Les Journalistes Normands au Trait
Lancement du pétrolier « Orkanger »

Après avoir tenu, la veille au soir, son assemblée générale dans la vaste bibliothèque du Journal de Rouen, l'Association des Journalistes professionnels de Normandie s'est rendue dimanche matin au Trait, où l'hospitalière amablilté des Etablissements Worms lui avait permis de fixer le but de son excursion annuelle.

On sait que le Trait, blotti dans une anse du fleuve entre des coteaux verdoyants, est uu des sites les plus aimables de la vallée de la Seine et que, portant les yeux de Jumièges à Villequier, on y peut flâner à loisir parmi les souvenirs du passé, depuis les temps mérovingiens et les annales bénédictines Jusqu'aux fastes glorieux du plus authentique Romantisme.

Mais, depuis une dizaine d'années, le Trait possède d'autres titres encore à la célébrité. M. Worms y a créé les Ateliers et Chantiers de la Seine Maritime, véritable cité industrielle où, sur une énorme superficie, des centaines de malsons ouvrières abritent une population de plus de 3.000 personnes, qui trouvent là des conditions de travail, d'hyglène, et même de distraction, qu'il est hélas ! trop rarement donné de rencontrer allleurs. C'est véritablement une cité-modèle, aussi bien dans l'ordre économique que dans l'ordre social.

De ces vastes chantiers devait sortir ce jour-là un navire vendu à la Norvège, le pétrolier Orkanger, splendide bâtiment de seize mille tonnes, long de cent quarante mètres, large de dlx-huit et haut de près de onze. A midi le lancement eût lieu, en présence de M. Worms,  u général Charpy, de deux parlementaires et de nombreuses autres personnalités, parmi lesquelles nous avons reconnu plusieurs Dieppois.

La marraine. Mlle Zacharlasen, femme du consul de Norvège, brisa contre la proue du navire la traditionnelle bouteille de champagne, puis, aussitôt après ce baptême, l'imposante masse glissa lentement vers le lleuve aux applaudissements des très nombreux spectateurs.

Un banquet de trois cents couverts, parfaitement composé et servi, réunissait ensuite les invités de M.Worms. Au dessert, celut-cl prononça un très Intéressant discours dans lequel, après avoir remercié avec déllcatesse les personnalités qui l'entouraient, il donna sur les Chantiers de la Seine et sur la marine marchande en général les plus précieuses indications. Après lui prirent la parole M. Roux, chef du conseil de préfecture représentant M. Ceccaldi, M. le consul de Norvège, M.Morlère, président de l'Association des Journalistes Normands, et M Rlmbert, dont nous avons très sincèrement applaudi les justes et fortes paroles. Parlant de la loi sur le crédit maritime, et tout en reconnaissant (ce que nous avons toujours dit qu'il n'y a pas de lois parfaites et que toutes peuvent donc être amendées, 1l en vanta l'utilité et l'opportunité. Il termina par un éloge de la marine marchande, ajoutant avec à-propos que la France doit redevenir une grande nation maritime, car, entourée d'eau au nord, à l'ouest et au midi, elle peut légitimement considérer son développement naval comme la condition de sa prospérité aussi bien que de son Indépendance.

Cinq sociétés artistiques offrirent ensuite aux assistants un programme musical et rythmique parfaitement exécuté, qui révéla non seulement le talent des Interprètes, mais aussi le travail patient, dévoué et méthodique de ceux qui se sont voués à ces oeuvres admirables d'éducation populaire.

Il y a beaucoup à apprendre au Trait. Nous conseillons le voyage à nos concitoyens et nous nous félicitons d'avoir pu l'accomplir. Que M. Worms, propriétaire de ces Chantiers de la Seine Maritime, où l'on fait un si beau et si bon travail pour l'honneur du pays et le bonheur du peuple, veuille bien trouver ici l'expression de notre gratitude et aussi un témoignage sincère de notre admiration.
L.-M. P.


Source

La Vigie de Dieppe, 25 mai 1928