Entre Duclair et Saint-Paër, Varengeville fut une parenthèse pour les Quevilly. Voici la suite de leur saga qui nous mène droit jusqu'à moi...


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VI . - Pierre Quevilly

Il est né le 26 février 1797 à Varengeville et son père y est mort. Entre temps, Pierre Guillaume Quevilly alla travailler comme journalier. Dans cette société rurale, nombreux sont ceux qui vont vendre leurs bras à l'industrie hydraulique florissante de la vallée de l'Austreberthe. Alors, un jour, lui aussi sera ouvrier huilier.

Au temps de Pierre, il existait encore de vieux métiers. En 1809, on note Louis Georges Chatel, exerçant la profession de siamoisier, autrement dit tisseur d'étoffes fines, dites siamoises. Le chassemoute était le transporteur de farine, le badestamier un bonnetier fabriquant de gros bas de laine. C'était encore le métier de Charles Gilles Buquet en 1839. 

En 1815, Saint-Paër connut l'occupation prussienne. Trois logeurs de ces troupes alliés à la monarchie renaissante furent indemnisés :  Baudet fils, fermier du prince de Montmorency,  Guillaume Binard et Jacques Perdu.


En 1819, quand Pierre se marie à Saint-Paër avec Marguerite Félicité Fleury, sa promise de 22 ans vit chez ses père et mère. Venus de Varengeville, les témoins du futur furent son oncle Jean Paumier, journalier et Théodore Lemaitre, son beau-frère, couvreur en paille. Les témoins de la future sont deux journaliers : Jean-Pierre Fleury, son frère et Etienne Duclos, son beau-frère. 

Saint-Paër s'étoffe

En 1823 Pierre Guillaume a 27 ans lorsqu'il voit trois anciennes paroisses fusionner : 

- Saint-Paër, jadis Trubleville, Trubivilla vers 1080, le village d'origine, nom encore porté par un hameau et que les guerres entre Louis VII et Henri II d'Angleterre ont ruiné.

- Les Vieux, nom dérivé de "vado", le gué. La voie romaine reliant Lillebonne à Rouen passait l'Austreberthe à cet endroit. En 1823, Les Vieux ont démoli leur église voici huit ans mais il en reste encore le cimetière. En 1823, le grand-père de Pierre Guillaume y repose. Mais ce cimetière sera vendu dans deux ans...

- L'Aunay-sur-Duclair, Alnetum en 1172. Le château est le fief de la famille Baudouin de Joigny.

. Dès lors, Saint-Paër va s'étoffer. Un marché hebdomadaire se tient sous les halettes  réédifiées face à l'église en 1832. Quelques jours par an, Pierre Guillaume participe à l'entretien des routes de la commune. De condition précaire, il bénéficia sans doute des secours du bureau de bienfaisance mis en place à partir de 1835.

Pierre Quevilly n'était sûrement pas au bourg de Saint-Paër, le matin du dimanche 3 mai 1840 quand prit feu la boulangerie. Le secours s'organisèrent. Mais quand le clocher de l'église sonna la messe, la plupart des assistants quittèrent précipitamment les lieux à l'appel du devoir religieux. Les injonctions du juge de paix n'y firent rien. Ce qui fit rire le journal de Rouen: "Y aurait-il eu nullité dans les prières si elles avaient été dites un peu plus tard?" A cette époque, le curé Latteur est la bête noir du Journal de Rouen. C'est l'époque où plusieurs incendies criminels marquent la vie du bourg.

Veuf, il se remarie

Si Pierre ne fut pas témoin de ces faits-divers, c'est que depuis quelques temps, il résidait à Villers-Ecalles où il était ouvrier huilier. Il avait alors 43 ans. En avril 1840 lui vient une nouvelle fille, début mai, il perd son fils de 18 ans. Puis sa femme, Marguerite Fleury. Il revint ensuite s'établir à Saint-Paër...

Pierre, après deux années de veuvage, fit en enfant à Marie Lecast qu'on prénomma Noël. Celui-ci ne fut légitimé que par le mariage de ses parents en 1846. Ce jour-là, Pierre Duclos, journalier, beau-frère de Pierre Guillaume, est témoin en compagnie de Louis Huet. 
Chez nos voisins de Duclair

Pierre, comme toute la lignée des Quevilly, fréquente chaque mardi le marché de Duclair. Duclair où éclate un scandale en 1841. Le curé part pour les travaux forcé "avec exposition". Il est coupable d'actes sexuels envers de petits garçons!
 

Ceux de l'épouse sont Jean Herment, journalier et Nicolas Gueudry domestique. Après quoi naquit un nouvel enfant qui ne vécut que 14 jours.

Dans ces années 1845, on allait suivre les travaux d'édification du gigantesque viaduc de Barentin. "Comme ils travaillent ces Anglais" s'exclamait-on à la vue du chantier pensé par l'ingénieur Locke. Mais le 10 janvier 1846, à six heures du matin, il s'effondra comme une rangée de dominos. C'est par miracle que l'on retrouva un certain Bachelet dans les décombres de son moulin sur l'Austreberthe. Dans les estaminets, les rouliers dansèrent à la victoire du transport à cheval.

Le 1er avril 1849, Pierre perd un fils de 20 ans qui vivait sous son toit. En cette année 1849, une bande de voleurs opère dans les jardins et poulaillers de Saint-Paër. On s'en émeut. Une lettre anonyme met fin à leurs agissements. Arrêté, le chef est condamné à 8 ans de travaux forcés!

Quand vint l'année 1853, un nouveau fait divers fit les choux gras du marché de Duclair. Vimard, garçon meunier, devait une rente viagère à Leriche, le bien nommé. Le jeune homme charge un le garde-champêtre de payer à boire à son créancier. Et de lui remettre une norole. Soupçonneux, Leriche va chez le pharmacien faire examiner la brioche. Elle contient de l'arsenic. Vimard en fut quitte pour vingt ans de travaux forcés. Quant à son complice, Pierre Quevilly le connaissait fort bien : c'était le frère de sa première épouse, Jean-Pierre Fleury.

Pierre est décédé le 11 septembre 1866 à 7h du matin, au Bas-Monthiard. Ses fils Narcisse et Théodule, mon arrière-grand-père, déclarèrent son décès en mairie. Puis l'abbé Thiesse procéda à l'inhumation dans le cimetière de l'église. 

VII. - Théodule Quevilly

Théodule Eugène Quevilly, mon arrière-grand-père, est né 5 septembre 1837 à 1h du matin. Les témoins de sa naissance furent Pierre Carpentier, instituteur, 40 ans, Jérôme Leroux, marchand épicier, 46 ans, qui ne signe.

Le père du nouveau-né avait 40 ans à cette naissance. Journalier, il savait signer.

Théodule a 11 ans, en 1848, quand l'homme fort du village, Louis Auguste Beaudouin de Joigny, le châtelain du château des Vieux, devient le conseiller général du canton.

Un temps, Théodule sera palfrenier à Rouen. Là, il rencontre Clémentine Sébire. une couturière de 25 ans. Elle habite au 24, rue de l'hôpital. Clémentine est née par accident à Angers. Sa famille, originaire d'Eu, y a effectué un bref séjour. Ses racines nous font remonter en Picardie et Clémentine a même une goutte de sang écossais.

Le jour du mariage, Théodule est à nouveau journalier à Saint-Paër. Les noces ont lieu le 28 octobre 1865 et les quatre témoins attestent par serment que les aïeux de la future sont décédés mais qu'ils ignorent le lieu de leur dernier domicile. Ces quatre hommes sont les frères du marié : Narcisse, Maurice et Valentin Quevilly, ouvriers fileurs et Edouard Quevilly, domestique demeurant à Rouen. A 68 ans, le père de Théodule est toujours ouvrier huilier. 

Théodule se loue chez les paysans. En 1866, on compte quelque 80 fermes. Sur le millier d'habitants, les trois-quarts sont attachés à la terre. Mais cette année là, quand meurt son père, il est ouvrier huilier et habite le Bas-Monthiard. Son frère Narcisse travaille dans une filature.
Théodule connaît l'occupation prussienne de décembre 70 à mai 71 avec son lot de réquisitions. 

En mai 1874, quand lui vient sa fille Augustine, Théodule réside au hameau du Village.
Théodule  trente ans quand une nouvelle venue du bourg voisin, Sainte-Marguerite-sur-Duclair, jette la consternation. Un paysan est assassiné par l'amant de sa femme. Décidément, Sainte-Marguerite est le cadre d'affaires sordides. Six ans plus tôt, C'est un certain Herrand qui a abattu Delacroix de deux coups de fusil

La population n'a cessé de décroître. On émigre parfois très loin. En 1876, un enfant du pays, Félix Lattelais, épouse à Odessa Marie Kiriloff. Il est maître d'hôtel.

Théodule vivait au Bas-Monthiard, à Saint-Paër. Il décéda le 12 novembre 1911 à 8h le matin dans sa condition de journalier. Il avait 74 ans. Son décès fut déclaré en mairie par Emmanuel Quevilly, âgé de 42 ans, ouvrier de filature. C'est mon grand-père. L'instituteur et secrétaire de mairie, Eugène Guyot, ayant omis de mentionner le prénom usuel du déclarant : Henri.

C'est le père Auguste Mauger qui inhuma Théodule. On l'enterra dans le nouveau cimetière de la Maison-Blanche.

VIII. Henri Quevilly

Né le 3 juin 1868 à 7h du matin, les témoins de sa naissance sont Eugène Blard, 51 ans, menuisier et Alfred Lefebvre, 23 ans, journalier en présence de Florentin Cavé, maire de St-Paër. Henri est d'une fratrie d'au moins trois filles et deux garçons. Je n'ai aucune indication sur son frère. Si ce n'est qu'il est mort durant la guerre de 14.

Henri a deux ans au moment où le pays connaît de graves désordres. Les Prussiens occupent Saint-Paër cinq mois. L'enfance d'Henri se passe ux champs.

Le mardi, la famille se rend au marché de Duclair distant de 4km. Il faut imaginer ces scènes de marché. Les hommes portent tous le chapeau ou d'imposantes casquettes qui évoquent celles des marins. Beaucoup arborent une blouse. Les femmes du peuple ont de vastes foulards sur la tête, voire une coiffe blanche. Le marché se mue en foire deux fois par an. A Pâques, le jour du mardi saint. C'est le marché fleuri. Et puis à la Saint Denis, début octobre. On y voit parfois des montreurs de bêtes sauvages, des marchands d'amadou...

A Duclair où, alors qu'Henri a 9 ans, circule une histoire de sorcellerie. L'eau tombe en pluie sur le berceau de deux enfants. Mais leur garde, une petite bonne de 14 ans, finit par avouer être l'auteur de ces aspersions. Nous sommes en 1877.

A 18 ans, en 1886, Henri vit s'élever l'école des garçons. Puis celle des filles en 1892. A l'époque, un tiers de la population ne sait ni lire ni écrire. Mlles Leblanc et Avril seront institutrices, MM Arson et Guyot instituteurs.


Henri avait tiré le n° 21 au conseil de révision de Duclair. C'est un grand gaillard d'un mètre 73, les yeux bleux, les cheveux châtains. Sa fiche matricule le dit agriculteur et exercé en matière d'instruction militaire.

Il est incorporé le 13 novembre 1889 au 11e Régiment d'artillerie, sqans doute à Versailles. Il a 21 ans. Le 25 mars 1892, il passe au 31e d'artillerie. C'est un régiment qui s'est formé au Mans en 1873. De là, on l'envoie en congé le 24 septembre avec un certificat de bonne conduite. Le 1er novembre, il passe dans la réserve de l'armée active. 

Henri accomplit une première période d'exercice du 30 septembre au 27 octobre 1895 au sein du 22e d'artillerie, formé en 1870 et basé à Versailles, puis une seconde du 7 mars au 2 avril 1898. henri est alors domicilié à Varengeville. Cette année là, le Dr Léonide Maillard, rédacteur au Journal de Duclair, est le conseiller général du canton. Il le restera jusqu'en 1910.

On rappelle encore Henri du 14 au 27 août 1905 au 22e. Cette fois, il habite Saint-Paër. Le 1er octobre 1908, Henri passe dans la réserve de l'armée territoriale du 22e. 

Le 1er octobre 1914, alors que la guerre est déclarée, il est libéré du service militaire et ne sera pas rappelé. Le 30 novembre 1918, la guerre, finie, et on le considère comme libéré définitivement de toute obligation militaire.


Henri eut une vie difficile. Cet homme de belle taille, se louait comme journalier dans les fermes. A la saison, il fauchait le blé dès 4h du matin puis commençait sa journée à l'usine à 7h. En 1900, il travaille à la filature d'Edouard Delaporte qui possède également une usine à Barentin.

Henri s'occupait de la fraîche. Pour s'y rendre, il accomplissait de nombreux kilomètres à pied. A 7h du soir, après 12 heures de travail, mon grand-père finissait la journée. Il rentrait alors à Saint-Paër en remontant de l'eau puisée à la source, près du carrefour et qu'il traînait dans une petite carriole.

En 1900, Edouard Delaporte avait fait don du terrain à la commune et réalisé les travaux nécessaire pour rendre ce point d'eau accessible à tous. Les habitants n'étaient pas encore raccordés à l'eau courante. Rentré chez lui, Henri trouvait encore le temps d'entretenir un magnifique jardin et je pense une basse cour. Puis il se coiffait après la soupe, les derniers travaux, d'un magnifique bonnet de nuit.

A quoi ressemble le Saint-Paër des années 1900 ? C'est l'une des communes de Seine-Maritime qui comporte le plus de hameaux: 29. Sur la place, à partir de 1909, la famille d'Adolphe Hautot tient le café-épicerie. Il a succédé aux Boulfort. Là, derrière, le boucher de Fréville passe régulièrement pour s'installer dans un baraquement. Le boucher de Duclair, le même jour, prend position quant à lui devant l'église. Il y a la boulangerie d'Albert Généreux Guérillon à qui succède Louis Chouquet qui sillonne la campagne en voiture à cheval. Le facteur, c'est Monsieur Tellier. Saint-Paër compte deux bourreliers. L'un au bourg entre le café et la boulangerie. C'est Eugène Hitte. L'autre, Lefèvre, au hameau du Bas-Mouchel. Il y avait aussi le café-épicerie de la mairie tenu d'abord par Douyère puis par Gaston Grenier qui sont aussi forgerons. Gohon est cordonnier, Paul Etienne et M. Boulanger sont menuisiers, Georges Capelle et M. Cordier sont charrons. Deux meunier: Pigache au moulin du Paulu, Ernest Duclos au moulin du Bas-Aulnay. C'est lui le maire de 1904 à 1912. Le dimanche après-midi se disputent des parties de boule tandis qu'un portique avec balançoire, trapèze et échelle accueille les enfants. Tout cela se termine par une bonne collation au café.

En 1910, c'est l'hôtelier Henri Denise, maire de Duclair, qui est élu conseiller général. Le 10 juillet, sur le chemin qui mène Henri à son travail, on inaugure une curieuse entreprise. C'est le labo de spéléologie expérimentale.

Quand Henri se rend à Duclair, il croise une figure: la mère Lamour. Coiffée d'un canotier, Marie-Louis Jouen vend des journaux. Dont L'Amour qui lui vaut son surnom. Elle vend aussi Le Parisien, Le Matin, Le Petit journal, Jean qui rit et Jean qui pleure. Dans son coffre à trois roues, on peut aussi trouver des fichus, des châles, des chapeaux, des parapluies...

En septembre 1913 mourut l'abbé Mauger, âgé de 63 ans. Il était là depuis 1894 et avait réalisé d'importants travaux à l'église.

Durant la guerre de 14, mon père accompagnait Henri aux champs. Le gamin avait 8 ans et on le ramena de force à l'école. Pourtant, on était habitué à l'absence des enfants. Celle de mon père avait dû se prolonger. Il avait 12 ans quand, cette fois, il travailla un an et demi à la filature Delaporte.

A partir de 1918, la société des filatures Saint-Sever, de Rouen, devient maître des lieux. C'est une filiale des établissements Frémaux dont le siège social est au 27 de la rue du Vieux-Faubourg, à Lille. Elle est déclarée au registre du commerce de Rouen sous le n° B 1009. M. et Mme Frémaux possèdent la propriété de la Beuvrière, dans la côte du Paulu, équipée d'une piscine.

En 1919, Pierre Jean Polydore Van Den Bosch vint relancer la filature du Paulu. Belge, il avait dirigé la filature Pouillier-Linghaye en 1895 à Lille, puis fondé, en 1902, celle de Wambrechies et Lomme lez Lille. Son fils était mort en 1917 en compagnie du comte Henri de la Vaulx. Pierre Eugène Jean Van Den Bosch était en effet lieutenant pilote du dirigeable Pilatre-de-Rozier qui s'écrasa à Voellerdigen avec tout son équipage. Mon grand-père servait de barbier à Van Den Bosch qui possédait un château à Saint-Martin-de-Boscherville.

En 1921 fut inauguré le monument aux morts sculpté par Maurice Ringot, du Trait.

En 1925, âgé de 59 ans, Henri reçut une montre Lip en plaqué or pour 25 ans de bons et loyaux service aux filatures Frémaux. 

Restons en 1925 pour voir comment mon grand-père pouvait se réjouir lors de manifestations collectives. Les 6 et 7 juin eurent lieu les fêtes communales, place de la mairie, sous la présidence du maire, Max de Joigny. Henri et Raphaël, j'ose le supposer, y assistaient. Du moins vécurent-ils de semblables réjouissances. Tout commença le samedi à 19h par des salves d'artillerie et la sonnerie des cloches. Ce qui fut réitéré le lendemain matin dès 6h. Le Rappel de Duclair donna un concert de 15h à 19h. Cette fanfare a un an. Elle a succédé à la clique des sapeurs pompiers. Le Rappel est en concurrence avec la fanfare de Duclair, fondée quant à elle en 1893. A 15 h 15, il y eut une course cycliste. 13 km. Je sais que mon père a gagné de telles épreuves. Les enfants de moins de 13 ans, eux, disputèrent une course à pied à 15h20. A 16h eut lieu un concours dont j'ignore le sens: le dîner de l'ogre. 16h: nouvelle course cyclise de 6km. 17h: jeux de ciseaux pour les filles de moins de 13 ans. 17h30: jeu des chercheurs d'or. Max de Joigny procéda à la distribution des prix à 18h. Après quoi eut lieu un bal à grand orchestre. A 20h, Saint-Paër s'illumina avec l'embrasement de la mairie. Hautot, le tenancier du café de la place, présidait le comité des fêtes créé depuis un an et c'est auprès de lui qu'il avait fallu s'inscrire. Un membre du comité avait fait du porte à porte pour solliciter des dons. Le 9 juin, il y eut le pèlerinage à Saint Onuphre. On allait lui réciter des prières au hameau du Mesnil Varin où sa statue peuplait la chapelle de la Sainte Trinité. J'ai du mal à y voir mes Quevilly. Le 14 juillet, ce fut la fête nationale. Ce jour-là, dès 8h du matin, les indigents reçurent une part de viande. L'après-midi, il y eut des concours de tirs gratuits pour les adultes, de pots cassés pour les enfants et une course à l'oeuf. Puis des courses d'ânes, des courses en sac et chacun était prié d'amener sa pouque. Et encore la remise des prix, le bal, les illuminations. 

Pour fêter la moisson, il existait aussi une procession.

Le 16 février 1928 mourut Max de Joigny, chevalier de la couronne de Belgique, président de la société des régates de Duclair. Le dimanche suivant, au chateau du Launay, son épouse le suivit dans la tombe. Mon arrière-grand-père, Auguste Chéron, avait été bûcheron chez eux.
Dès lors, ce fut Paul Maurice, le maire. Pour dix ans. Max de Joigny était le fils de Louis Auguste Beaudouin de Joigny, propriétaire du château des Vieux qui, le 27 août 1848 avait élu conseiller général du canton de Duclair.

Le 14 octobre 1928, Charles de Heyn, agent d'assurance, maire de Duclair, bat Henri Denise aux cantonales.

Les Quevilly occupèrent successivement deux maisons. La première appartenait à un certain Dané, paysan d'Hérouville. La seconde à Mme Etienne, l'épicière morte à 102 ans et qui avait adopté Madeleine Trouvé. En famille, les dimanches étaient, dit-on, bien arrosés.


En 1930, Gaston Grenier, le cafetier-épicier-forgeron, rendit son tablier. Il ouvrait son atelier dès 6h du matin pour arrêter ses activités à 19h. Entre temps, ils vous ferrait une trentaine de sabots. Il fabriquait lui même les fers de même que les roues de charrette et divers outils. Viret lui succède mais c'est l'heure de la machine agricole. Un concessionnaire lui fera concurrence. Viret passera rapidement la main à Monsieur Marc.

Février 1933: malade, l'abbé Prunier est contraint de quitter la paroisse. On lui doit beaucoup: la salle paroissiale, près du presbytère, les bancs dans la nef et la chapelle sud de l'église. L'abbé Caniel lui succède.

Le 7 octobre 1934, Armand, comte de Maures de Malartic, châtelain et maire d'Yville est élu conseiller général.


Le 24 mars 1935, l'achevêque de Rouen, Mgr Ville-Rabelle, vint baptiser le troisième cloche de l'église. Portiques de verdure, armoiries, drapeau pontifical à l'entrée de l'église. Procession dans les rues du village. Ce fut l'heure de gloire de l'abbé Caniel. Le 14 mai suivant, on apprit la mort de son prédécesseur. Quatre jours plus tard, Marcel Bersoult est élu maire.

Le 18 juin 1936, Henri fut témoin d'une catastrophe, près de son usine alors dirigée par Monsieur Trépagny. Une explosion a secoué au petit matin le moulin du Paulu. Le feu menace les habitations voisines. Les pompes des sapeurs de Varengeville, renforcés par ceux de Duclair, sont en action. on fait la chaîne pour amener des sceaux de la rivière. En une heure, des tonnes d'orge sont grillées.


En 1937, le 14 février, on bénit le vitrail Notre-Dame de Lourdes à l'occasion des vêpres. Un calvaire est mis en chantier.

En 1938, les Quevilly apprirent que leur fils Raphaël se mariait. Apprirent, car ils ne furent pas invités à Saint-Mandé, dans la banlieue de Paris. C'est par hasard, sur le marché de Duclair, que Joséphine Chéron vit un jour venir à elle une jolie blonde, André Mainberte. Sa belle-fille....


Henri a pris sa retraite à 74 ans. C'était en 1940. Tous les trois mois, chez le percepteur de Duclair, Henri ira chercher ses 3,50F. Mais pour l'heure, c'est la guerre. En juin, deux Anglais sont abattus au calvaire par les Allemands qui entrent dans Saint-Paër.

Chez les Quevilly vivait Angèle, affublée d'une jambe de bois.

Joséphine se plaignait souvent du côté. Peut-être mourut-elle d'un cancer. L'abbé Caniel l'enterra en octobre 1943. Elle n'a pas connu la paix. A la mort de sa mère, Angèle ayant également disparu, Amélie Quevilly vint vivre un temps avec mon grand-père.

Après six ans de veuvage, Henri Quevilly disparut le mardi 25 janvier 1949 en sa petite demeure du hameau de Maison-Blanche. A 81 ans, il n'avait plus de dents. La tradition familiale veut que les chevaux du corbillard improvisé eurent mille peine à le conduire au cimetière de Saint-Paër. La neige et le verglas régnaient alors en cette saison. Il fallut couper à travers champs. La fosse creusée pour recevoir son cercueil s'avéra trop petite. Si bien qu'aux coup de talons durent succéder les coups de pioche pour que la terre gelée digère enfin son catafalque.

IX. Raphaël Quevilly

Mon père est né le samedi 6 octobre 1906 au hameau de Maison-Blanche.

Ses parrains de première communion: furent le comte et la comtesse Max de Joigny.  

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