVILLY.
Gilbert Fromager, Le canton de Duclair.
Généanet, Généacaux
Journal de Rouen obsèques Givon, 13 avril 1924.
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