Par Laurent QUEVILLY.

Quatrième épisode
La Monarchie de Juillet

Entre deux séries de barricades, celles de 1830 et celles de 1848, la monarchie libérale aura tenté de maintenir un roi à la tête des Français. A La Mailleraye, les chantiers vont connaître leur âge d'or. Mais c'est bientôt le déclin de la marine en bois...

1831 : l'aide voilier de Bliquetuit

Le 22 janvier 1831, Pierre Isidore Danger obtint l'autorisation d'aller vivre de son état de charpentier au Havre. Marqué par la petite vérole, époux de Pétronille Coulon, trois enfants, lui aussi a travaillé un peu partout : chez Rivette, chez Bataille, chez Pouchin. Il nous reviendra en 1837 et restera cette fois attaché au père Pouchin.

Il y eut un temps un aide-voilier à Bliquetuit. C'était un pensionné de la Marine qui avait obtenu sa demi-solde en 1824. Pierre-François Saffray avait d'abord été marin et s'était marié sur le tard, en 1813, à 49 ans, avec Anne Bisson qui, elle, en avait 41. En 1831, Saffray retourne à son premier métier. On le retrouve comme patron du navire de 12 tonneaux Les Deux-Amis avec trois hommes à bord, dont le propriétaire, le sieur Lachèvre. Le navire effectue des voyages à Caudebec. Après quoi, Saffray demeure inactif, devient veuf et meut à son tour en 1848. On le qualifia alors d'ancien marin.

Lancement

Le Saint-Pierre, un tonneau, propriété de Thirel et Deconihoult en 1853. Navigation intérieure en 1872.

Une autre version, de la gravure représentant le port de La Mailleraye.

1832 : Bataille fils s'en va


François Pouchin n'est plus mobilisable et passe hors service. C'est l'homme fort de la construction navale maillochienne.
Réformé est aussi Charles Benoist, né à Rouen en 1780. En 1832, on le dit "présent sur les chantiers du sieur Bataille, à La Mailleraye". A ce détail près, c'est qu'il est mort à Guerbaville voici deux ans. 

Le 20 juin 1832, François Hardel cessa de travailler chez Bataille fils aîné. Il mena par la suite une carrière de matelot, le plus souvent sous les ordres d'un maître nommé Hardel. 

Le 30 septembre 1832, Charles Bataille fils aîné est chef de chantier et constructeur à Quillebeuf. En décembre, il embarque sur L'Aimable-Pélagie, maître Michel. Un an plus tard, il jure renoncer à la profession de charpentier afin d'être employé dans les douanes, à Rouen. Mais on le retrouvera en 1850 au chantier Le Normand & Baudu.

En 1832 est attesté un charpentier de navire du nom de Nicolas Joseph Quemin, un autre nommé Pierre François Lambert Mazier, natif d'Ecaquelon, assidu chez Pouchin père. Il a cinq enfants.

Les grands lancements

Les Deux Sœurs, goélette pontée de 78 tonneaux, pour Bidaut, marchand de bois à Rouen. Arme au cabotage le 10 août 1838, capitaine Caste. Naufragée et entièrement perdue à Quiberville, quartier de Dieppe, le 6 février 1839.

La Belle Rose, gribane de 49 tonneaux, pour les frères Gossey, de Jumièges, revendue en 1833 à un négociant de Honfleur, commandée en 1850 par Henri Gardin, de Rouen, 9 hommes d'équipage.

La Nouvelle-Alliance, sloop de 47 tonneaux, pour Jean Toulmain, maître au cabotage d'Aizier. Au petit cabotage entre Rouen et Le Havre. Inscrit à Honfleur en 1840. Il sera commandé en 1850 par Jean-Charles Toulmin, Honfleur, six hommes d'équipage. 

Petite pêche

La Rosalie, bateau de pêche, un tonneau, pour Quesne de Duclair. En 1857, il est coulé par un vapeur.
La Victorine, un tonneau, Pierre Valentin Neveu, de Jumièges, en est propriétaire en 1853. Inactif à partir du 16 août 1861. Dépecé en 1863.

1833 : les chantiers Rivette à Heurteauville


En 1833, les chantiers Rivette se sont déplacés à Heurteauville où père et fils travaillent ensemble.

Né à Sainte-Marguerite où il est longtemps resté résider, le charpentier Jean-Jacques Hauveau a travaillé un peu partout. Chez Bataille, chez Rivette puis chez Pouchin. En 1832, ce père de cinq enfants fut autorisé à vivre six mois de son état au Havre. Mais en 1833, sa décision est prise : il se fait le garde particulier de Monsieur de Villequier, près d'Evreux.

16 mai 1833. Après un premier trajet jusqu'à La Bouille, trois jours plus tôt, le nouveau vapeur Emma, fait une promenade nautique de Rouen à La Mailleraye. Il est destiné à faire concurrence au Louis-Philippe entre Rouen et Le Havre. Voici ce qu'en dit le Journal de Rouen :

Le voyage de plaisance du bateau a vapeur l'Emma, de Rouen La Mailleraye, s'est effectué hier à la satisfaction des promneneurs assez nombreux qui navaient pas été effrayés de l'idée de s'embarquer sur un bâtiment non encore éprouvé par un long usage.

Parti à six heures et demie passées du quai d'Harcourt, le bateau est arrivé à La Meilleraye à midi moins un quart, bien qu'il ait eu à refouler le flot pendant une partie de sa course.  Au retour, marchant toujours contre le courant et naviguant de nuit pendant trois heures, cc qui devait encore ralentir an marche, il n'a été que six heures en route. On peut donc aujourd'hui regarder comme constatées sa solidité et la bonté de sa marche.

Juin: depuis une dizaine de mois, les loups se sont considérablement multipliés dans la forêt. 50 à 80 poulains ont été attaqués, une quinzaine sont morts.

Le 4 novembre, dans une auberge de Guerbaville, Fitz-James fils écrit sur le mur "Vive Henry V". Il ira en cour d'assises.

En 1833, on vit passer des quais le Luxor, spécialement construit pour ramener l’obélisque offert par Méhémet Ali au Roi de France. En remorque du Sphinx, il atteignit  Le  Havre  le  12  septembre  1833. Puis il fut tracté par un plus petit navire pour remonter la Seine. Il moulla la nuit du 13 à Duclair. Bloqué à Rouen par les crues, il n'atteignit Paris que le 23 décembre.

SI LE TEMPS LE PERMET

Le joli paquebot à vapeur La Jeune France, dont la machine est à basse-pression, partira de Rouen le dimanche 14 juillet pour Ia Mailleraye à 6 heures précises du matin, et de Ia Mailleraye à 4 heures très prcises après-midi pour revenir à Rouen.

Les grands lancements

Le Tristan, trois-mâts de 263 tonneaux, qui pratique la pêche à la baleine en 1834 avec le Honfleurais Thomas Edmond Morin, en 1835 avec le Havrais Louis Frédéric Mauger...

Le Pierre-Corneille, trois-mâts de 237 tonneaux, pour Alexandre et Cie,  de Rouen, immatriculé au Havre. De 1834 à à 1835, on le voit effectuer des voyages à la Guadeloupe avec le havrais Patrice Benjamin Édouard Coindet à la commande, New York, Saint-Peterbourg, Cayenne, la Martinique, ces derniers sous le commandement de Isaac Nicolas Martial Troudé, de Boulogne. Naufragé sur la côte du cap de la Hague, près Cherbourg, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1836. Il n'a rien été sauvé, pas même les papiers du bord.

Le Fontenelle, brick de 154 tonneaux pour Alexandre aîné, de Rouen. On le voit aussitôt effectuer quatre voyages à la Guadeloupe de 1834 à 1836 sous le commandement de Charles Bien, du Val-de-la-Haye, qui disparaît en mer à 29 ans, le 23 novembre 1835 avec deux autres marins dont le second. Bien avait été reçu capitaine en 1830. Il avait d'abord navigué comme second jusqu'à New York. Là, il était monté dans les grands haubans de tribord lorsqu'un violent paquet de mer l'emporta. Leguen puis Pierre Timothée Bouvier, de Villequier, lui succéderont. 26 hommes d'équipage.

L'Adèle-Célina, goélette 98 tonneaux qui part très vite à Saint-Pétersbourg sous le commandement de Etienne Onésime Lefort, natif de Vieux-Port. Propriétaire : Lebrun et Cie, de Rouen. Avec une jauge réduite à 80 tonneaux, elle est vendue en 1840 à Clément, près Granville.

1834 : le dernier marquis

Le dimanche 11 mai 1834, à l'occasion de la foire de La Mailleraye, le vapeur Louis-Philippe proposa une promenade nautique au départ de Rouen.
Le fils de la châtalaine de La Mailleraye, Victor de Rochechouard de Mortemart, est inhumé le 28 juillet 1834 dans la chapelle du château. Il est mort quelques mois plus tôt à Paris.

Les grands lancements

Le Lainiste, brigantin de 192 tonneaux, pour Toussaint et fils, de Rouen, capitaine Vollet. On le verra aller à Séville. Sera vendu au sieur Daguerre et inscrit au Havre en 1846. Venant de Marseille, il désarme au Havre en 1849 sous le commandement de Eugène Grégoire Malheux.

L'Ulysse, brick de 116 tonneaux, pour Pierre Grout et Cie, du Landin. Fit naufrage à Cherbourg en décembre 1836. La coque du navire fut vendue au sieur Omonville, le 30 juillet 1837, à charge de démolition.

L'Auguste, dogre de 79 tonneaux, pour Noël Persil, de Caumont. 10/16e vont au capitaine Biais, de Trouville, en juin 1843. Fit naufrage en novembre 1843 sur le Poulier...

Le Bon-Père, gribane non pontée de 41 tonneaux, pour Viger, Caumont. Au cabotage avec deux hommes d'équipage. Avec un jauge ramenée à 24 tonneaux, appartient à Deshayes, dit de Caumont puis de La Mailleraye, en 1853. Adjugée par voie de justice le 25 septembre 1860 à Charlemaine, pilote de la station de Villequier. Vendue à Alphonse Sabatier, du Trait, en 1864. Passe à la navigation intérieure en 1867.

L'Antoine Jules, sloop de 31 tonneaux commandé la même année par Etienne Legendre, deux hommes. 

Le Zéphir Delphin, gribane de 12 tonneaux pour Jean Regnier, de Vatteville où Pierre François Cauvin s'en rend acquéreur en 1845. En 1847, 1850, Pierre Delamare, de Caudebec, est le patron d'un équipage de trois hommes occupés au cabotage. Passe au quartier d'Honfleur. Autre version, le navire fiut construit pour Pierre Lucas, de Vatteville, et vendu au sieur Pottier... après naufrage.

La petite pêche

L'Indépendant, un tonneau, (on le donnera aussi lancé en 1844, 1854...) pour Louis Lefrançois, du Landin, qui le revend à Jean Goubert, du Landin. Il en est le patron en 1852, deux hommes. 
La Bonne Intention, un tonneau, patron Félix Chéron, pratique la pêche fraîche avec son fils Pierre Delphin Chéron,  mon arrière-grand-père. Dépecé en avril 1857. 
L
'Espérance, un tonneau commandé en 1856 par Désir Vautier fils, six hommes concernés. Vautier avait été passeur du bac de La Mailleraye. Il meurt sur les quais de Caudebec en 1858.

1835 : Rivette met les voiles


L'événement de l'année, c'est l'agression perpétrée par le sabotier de Guerbaville, Pierre Hervieux, contre le garde-forestier. Il s'en est pris aussi à un officier administratif. Six mois de prison.
Constructeur à La Mailleraye depuis des lustres, Charles Rivette embarque le 30 août sur le Saint-Louis pour faire la pêche fluviale. Le 15 septembre, il pose sac à terre à Duclair.


Les grands lancements

La Ville de Caudebec, trois-mâts de 270 tonneaux, pour Poisson de Caudebec. On le voit au cabotage en 1836, commandé par Louis Edouard Deshayes, natif de Jumièges établi à Villequier. Puis Henry Jules Collet prend le commandement. Le navire fait alors des allées et venues avec les îles des Caraïbes et désarme fréquemment au Havre. En 1842, inscrit à Dunkerque. En 1852, il est localisé à Veracruz.

La Joséphine, brick de 124 tonneaux pour Achille Dupuis, Saint-Malo. 1835 : cédé au capitaine Jacob, du quartier d'Auray où il inscrira le navire en  1853 avec une jauge de 78 tonneaux.

La Rosine, sloop non ponté de 70 tonneaux (ou 51), pour Jacques Paté de La Mailleraye. Après un voyage à Cherbourg, s'inscrit à Honfleur en 1850.

Le Jeune Achille & Léonide, 65 tonneaux, pour Beaucousin, d'Yvetot. En 1843 va à Liard, de Honfleur. Inscrit à Calais en 1849

La Bonne Mère, 41 tonneaux, Charles Vigé, de Caumont, ramené à 34 tonneaux en 1839, commandé en 1850 par Charles Vigé, son propriétaire, de La Bouille, trois hommes à bord. Vendu à Edouard Desmaret, Caumont, en 1854 avec une jauge de 24 tonneaux. Passe à Hardel, batelier à La Mailleraye. Dépecé à Villequier en 1856.

1836 : le temps des baleiniers...

Le bois dont on fait les bateaux ne venait pas uniquement de la forêt de Brotonne. Ainsi, en 1836, Me Langrenay, le notaire de Duclair met en vente sur la ferme de Damont, tenue par Robert Pécot, à Epinay, 890 arbres sur pieds "étant sur les fossés de la masure de ladite ferme, essences de chêne, orme, frène et hètre propres à la bâtisse et à la construction de navires..."
Cette année-là, le 17 mars, Charles-Joseph Bataille père fut autorié à aller travailler à Quillebeuf. Ses chantiers fermaient donc après plusieurs années de fonctionnement. Voilà qui coïncidait avec son passage chez les hors de service, ayant 50 ans d'âge. Son fils Jacques Aristide le suivit à Quillebeuf. En août, à Saint-Aubin, une fille Bataille, Thérèse accoucha d'un enfant né de père inconnu. On lui donna les prénoms de Louis Gustave. Plus tard, il sera forcément charpentier. Puis matelot.
En fin d'année, Charles-Joseph Bataille embarqua sur la gribane l'Aimable Bathilde, allant au cabotage.

Les grands lancements

L'Aglaé, trois mâts de 331 tonneaux, affecté à la pêche à la baleine sous le commandement de Louis Travers, né de père inconnu à La Haye-d'Ectot. Le 12 avril 1842, en vue du Vaillant, apercevant une baleine, il fait mettre quatre pirogues à l'eau. Une première la pique, Travers en fait de même. Blessé, l'animal souffle le sang, se débat. Un troisième piroguier tend sa ligne à Travers quand il disparaît. Ses objets personnels furent vendus. Durant cette campagne, un novice disparaîtra également lors d'une corvée à terre. 

Le John Cockerill. On le voit débarquer au Havre en 1844 sous le commandement de Jean Renouf. Il fait l'actualité trois ans plus tard. un premier traité de protectorat français est signé en 1842 à Papeete. Mais la reine Pomare le refuse et, en 1844,  se réfugie sur un navire anglais puis à Raiatea. C'est la guerre franco-tahitienne. Après la victoire de l'amiral Bruat, Pomare IV peut revenir à Papeete le 9 février 1847 et reprendre place sur le trône en acceptant le protectorat.
L'Illustration
1847 : "Après la prise de Fautahua et les soumissions qu'elle a amenées, le baleinier John-Cockerill, parti des îles de la Société le 7 février, et débarqué au Havre, a apporté au gouvernement la nouvelle de la soumission de la reine Pomaré. Après avoir consolidé l'occupation des postes enlevés aux insurgés et remplacé par des chefs amis ceux que leur attachement à la cause de la reine rendait suspects."
L'ami de la Religion :  " Le baleinier John-Cockerill, capitaine Renouf, qui entre en ce moment au Havre, a touché aux îles de la Société, où il a été retenu vingt jours par le gouverneur Bruat. Il en est parti le 7 février, et apporte au gouvernement la nouvelle de la soumission de Pomaré. Au départ du John-Cockerill, la reine, qu'un bateau à vapeur était allé chercher à Raiateia, était à Moorea en conférence avec le gouverneur, et on l'attendait chaque jour à Papeete...."  
 

La Ville de Rouen, trois-mâts de 231 ou 264 tonneaux, pour Bourcy Hébert et Cie de Rouen. De 1843 à 1849, on le voit à Rio de Janeiro, à la Martinique, là sous les ordres de Pierre Guillaume Onézime Fremont, de Quillebeuf. Il fera naufrage à Montevideo le 23 juillet 1850.

L'Auguste, goélette de 100 tonneaux, pour Becquet, de Vieux-Port. Inscrite à Honfleur en 1850. 

Le Courrier de Rouen, dogre de 77 tonneaux, 19m de long, 5,43m de large, affecté au cabotage avec 14 hommes d'équipage. Ce navire appartenait à 25 co-propriétaires réunis sous la dénomination de Roussel et Cie. Parmi eux figure... un prêtre de Rouen, l'abbé Fiquet, Tetrel, plombier et forgeron de La Mailleraye, Brument, le boulanger, le sieur Pouchin, constructeur de navire, Marie fils aîné, marchand voilier à Rouen, ou encore le capitaine, Joseph Nicolas Roussel, originaire de Quillebeuf. Le 19 juin, un curieux incident concernant ce navire arrive en correctionnelle et le Journal de Rouen titre ironiquement :

Un bombardement à la houille.

Deux navires de commerce le Courrier de Rouen et le Surrey, brick anglais, venaient du Havre à Rouen, remorqués l'un et l'autre par le  bateau à vapeur L’Hercule. Ils étaient la hauteur de Quillebeuf lorsque le capitaine du Courrier, le sieur Roussel, cria au sieur Rimer, commandant le Surrey, qu'il dirigeait mal son brick et qu'il exposait le Courrier a des avaries.
L'Anglais prit fort mal les avis de son confrère de France, et après maints propos assez lestes, il alla chercher de gros morceaux de charbon de terre qu'il lança avec force sur le pont du Courrier de Rouen.
Pour échapper cette gréle de boulets de nouvelle espèce le Capitaine Roussel se retira prudemment dans sa chambre et le ti, an risque des plus grands malheurs, abandonna son  poste à son tour. Mais ce n'était pas assez pour l'Anglais. Aprés avoir ainsi chassé du pont du Courrier ceux qui l'offusquaient il avisa dans les hunes un matelot et dirigea contre lui ses projectiles. Ce matelot, le sieur Dégenétais fut blessé l'épaule, et aujourd'hui il vient devant la police correctionnelle demander compte à l'Anglais Rimer de son belliqueux coup de main. Le tribunal aprés avoit entendu MM ­ Calenge et Poulain condamne Ie sieur Rimer à 25 fr. d'amende et 25 fr. de domrnages-
intéréts envers le plaignant.

Le capitaine Roussel vit à bord du Courrier, en face du corps de garde du Mont-Riboudet lorsque le navire est saisi et mis en vente à la demande de Benjamin Guéroult le 16 juillet. Voilà qui nous donne l'occasion de voir à quoi ressemble un navire construit à La Mailleraye une fois équipé...

(...) longueur de l'étrave à l'étambot dix-neuf mètres, de largeur cinq mètres quarante-trois centimètres et deux metres quatre-vingt-six centinètres de planche en planche, ayant un pont, un Vaigrage sans faux tillac, deux mâts, construit à La Mailleraie en 1836, jaugeant soixante dix sept tonneaux soixante centièmes ; ledit navire monté et gréé comme suit:

ARTICLES DU CHARPENTIER

La coque, son gouvernail , deux barres de gouvernail, un guindeau avec mèche en fer, cinq barres de guindeau ; la mâture se compose de deux mâts, outre le beaupré ;
Une chaloupe et quatre avirons, avec ses mâts et vergues;
Une herminette, une gassine, deux haches, un escalier, un escabeau, deux chantiers do chaloupe, deux marteaux, une masse, trois vrilles, un fer a froid et un tailland.

ARTICLES DU MAITRE

Un gréement complet avec toutes ses manœuvres courantes et dormantes, cinq ancres de différentes grandeurs proportionnées au navire, une une chaîne cent mètres sur une grosseur de deux centimétres, servant de second cable ; un grand câble de cent trente-trois mètres sur une grosseur de deux cent cinquante-sept millimètres ; un troisième câble de quatre-vingt-trois mètres sur une grosseur de cent soixante-deux millimètres; un grelin de cent soixante-six mètres sur une grosseur de soixante-huit millimètres ; une haussière de soixante-six mètres sur une grosseur de soixante-huit millimètres; une dito de cent mètres de pareille grosseur ;
plusieurs pièces de cordage en consommation, bitord et lignes ; un garant de porte manteau, cinq épissoires, plusieurs drisses et amarres de bonnettes, six grattes et un rafflet ; une paire de pattes, deux barres d'écoutilles, une traversière, trois bosses a croc, dont une pour la chaîne, un grand palan de charge, un orin proportionnéà l'ancre, deux élingues à pièces, une poulie de capon, deux dito de granderesse, plusieurs poulies simples et doubles de diverses grosseurs, deux pinces d'arrimage, deux pelles en fer, un lot de ferraille, un moulinet ,
et manivelles adapté au grand mât ; quatre belins pour les bouts-de-dehors, de haut et de perroquet, deux brosses, deux pinceaux et une vadrouille, un canon en fonte sur pivot.

ARTICLES DU VOILIER


Deux huniers, un perroquet, une misaine, une triquette, deux petits focs et un grand foc, un artimon, une flèche, un catacois, deux voiles de chaloupe, deux bonnettes de hune, une bonnette basse, deux brigantines, trois pièces de toile en consommation.

ARTICLES DU TI

Deux compas de route en cuivre, un sablier de demi et un de quart de minute, un tour de loch et sa ligne, deux bateaux de rechange, deux lignes et trois plaintes do fond, deux pavillons de nation, un pavillon d'arrondissement, un guidon de navire, un renard en bois, un porte-voix en ferblanc, deux chandeliers en ferblanc, deux fanaux.

ARTICLES DU CALFAT


Quatre fers à calfat, deux pompes, quatre heuses de pompes garnies en fer, quatre chopines clouées en cuivre, trois bringbales pour les pompes, six chevilles.

ARTICLES DU TONNELIER


Quatre barriques cerclées en fer , deux barils de galère, un fût de soixante-seize litres, deux entonnoirs, trois seaux en bois et un saloir.

ARTICLES DU CUISINIER

Une cuisine en fonte dans le rouff, une chaudière en cuivre, deux casseroles en cuivre, une bouilloire en cuivre, une poële a frire en tôle, un plat en fer blanc, une écumoire, une cuillère à pot en cuivre, un quart en fer blanc pour l'équipage

ARTICLES DE LA CHAMBRE

Deux ployans, une table en sap. Mise à prix pour le poursuivant : deux-cents francs.

Ce fut Dubusc, un limonadier de la rue Grand-Pont qui acheta le navire le 6 août 1840 et le confia au capitaine Kerneau. Dubusc le revendit le 11 septembre 1845 au négociant Pimont et au capitaine Floch, de l'île de Batz, grande pourvoyeuse d'officier mariniers. Floch pratique le cabotage avec six hommes d'équipage et le navire fait naufrage en 1846 sur l'île de Fromentera, entre la péninsule ibérique et Majorque.

Autres lancements de 1836

Le Jeune-Victor, sloop de 62 tonneaux, pour le maître au cabotage Victor Loir, de Duclair. On retrouve un sloop de ce nom en 1853 appartenant à Martin Leclerc, de Barfleur, 53 tonneaux. Inscrit au Havre puis à Cherbourg en 1856.

Le Charles-Désiré, 14 tonneaux. Appartiendra à Feuillye, de Vatteville, Lécuyer, passager de Villequier. Dépecé en 1867.

La petite pêche

Le Saint-Louis, bateau non ponté de 8 tonneaux pour Pierre Lécuyer, de Caudebec.
Le Saint-Pierre, bateau non ponté pour Pierre Lécuyer, de Caudebec. Navigation intérieure, Inactif en 50 et 51
Le Charles, pêche, un tonneau, pour Louis Guérin, de La Mailleraye. Passe à la navigation intérieure en 1866.

1837 : mauvaise série


En 1837, fils de constructeur, Marin Rivette est dit travailler chez Enault en octobre. Et pourtant, sur sa même fiche, l'Inscription maritime se contredit en donnant cette information : "Noyé à La Mailleraye le 27 janvier 1837". Il avait 27 ans et vivait chez ses parents. Son corps fut-il retrouvé ? Aucune inhumation à son nom n'est mentionnée dans les parages...

Le dimanche 23 avril est lancé le plus beau navire jamais construit jusqu'ici dans la vallée de la Seine chez Pouchin fils. Il s'agit d'un trois-mâts baleinier du port de 500 tonneaux. L'administration des bateaux à vapeur rend hommage à la vieille marine en  bois en dépêchant un paquebot sur place. Des navires de tonnage plus importants seront bientôt lancés.

Pouchin père & fils et Enault semblent demeurer les seuls chantiers du cru. Ancien constructeur, Etienne Augustin Saillanfaits entre aux chantiers Pouchin père.  Ses confrères Le Tellier et Rivette, eux, se mettent au service des chantiers Enault. Là, un ancien des chantiers Fiquet, de Villequier, vient travailler quelques mois. Il s'agit de Jean-Charles Allard, natif de Norville. Mais il quitte vite La Mailleraye pour Le Havre. Fils d'une Prével, son confrère, Alphonse Deschamps, est dans la même situation mais reste un peu plus longtemps chez Enault.

Un enfant de Guerbaville fait cette année-là son retour au pays : c'est Victor Alexandre Benoit. Son père, charpentier, est mort voici sept ans à Guerbaville. Lui, il s'est formé sous d'autres cieux. On l'a vu travailler à Honfleur, au Havre, chez Malleux à Rouen avec une parenthèse à l'arsenal de Cherbourg. Le voilà donc revenu et il se fait embaucher chez Pouchin père. Quand il aura sept enfants, il retournera au Havre pour embarquer. Mais Benoit reviendra chez Pouchin en 1850.

Guerbavillais, Pierre Louis Bettencourt compte, en 1837, parmi les ouvriers de Pouchin fils. C'est un ancien des chantiers Bataille qui, plusieurs années, à opté pour le liage de coterets en forêt avant de travailler la terre. Chez Pouchin, il va mener une longue carrière.
Chez Pouchin fils encore, Léopold Denos, natif de Guerbaville, a de l'expérience. Il a travaillé chez Miot, à Honfleur, chez Normand, au Havre. Mais il quitte vite Guerbaville pour Paris puis Cherbourg, Le Havre et finira par s'installer comme entrepreneur de charpentage de maison.

Le 2 novembre 1837 mourut Marie Marguerite Folâtre, épouse de "feu sieur Louis Pierre Turpin, maître charpentier." C'est son gendre, Pierre Le Tellier, qui fit la déclation en compagnie de Louis Cauchie, tous deux charpentiers de navire bien connus et âgès à présent de 60 et 62 ans.

Quand, en fin d'année, le capitaine de vaisseau mena l'inspection des inscrits maritimes, il était dans son jour de bonté. Le 24 décembre 1837 il fit un joli cadeau de Noël à Jean-Jacques Desprez, charpentier-calfat, né à Guerbaville 30 ans plus tôt. Il en avait bien besoin. On le réforma définitivement de tout service de l'Etat pour avoir perdu son œil droit. Il travaillait alors au chantier de Pouchin fils.
Le même jour, Robert Agnès fut réformé pour perte totale de ses molaires. Depuis le 26 octobre, il était maître du Louis-Désiré allant à Caudebec. On le verra mener plusieurs campagnes sur ce navire durant plusieurs années. Réformé encore et pour les mêmes raisons qu'Agnès, Pierre Isidore Martin. Lui, il avait renoncé dix ans plus tôt au métier pour devenir badestamier. Eh bien il est de nouveau charpentier de navire chez Pouchin fils.

Les grands lancements

L'Irma, capitaine et propriétaire Bouchard, 13 hommes d'équipage. Il fit naufrage le 8 novembre 1841. Roger de Beauvoir écrira à bord du Tage le 24 novembre 1841. "Nous avons à bord plusieurs naufragés d'un brick marchand de Rouen, l'Irma, capitaine Bouchard. Son navire a élé construit à la Meilleraye. Il était chargé de tonneaux, de marbre, de garance et de diverses autres marchandises. Sorti de Marseille, il a fait voie d'eau, et est venu échouer à quatre lieues d'Almeria, dans l'ouest du cap de Gat. Au moment où on a mis les chaloupes à la mer, les gens d'Almeria, sous prétexte de sauver le bâtiment, lui ont volé ses agrès en un clin d'œil ; ils onl brisé les panneaux et n'ont laissé dans le vaisseau que ce qui était trop lourd à emporter. Il ne reste au capitaine que sa longue-vue et sa montre."

La Pauline, brick de 276 tonneaux, pour Toussin et fils, de Rouen. Arme le 26 décembre 1839 avec le capitaine Vollet et sombre en pleine Méditerranée le 8 avril 1840, à 10 lieues du Cap Creux, côte d'Espagne. L'équipage, une vingtaine d'hommes, fut recueilli par un navire russe qui le débarqua à Sète le 17.

Le Sylphe, brick de 173 tonneaux, pour Vanhassel et Cie. Il est lancé le dimanche 1er octobre 1838. La foule est là qui acclame la descente du navire. Trois autres sont alors en chantier. "C'est, assure le Journal de Rouenun indice certain de la confiance que les constructeurs inspirent et un gage de prospérité pour leurs nombreux ouvriers." Armé pour la première fois à Rouen le 21 novembre, capitaine Cabut, le Sylphe sera cependant perdu corps et biens allant à Marseille avec un chargement de froment en juin 1841.

La Flore, goélette de 104 tonneaux, pour Morin aîné et Cie, de Rouen, capitaine Tesson. En 1839, il est "présumé perdu corps et biens." dans le premier jour d'avril à sa sortie de Dunkerque, se rendant en Angleterre.

Le Narcisse, brick-goélette de 99 tonneaux, pour Narcisse Quevremont, narcissique de Rouen. Après plusieurs voyages à Belle-Ile, s'y inscrit en 1845. 

Le Lynx, dogre de 97 tonneaux, pour Dupuis et Cie, de Rouen. Passe à Vannes en 1850 et s'inscrit dans le quartier. Appartient à Beder, de Belle-Ile, en 1853. 

La Rosalie Désirée, sloop ponté de 69 tonneaux, pour maître Motte et Cie, de Trouville, son capitaine. "Présumé perdu corps et bien" vers le mois d'octobre 1838 sur les côtes d'Angleterre. Perfide Albion !

1838, année faste

Le 10 février, Etienne Augustin Saillanfaits est inscrit chez les hors service. Il a donné plus de dix mois à l'Etat. 

En 1838, Pierre-Albert Lefebvre, de Villequier, fait un bref passage chez Enault. On le donne par la suite employé "dans les chantiers du commerce" puis aux travaux de la Basse-Seine. Toujours chez Enault, on note la présence de Jacques Delphin Prunier, de Jumièges. Mais marin, il redevindra marin après avoir été tenté par le commerce.

Joute en Seine

L'Echo de Rouen se réjouit en août d'une joute entre un vapeur de fabrication française et les machines anglaises.

Tout le monde, à Rouen, connaît la marche infiniment supérieure, et jusqu'ici sans égale, des deux magnifiques paquebots à vapeur, la Seine et la Normandie. Peut-être n'est-il pas un de nos lecteurs qui n'ait admiré comme nous la puissance extraordinaire des machines anglaises, au moyen desquelles ces deux steamers parcourent en six ou sept heures les trente-six lieues de rivières qui nous séparent du Havre. L'emporter en vitesse sur ses machines avec une force moitié moindre, était un beau problème à résoudre, et que M. Pauwels a résolu hier de la manière la plus heureuse et la plus brillante. Après avoir construit, à Paris, dans ses ateliers, la coque et les machines du Corsaire Rouge, quinze pieds de quille et de soixante chevaux de force, M. Pauwels a commencé par l'amener du Pecq à Rouen en dix  heures. 

Avant-hier, dans un premier essai sur la Bouillele Corsaire Roure a franchi ce trajet en cinquante-neuf minutes d'aller, contre le flot et le vent, et en cinquante-trois minutes de retour, contre le courant.

Enfin, hier, à six heures du matin, ce bâtiment est parti de Rouen presque en même temps que la Normandie, l'a dépassée un peu au-dessous de Croisset, et a touché la Mailleraye vingt-cinq minutes avant elle, après avoir parcouru cet espace de dix-huit lieues en deux heures quarante minutes.
Mais ce n'était pas encore assez pour M. Pauwels. Reparti de Jumiéges quelques instants avant le passage du bateau Seine, qui revenait du Havre avec la marée, il s'est laissé dépasser de cinq a six longueurs de bateau, et quinze minutes environ lui ont suffi pour le devancer à son tour, de telle sorte qu'à Duclair, il avait déjà pris sur ce redoutable adversaire un avantage considérable...

15 septembre 1838. Depuis huit jours, le paquebot le Corsaire Rouge a commencé un service régulier entre Rouen et Caudebec, et, quoique contrarié tous les matins par les brouillards épais qui règnent sur la Basse-Seine, il a dignemnent soutenu la reputation qu'il avait acquise dans ses courses d'essai. La fête de La Mailleraye, qui attirera sans doute demain une nombreuse affluence de promeneurs, fournira aux Rouennais une occasion de juger par eux-mêmes de la vitesse vraiment extraordinaire du Corsaire Rouge. Les heures de départ de Rouen et de Caudebec sont calculées de telle manière, que le navire sera de retour vers 7 heures du soir, et que les voyageurs auront tout le temps de parcourir dans l'intervalle les sites pittoresques du parc de La Mailleraye. Un navire neuf sera lancé des chantiers de M. Pouchin, a l'arrivée  du Corsaire.

Le 16 septembre 1838, La Mailleraye présente une physionomie très animée, note la Vigie de Dieppe. "Une multitude de promeneurs et de curieux était accourue de Rouen et de Caudebec pour voir lancer à la mer deux bateaux-parcs de la compagnie des parcs à huîtres flottants. Tout à été prévu dans la construction de ces bateaux à la fois élégants et bien distribués pour conserver frais jusqu'à son arrivée à Paris ce coquillage si aimé de certains gourmets."

Le 2 octobre 1838, Amand-Nicolas Pouchin et Pierre-Mathurin Mesnil, marchand, acquierent solidairement et pour moiti des biens appartenant à la veuve Lieury, de Pissy-Pôville. Il s'agit d'une cour de trois hectares à cheval sur Heuteauville et Guerbaville bâtie de plusieurs bâtiments ainsi que quelques pièces de terre.

En 1838, implanté à La Mailleraye, Enault dispose aussi d'un atelier à Villequier. Là, les chantiers Fiquet, dirigés par Prével, sont de grands concurrents. Chez eux, cette année-là, on met en vente une coque en tord-bois. "Elle est barotée et aux deux-tiers ferrée, précise une petite annonce. Sa construction a été dirigée par le sieur Taupin père." A Caudebec, deux courtiers maritimes, Ladvocat et Leplay, s'occupent de l'affaire : "On pourrait aussi traiter de gré à gré de bois achever la construction de ce navire qui pourra contenir 115 tonneaux." 
A Villequier, le dimanche 2 décembre 1838, est lancé, garni de sa mâture et de ses agrés, le Brick le Rollon, pour le compte de l'armement Matenas et Delavalette. Les sieurs Taupin frères et fils sont les constructeurs de ce voilier qui sera commandé par le capitaine Cloître, de Landerneau. Mais on annonce déjà qu'ils travaillent à la construction d'un paquebot de plus de 900 tonneaux pour une maison du Havre...

En 1838,  François-Jacques Lesault tenait une auberge à La Mailleraye. Sa fille fera un joli mariage avec un fils Pouchin. Mais pour l'heure, le 22 décembre, un homme meurt dans son établissement, à 5h du matin. Il s'agit d'un maître-voilier du nom de Joseph Mary, demeurant ordinairement à Rouen, 71, quai de Paris. Il est en déplacement avec son fils, lui aussi maître voilier qui va déclarer le décès en mairie en compagnie de l'aubergiste.

Les grands lancements


La Jeanne-d'Arc, trois-mâts de 276 tonneaux, pour Matheus et fils, négociants de Rouen. Passé à Delafosse, commandé par le Boulonnais Louis Massé, il fut perdu le 4 avril 1850 à Victoria, Rio Nunez, sur la côte d'Afrique. 13 hommes à bord.

Le Boïeldieu. Laissons la presse du lundi 19 mars 1838  parler de ce brick : Le Boïeldieu, qui a servi aux expériences de sauvetage, est un navire neuf de 250 tonneaux destiné à la navigation du grand cabotage et devant toujours effectuer ses retours à Rouen. L'amateur avait déjà fait lancer un premier navire de 200 tonneaux, maintenant en cours de voyage, et il en a deux autres de la même grandeur que le Boïeldieu sur les chantiers de La Mailleraye et qui doivent être lancés incessamment."
Le Boïeldieu sera armé le 12 avril 38 au cabotage, capitaine Exmelin, de Quillebeuf. Quatre ans plus tard, au Havre, son second aura chaud : "Le 3 décembre 1842 , vers six heures et demie du soir, le capitaine en second du brick du commerce le Boïeldieu se laissa tomber dans le bassin de la barre. Il courait le plus grand danger, lorsque le brigadier Thouret, averti par les cris d'alarme, accourut sur les lieux. Ne consultant que son courage, il se jeta tout habillé à l'eau, et fut assez heureux pour soustraire ce capitaine à une mort assurée. La rigueur de la saison, l'obscurité de la nuit, augmentée encore par un brouillard des plus intenses, rendaient l'entreprise vraiment téméraire." On voit ce navire en Guadeloupe en 1851. Passe au quartier du Havre en 1853.

L'Industrie. Chaland ponté, 235 tonneaux. Toujours dans la presse de 1838 : Jeudi prochain, 23 août, le chaland I'Industrie, appartenant à M. Leblond, et destiné à faire le transport des marchandises du Havre à Rouen et Paris sera lancé des chantiers de MM. Pouchin père et fils, à La Mailleraye. Chaland ponté, 235 tonneaux, l'Industrie est possédé par Leblond, d'Oissel. Puis Lenormand et Baudu, de Rouen. En 1850, ce navire est commandé depuis quatre ans par Louis Dieppedalle, quatre hommes à bord. Dépecé au Havre en mai 1859.

La Marie Caroline, brigantin de 211 tonneaux pour Quevremont jeune, de Rouen. Ce trois-mâts navigue au cabotage mais rallie Saint-Domingue en 1851. Propriété de Théodore Malheux, d'Ingouville, va en Afrique l'année suivante. Armé à Rouen le 7 février 1853, capitaine Liard. En 1854, il est présumé perdu corps et biens durant la traversée de retour.

Le Pierre Le Grand, pour Vanhassel encore, brigantin de 210 tonneaux. Il ira en 1843 à deux Dunkerquois et passera dans leur quartier.

Le Lapeyrouse, trois-mâts de 167 tonneaux, également pour Vanhassel et Société. Inscrit au Havre en 1839. On le verra faire La Guadeloupe et New-Castle en 1843, Saint-Petersbourg en 1844 sous le commandement de Nicolas Henry Messemaecker, de Dunkerque.

La Fourmi, brick-goélette de 75 tonneaux pour Pouchet, de Rouen. Il fut francisé à Bayonne. Abandonné à l'autorité portugaise en 1845.

Le Vigilant, pour Victor Laime, de Sahurs.

La Ville de Rouen. 16 mai 1838 : Le bateau à vapeur La Ville de Rouen,  construit par le sieur Pouchin, de La Mailleraye, et destiné au  service entre Rouen et Elbeuf, a été lancé dimanche et est arrivé hier lundi à Rouen. Ce bateau, d'une construction gracieuse, appartient à la societé Boquet-Lasne et Compagnie, et aussitôt qu'il aura reçu ses machines, en construction chez MM. Lacroix et Houston, it mettra cette société en position d'effectuer chaque jour, par bateaux à vapeur, trois départs de Rouen et trois d’Elbeuf. Les heures de ces départs seront ultérieurement annoncées.

L'Emma, brigantin de 124 tonneaux, pour Lannier et Cie, de Rouen. Arrive à Rouen le 29 mai 1839 pour le cabotage, capitaine Bonzaus. En 1847, vendu à Legendre, de Rouen. On le voit faire du cabotage à Bordeaux en 1849, capitaine Le Magnan. Arme au Havre en novembre 1850. Magnan alterne à la passerelle avec Toullelan. Le navire fait naurage à Swansea le 26 janvier 1862.

L'abondance. Vapeur, 97 tonneaux. Il sera armé le 16 janvier suivant avec Bizet pour capitaine. Après trois années d'inactivité sera inscrit au Havre en décembre 1841. Le 28 juin 1838, la Société des Parcs à huîtres flottants informe ses actionnaires : "Le superbe bateau à vapeur l'Abondance, construit à La Mailleraye par M. Pouchin sous la direction de MM. Lacroix et Houston ingénieurs-mécaniciens de Rouen sera lancé le 7 juillet, et le Pourvoyeur qui correspondra avec lui de Paris à Rouen se construit à Paris chez M. Pied, et sera prêt à temps. La construction de deux des quatre bateaux plats est aussi confiée à M. Pouchin, de La Mailleraye. Les deux bons voiliers, la Liberté et la Marie-Françoise viennent d'être achetés par le gérant pour le transport des huîtres de Cancale dans les réservoirs de Saint-Vaast, et de là au fur et à mesure des besoins, dans les parcs de l'île de Plaisance à Courseulles.
10 juillet 1838. Le nouveau bateau remorqueur destiné à conduire de Courseuilles à Rouen et jusqu'à Paris les parcs à huîtres flottants de la société Roblin et Cie a été, comme nous l'avions annoncé, lancé dimanche des chantiers de MM. Pourchin père et fils.
Une foule considérable et de nombreux actionnaires venus de Rouen assistaient à cette opération qui présage un nouvel essor à notre industrie et dont heureusement aucun incident fâcheux n'est venu troubler le succès. Le nouveau remorqueur, d'une construction aussi élégante que solide, est emménagé de manière à pouvoir prendre des passagers et à établir ainsi une communication directe entre Rouen et les côtes du Calvados. Il sera remorqué jusqu'à Rouen d'ici quinze jours par le bateau à vapeur, La Ville d'Elbeuf, et recevra ses machines de la force de soixante chevaux,  construites dans les ateliers de MM. Lacroix et Unsworth, ingénieurs-constructeurs de notre ville.
Ainsi sera réalisée, pour le mois d'octobre au plus tard, la mise en activité de cette belle entreprise, grâce à laquelle, sans sortir de leurs foyers, les Parisiens pourront en quelque sorte pêcher eux-mêmes l'immense quantité d'huîtres absorbée chaque année par la capitale.

La Zélia, chaland de 61 tonneaux, pour les banquiers rouennais Jeannolle et Duval,  cap. Crevier. 30 septembre 1838 : La Zélia,le premier des bateaux-parcs dc la Compagnie des parcs à huitres flottants, est arrivé avant-hier de La Mailleraye au Havre. Aujourd'hui la Zélia s'est mise en dehors des jetées pour recevoir son premier chargement d'huitres de Courseulles pour Paris. L'arrivée prochaine des autres bateaux-parcs mettra bientôt la compagnie à même de faire le service le plus prompt et le plus actif. L'emménagernent et les formes des nouveaux bateaux-parcs ne laissent rien à désirer pour la solidité de ces jolis chalands et pour les conditions de marche qu'ils devront présenter a leurs remorqueurs. Vendu en 1840 à Pauwels, de Paris. Puis Muller & Dally. Désarmé à Honfleur en 1855 et inscrit au Havre, navigue ensuite dans la haute Seine. Dépecé en 1863.

La Rose Victoire, goélette de 72 tonneaux, pour Delamare, Durand et Société, de Rouen, qui vendent la moitié à Maître Deslandes, en 1843, toujours commandée en 1850 par Laurent Deslandes. Onze hommes concernés. Fait naufrage le 7 avril 1851 près de l'entrée du port anglais de Pentervans, à 20 milles de Falmouth. 

L'Hélène, 63 tonneaux. Valentin Charlemeaine, de Guerbaville, en est le capitaine lorsque le navire désarme au Havre en 1843 après quinze mois d'embarquement. Sept hommes d'équipage dont deux  Bretons, Jean-Marie Créac'h, de Brest et Jean-Marie Adelain, de Morlaix. Autre chaland de 63 tonneaux, la Louise, cabotage, on la voit désarmer au Havre en 1843 sous le commandement de l'Honfleurais Victor Étienne Lecompte, en 1844 sous le commandement de Joseph Charita.

La petite pêche

Le Gagne-Petit, non ponté de un tonneau, pour Noël Bien, capitaine au long cours du Val-de-la-Haye. Il s'en sert au petit cabotage. Puis arme à la petite pêche le 24 décembre 1852 avec Bicheray pour patron. Appartient à Procour, du Val-de-la-Haye en 1853. Bien redevient son patron les dernières années. Dépecé en 1861.

1839 :
la série des noms de fleuve


Journal de Rouen : Dans le mois de janvier dernier, une barque contenant six personnes a été chavirée par un bateau a vapeur, vis-à-vis Guerbaville. Un des naufragés nommé Tuvache, de cette même commune , étant parvenu a se sauver, ne voulut point abandonner son frère qui avait disparu sous les flots. Il plongea donc et sauva bientót un jeune homme.... mais ce n'était pas son frére. II replongea de nouveau et sauva une autre personne, mais ce n'était pas encore son frère. Il plongea une troisième fois et enfin il fut assez heureux pour sauver celui pour lequel il montrait tant de courage et de dévouement. Les deux autres naufragés se retirèrent de l'eau à l'aide de cordes qu'on s'empressa de leur jeter. M. Heuzé-Claquecin qui était accouru au secours de ces maiheureux, les recueillit chez lui avec humanité , et leur prodigua tous les soins qu'exigeait leur triste position. 

1er mars 1839 : Il y a dix jours, un accident plus fãcheux encore a eu lieu aux environs de La Mailleraye. Au moment du flot, en faisant une manœuvre, un homme a eu la jambe entièrement coupée par une amarre. La botte et le pied sont tombés à la Seine, et n'ont pas été retrouvés. M.le docteur Suley (officier polonais réfugié), nouvellement fixé a Caudebec, a procédé à l'amputation du membre mutilé, en présence de M. le docteur Lechaptois et de MM. Pottier et Bénard , officiers de santé, qui l'assistaient dans cette opération faite selon les règles de l'art. Le malade, néanmoins, a succombé avant-hier.

Natif de Saint-Wandrille, Louis François Duval passe parmi les hors de service après quelques mois d'inactivité. Mais il a une longue carrière derrière lui. Les chantiers Bataille jusqu'aux année 30, Puis quelques mois chez Pouchin. A partir de 1831, on le voit aller travailler fréquemment au Havre, voire à Rouen, et embarquer sur des navires de commerce. 

Le 27 mars 1839, l'ancien constructeur Rivette tente une seconde expérience à la pêche après avoir exercé ses talents aux chantiers Enault. Cette fois, il embarque à bord du Bienfaisant, patron Prunier, inscrit à la navigation intérieure. Rivette débarque à Duclair le 10 juin suivant et demeure dès lors inactif jusqu'à son décès qui interviendra quelques mois plus tard.

Le 18 mai 1839, on attend le vapeur la Marne à La Mailleraye. Mais il tombe en panne de machine à la Bouille. Les passagers sont transbordés à bord de l'Union qui les ramène... à Rouen sous leurs protestations.

Le dimanche 16 juin 1839, au départ de Rouen, un vapeur proposa une promenade nautique jusqu'aux ruines de Jumièges et au parc de La Mailleraye. Départ à 7h du matin, retour à 7h du soir. Deux classes à bord et restaurant.

Au chantiers Enaut, le maître constructeur employait son frère, Jean-Charles, né comme lui à Oustreham. En octobre 1839, il est appelé pour Cherbourg en compagnie d'un garçon attachant : Adrien Hemor, enfant trouvé et exposé en 1814 à l'hospice général de Rouen, collier n° 312. Il s'est formé à la charpente navale, a épousé Renée Prudence Dugenetay, une journalière. Hélas, au retour de Cherbourg, Adrien perd le fils qui vient de naître. Il avait 4 mois. Le charpentier reste alors inactif deux années. Il retravaille un temps chez Lemire, à Rouen. Puis à Villequier, chez Fenêtre. Fort heureusement, on lui connaît une fille qui se maria en 1870 à Guerbaville. Quant à Jean-Charles Enault, il s'installa à Caen peu après son retour de Cherbourg et laissa seul son frère à la tête du chantier maillochien.

Des chantiers Pouchin part aussi pour Cherbourg Louis Cyrille Bataille, un des fils du fameux constructeur local. Après cela, il ira travailler chez Lemire, à Rouen. Puis embarquera au cabotage sur l'Elbeuvien. Inactif quelque temps, on le retrouve aux Chemins de fer en 1850.

La concurrence contune à quelques encablures de là. En octobre 1839, lancé à Villequier, le trois-mâts Graville quitte Le Havre pour la Nouvelle-Orleans. On compte sur lui pour faire la nique à la marine américaine. 142 pieds de longueur, 1.000 tonneaux, il peut transporter 2.000 balles de coton, 150 passagers d'entrepont, 50 passagers de chambre et une cargaison considérable. Bref, c'est la plus belle unité du port. Qui, hélas, fera naufrage en 1841 sur les côtes de Charlestown, alors qu'il était commandé par le capitaine Laplume.

La mode serait-elle aux noms de fleuves ? En témoigne au moins quatre navires...

Les grands lancements


Le tage, chaland de 455 tonneaux, 20 ans plus tard, il appartient à Lefrançois, de Tourville-la-Rivière puis part naviguer dans le Nord.

La Gironde, chaland de 434 tonneaux, pour Lenormand aîné, maître marinier, Oissel. Inscrit seulement en 1854 avec Fessard pour patron. A partir de 1860, navigue en haute Seine. Réparé à Rouen en 1862.

Le Danube. Armé au Havre, capitaine Grevier, pour Lenormand et Baudu, de Rouen, 244 tonneaux. Cherbourg, les Antilles... Arme au Havre en 1851 avec maître Le Meur. Son dernier patron fut Cleyo. Dépecé en 1860, sans doute à Rouen où il mit un terme à son ultive voyage, en septembre 57.

La Meuse, chaland de 233 tonneaux. Effectue des allers et retours entre Rouen et Le Havre : en 1843 avec huit hommes d'équipages, maître Pierre Laurent qui désarme au Havre en 1844. Immatriculé au Havre en 1854.

La Tamise, chaland de 233 tonneaux pour Lenormand et Baudu. Inactive en 1851 et les années suivantes. Dépecé en 1860.

Le Christophe Colomb, trois-mâts de 700 tonneaux. La presse du 10 mai 1839 : "Lundi prochain, on lancera à La Mailleraye un trois-mâts de 700 tonneaux. Ce spectacle ne peut qu'exciter la foule à se porter à la foire qui s'y tiendra ce jour-là." Et quelques jours plus tard : "Le grand trois-mâts neuf le Christophe-Colomb construit à La Mailleraye pour le compte de MM. Matenas et Cie, a été descendu le 16 mai dans le port du Havre par le remorqueur le Neptune. Le Christophe-Colomb, commandé par le capitaine Coindet est destiné à faire la navigation entre les Antilles et le Havre. " Effectivement, on le retrouve en 1843 à Pointe-à-Pitre, sous le commandement de Patrice Benjamin Édouard Coindet, Havrais.

Le Charles, chaland de 457 tonneaux. Appartient en 1855 au sieur Dantan, filateur à Oissel.

La Gabrielle, chaland de 400 tonneaux, construit en octobre. Ce navire a appartenu à Romain Rouen, marinier à Gaillon, naviguant sur les canaux de Paris. Il fut mis en vente par sa veuve à l'île Lacroix le 29 février 1840. "Ce bateau n'a qu'une mécanique qui n'est pas scellée", précise l'annonce de la vente.

Le Vauban, trois-mâts de 224 tonneaux. On le retrouve à Port-au-Prince en 1842 commandé par le Dieppois Antoine Georges Guedon, en 1843 par le Paimpolais Jean Baptiste Gouet

Le Vigilant, chaland de 222 tonneaux pour Victor Lanne, de Sahurs, au cabotage désarme en janvier 48 à Rouen, le rôle ayant été perdu et le bateau resté inactif. 

La Camille, brick de 159 puis 165 tonneaux, pour Levavasseur, Rouen, capitaine Benoit, au cabotage. Vendu en 1845 à Lemaître, du Havre. Part au Panama en 1850, Montevideo en 53, inscrit à Bordeaux en 1858. Ce navire a un homonyme lancé la même année :

La Camille, trois mâts de 130 tonneaux. En 1848, on la retrouve à New York sous le commandement d'Alphonse Legrand. 

L'Administration maritime, par ses imprécisions, nous met donc dans l'embarras. Quelle fut donc la carrière de la Camille ? Un brick de ce nom, jaugeant 200 tonneaux, construit à La Mailleraye en 1838, sera vendu en juillet 1845 à Cherbourg après naufrage. On vend la coque, solide, nullement déformée, susceptible d'être réparée à peu de frais et la partie sauvée des gréements, voilures, ancres, chaînes...

L'Alerte, goélette de 153 tonneaux pour Delamare, Roussel et Cie. On va la retrouver à Saint-Pétersbourg, commandée par Sever Heuzé, natif de Quillebeuf, puis à Carthagène, Colombie, commandé par le même, et encore aux Gonaïves, dans notre ancienne colonie de Saint-Domingue, république d'Haïti. Le navire s'est perdu le 1er juin 1846 sur le banc de la Marguerite, au sud de Porto-Rico.

L'Abondance, vapeur de 85 tonneaux, immatriculé au Havre. Il porte 24 hommes d'équipage de 1841 à 43 avec le Dieppois Louis-Emmanuel Lehant comme maître au cabotage puis le Calaisien Jacques Aimé Vannest en 1844. 

Le Léa, dogre de 79 tonneaux, pour le capitaine Duvrac et Cie, Rouen. Naufragé sur la côte de Granville, le 7 mars 1845. L'équipage est sauvé. Son épave est dépecée à Saint-Waast, en octobre 1845.

Le Saint-Sauveur, 10 tonneaux, pour Denos de Guerbaville, qui pratique huit ans le cabotage et finit par sombrer le 3 mai 1847 en rivière de Rouen.


Le Passager de La Mailleraye, bachot de deux tonneaux pour Goubert, La Mailleraye. Le patron est Noë en 1853, en 56 Coulon puis l'Hermite etc. En 1858, patronné par Charles Nicolas Vêtu, son itinéraire est Guerbaville-Saint-Wandrille. Ce bachot fut dépecé en 1869.

Petite pêche

Le Jean-Baptiste, un tonneau, commandé en 1850 par Paul Saint-André, deux hommes à bord. 
Le Prosper, propriété en 1853 de Guillaume Riberprey, refondu à neuf en 1860 puis passé à la navigation intérieure en 1862.

1840 : mort de figures de proue


Ceux qui meurent. Charles Rivette avait eu son chantier. Puis il s'était essayé à la pêche, avait travaillé chez Enault. Il meurt le 9 mai 1840, à 70 ans. On lui prête toujours la qualité de charpentier de navire. Comme à son voisin Pierre Le Tellier, de sept ans son cadet, qui va déclarer le décès en mairie en compagnie du receveur des Douanes.
Le 1er novembre, les chantiers Pouchin sont à leur tour endeuillés par la mort d'Armand, constructeur de navires, fils aîné du fondateur, emporté à 29 ans et laissant pour veuve Jeanne Caroline Mesnil.
1840 est l'année où meurt aussi Jean-Jacques Fiquet, maître constructeur à Villequier. Il aura fini sa carrière dans la navigation. Ses chantiers étaient en fait la propriété d'un autre charpentier de navire, Michel Louis Prével, né à la Frenaye en 1806 et qui travaille chez Fiquet depuis 1829. Père de six enfants, Prével se fera constructeur à Caudebec en 1841. En 1850, on le retrouvera au chantier Saint-Saulieu, à Saint-Sever. Prével est mort à Rouen le 1er février 1855.

Ceux qui partent. Plusieurs départs en 1840. Les chantiers Pouchin voient partir quelques mois pour Cherbourg Edouard Bettencourt, natif de Guerbaville. Chez Enault, un charpentier du Calvados s'en va à Caen, il s'appelle Constant Dujardin. Enfant de Bliquetuit, François Delafenêtre va s'essayer quelques mois au Havre. Un temps charpentier à La Mailleraye, le Rouennais Louis Alphonse Durand est retourné dans sa ville navale. Engagé chez Lemire, il habite désormais 94, boulevard du Mont-Riboudet. Après un séjour au Havre, Louis Félix Denos, charpentier-calfat natif de Guerbaville, se fait marin bientôt à Marseille au cabotage puis en Guadeloupe...

Le 9 décembre enfin, voilà les cendres de Napoléon qui passent. Des foules se pressent sur les rives, d'anciens grognards entrent dans l'eau, comme pour toucher le navire...


Les grands lancements

La Bonne Victoire, chaland de 437 tonneaux qui n'est inscrit qu'en 1853 au nom de Rousseau, de l'île Lacroix. N'effectue que deux campagnes et est dépecé en 1863.

L'Henriette-Armandine, brigantin de 163 tonneaux pour Lannier & Cie. Mathias François Renouf fut le premier capitaine. Cabotage vers Calais, Marseille... En 1849, Deshayes le mène à Jacmel. En 1850, c'est Stanislas Renouf, de Cherbourg, impliquant cette année-là 24 hommes. Active en 51. Toujours propriétaire, Lannier la vend à Bahia en 1853 où l'a menée le capitaine Langlois.

L'Eugénie, brigantin pour Vossier et Cie, Rouen. Arme le 25 avril au cabotage avec Théodore Mazière pour capitaine. Il coulera en mer le 20 juillet 1841 à 50 lieues environ au large de Lisbonne, dans la traverse dite de Marseille à Rouen. L'équipage de 13 hommes fut sauvé par le navire anglais le Martha-Jane.

Dans l'année, le Journal de Rouen signale deux lancements sans donner le nom des navires.

2 mai 1840. Il y aura demain, La Mailleraye, une petite fête nautique. Un brick tout gréé d'une contenance de 260 tonneaux, sera lancé des chantiers de M. Pouchin père, constructeur.

Le dimanche 2 août 1840, à une heure de relevée, on lance encore tout gréé à La Mailleraye, chez Enault un brick de 240 tonneaux "d'une forme moderne et de toute solidité. Cette dernière qualité, extrêmement essentielle, a toujours guidé M. Enault dans sa pratique journalière vis-à-vis des personnes qui ont fait construire chez lui et il ne craint à ce sujet aucun reproche."

Le Phénix, brick de 150 tonneaux, pour Prodhomme et Cie de Guerbabille, en 1841 s'associe à Prosper Fauchard qui le commande en 1850, dix marins concernés. Passe au quartier d'Honfleur, arme au Havre...

La Pauline, brick de 129 tonneaux, pour Salomon, de Rouen.  Huit marins concernés. Toujours commandé par le capitaine Vitel en 1853, Paimpol. Des voyages à Marseille, Nantes, Vannes. Dans la nuit du 15 au 16 mai 1861, fait naufrage sur la côte de Jutland.

Le Vigilant, 10 tonneaux, appartient à Nicolas Thirel, de La Mailleraye, en 1853. Dépecé en 1852.

La petite pêche

L'Augustin pour Jean-Pierre Deconihout, Jumièges, un tonneau, deux hommes, dépecé à Jumièges en 1855.
Le Jean-Bart, idem, pour Pierre Deconihout, de Jumièges. Inactif depuis des années selon le syndic de La Mailleraye en 1861.
Le Joyeux, id., pour Tuvache, de Saint-Paul. A bord, le 1er avril 1840, prendra place un charpentier de navire de chez Pouchin, Desprez qui y mène plusieurs campagnes. Le navire appartiendra à la veuve Tuvache avant d'être dépecé en 1868.
Le Pierre Antoine, pour Pierre Antoine Leroux, de Duclair, passe à la navigation intérieure en 1873. 
Le Pierre, appartenant en 1853 au sieur Dudoux que l'on dit du Trait puis de Bliquetuit et dont le bateau est inconnu du syndic de Villequier. Il demeure bien au Trait et signale en 1855 que son navire est dépecé après quatre ans d'inactivité.
Le Geneviève Virginie, un tonneau, patron François Lannier en 1850, 
Le Louis, un tonneau, pour Jean-Pierre Levillain, de Jumièges. Il fut perdu en Seine en février 1864. 
Le Saint-Joseph, appartenant en 1853 à François Fréret, de Vatteville, vendu en 1858 à Jean Boucachard, d'Heurteauville. Dépecé à La Mailleraye en 1861. Boucachard fera reconstruire un navire du même nom.
L'Espérance, pour Louis Lefebvre, de Jumièges. On ne lui connaît qu'une campagne en 1854-55. Dépecé depuis plusieurs années en 1861.
L'Emélie, 0,75 tonneau, appartient à Saint-André, du Mesnil, en 1856. Dépecée en juin 1862.

1841 : La fin du chantier Bataille

L'année commence mal. Le 1er janvier 1841, on rédige l'acte de décès d'un forgeron  de 20 ans, Etienne Jacquelin, chez son père, le maître maréchal de Guerbaville. L'année passée, ce jeune garçon avait été charpentier-calfat chez Pouchin. Le 8, on apprend la mort à Paris d'un enfant du pays, le baron Bignon, devenu diplomate et ministre...

Deux enfants de Guerbaville, charpentiers de leur état, vont se faire marin en 1841. Pierre Lemoine, un ancien de chez Enault mais aussi des chantiers Guéroult, sur l'île Lacroix. Sa nouvelle profession le poussera à habiter Ingouville.
Range également ses outils Jean-Baptiste Tuvache. Lui, on l'a vu chez Rivette, Le Tellier, Pouchin. Après un embarquement à Rouen sur les Deux-Frères, il est longtemps resté inactif  pour reprendre finalement du service chez Enault. Mais voilà qu'en cette année 1841, ce père de cinq enfants, demeurant désormais à Saint-Paul, opte pour la pêche en naviguant sur le Joyeux, lancé voici peu à La Mailleraye à ses frais.

Aux chantiers Enault, Pierre-Victor Sainsaulieu est levé pour Cherbourg. On le retrouvera plus tard à Saint-Sever. Guillaume Enault, le chef d'atelier, sollicita l'autorisation de travailler dix mois à Paris.

Le père Bataille aura été charpentier jusqu'au bout. A bientôt 81 ans, Charles-Michel rend l'âme le 31 octobre 1841 à 10 h du soir en sa maison de la rue Marquais. Là encore, un page d'histoire se tourne. Il avait 18 ans lorsqu'il arriva à Guerbaville pour travailler sous les ordres de Louis Saillanfaits. Avec un voisin, son fils François-Victor est témoin de son décès. Il a maintenant 52 ans et n'est plus le maître d'hôtel du château. On le dit propriétaire. L'autre fils du père Bataille, Charles-Joseph, perpétue maintenant la tradition familiale à Vatteville. Quant aux fils de ce dernier, ils ont chantier à Villequier. L'un d'eux va bientôt se distinguer...

Les grands lancements

Le Pompier, goélette de 79 tonneaux, pour Besonguet et Cie, commandée par Grévin puis Grégoire Desplousse, de Belle-Île, où se rend souvent le navire avec 12 hommes d'équipage. C'est encore le cas en 1856. Desplousse l'achète en 1858 et l'inscrit à Belle-Ile.

L'Actif de Caudebec, sloop de 56 tonneaux qui sera réduit à 24, commandé par Victor-Denis Roger, de Caudebec, quatre hommes au cabotage. Vendu à Lécuyer, Caudebec, en 1862. Dépecé en 1869.

Les Amis, sloop de 49 tonneaux, d'abord dans le quartier d'Honfleur. En 1863, Richard, de La Mailleraye le revend à mon arrière-grand-oncle, Mauger, de Guerbaville aussi. Passe dans le quartier du Havre en 1873. Le navire connaîtra une triste fin en février 1880. Le  sloop  Les Amis,  du Havre, capitaine Mauger, allant de La  Mailleraye au  Havre, avec un  chargement de cotrets s'est échoué dans la  soirée du 18 courant, en  face de la  pointe de  la  Roque. A  la marée baissante, le  bateau a chaviré et  son chargement est  parti à la  dérive le long de la côte. Le sloop a été ensuite poussé la quille en l'air sur l'endiguement nord où il s'est brisé. L'équipage, qui se composait de trois personnes, s'est  sauvé dans  le canot. Le sloop Les-Amis était  de 49 tonneaux ; il  avait été construit à la  Mailleraye en 1841 et il appartenait à  M. Mauger, frère du capitaine. 

1842 : hôtel à vendre


Le 23 février 1842, dans un lit de l'hôpital de Pointe-à-Pitre meurt un matelot de La Fortune, du Havre, Epiphane Curien. Un tel nom est celui d'un enfant trouvé. Il avait été exposé le 8 avril 1820, âgé d'un an, quatre mois et douze jours, portant le collier n° 233. Il demeurait à Bliquetuit chez Louis Mesnil, le cordonnier de La Mailleraye. En 1839, il travaillait chez Pouchin père. Il fut levé pour Cherbourg. Après quoi, il s'engagea comme novice à la pêche à la baleine...

Le 30 avril, lors d'un visite, on constate que Pierre Richard, ouvrier chez Pouchin, est d'une bien mauvaise constitution, frappé de surcroit par la varicelle. On le laissera là en lui épargnant les levées à Cherbourg. Mais il n'est pas réformé pour autant.

Les quais de La Mailleraye sont si animés que le commerce local en profite. Le 29 octobre 1842, on passe cette petite annonce : A vendre en totalité ou par parties bel hôtel avec cour, écuries et jardin pourvant servir au besoin de chantier pour la construction des navires. Cet hôtel se trouve situé sur le bord de la Seine, à La Mailleraye, commune de Guerbaville. S'adresser pour en traiter à Mme veuve Vauquelin, propriétaire et voisine dudit hôtel, ou Me Touzé, notaire audit lieu.

Inactif ces derniers mois, Louis Boutigny, natif de Villequier, alla trouver le syndic le 20 novembre. Il lui déclara renoncer aux professions maritimes. On l'avait vu en dernier lieu chez Enault, à La Mailleraye. Puis il avait été levé pour Cherbourg. 

En 1842, enfin, se meurt à Barneville Pierre Fessard, natif du Mesnil. Il avait été poulieur à Heurteauville. Avant d'embarquer sur le Pierre de maître Leroux en 1840... 

Les lancements

L'Eugénie, 232 tonneaux. En 1844 il désarme au Havre au retour Veracruz, sous le commandement de Venceslas Achille Michelet. Mais le site "Désarmement havrais" répertorie aussi L'Eugénie, même tonnage, qui aurait été lancé cette année là et qui désarme au Havre de retour de Veracruz en 1843 sous le commandement cette fois de Jean Oriot, natif de Regneville. Le même désarme encore en 1855, venant de Veracruz.

L'Albert, dogre de 79 tonneaux, pour Legendre, de Paris, et Richer, de La Bouille, inscrit le 31 mai 1842, commandé par Pierre Richer en 1850 avec 13 marins au cabotage. Appartient à Legendre frères en 1853 toujours avec Richer pour capitaine. Brest, Rochefort... Dernier capitaine : Vattier. Désarme en décembre 1858.

Le Vigilant, bateau ponté de 32 tonneaux, pour Legendre, de Vatteville. L'année suivante, on lit cette annonce : "A vendre de gré à gré le sloop neuf Vigilant construit à La Mailleraye en l842, dans les chantiers de M. Pouchin père. Ce navire peut porter 80 tonneaux en marchandises, en ne tirant que 2 mètres 162 millimètres. S'adresser a M. Paul Dogny, courtier maritime, quai du Havre, no 71." Inscrit dans le quartier de Honfleur en 50.

La petite pêche

Le Saint-Joseph, bateau de pêche, un tonneau, pour Théodule Boutigny, d'Heurteauville qui en est toujours propriétaire en 1853. Inactif depuis février 1856, fut sans doute dépecé en 1858.
La Félicie, un tonneau. Appartient à Georges Lemire, d'Hautot, en 1853. Passe à Dubosc, de Petit-Couronne puis Eugène Groult. En 1878, son propriétaire est Auguste Guéroult. L'Administration donnera le navire lancé en 1870 et possédé par Auguste Guéroult en 1880.
Le Pierre, un tonneau, patron Pierre Sangrain, de Berville, en 1850, treize marins concernés, inscrit à Honfleur en 1862. 
Le Czar Pierre, troisième du nom, mais de petit gabarit, un tonneau, pour Jacques Fautrel, d'Harlouville. Démoli en 1858 après quatre ans d'inactivité d'après le syndic de Sahurs. 
Le Saint-Simon, un tonneau, propriété de Pierre Vauquelin, d'Heurteauville, en 1853. Dépecé en 1855. 
Le Saint-Louis, un tonneau, propriété d'Alexandre Freret, de La Mailleraye, en 1853. On le dit "construit à La Mailleraye" alors qu'en marge, le registre précise : "provient du chantier de Duclair". Dépecé en tout cas à La Mailleraye le 1er juillet 1861.
L'indépendant, un tonneau, appartiendra à Louis Marzur (sic), de Barneville, en 1880. Navigue encore en 1894. Démoli après 52 ans de navigation.

1843 : toujours plus grand


Cette année, Hyacinthe Legras, natif du Val-de-la-Haye, se frotte les mains. Sans doute était-il heureux de son emploi chez Pouchin fils, mais celui qu'il déniche à l'octroi d'Ingouville lui convient bien mieux. Dans son atelier, Legras fait un émule. Natif de Bliquetuit, Charles Petit, 1,54 m, déclarera bientôt renoncer à son état pour un emploi dans l'octroi. Prélever des taxes à l'entrée des marchandises est sans doute moins fatiguant que le maniement de la varlope.

13 avril 1843 : Le grand bac du passage d'eau de La Mailleraye étant tout-à-fait hors de service, I'usage en a été totalement interdit; mais l'ordre d'en construire un neuf vient d'être donné, et il y a lieu de croire que le service du bac pourra être repris vers la fin du mois prochain.

27 mai : "Le public est informé que le service du grand bac destiné à passer les voitures sur la Seine, à La Mailleraye, sera rétabli à partir du 10 juin prochain au plus lard et que toutes voitures de routage, quel que soit leur poids pourront être passées avec promptitude et sécurité." 

11 août 1843 : Mercredi dernier, on a retiré de l'eau devant La Mailleraye, le cadavre d'un jeune homme de 15 ans, qu'on a reconnu pour être celui du jeune marin qui était tombé dans le fleuve, par accident, il y a quelques jours, en face de Villequier. 

Les grands lancements

Le Mazagran, 900 tonneaux : "Une belle fête maritime se prépare pour dimanche prochain à La Mailleraye à l'occasion de la mise à l'eau du Mazagran. Des connaisseurs, qui ont visité ce navire, s'accordent à le proclamer d'une construction parfaite, et qui fait honneur au chantier de M. Pouchin. II jauge neuf cents tonneaux. C'est le plus grand navire qui ait été lancé en rivière. I1 est à croire que la foule accourra des environs et de Rouen méme pour être témoin de ce beau spectacle. La journée sera terminée par un bal champêtre pour lequel dit-on les préparatifs sont déjà commencés."

La Vesta, trois-mâts de 578 tonneaux sur lequel un fils Bataille va se distinguer. Lancée en août 1843, elle effectuera des allées et venues avec la Nouvelle-Orléans. Puis San-Francisco.

20 août 1843 : On lit dans le Courrier du Havre. Avant-hier soir est entré dans notre port, et se trouve aujourd'hui sous l'appareil de la mâture, le magnifique navire la Vesta, du port de 1,200 tonneaux environ. Ce beau bâtiment, qui sort des chantiers de MM. Pouchin père et fils, de La Mailleraye, appartient à la maison Duroselle et compagnie, de cette ville. Le commandement en est confié au capitaine Soubry. Nous avons examiné dans toutes ses parties cette œuvre colossale, et nous avons été ainsi à même de reconnaître, avec les visiteurs qu'elle reçoit, avec quels soins, avec quelles recherches de perfection est fait ce beau travail qui réunit à la grâce extérieure une solidité à toute épreuve. Cette belle construction établirait à elle seule la réputation de MM. Pouchin, si déjà ce n'était chose faite ici. Ce navire est, nous dit-on destiné à la navigation de la Nouvelle-Orléans.
Le Journal du Havre, repris par celui de Rouen, est plus complet : Avant-hier a été remorqué, dans notre port la coque d'un navire neuf construit à La Mailleraye dans les chantiers de MM. Pouchin et fils et destiné à la navigation de concurrence entre Le Havre et la Nouvelle-Orleans. Ce bàtiment qui a nom la Vesta, est fait en entier de pièces de  fossés et depuis deux ans est resté en tors-bois. Il a 43 mètres de quille, 10 mètres de bau et 9 metres de creux. Sa dunette a 19 mètres de longueur sur 10 metres de largeur. Ce sont comme on le voit, les plus grandes dimensions qui puissent être affectées à un navire attaché au port du Havre et la spécialité de sa destination a pu seule permettre de les lul donner, sans que son tirant-d'eau fût un obstacle à une navigation regulière. Il ne devra pas tirer, chargé, plus de 4 mètres 66 centimètres. Ses proportions sont calculées pour porter 2,500 balles de coton américain et il contient en outre des logements spacieux et disposés pour recevoir un assez grand nombre de passagers pour le service desquels les armateurs réunissent à bord les derniers perfectionnements acquis à la navigation. Ainsi, sans parler de son installation intérieure, la Vesta sera munie d'un appareil distillatoire de Peyre et Rocher, de Nantes, au moyen duquel l'eau de mer est journalièrement transformée en ean potable.
Ce qui n'est pas moins à remarquer dans la construction de ce beau bâtiment, c'est l'économie de Ia dépense ; il paraît qu'il n'a pas coûté à bâtir plus cher que les bàtimens américains aux Etats-Unis : gréé légèrement comme eux, et en vue d'épargner les forces, il ne prendra pas au-delà de 19 hommes d'équipage.
L'opération de la Vesta est encore une de celles que nos armateurs, malgré l'infériorité dans laquelle les place notre regime maritime tentent courageusement pour lutter contre le monopole du transport des cotons, que l'avantage de leur position assure aux Américains. Nous lui souhaitons tout le succès qu'elle mêrite et dont notre commerce court les chances et supporte les frais, la sympathie du gouvernement, qui pourrait les aider puissemment, ne fut-ce qu'en leur réservant le fret dont il peut disposer.

La Louise-Désirée, sloop de 68 tonneaux pour François Lécuyer, de Caudebec. Mon bisaïeul, Pierre-Delphin Chéron, sera, en 1878, matelot à bord. Il était sous les ordres de Louis Troudé, de Guerbaville. Matelots : Théodore Anquetil, Alphonse Poultier. Il navigait entre Rouen et Villequier. Dépecé en juillet 1880, ayant été abordé en rivière par un vapeur anglais.

L'Euphasiesloop de 55 tonneaux, pour Alexandre Richard, de Bliquetuit puis La Mailleraye, commandé en 1850 par le même, sept hommes d'équipage au cabotage. Parti pour Cherbourg, rayé en 1855.

Le Bacheau Passager N° 2, quatre tonneaux, propriété de Boniface Boucher en 1853, de Saint-Andry. Dépecé au Trait en 1855. N'a guère navigué...


La petite pêche


La Louise, pour Louis Legras.
L'Eole, pour Jean Boucachard, trois hommes, dépecé le 28 octobre 1856.
Le Napoléon, un tonneau, pour Huet, de Piette, dépecé en 1854.
Le Saint-Etienne, patron Etienne Varin, d'Heurteauville, en 1853 et suivantes. Dépecé en 1868. 
Le Pierre, dit aussi Saint-Pierre, un tonneau, pour Antoine Lemercier. Passe à Jean Cauvin de Saint-Wandrille avant d'être dépecé en 1857. 

Les Deux-Amis, un tonneau, pour Louis Condor, refondu à neuf en 1866, passe au pilote de Villequier, Flambart. Navigation intérieure en 1870.

1844 : la désertion du fils Bataille

Né à Guerbaville en 1816, Jacques Aristide Bataille aura été constructeur de navire à Villequier jusqu'en 1842. Villequier où son frère aîné, Charles-Joseph, est aussi trempé dans le métier. Mais voilà que Jacques Aristide, lui, s'engage comme maître charpentier sur la Vesta, navire lancé à La Mailleraye. Laissant derrière lui femme et enfants, il effectue trois voyages à la Nouvelle-Orléans sous les ordres du capitaine Soubry. Napoléon a vendu la Louisiane aux Etats-Unis voici maintenant quarante ans. La Vesta appareille encore le 19 septembre 1844. Bataille signe alors un engagement : "suivre le navire dans les différentes escales qu'il pourra faire depuis son départ du Havre jusqu'à son retour au port de désarmement sans pouvoir exiger aucune augmentation de salaire..." Le 16 décembre suivant, parvenu aux Etats-Unis, Bataille déserte ! On précise qu'il devait seize piastres au capitaine. Mais quelle est la raison de ce geste ? Le charpentier est marié depuis trois ans avec Marie Guébert, une lingère native du Mesnil-sous-Jumièges, fille de douanier, âgée de 22 ans. Il a deux fils en bas-âge. Le cadet n'a que cinq mois lorsqu'il embarque.
Sacré voyage du reste. Durant la traversée, un passager  meurt et Bataille, avec les officiers, doit signer le procès-verbal d'inventaire des deux malles du défunt. Au retour, on sera contraint d'abandonner un matelot malade. Et puis il y a donc ce Bataille qui fuit le bord. Curieux. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. L'année suivante, l'épouse de Bataille embarque le 6 mars 1845 avec ses deux fils à bord de l'Andelle, un trois-mâts à destination de la Nouvelle-Orléans et commandé par le capitaine Guignot. Part-elle à la recherche de son mari ou en concertation avec lui ? Toujours est-il qu'au cours du voyage survient un drame. Le 18 avril, le petit dernier, âgé de 11 mois, décède à 11h du matin. Le navire touche terre le 6 mai. Bataille est-il sur le quai ? On sait qu'il finira par être naturalisé en 1854, localisé alors dans la paroisse d'Orléans, Louisiane. Un certain Victor Guichard lui servira de témoin.

Un grand lancement

Le Jacques-Laffite, trois-mâts de 405 tonneaux. Le Havre, 31 octobre 1844 : " le navire neuf Jacques-Laffitte, construit à La Mailleraye, appartenant à M. L. Lamoisse, vient d'entrer dans le port à la remorque du steamer l'Abondance." On  le verra faire la Nouvelle-Orléans en 1849 sous les ordres d'Alexandre Marie Léopold Devarieux, du Havre, Sans-Francisco en 1853, commandé par Hublard Casper, de Walpole.

La petite pêche

Le Passe-Partout, pour Jacques François Bérenger de Saint-Paul, passe à la navigation intérieure en 1867. En 1880, appartient à Luissière, Berville, vendu àun cultivateur de cette commune, Laloyer en 1883. Démoli après 1900.
Le Point du Jour, un tonneau, commandé en 1850 par François Thirel, de Saint-Paul, deux hommes. Thirel tarda manifestement à signaler son navire au syndic une année et fut menacé de prison s'il accusait un retard l'année suivante. Le navire fut dépecé en 1867. 
Le Saint-Pierre, un tonneau, commandé en 1850 par Pierre Bérenger, trois hommes à bord. Appartient à Louis Eliot, d'Heurteauville, en 1853. Navigation intérieure en 1855.
Le Pierre, patron Pierre Noël Deconihout, Jumièges, deux hommes, dépecé à Jumièges en 1860. 
Le Florentin, un tonneau pour Nicolas Le Du, pilote breton de Villequier, démoli le 3 novembre 1852. 
L'Espérance, un tonneau, pour Jean François Lenoble, de Saint-Aubin, près Elbeuf. Passe à la navigation intérieure en 1871. 
L'Indépendant, un tonneau, Louis Lefrançois, du Landin, en est propriétaire en 1853, vendu à un voisin, Jean Goubert. Passe à la navigation intérieure en 1861. 
Les Deux-Frères, patron Louis Guérin, d'Heurteauville, en 1853. Passé à la navigation intérieure en 1862.
Le Saint-François, un tonneau, à Louis Honoré Fréret, de Jumièges, en 1853. Armé très peu, passe à la navigation intérieure en 58.
Le Jeune Courrier, un tonneau, appartient en 1853 à Bardel de Jumièges qui le vend à Stanislas Deconihout en 1859. Navigation intérieure en novembre 60.

1845 : la mort de Le Tellier


Si l'on se fie à l'incription maritime, Pouchin disposait aussi d'un chantier à Rouen en 1845 où était employé Tranquille Lecointe, natif de Bliquetuit. Le 13 mai, le charpentier Noël Linant, 25 ans, lui aussi enfant de Bliquetuit, part travailler quelques mois à Bordeaux. Peu après, un de ses confrères renonce : Louis Villefroy sera désormais charpentier de maison. Auguste Prunier, un nom de plus à l'effectif des chantiers Pouchin. Enfin, le 15 août 1845 meurt maître Le Tellier. 

Gazette nationale, 9 octobre 1845 : Samedi, à onze heures du matin, une barque montée par deux personnes, selon les uns, et par trois, selon les autres, quittait le quai de Caudebec pour aller, suivant l’usage, au-devant de la barre, afin d’éviter des avaries contre les talus. Malheureusement, malgré les prudentes remontrances du sieur Lécuyer, maître-passeur du bac de Caudebec, elle s’engagea trop au sud, vers la pointe de l'île. Là, bientôt les lames offrirent une hauteur de plus de 20 pieds et une force incalculable. Or la barque, soulevée par lesîIlots, chavira en un clin d’œil, et roula comme un tonneau dans le fleuve en furie. Il a été de toute impossibilité d’aller au secours des pauvres naufragés, qui n’ont même pas reparu une seule fois. Les deux personnes connues qui se trouvaient dans cette barque sont le sieur Duramey, âgé d’une soixantaine d’années, naviguant depuis le plus bas âge, et patron d'un bateau de La Mailleraye ; l’autre également de La Mailleraye, est la dame Lécuelle, épouse d’un employé aux douanes, mère de trois enfants et enceinte. On ne cite pas le nom de l'enfant qui aurait aussi péri dans le fleuve. (Journal de Rouen.)

Les grands lancements

L'Athalie, brick de 149 tonneaux, pour Jean Gay, de Rouen, toujours aux commandes en 1850 avec un total de vingt marins concernés. En 53, le capitaine Chéron la mène à Marseille puis au Sénégal. Revient à Rouen de Gorée en 54 et Dujardin la conduit à Tampico, Mexique. Là, le navire est condamné le 12 janvier 1855 pour cause d'innavigabilité.

L'Anastasie, bateau non ponté de 43 tx, pour  Pierre Nicolas Benard, d'Yville, trois hommes d'équipage. Dépecé à Rouen en 1870.

Le Zéphir, sloop de 15 tonneaux, appartenant à Poulain, de Jumièges, en 1853, patron Brigo, dépecé à Jumièges en 1854.

Le soutien, bateau de transport de 12 tonneaux, appartient à Agnès, de Guerbaville, en 1853, puis à Lematelot qui le remplace par un neuf, la Marie-Augustine.

Les petites unités

L'Alfred, pour Jean-Jacques Lécuyer, de Yainville, non ponté de 3 tx, armé au cabotage. C'est le beau-frère du passager de La Mailleraye. Il tient un débit de tabac puis de boisson. Son bateau fut démoli en octobre 1852. Il est possible qu'il ait servi au passage d'Yainville.
Les Deux-Frères, deux tonneaux, pour Thomas... Lefrère ! Il est d'Heurteauville et son bateau revient par voie judiciaire à Hypolite Fleury, du Trait. On verra Deroutot puis Guérin à bord. Après avoir désarmé une dernière fois le 4 juin 1864, il fut perdu en Seine.
Le Pierre-Désir, deux tonneaux. 
Le Dieu-le-Protège, un tonneau, patron Valentin Prunier en 1850, 1870... Dépecé en 1879 et remplacé par un bateau neuf.
Le Saint-Joseph, un tonneau, pour Jean-Honoré Boucachard, d'Heurteauville. Remplacé par un bateau neuf en 1865. Dépecé le 17 mai 1880 et encore remplacé par un navire du même nom. 
La Station 1, un tonneau, pour la station des pilotes de Villequier. Nombre de patrons le prennent en main à la pêche : Ledu, Chéron etc. Sera repris par Félix Vagnon, de Villequier. 
La Station 2, idem. Parmi ses patrons : Saligny, Charlemaine... Existe une Station 2 lancée en 1870.
Le François, un tonneau, à Pierre Lebourg, de Berville, en 1880. Vendu à Albert Lebourg, d'Anneville, en 1892. Démoli en 1896.
L'Hirondelle, un tonneau, à Charles Groult, de Boscherville, en 1880. "Démoli par vétusté" à cette époque.

1846 : le malchanceux Lamartine

OJanvier : in vient d'amener de la Mailleraye au port de Rouen le navire le Paul. On se propose de faire avec ce navire des expériences pour vérifier les effets d'un système destiné à prévenir, en cas de naufrage, une immersion complète.

La Normandie (capitaine Bambine) et la Seine (capitaine Fautrel), dans leurs trajets, s'arrêtent devant Honfleur, Quillebeuf, Aisier, Villequier, Caudebec et  la  Mailleraye, pour y  prendre  ou  y  déposer  des passagers.
Guerbaville, en 1846, est considéré par Jules Janin auteur du Voyage de Paris à la mer, comme LE chantier maritime de la Normandie. "Là ont été construits, depuis quelques années, les plus beaux navires armés pour le commerce de Rouen. C'est là que se font presque tous les allèges qui remontent du Havre à Rouen les marchandises dont le transport ne peut s'opérer par de gros bâtiments. L'importance de Guerbaville tend chaque jour à s'accroître. On doit ouvrir à cette place très fréquentée une nouvelle route départementale qui ira rejoindre en droite ligne, à Routot, le chemin de Rouen à Caen. Une autre route arrive de Pont-Audemer, et va franchir la Seine au bac de la Mailleraye, en longeant Guerbaville."

Un bel avenir s'offre encore aux chantiers. Car voici venir le temps où les travaux d'endiguement de la Seine vont amener les carriers à commander leurs gribanes. Un gros client sera Emile Silvestre, patron des carrières de Claquevent, à Yainville. Il entretiendra une imposante flottille et l'on surnommera ses bateaux les Silvestres.

Fils du fondateur des chantiers de La Mailleraye, Etienne Augustin Saillanfaits travaille aux chantiers du sieur Pouchin. Quant à sa sœur, Marie Reine, elle tient un café où elle décède le 11 juin, à la première heure du jour...

Comment ne pas le voir avec sa chevelure rousse ! Charpentier, Jean-Jacques Hauveau avait quitté le pays pour se faire garde de Monsieur de Villequier, près d'Evreux. Il réapparaît cette année 1846 à La Mailleraye. Dans quatre ans, c'est dans un lieu qui nous échappe qu'il poussera son dernier soupir : la Chapelle des Feux.

A Vatteville meurt, le 30 novembre, le charpentier Edouard Maillard, 26 ans, natif de Guerbaville où il avait logé, chez André Lejeune. Il travaillait au Havre, ces dernières années.

Cultivateur ! Tel est le métier qu'entend exercer désormais Pierre Delauney, natif d'Heurteauville. Il aura été charpentier-calfat chez Pouchin fils, puis Lemire. Mais il demeure inactif depuis un retour de Bordeaux. On le raye.

Pierre Faine prend en main Le Désiré, à Villequier. C'est un ancien de chez Pouchin, né à Bliquetuit.

Les lancements

Le Lamartine. La presse du 18 mars : "Un navire de 900 tonneaux, destiné à la pêche de la baleine, vient d'être lancé des chantiers de La Mailleraye ; ce navire, construit par la maison Levavasseur, a été conduit aussitôt au Havre. Il a reçu le nom de Lamartine."

Lancé le 15 mars, il quitte le grand port normand le 15 avril. Hélas, moins d'un an plus tard, c'est la catastrophe. Le Courrier du Havre : "Nous apprenons, par une lettre de Valparaiso, adressée par le capitaine Couppey, commandant le baleinier le Lamartine, à son armateur, la perte totale de ce navire sur les roches Aitolaki (iles   Mangea), le 10 mars dernier. On a transporté et vendu publiquement, à Tahiti, ce qui a pu être sauvé des débris. Le capitaine est parti de Tahiti sur la gabarre la Sarcelle, qui l’a transporté a Valparaiso. De là, il doit s’embarquer pour Rochefort, à bord de la frégate la Virginie..."

Le Pierre, bateau de pêche de 2 tonneaux, commandé en 1850 par Pierre Fleury et intéressant sept marins. 
La Victorine, bateau non ponté de deux tonneaux, propriété en 1853 de Chéron, au Mesnil, vendu à Louis Neveu, du Mesnil qui le rebaptise le Chamois en 1858 et le passe en navigation intérieure. 
La Jeune Alexandrine, un tonneau, patron Jean-Baptiste Dubois, de Villequier, dépecé en 1854.

1847 : Enault s'installe à Rouen

En janvier eut lieu une émeute sur les quais Il existait à cette époque un remorqueur nommé le Pilotin, constructeur Malleux, propriété du sieur Fontaine, dont la vocation était le remorquage du Havre à La Mailleraye. Il faisait 24,40 m de long, 6,80 m de large, tirant d'eau : 2 m, 50 chevaux, remorque jusqu'à 1 000 tonneaux.

Le 3 février 1847, Charles-Joseph Bataille délaisse le métier et devient patron du
Jeune-Paul affecté à la navigation intérieure. (ref. n° 649). Il n'en débarquera que le 15 mai 1849.

Le 12 mars 1847 est jour de fête aux chantiers Pouchin. On marie Louis Alexandre, à la fille de l'auberge Le Sault. Parmi les témoins : le sieur Marc, maître maréchal, le frère de la mariée, cuisinier à l'auberge, le maître de poste de Caudebec, Joseph Delphin Néel...

Enault, selon l'administration maritime, a maintenant un chantier à Rouen. On y retrouve
le fils du patron, Aimable Guillaume Enault, né à Guerbaville. Mais aussi une vieille connaissance :
Guillaume Ambroise Leroux, natif de Ouistreham. Il y demeure jusqu'en 1853 avant de passer chez Lemire. Est-ce à dire que les chanriers Enault de La Mailleraye sont fermés ? Non, on y signale encore des salariés en décembre 1848. Exactement dix ans plus tard, on notera la présence de Pierre Aimable Enault, charpentier, 58 ans, charpentier à Rouen, demeurant 13, rue Préfontaine.

Les grands lancements

Le Pie IX, baleinier de 800 tonneaux. 11 novembre 1847. On lit dans le Courrier du Havre : Aujourd'hui, à midi et demi, le magnifique bâtiment, le Pie IX, dont nous avons parlé il y a quelques jours, et que dimanche dernier on a lancé à La Mailleraye, est entré dans notre port, remorqué par le vapeur le Rouen, afin d'y être armé. Ce navire, du port de 800 tonneaux et construit par MM. Pouchin, appartient à la maison Levavasseur, de Rouen et est destiné à faire les voyages du Havre à la Nouvelle-Orléans. 
Le Pie IX sera baleinier. Il mènera campagne du 13 octobre 1851 au 10 mai 1855 sous les ordres du capitaine Lecrosnier. Le 22 novembre 1856, le Pie IX est en recherche de chargement dans le port de Calcutta. Le 28 janvier 1857, le navire appareille de Calcutta pour Le Havre avec, à son bord, indigo, riz, laque, cachou, graines de cumin, curcuma, jute. On compte aussi 300 barriques de rhum, 2216 morceaux de bois rouge et 10 paquets de nattes. Il rentre au Havre le 4 juin de la même année pour reprendre la mer pour les Indes un mois et demi plus tard. Le 13 décembre 1866, à la Pointe de Galles, à Ceylan, on frappe le Pie IX, capitaine Ducasson, d'innavigabilité. Il est vendu en public le 3 janvier suivant par les soins du  vice-consul de France.

Le Jupiter, vapeur de 105 tonneaux appartenant à Lenormand-Baudu, sous le commandement de Valentin Charlemaine, de Rouen. En 1850 on comptera 18 hommes d'équipage à bord, la plupart Honfleurais et Fécampois. Natif de Varengeville, Pascal-Célestin Rivière le 24 décembre 1855  au niveau de Quillebeuf à bord du navire  faisant alors route vers le Havre. En 1877, appartient au sieur Louvet, du Havre. 

Le Joinville, vapeur. 20 août 1847. On apprend dans le Journal du Havre que des navires en fer sont aussi construits chez Pouchin : Avant-hier, à la marée, a été lancé à La Mailleraye, des chantiers de MM. Pouchin père et fils, constructeurs, le bateau à vapeur en fer le Joinville. L’opération a parfaitement réussi. Le Joinville, qui mesure 55 mètres de longueur, doit être remorqué aujourd’hui jusqu’à Rouen par le vapeur l'Hirondelle, pour y prendre ses machines de 150 chevaux de force, sortant des ateliers de M. Cavé. Ce nouveau steamer appartient à la compagnie Lenormand et Baudu, et est destiné à faire la navigation entre Rouen et Le Havre.

Le Charles-Amand, sloop de 66 tonneaux, immatriculé au Havre. En 1849, navigue au cabotage sous le commandement de Victor Désiré Foulogne.

L'Amélie, 60 tonneaux, inscrite le 20 novembre, capitaine Edouard Lefebvre de Duclair, co propriétaire avec Daviron de Rouen, au cabotage. Active en 51. Dans sa dernière décennie, elle est commandée par Vattier puis Blanvillain. L'Amélie fait naufrage le 13 janvier 1861 à l'est du port de Fécamp.

L'Euphrasie, cinq tonneaux, pour Duchesne, de Caudebec. Dernier patron : Bénard en 58. Se serait perdu sous Tancarville selon un avis de 1861. 

La petite pêche

Le Craintif, bateau de pêche de deux tonneaux, pour Pierre Bérenger, de Yainville. Vendu à Simon Cabut, de Jumièges, le 15 septembre 1857. Vendu en février 1861 par avis judiciaire au sieur Sénéchal, du Trait. Le dernier patron fut Landrin. Dépecé en 1866.
Le St-Pierre,
un tonneau, pour Michel Deconihout, Heurteauville. Vendu par voie judiciaire après décès survenu le 4 janvier 1858.
La jeune Augustine, un tonneau, patron Laurent Hulley, Jumièges, trois hommes. Dépecé en 1866.

1848 : la Révolution !

Le 10 janvier, Adolphe Duval, natif de Sainte-Marguerite, déclare au syndic de Caudebec renoncer au métier de charpentier, acquis chez Enault, pour celui de journalier. Et il ne reviendra pas la dessus Phénomène de mimétisme ? Le 15 janvier, Nicolas Lefebvre, 29 ans, déclare exactement la même chose. Ce garçon haut de 1,50 m a pourtant toutessayé : les chantier Pouchin fils, des expériences à Compiègne, Bordeaux, Angoulème... Le voilà donc journalier. Mais, contrairement à Duval, il se ravise vite et s'engage chez Saint-Saulieu puis Amiot, à Rouen.

Poussés par Libéraux et Républicains, nombre de Parisiens se soulèvent. Louis-Philippe, refuse de faire parler les armes. Il abdique en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans, le 24 février 1848. La Deuxième République est proclamée par Lamartine, entouré des révolutionnaires. Un gouvernement provisoire met fin à la Monarchie de Juillet. En juin, de nouvelles émeutes sont cette fois réprimées dans le sang.
En juillet 1848, François Touzé, fils du notaire, avocat, devient maire de Guerbaville en remplacement de Tuvache fils.

Le 18 juillet arrive à La Mailleraye un jeune marin d'Etat. Il a dans sa poche un congé de convalescence de quatre mois et entend le passer chez sa sœur. Natif de Bliquetuit, Frédéric Bizet avait travaillé ccomme charpentier chez Pouchin fils. Mais en 1846, il demanda lui-même sa levée pour Cherbourg. Là, après avoir renoncé au métier de charpentier, il embarquera à bord de la corvette à vapeur Chaptal. Et le voilà ici aujourd'hui.
Au mois de novembre 1848, Bizet renouvellera son congé pour six mois alors qu'il est rayé de l'Inscription maritime. Il mourra le 29 mai 1851 on ne sait où...

A Honfleur, on l'on aura noté une faible activité dans les chantiers de construction navale, on note en 1848 le lancement d'une douzaine de bateaux de 10 à  12 tonneaux  "destinés  à  transporter  le caillou  de  Villequier  aux  digues  qui   s'élèvent  sur  les rives  de  la  Seine  en  avant  de  ce point  jusque  vers la  Mailleraye."

Le 10 décembre, on vote pour le président de la République. Guerbaville accorde 748 voix à Louis Napoléon Bonaparte contre 162 à Cavaignac, 7 à Ledru-Rollin et 3 blancs.

Lancements

Le Saint-Clément, neuf tonneaux, pour Antoine Sabatier, de Jumièges, qui ne l'inscrira qu'en 1853. N'effectue qu'une seule campagne, patron Cuffel et est démoli en 1854 à La Mailleraye. 

Le Vigilant, deux tonneaus, appartient à Dorléans, de Jumièges, en 1854. Armé au bornage avec Dosmont puis Martin pour patrons, navigation intérieure à partir de 1860.

Le Nul s'y frotte, un tonneau, pour Pierre Morette, du Trait. Dépecé à Yville en 1858 après deux années d'inactivité. 

Le Pascal, un tonneau, pour François Fournier, de Yainville. Dépecé au Trait en 1855. A peu navigué.


Pour suivre : Sous Napoléon III


Sources
Le Constitutionnel
Le Journal de Rouen
La Presse
Le Journal d'Honfleur
Cherbourg Eclair
Archives de l'Inscription maritime de la Seine-Inférieure
Jean Pierre Derouard, A rames ou a voile, bacs et passages d'eau de la Seine en aval de Rouen
Site Le Désarmement havrais
La Seine, mémoire d'un fleuve.
Etat des vaisseaux du port du Havre, transmis à Colbert en 1664, Ch de Beaurepaire.
Le Groënlandais, Thierry Vincent 1994. (Pour le Pie IX)
Discours de réception de Pierre Abbat, Académie de Rouen, 1942.
L'amirauté de Normandie, Darsel. Annales de Normandie, 1972.
Dossier Légion d'Honneur de Jean-Louis Miniou.
Site Histoire maritime de Bretagne nord
François Vivien, Quelques éléments sur la construction navale dans la Vallée de Seine
Pierre Le Verdier, Précis des travaux de l'Académie des sciences de Rouen, 1895, P. 263
Le Journal de Honfleur.