A consulter les registres paroissiaux, la noyade est la première cause de mort accidentelle dans les paroisses riveraines de la Seine. L’exemple que nous donnons d’une noyade au passage de Jumièges, le 7 août 1787, est d’une richesse exceptionnelle. Tous les textes ont été consultés aux Archives départementales.
Vendredi 10 août 1787,
registre paroissial : Sur le mandement du Sr Lepage
avocat au parlement de Rouen faisant pour l'absence de monsieur le
vicomte de l'eau a nous délivré le susdit jour et
attaché au présent registre le corps d'une
personne de sexe masculin trouvé noyé au bord de
la Seine et inconnu a été inhumé dans
le cimetière de cette paroisse par nous curé en
présence des soussignés. [Il n'y a pourtant que la
signature du curé]
Lettre annexée : Nous Jean Lepage avt [avocat] au Parlement faisant pour l'absence de Mr [monsieur] le vicomte de l'eau de Rouen mandons au Sr curé de la paroisse de Jumièges de donner incontinent et ce jour sépulture chrétienne à un cadavre de sexe masculin trouvé noyé sur la rivière de Seine sur l'étendue de sa paroisse comme inconnu à quoi faire en cas de refus il sera contraint partoutes voies dues et raisonnables. A Jumièges le 10 août 1787.
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6 BP 160, enquêtes sur les noyés par la Vicomté de l’eau vendredi 10 août 1787 : Cadavre masculin à Jumièges …sur le bord de la rivière de Seine près le passage de Jumièges…21 ans… …Le cadavre est le nommé Buisson domestique du Sr [sieur] du Mesnil Durand capitaine de dragon au régiment de Montmorency… …Jacques Pecot 29 ans employé demeurant audit lieu de Jumièges… Charles Leveillard bardeur [débiteur de bois] de Jumièges Pierre Audouville 21 ans garçon du passage dudit lieu. |
Information (enquête le 16 août : n’y comparaissent que des gens connaissant ledit Buisson et son capitaine).
Déposition faite
en l’abbaye de Jumièges ce sept aoust mil sept
cent quatre vingt sept entre les mains de monsieur le prieur. Nous Chr
[chevalier] de Menildurand capitaine
de dragons au regimt [régiment] de Montmorency attestons
à qui il appartiendra que ce jourd’hui
à dix heures du matin nous étant
présentés au passage de Jumièges et
n’y ayant trouvé que le petit bateau du
côté ou nous étions qui
étoit celui du Lendin, sur ce que on nous a
assuré qu’il étoit bon et sur, nous
nous y sommes embarqués avec le nommé buisson
notre laquais et nos deux chevaux de scelle tout d’un coup au
milieu de la rivière un des chevaux un peu
méchant est sauté à l’eau et
dans sa chute a entrainé ledit buisson qui le tenait de
court par la bride, moi même ayant été
renversé par le saut de mon cheval je n’ai pu
aller aussitôt à son secours, l’autre
cheval prenant le même chemin a pensé faire faire
capot au petit bateau et l’eut fait sans doute si tout de
suite je ne l’eus de force fait sauter a la
rivière ; enfin ledit buisson entrainé
par le cheval dont il tenait la bride n’a paru à
mes yeux qu’après un long temps et tous mes
efforts ont été inutiles pour le rendre
à la vie en le repêchant les chevaux ont
été sauvés à la nage et il
y a peu de choses perdues Sur ceux je prie monsieur le prieur de faire
dresser un procès verbal avec information des
témoins sommés par nous de lui porter secours et
ensuite de venir témoigner ce qu’ils ont vu et
enfin de la présente déposition attestons avoirs
reçu ce jourd’hui la reconnaissance de monsieur le
prieur de Jumièges comme quoi nous la lui avons faite et
comme quoi il l’a reçue signé Chr de
Menildurand
Signalement (de la même main) le nommé buisson mon domestique doit être retrouvé avec un habit avec bouton jaune un gilet de drap écarlate galonné en or une culotte blanche et des bottes anglaises ils portait lors de sa chute à l’eau une montre d’argent il avoit dans sa poche une paire de grandes boucles d’argent et au moins trois Loüis en différentes monoyes [monnaies]. (même signature)
(De la même main) Témoins qui étoient présents à l’accident qui est arrivé au passage de Jumièges le 7 aoust 1787. Sur les dix à onze heures de matin
sçavoir
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La femme et la fille de Jean la sire (3) Jacques le fé allant à l’église recevoir la bénédiction nuptiale La femme de nicolas aubé Le
sieur pellerin |
La femme de Jean ponty Nicolas Cottard marinier (4) et sa future femme Le Sr pecot employé (5) et sa femme La femme d’adrien le vasseur Le nommé cordier et sa femme |
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Les employés** de la
bisquine (6) passant alors par
Jumièges ou leur caneau [canot (7)]
étoit
mouillé Toutes les personnes cy dessus excepté les employés de la bisquine demeurante à Jumièges le nommé Gosselin et le nommé l’Eguillonné demeurant à la mailleraye. |
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Jean-Pierre
DEROUARD.
Jean-Pierre.Derouard@wanadoo.fr
1/ la Vicomté de
l'eau est l'administration royale ayant autorité sur la
Seine de Villequier à Vernon.
2/ c'est à dire locataire du droit de passage sur le Seine,
appartenant alors à l'abbaye de Jumièges.
3/ Jean Lassire était alors locataire du quai Saint-Vaast
situé à Heurteauville près de la cale
rive gauche du passage et appartenant à l'abbaye de
Jumièges.
4/ marinier désigne quelqu'un à la commande d'un
bateau (terme à cette époque moins
utilisé que batelier)
5/ C'est à dire employé des fermes royales, les
ancêtres des douaniers.
6/ Type d'embarcation des employés (on trouve plus souvent
patache).
7/ Servant d'annexe à la bisquine.
Jean Pierre Derouard, "La noyade en Seine au XVIIIe siècle dans 27 paroisses riveraines de la Seine maritime", Annales de Normandie, octobre 1987.
Jean Pierre Derouard, "Bacs et passages d'eau de la Seine en aval de Rouen", 2003.
