Fini
  
               
De la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert


Par Laurent Quevilly.

André Tioch ! En 1942, sa signature va paraître aux quatre coins de l'hexagone. Si toutefois un hexagone en a quatre, surtout quand il est coupé en deux. Car c'est tant de la zone libre que de la zone occupée, que, fin août, une douzaine de journalistes bénéficient d'un voyage organisé en Allemagne. Durant une dizaine de jours, ils visiteront plusieurs régions du Reich où tout est préparé pour glorifier le nazisme.

 
D'abord Francfort-sur-le-Main. Puis direction de grands centres industriels : Mannheim, Ludwigshafen... On décourira ensuite les horizons plus larges de Souabe et de Franconie. Ce programme bien huilé doit se terminer à Berlin pour une réception officielle. Encadrées de près, ces rencontres avec les ouvriers français vise à démontrer leurs excellentes conditions de travail en Allemagne. Le groupe est donc guidé dans des sites industriels présentés comme gigantesques avec toute une mise en scène de la puissance économique et technique nazie.

Interviews de prisonniers par la délégation de la presse française

André Tioch est du voyage. Et ses papiers ne vont pas se limiter au seul Petit Normand. Ils vont arroser largement la presse française. Comme L’Écho de Nancy dont le rédacteur en chef, Frantz Philipps, ne peut pas suivre toutes les étapes du voyage. C'est un Allemand nommé à ce poste par les autorités d'Occupation. Il demande donc à son confrère normand de rédiger une série destinée à son journal. 
Pour Philipps, ce qui est rapporté par Tioch anéantit une vision faussée de l’Allemagne : " La propagande juive, maçonnique et antifasciste a bien trompé le peuple français afin de l’entraîner à cette guerre dont il subit aujourd’hui les dures conséquences." Le Credo collabo ! 
Bien avant la libération de Nancy, Philipps sera tué accidentellement en août 44 par un milicien ivre. Un mois plus tard, nombre de ses confrères allaient être condamnés à mort, parfois par contumace. Lui, ce fut par le fruit du hasard et la sentance avait devancé le jugement.

Laurent QUEVILLY.

AVEC LES TRAVAILLEURS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE

Les Trois Mousquetaires

Par ANDRÉ TIOCH

CORRESPONDANT SPÉCIAL DE « L’ÉCHO DE NANCY »


8.000 Français sont déjà installés dans la ville où nous débutons notre vaste enquête sur le travail en Allemagne. Très aimablement reçu, en un français impeccable, par le directeur de l’établissement, celui-ci nous invite à visiter son établissement en toute liberté.Nous sommes quelque peu interdits, car il y a là des Allemandes et des Françaises, et il est très difficile (sauf quelques types germaniques bien établis) de distinguer les unes des autres.Je suis derrière une blonde qui manie avec dextérité des fils fins comme de la soie.Je lance un très discret :

— Française ?
Oui, Monsieur, de Houlgate. 

C’est Mme Messaye Marcelle de Houlgate, dont le deuxième contrat de six mois en Allemagne expire dans quelques semaines.


Alors, vous allez rentrer en France ?
Seulement pour ma permission, me dit-elle, et je reviens ici.
Vous vous y plaisez donc bien ?
Très bien, le travail est agréable et l’usine est très chic avec nous. Il y avait jusqu’à ce jour un inconvénient, je couchais au camp, mais depuis un mois, je suis en privé, ça va.
Mais où est votre mari ?
Il est prisonnier, et je sais à quel endroit ; aussi, je préférerais aller le voir pendant ma permission plutôt que d’aller en France. Ça ne doit pas être impossible, quoique les gares allemandes portent toutes en lettres gigantesques : 
Vaincre d'abord

Voyager ensuite.

J’apprends à cette jeune femme ce qu’elle ne sait pas encore (notre propagande est aussi mal faite là-bas qu’ici), c’est qu’un délégué du gouvernement français siège à …, et qu’il doit s’occuper spécialement de ces questions. J’appelle le délégué qui, justement, nous accompagne, et lui soumets la question qui va être étudiée dans les plus brefs délais et très probablement résolue.

Comme d’autres, elle ira voir son mari.J’aborde ensuite une demoiselle occupée à un travail très délicat et dont le directeur me dit le plus grand bien. C’est Mlle Dupil, de Paris, aide-chimiste.

Combien gagnez-vous, Mademoiselle ?   

120 marks par mois environ, soit 2.400 francs.

Il est bientôt 11 heures.Nous rejoignons la cantine où nous allons déjeuner en compagnie de nos compatriotes. Frugal repas, mais tout de même substantiel ; nous avalons un potage fort épais et des pâtes aux confitures.

Je me trouve assis à la même table que des Parisiens ; ils sont trois : Mazurier, qui travaillait chez Mathis, Ferlay et Trassard, dessinateurs industriels.Trois phénomènes, trois gars de Paname, qui ne gagnent pas sensiblement beaucoup plus ici qu’à Paris.

Devant mon étonnement, ils font la mise au point :

— Nous le savions avant de partir, mais nous avons voulu nous engager pour participer à la relève. Et voilà !



De gauche à droite : Ferlay, Trassard, Mazurier, trois Parisiens qui sont partis spécialement en Allemagne pour assurer la relève des prisonniers.

C’est jeté entre deux bouchées, très simplement, en blaguant même.

On retrouve le cœur et l’esprit de nos p’tits gars de Paname. Encore quelques visites d’ateliers et nous voilà partis vers le camp. Ce camp, où logent 150 femmes, est en fait un hôtel réquisitionné où l’on a aménagé des pièces en dortoirs. C’est l’épreuve la plus dure pour beaucoup d’entre elles. La femme n’a jamais connu la caserne et la promiscuité lui coûte.

Au bout de quelque temps, ça se tasse ; on noue des amitiés ; les plus tranquilles arrivent à se rejoindre en des dortoirs calmes et bien tenus, et les plus anciennes, en même temps que les plus sérieuses, arrivent à loger chez l’habitant. Partout en Allemagne nous retrouvons cette atmosphère qui accorde aux bons ouvriers tous les droits et privilèges.

A. TIOCH.

( A suivre )

 
Ces notes sommaires ne sont encore qu'une ébauche. Elles sont bien sûr appelées à évoluer.



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