La
presqu'île de Jumièges a produit de nombreux
marins. Et les USA leur sont redevables. Mais
elle a aussi donné de vaillants capitaines à la
Révolution. Certains ont eu un
destin héroïque, d'autres tragique. Tous forcent le
respect et nous invitent à l'aventure. Alors,
embarquement...Ce matin là, le jeune lieutenant natif des bords de Seine se présente au siège de l'Amirauté dressée depuis des lustres dans la Grande rue de Quillebeuf. Pavoisée d'un pavillon blanc et bleu, en pierre de taille et silex taillés au carré, la maison du XVIIe s. intimide le jeune arrivant. Résidence d'un lieutenant, d'un procureur et d'un greffier, c'est une juridiction maritime royale qui juge, enregistre les navires, les contrats. Elle s'assure aussi le concours d'un chirurgien pour la reconnaissance des noyés, d'un maître de quai, d'un interprète. Mais, aujourd'hui, ce qui intéresse surtout notre gars de Jumièges, c'est que cette institution procède aux réceptions des maîtres et capitaines de navire.
Bientôt,
on examine avec soin ses aptitudes au commandement.
Notre homme
produit des états de service prouvant des années
de
navigation depuis le plus jeune âge. D'abord comme
mousse,
novice puis matelot et enfin lieutenant. Bref, il a
été
formé à la dure école des voyages au
cabotage puis
au long cours. C'est ce qui permet de se présenter
aujourd'hui
à l’Amirauté avec un solide dossier.
Viennent
ensuite les épreuves : lecture des cartes,
manière de déterminer la latitude, les routes du
Havre
vers les îles, comme Saint-Domingue, alors la colonie la
plus juteuse du royaume. Mais les batteries de
questions portent
aussi sur le droit maritime, la discipline des équipages
et
les
règles du commerce.Révolution est aujourd hui une maison particulière (D.R.)
Ayant satisfait à l’examen, l'heureux candidat devenu officier prête serment. Puis son nom est inscrit d'une plume appliquée dans les registres du greffe. On lui remet alors son brevet de capitaine, scellé aux armes royales. Dès lors, il pourra commander un navire marchand au long cours. Il sera reconnu par l’Amirauté, respecté de ses pairs.
Tel fut le parcours de ceux qui vont suivre, même si tous ne sont pas passés par Quillebeuf, même si tous ne sont pas "fils de la mer"comme les aimaient l'Amirauté. Certains sont ont pour père un laboureur, d'autre un pêcheur de Seine, souvent les deux...


Louis Alleaume est un homme de haute taille. Marié le 7 août 1777 avec Rose Graine, dite aussi Graineux, à La Bouille. Le couple y réside en 1782. Cette année-là, il alla parrainer un Louis Richard, chez Jacques Lévesque, cultivateur à Jumièges, époux de Catherine Rose Alleaume, la sœur de Louis.
Levé pour la Royale, Louis Alleaumel est du 24 juin 1778 au 5 janvier 1779 sur le Diadème, vaisseau de ligne de 74 canons, lancé en 1756 à Brest. Secondé par Dampierre, le chevalier de Cardonnie commande le navire. Ainsi Alleaume est-il engagé dans la fameuse bataille navale du 27 juillet 1778 au large d'Ouessant où la flotte française combat la Royal Navy. C'est le premier grand affrontement entre les deux marines en prélude à la guerre d'Indépendance des États-Unis. Cette bataille était très attendue par l'opinion française avide de revanche depuis les défaites de la guerre de Sept Ans. L'objectif est maintenant d'affaiblir la suprématie maritime de l'adversaire tout en renforçant notre propre flotte.

Il n'y eut ni vainqueur ni vaincu. Sinon un avantage symbolique pour les Français. Seulement, le Pacha de Louis Alleaume n’a pas engagé le Diadème contre l’arrière-garde britannique alors que l’occasion se présentait. En ne profitant pas d’une ouverture dans la ligne anglaise, il a empêché une victoire plus nette des Français. Cette situation fut rapportée au roi Louis XVI qui ordonna une enquête. Pour sa défense, Cardonnie assura qu'il n'avait vu aucun signal transmis depuis le Saint-Esprit, vaisseau-amiral de l’escadre. Ce que réfuta son second, M. de Schantz. La Cardonnie fut reconnu coupable tandis que d'autres officiers, comme le duc de Chartres, furent disculpés de ce cafouillage. La Cardonnie mourra quelques années plus tard à Jérémie, colonie de Saint-Domingue.
Après l'épisode ouessantin, Alleaume passe sur le Vengeur, par M. le chevalier de Retz, du 4 janvier 1779 au 15 janvier 1781. Alleaume participera donc pleinement, comme plusieurs de ses compatriotes, à la guerre d'Indépendance des États-Unis. Il fut engagé dans plusieurs batailles navales : Grenade, Savannaha, Fort-Royal. Maître timonier, son rôle n'est pas négligeable dans la stratégie de ses officiers.
Revenu à Rouen le 30 janvier 1781, Alleaume reprend la navigation au commerce : la Rencontre, la Félicité, la Véronique qu'il conduit lui-même. Ce qui le mène au commandement.
(Ref. AD76, Matelots 7 P 4_3 - 7 P 4_6 - Capitaines - 1785-1796, p. 56).
Le couple s'était formé en 1787. Barnabé étant âgé de 29 ans dit batelier, de Jumièges. Son épouse était native de Hauville.
Amarinage
Puis c'est le Saint-Julien, le Pérou, en 1781, commandé par M. Noël. Quand il en débarque en 1784, il est lieutenant de frégate. Passe sur le Stormont, commandé par M. de Loménie, pris sur les Anglais, puis il passe sur un navire particulier commandé par M. Griffon et débarque à Rochefort en qualité de second.
(7 P4_3 p. -109 - Cap.. p. 35)
Un frère marin : Louis Valentin qui vécut chez sa sœur Rose. Quand il n'était pas levé. Car la Royale l'appela souvent, il fut un temps malade à l'hôpital de Fort-Royal et deux fois pris par les Anglais.
Cette mission faisait partie des efforts de la France pour soutenir les insurgents américains. Les escadres françaises avaient pour objectif de protéger les convois commerciaux, de perturber les lignes d'approvisionnement britanniques et de renforcer la présence française dans les Caraïbes.
Le Prothée, en tant que frégate de ligne, jouait un rôle crucial dans ces opérations, offrant à la fois une puissance de feu et une capacité de manœuvre pour mener à bien les missions assignées.
Cauchie termina l'année 1778 sur la Victoire, à Touques, navire de son vieux compatriote Lametterie. Mais la Royale est gourmande. Le quartier maître Cauchie va servir trois ans sur le Duc de Bourgogne. En 1780, le navire fait partie de l'escadre française qui traverse l'Atlantique pour transporter le corps expéditionnaire du général Rochambeau en Amérique. Le commandant de cette escadre est le chevalier Ternay, fauché par une fièvre putride, le navire devient le vaisseau amiral du chef d'escadre des Touches. Il participe activement à la bataille du Cap-Henry en mars, une victoire tactique qui permet de bloquer les forces britanniques et prépare le terrain pour le siège de Yorktown.
Le Duc de Bourgogne navigue ensuite vers les Antilles pour grossir la flotte de l'amiral de Grasse. Il participe aux opérations navales dans les Caraïbes en 1782.
Cauchie est de retour en 1783 quand son navire désarme à Brest. A la fin de il est autorisé autorisé à se rendre au Havre avec pour projet de naviguer en Amérique. Il embarque sur l'Aimable-Madeleine de son "pays" Valentin Guyot dont il devient le second en route pour la Guadeloupe.
En l'an VIII, Cauchie commande l'Aimable Victoire, sloop construit à Honfleur en 1787. Il fait naufrage le 20 frimaire sous la redoute de Merville, ouvrage militaire situé sur la côte du Calvados à l’embouchure de l’Orne, face à Ouistreham. l'équipage fut sauvé.
(Désarmements 1799-1800, p. 58 - Matelot - P. 34 – Enseignes Non Entretenus fo 26 n° 101).

Vue de l'intérieur du port de Brest prise de l'ancienne cale de l'intendance, (Jean-François Hue, 1795, coll. du Louvre). Nombre de marins de notre région ont été levés pour Brest à cette époque. Nos capitaines le furent surtout au moment de la guerre d'Independance. Quand leur navire rentrait au port de Brest, les matelots ne retrouvaient pas une vraie liberté : ils passaient de la discipline du bord à celle de l’arsenal où existaient des dortoirs. Leur quotidien mélangeait corvées, rationnement et contrôles, mais aussi quelques moments de détente en ville dans les tavernes voire les bordels de la rue de Saint-Malo à Recouvrance. Par ailleur une étude menée sur les mariages à l'église Saint-Louis vers 1740 révèle qu'un époux sur quatre était Normand.
En mai 1784, Chambellan retourne au commerce à bord de l'Heureuse Rencontre...
Commandement
Le capitaine Cléret est décédé au Mesnil à 60 ans le 8 août 1808. Son frère Jacques, marin à Vieux-Port fut témoin en compagnie du beau-frère du défunt, Isaac Duparc, laboureur.
(Ref. Capitaines, p 62. Maîtres, fo 81 n° 83).
Amarinage
(7 P 4_4 p. 61 -État civil)
Reçu à l'Amirauté de Quillebeuf le 8 août 1770. En 1785 commande le Saint-Louis. En 1787, la Suzanne à Cherbourg puis au Havre. la Parfaite Union en 1792.
Demare est mort le 12 mars 1813 à
Vatteville. Il avait 76 ans.
(Cap. p. 34.
Porté aux enseignes non entretenus fo 25 n° 99)
Louis
Duparc. Il
est dit capitaine de gribane et âgé de 70 ans
lorsqu'il
meurt à Jumièges le 20 février 1772. Époux de
Valentine Deconihout. Les témoins de son décès
furent Jacques Chaudron, son beau-frère et sa femme.
Ses cousins
sont également là : Etienne et Simon Duparc.
Louis Duparc, fils du précédent, il n'eut qu'un bref commandement. Né le 10 juin 1740 à Jumièges de Louis, "maître de bateau" et de Valentine Deconihout. Il sera matelot, gabier, quartier maître...
Amarinage
Il semble avoir débuté sur le Royal Louis en 1762.
Matelot
Sur le
Saint-Charles,
à Saint-Malo, en 1764 et passe d'un port à l'autre.
Rouen, Caen, Saint-Pétersbourg, Brest, Calais, bref,
il les fait
tous sans événement notable... (7 P 4_1 p. 95).
En 1775, il est sur le Saint-Charles pour Bilbao puis l'Alcione à Cadix.
Débarqué à Fécamp l'année suivante, il part pour
Bordeaux sur la Biche.
En 1778, sert huit mois comme gabier sur la Couronne, vaisseau
de ligne de 80 canons, était commandé par le comte du Chaffault,
également connu sous le nom de Huon de Kermadec. Il faisait partie de
l'escadre du comte d'Orvilliers, amiral de la flotte
française, lors de la bataille
d'Ouessant le 27 juillet 1778. La Couronne
était positionnée dans la première division
aux côtés du Bien-Aimé
et du Palmier.
Le vaisseau a joué un rôle important
dans les manœuvres de l'escadre pendant la bataille.
En 1877, il est menacé d'asthme et tombe malade. Il
retrouve
alors la marine de commerce à Honfleur.
Commandement
Maître sur
le
Grand Adrien pour
transport, c'est le seul et bref commandement qui
nous soit connu. Nouvelle levée pour Brest, il sert
les
années qui suivent sur la Bellonne, l'Argonaute, vaisseau de ligne de 74 canons commandé
par Jean-Baptiste
Claverie. À cette
date, il fait partie de l'escadre de l'amiral de Vaudreuil, en
mission dans les Antilles. Mission protéger les
colonies françaises des attaques
britanniques. Le quartier maître Duparc
meurt le 15 octobre 1784.
Pierre
Louis Duparc voit le
jour le dimanche 28 août 1768 au Mesnil-Sous-Jumièges.
Il est le fils légitime de Jean Jacques Duparc
et de Barbe Fréret.
Pierre sera Capitaine de Navire Marchand.
Il s'unit le
mercredi 20 mars 1799 à Tonnay-Charente (17430) avec Geneviève Gabordiaud (1773-<1823),
fille de Jacques Gaboriaud et de Jeanne
Gaboriaud. Publication 25 ventose an
7 ( https://urlz.fr/v3cW )
Le 20 janvier 1801 naît leur fils Jacques
Woley. Pierre est âgé de 32 ans. En 1820, il habite à
Tonnay-Charente. Pierre Louis. Duparc est décédé avant
1823 et ses 54 ans, "en mer". (Communication
de Yoan Bouzin)

(cap. p. 55).
Amarinage
Le 24 avril 1777, on le retrouve patron de chaloupe sur le Prothée commandé par le CV de Thérisey . 23 mai : reprend le commandement du St-Pierre.
Avril 1778 : levé pour Brest. Sur la Chatte le César, par les sieurs Rolland et Girard du 13 juillet au 19 août. En août il est débarquée à Rouen de la chatte la Mouche. Les chattes sont des navires auxiliaires de la Marine, généralement des deux mâts, chargés de transporter du matériel lourd.
Le 8 octobre, Duquesne passe sur le Saint-Pierre pour Touques. Syndic des marins en avril 1779. Le 9 novembre, reprend le commandement du Saint-Pierre au Havre. En mai 1781, commande le Saint-Jean et perd son bâtiment près Cherbourg. A partir de 1782 commande l'Espérance.
En 1786 commande la Diane à Honfleur puis au Havre les années suivantes. En 1792, il mène son navire à la Roche-Bernard puis à Fécamp pour port d'attache.
(Matelots, 7 P 4_3 p.104, Cap p. 55 - Maîtres fo 78 n° 69)
Amarinage
(Ref. p. 56).
(État civil)
NB. Son frère durant sa carrière au commerce a été levé plusieurs fois et a servi en 1777-78 sur le Prothée de M. de Cérisay puis Dampierre. En 1780 sur l'Expédition du chevalier de Maurville, en 1781-82 sur l'Amphitrite, commandé par de la Ville Bouquay puis de Tarade enfin sur le Dauphin en 1783.
(7 P4_3, pp. 106 et 108; hors de service, f°47, n°8)
(Désarmements 1799-1800, p. 131 - Capitaines p. 56).
Amarinage
Guyot quant à lui poursuit sa carrière à Lisbonne sur la Duchesse de Minervois. C'est sur ce navire, à Nantes, qu'il gagne ses galons de lieutenant. Le 17 janvier 1775 il lui fut permis de se rendre à Brest "s'embarquer pour faire ses campagnes au service du Roy". On se prépare déjà à la guerre d'Indépendance.
En 1786 va à Redon sur la Nancy pour Marseille puis en 1787 Bilbao et plusieurs voyages à Cadix, 21 juillet 1790 commande la Reine de Golconde pour Saint-Pétersbourg. Désarme à Honfleur en 1791 et repart à Alicante. Pris par les Anglais le 13 mars 1793.
(Matelot: 7 P 4_1 -1764-1775, p. 98. Capitaines p. 33, porté aux enseignes non entretenus fo 25 n°99).
Amarinage
Après quoi, His est sur la chatte du Roy, le César, commandée à Brest par Rolland. 20 décembre 1778, on le débarque malade d'un cotre du Roy commandé par Lefebvre. C'est un petit navire à un seul mât, gréé en voile aurique.
Au début de l'année suivante, il s'engage cette fois sur un navire corsaire de 190 hommes, le Jean-Bart, lancé voici peu au Havre et commandé par François Cotin. Le 1er avril, au large de Dunmore, il engage un combat de trois heures avec le Delight, qui fut sérieusement touché, un mort, deux blessés. Mais le Jean Bart fut finalement capturé, et conduit à Plymouth. Un an plus tard, on le débarque au Havre et il retrouve Rouen. Mais il est vite levé.
On ne sait sur quel navire il fut pris une seconde fois par les Anglais. Le quartier-maître His revint de prison le 17 décembre 1780 et regagna Brest. 1781 le voit sur l'Alexandre, de M. du Fretay. Pour la troisième fois His est pris par les Anglais en fin d'année à bord d'un corsaire commandé par Lesourd, le Héra, qui avait donné bien du fil à retordre aux Britanniques durant la guerre d'Indépendance. His rentrera au Havre par un diplomatique en janvier 1782. C'est estropié d'un doigt qu'il passe alors à Rouen d'un navire marchand à l'autre, la Marie Rose de Guébert, le rafiot de Duboc, de Petit-Couronne. Et c'est encore quatre mois de Royale sur la Sophie. Ce fut son dernier service. Dès lors, c'est la Marchande à temps plein. Bilbao, Cadix...
Un accident en Seine. Et His décéda le 4 avril 1794 chez son frère Nicolas, au hameau d'Heurteauville, son cousin Louis His fut le second témoin.
(7 P 4_1 - Matelots - 1764-1775 p. 100 - Matelots - 1776 etc. P. 60 – Maîtres fo 80 n°77)
Amarinage
Levées
Maître voilier sur la corvette le Serin dès 1778, commandée par Dumesnil puis la galère l'Ecluse, capitaine Donat, Après un bref retour à Rouen, il retrouve la voilerie dans la Royale à bord de la Tourterelle. Le 15 octobre 1782, le navire La Tourterelle, une frégate de 18 canons commandé par le chevalier de Lorgeril. Elle fait partie de l'escadre de l'amiral d'Orvilliers lors de la bataille d'Ouessant
(Ref. p. 55. Aux Maitres fo 70 n° 78).
| Reçu à l'Amirauté de Brest le 22 avril 1777. En 1785 Lefée commande le Tage à Cadix et Marseille. A partir de 1787, commande l'Heureux Présage, du port de 156 tonneaux; pour Cadix jusqu'au 30 octobre 1789, date à laquelle un seizième d'intérêt dans le navire est mis en vente. Son fils Guillaume Martin navigue avec lui et en devient second capitaine. Ce fils sera levé sous la Révolution et aura le grade de lieutenant de vaisseau. | Chargées de la gestion des navires de commerce, les amirautés de Bretagne avaient la particularité d'arborer un pavillon hérité du temps de sa souveraineté : une croix noire, dite Croaz du, cantonnée d'hermines, symboles du duché, et ce, jusqu'à la Révolution. Les pavillons blancs, aux couleurs du roi, étaient quant à eux réservés à la marine de guerre. |
(Capitaines P. 23, porté aux enseignes fo 17 n°67).

Amarinage
Et le voilà de nouveau levé en avril 1778. Il se retrouve pour son malheur sur la frégate française la Licorne, commandée par le comte André-Marie de Gouzillon de Bélizal. Elle fait partie d’une division patrouillant la Manche pour protéger le commerce. Le 17 juin, elle est attaquée par plusieurs navires britanniques au large de l’île de Batz. Après un combat acharné, encerclée et dépassée par l’ennemi, La Licorne est contrainte de se rendre. Tout comme Bélizal, Jean Lemaître est capturé et détenu en Angleterre pendant 19 mois. L’affaire révèle le courage de l’équipage, suscite l’indignation du roi Louis XVI et officialise l’entrée en guerre de la France contre la Grande-Bretagne.
Retour à Rouen le 31 janvier 1780, quelques embarquements au Havre, un transport pour Cherbourg, et c'est de nouvelles levées pour Brest.
Le second semestre de 1780, Lemaître est aide-canonnier sur la frégate l'Astrée, commandée par Armand de Saint-Félix, en service dans le golfe de Gascogne.
Entre mai 1781 et septembre 1784, passe deux ans et demi sur le Fendant, vaisseau de ligne français de 74 canons, est actif dans l’océan Indien sous l’escadre du bailli de Suffren. Il participe à la protection des positions françaises et à plusieurs affrontements contre la flotte britannique, notamment près de Cuddalore en 1783. Son commandement est assuré par Antoine de Thomassin de Peynier. L’équipage joue un rôle important dans les opérations navales françaises jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance américaine.
Cette longue série s'achève par un bref séjour à bord du Maréchal de Castries, commandé par Daché. 13 jours ! Le temps de rallier Pondichéry à Ceylan. Mais l'aide canonnier a pris du galon. Il est maintenant aide-pilote. Mais son service dans la Marine de guerre n'en resta pas là. De 1784 à 1786, il est sur l'Argonaute, vaisseau de ligne de 74 canons, capitaine de La Laure, puis il termine sa carrière comme second sur le Dauphin, commandé par le capitaine Boimare.
(p. 30 – ENE fo 23 n° 89)
En 1762, il fit quatre campagnes sur le Magnifique.
Reçu maître au petit cabotage, il est dit "capitaine de navire" lorsqu'il se marie le 7 novembre 1763 au Mesnil avec Magdeleine Clotilde Varin, fille de Jean et Marie Dosemont. En 1764, nous le voyons pourtant matelot sur l'Eole, à Bordeaux puis La Rochelle. En 1765, il n'est encore que second sur le Grec, au Cap.
Masson est décédé au Mesnil à 80 ans le 23 juillet 1805. Un de ses gendres, Jacques Danait, menuisier, déclara le décès. Quelques jours plus tard mourut un autre marin, Cléret.
Cependant, Metterie semble avoir continué la navigation sur la galiote La Victoire construite à Rouen en 1770. A Touques en 1780, Valentin Lecompte, novice de 15 ans, tomba dans la rivière et s'y noya. On comptait à bord d'autres Jumiégeois : Valentin Poulain, 14 ans, Pierre Alleaume, 27 ans, et puis Jean Michel Désiré Aubé, de Duclair, le matelot François Levreux, de Barneville. Metterie avait alors 51 ans,
Jean-Baptiste "Métairie" est mort au Mesnil le 23 février 1784 à 59 ans en présence de son frère marinier prénommé comme lui et de son beau-frère, laboureur à Caumont, Pierre Lemonnier.
(Matelots 7 P 4_3 - 1776-1787, p. 101).

Il se maria le 9 novembre 1784 et on le dit matelot. Son épouse, Marie Anne Deconihout était la fille de Pierre Deconihout et Marie Anne Lambert, issue d'une famille frappée par les Porgueroult.
Il est dit capitaine de gribane lorsque sa femme accouche le 18 août 1792 d'une fille prénommée Marie et parrainée par Pierre Deconihout, laboureur, et Marie Magdeleine Deconihout, fille de Thomas.
Amarinage
Poulain eut à son bord plusieurs marins de la presqu'île, comme François Thuillier, Louis His, Edouard Lefée, Jean Baptiste Masselin, Louis Legris, Jacques Fessard, Jean Baptiste Mathurin Brigaux... En 1806, sous Napoléon, Jacques Poulain est toujours à la barre. Nous sommes sous l'an 14 et l'on totalise cette année-là quatre voyages et demi. Poulain a le titre de maître
(Désarmements 1787, n° 1, 1885-1886 : p. 30 ; Capitaines, ref. p. 55 ; Maîtres, fo 78 n° 71)
(État civil).
Commandements
Le 30 décembre, il passe sur la Marie Catherine et part pour Touques. Le 16 février 1786, le voilà à la barre du Saint-Pierre, au Havre, après que le capitaine de ce navire, le sieur Enault, soit mort à bord. Mauvais présage. Thuillier est décédé à Rouen le 31 mars suivant à l'âge de 38 ans..
(Matelots 7 P 4_3 - 1776-1787, p. 101 - Cap, Ref. p. 56).
Amarinage
Du 1er janvier 1781 au 30 juin 1781 il est sur la Néréide, frégate de 32 canons, commandée par le chevalier de Puget-Bras. La Néréide est dans la division de La Motte-Picquet qui, le 2 mai 1781, intercepte un convoi britannique de 30 navires marchands escortés par quatre vaisseaux sous les ordres de l'amiral Rodney et du commodore Hotham. Ce convoi transportait le butin pris par les Britanniques à Saint-Eustache en février 1781. Face à l'escadre française composée de six vaisseaux et deux frégates, les Britanniques se sont rapidement repliés. La division de Picquet a capturé 22 bâtiments, réduisant ainsi considérablement les gains britanniques et infligeant un coup dur à leur commerce maritime
Au début de 1782, la frégate est intégrée à l’escadre du marquis de Vaudreuil destinée à renforcer la flotte française aux Antilles. Elle appareille de Brest au printemps, traverse l’Atlantique et rejoint les forces coloniales. Tuillier débarque de la Néréîde le 13 juillet 1783.
Rendu à la vie civile, Thuillier est localisé un temps à Londres puis il embarquera sur la Ville de Bayonne alors aux mains du capitaine Antoine Doudet en route pour Bilbao. C'est un brick de 80 tonneaux lancé à Caen en 1764 et appartenant au Sieur Berthelin. Thuillier fait fonction de second. Parmi les matelots : Jean Baptiste His, de Jumièges. L'équipage est très fluctuant.
(Matelots 1776-1787 pp. 61, Capitaine p. 58, Enseignes N.E. Fo 5 n°19)
Amarinage
Et voilà que le 28 janvier 1790, il fait naufrage sur la côte d'Oléron, près de Marennes, mais en réchappe. 8 mars retour. Après quoi il est second sur le Mercure à Bordeaux, capitaine François Thomas Longuemare. Il en prend le commandement le 9 novembre. On retrouver Thuillier en l'an XII (1802-1803), établi à Rouen, commandant l'Actif de Charente, un lougre construit en l'an IX à précisément Charente, autrement dit Rochefort, du port de 50 tonneaux. Ses nombreux hommes d'équipage sont de Bordeaux, Charente, Angers ou encore de Douarnenez... le mousse est même de Philadelphie ! On trouve cependant Michel Fréret, de Jumièges. Ces hommes sont renouvelés aux fil des escales. Il se rend de Rouen à Bordeaux avec escales à Rochefort, Brest où il débarque un matelot à l'hôpital, puis le Vergeroux où un homme reste malade à terre.
En 1826, il n'est plus que le second du capitaine Lefebvre à bord de l'Edouard. S'inscrit en 1828 à Bordeaux.
(Débarquements 1802-1803, p. 25 - Capitaines p. 61 – Maîtres fo 80 n° 80).
Amarinage
Lors de l'incendie de la ville, dans la nuit du 20 au 21 juin 1793. il abandonne le navire. Après l’arrestation du commissaire Sonthonax par les colons royalistes, les combats éclatent dans la ville ; les esclaves insurgés se joignent aux Républicains, et de violents affrontements provoquent l’embrasement de la cité. La majeure partie du Cap-Français est détruite par le feu, ce qui marque un tournant majeur de la Révolution haïtienne.

Ces événements ont été vécus sur place par Jean-Valentin Vastey, colon originaire de Jumièges, dont nous avons publié la correspondance dans le livre Le baron de Vastey.
François Thuillier parvint cependant à regagner la métropole. Il prit pas la suite plusieurs commandements, de nombreuses fois pris par les Anglais.
En 1794, occupe un poste de second sur la Galatée pour Le Havre puis est le timonier de la corvette la Malicieuse.
An VI : commande le Robinson, entre Bordeaux et Brest, et est pris par les Anglais en l'an 7. Commande ensuite le Hazard brûlé par les Anglais en l'an 8. An 9 : commande l'Adélaïde, au départ de Lorient, pris par les Anglais. An X : commande le Juste armé à Bordeaux pour Saint-Malo puis prend la direction de la Paix qu'il mène à Riga. La marine française, en pleine réorganisation sous Bonaparte Premier Consul, cherche à sécuriser des approvisionnements stratégiques pour l’arsenal de Brest et Cherbourg. La Baltique est la principale source de chanvre (cordages), goudron et bois de construction.
En l'an XII (1802-1803), François Thuillier, dit de Rouen et habitant Bordeaux, commande le toujours chasse-marée le Juste de Libourne, du port de 27 tonneaux, armé à Bordeaux pour désarmer à Rouen. Ses ports d'escales ? Douarnenez, Brest, Saint-Malo, Saint-Valery, Dieppe, Le Havre, Honfleur. Du 21 brumaire de l'an X au 30 fructidor de l'an XI, il aura accompli trois voyages et demi.
(Désarmements 1802-1803, p. 271- 7 P 4_8 - Matelots - 1785-1796, p. 38).
Il multiplie les embarquements entre lesquels on le voit à Brest se former un an au canonnage en 1769 et 1770. La marine sort d’une période difficile, la guerre de Sept Ans et entreprend une grande modernisation. Le tir au canon devient une discipline stratégique. Chaque membre d’un équipage de canon avait un rôle fixe, répété à l’entraînement jusqu’à la parfaite coordination. L’objectif : tirer vite, en sécurité, et de manière disciplinée, plutôt que viser au coup par coup.
Il sera encore levé en 1772 sur la gabarre du Roi l'Esturgeon.
(Matelot : 7 P 4_1 - Matelots - 1764-1775, p. 96, Capitaines p. 33)

En 1767, Il est sur le navire la Sirène, commandé par Gosselin, lorsque le navire est pris par les Salettins, corsaires barbaresques de la ville de Salé, au Maroc. Ils opéraient principalement en mer d'Ouest, ciblant les navires marchands européens, notamment français, espagnols et portugais. Leurs activités étaient considérées comme de la piraterie par les puissances européennes, bien qu'elles aient été tolérées par le sultan du Maroc. Les Salettins étaient connus pour capturer des navires et réduire leurs équipages en esclavage.
Mais Adam sera ramené au Havre par les religieux de l'ordre de la Rédemption qui organisaient des missions pour racheter les prisonniers et les ramener en Europe.
A son retour, Adam , nullement découragé, reprend la mer au commerce et va même à Londres à bord du Triomphe de l'Harmonie. Celui-ci s'estompera entre les deux pays en 1778.
Après un embarquement sur la Diligente, on le voit revenir des Açores à bord du Sully en 1776. La même année, il est levé pour Brest où il sert huit mois sur l'Actif, vaisseau de ligne de 64 canons de la marine royale française, lancé en 1756. commandé par Louis-Antoine, comte de Bougainville de Hector. Adam fut reçu maître au petit cabotage à l'Amirauté de Quillebeuf le 26 mars 1778. et prend le commandement du Saint-Hilaire Geneviève pour Caen. En 1779, alors qu'il est sur un navire corsaire basé à Dunkerque on le déclare fugitif. En 1780, il est effectivement en course sur la Calonne, capitaine Luc Ryon. On le dit prisonnier puis de nouveau en course sur le même en qualité de maître de prise, autrement dit chargé de gérer la capture des navires ennemis. Puis il mène campagne sur le cotre du Roi l'Espion armé à Dunkerque sous les ordres du chevalier de la Bourdonnaye en qualité de second pilote. Mais il meurt à l'hôpital de Lorient le 23 janvier 1782.
Le 31 juillet 1783, il débarque du Sagittaire et reprend la navigation au commerce. A terre, il vit chez Pierre Auzout, au Mesnil.
En 1785 navigue comme matelot sur la Marie Catherine de Pierre Lemasson, Adam est dit capitaine de bateau lorsque sa femme, Catherine Rose Leroy, accouche le 7 septembre 1788 au Trait. Il était veuf de Marguerite Cauvin.
(p. 13),
A fait deux voyages en Amérique et au Levant sur l'Arlequin Novice en 1775 sur la Charlotte Thérèse pour la Martinique. Puis la Jeune Agathe...
Après avoir navigué comme matelot à Marseille, à Brest, il est dans la Royale en 1777 à bord d'un chébec commandé par le chevalier de Bras. Bâtiment de guerre rapide, d'un type méditerranéen, caractérisé par sa coque fine et son gréement à voiles latines, le Caméléon a été mis en chantier en 1764. Il fait partie d'une série de quatre chébecs construit pour compléter sa flotte, aux côtés de navires comme Le Renard, le Singe et Le Séduisant.
De Marseille, Durdent revient à Saint-Valery à bord du Grandbourg. En 1778, il est second sur le Saint-Martin, au Havre puis l'Aimable Jeanne.
Durdent sert sur l'Iphigénie de M. Armand de Kersaint dès avril 1779. En avril 1780, elle a capturé un convoi britannique au large de Barbuda, comprenant des navires marchands et militaires. Cette victoire a renforcé la position de la France dans les Caraïbes et perturbé les approvisionnements britanniques. Libéré en octobre 1781, il reprend la navigation au commerce
Le 27 octobre 1784, embarqué à Nantes, il est sur le Postillon royal qui fait naufrage à Boston. Ce vaisseau faisait partie d'une flotte de commerce transatlantique opérant entre la France et ses colonies américaines. Ce naufrage combine des conditions météorologiques défavorables et des erreurs de navigation. L'équipage fut contraint de se réfugier à bord de canots de sauvetage, mais plusieurs marins ont péri. Cet événement a refroidi les relations commerciales entre la France et les États-Unis.
Durdent fut. reçu à l'Amirauté de Rouen le 24 septembre 1787. Le 5 mai 1790, son premier commandement est pour le Joseph qui fait le voyage à Marseille et désarme au Havre le 3 novembre 1791.
(Matelots : 7 P 4_3 - 1776-1787 p. 99 -Cap. p.36).
Reçu à l'Amirauté de Brest le 19 août 1785. Commande en 1788 la Comtesse de Laval armée à Brest pour Lisbonne. Quand il débarque le 4 décembre, il dit renoncer à la navigation. Il fut donc rayé sur ordre de l'Intendant. Mais il reprend le commandement de la Félicité pour Lisbonne en 1792... Toujours à la barre en 1803 de ce brick pris aux Anglais du port de 110 tonneaux. Sous Napoléon, il fait toujours le voyage à Lisbonne. Michel Fréret, de Jumièges, Jean Pierre Pascal Lefèbre et Auguste Glicourt, de Duclair, font partie de l'équipage normand.
(Débarquements 1802-1803, n° 52 - Capitaines p.36),
(Matelots - Capitaines P.33),
MARINS... PARRAINS !
Jacques Lefebvre, capitaine de vaisseau, est parrain avec Marie Anne Lequesne à Jumièges, le 13 avril 1755, de Jacques Neveu, fils de Michel Neveu, laboureur et Marie Lequesne.
Jean-Baptiste Moulard, capitaine de vaisseau, est parrain à Jumièges avec Elisabeth Dinaumare, veuve d'Étienne Dupray, de Marie Rosalie Elisabeth Desjardins, née le 16 mars 1791 de Jacques Desjardins, laboureur et Marie-Rose Neveu.
Jean Baptiste Louis Poulain capitaine de vaisseau établi à Yainville est parrain, à Duclair, le 29 septembre 1783, avec Marie Anne Guillotin, femme de Jean Charles Chrisostome Ferment employé des fermes du roi, de Félicité Sophie Castel, fille de Jacques Castel, journalier et absent et Bonne Françoise Blondel.
N.B. Le 27 avril 12740 mourut à Yville Augustin Boutard, dit du Havre de Grâce, capitaine de navire sur le Prosper. André Marais, son beau-frère.
La fille de Pierre Delivet, capitaine de vaisseau à Rouen, mourut en nourrice chez Jean Lefèbvre, à Jumièges, 3 mois le 23 avril 1769. Marie Madeleine et Catherine Levillain, ses cousines germaines, de Jumièges, en furent témoins.
David Jean Jérôme Esnault mourut subitement au niveau du Mesnil sur son navire le Saint-Pierre, de Saint-François du Havre, le 8 février 1786. Jean Bouleux, le bedeau de la paroisse, signa l'acte de décès avec l'armateur et le pilote remplaçant du défunt, les sieurs Langlois et Lebouteiller.
Le 23 février 1789, au Mesnil, Louis Tabouret, capitaine de navire, de Bourneville, épousa Marie Victoire Cléret, fille mineure de feus Pierre et Marie Magdeleine Anquetil.
♫ "J'ai rencontré trois capitaines..."
En dehors de l'inscription maritime, certains de nos devanciers portent le titre de capitaine: Nicolas Joseph Savalle, à Sainte-Marguerite-sur-Duclai, mais est-il marin. En 1691, par exemple, Anthoine Marie de Morency est capitaine mais il est dit "commandant d'un bataillon à Yville". A Boscherville, en 1755, Eugène Claude Bernard Leroy est écuyer et capitaine. Avant de passer en revue les capitaines de pompiers et de la garde nationale, nous allons peut-être jeter l'ancre. Et l'encre par la même occasion.
"QM1" QUEVILLY Laurent .
A
lire aussi : L'annuaire de l'armement du
canton de Duclair : 
SOURCES
AD76, 7 P 4_6 - Capitaines - 1785-1796,
AD76 7 P 4_1 - Matelots - 1764-1775 (p. 89 - 102)
AD76 7 P 4_3 - Matelots - 1776-1787 pp. 97 à 113, et 174.
AD76 7 P 4_4 - Matelots 1776-1787 pp. 60 à 62).
BMS et Etat civil de Jumièges, Le Mesnil, Yainville...
Histoire du Brest, sous la direction d'Yves Gallo.
