De la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert


Par Laurent Quevilly.

Août 1942. Avec une douzaine de journalistes français, André Tioch est en Allemagne auprès des ouvriers français. Sa seconde livraison à l'Echo de Nancy est un papier fourni clef en main par la propagande nazie. Aucun recul, aucune alternance entre les propos tenus et le ressenti de Tioch. Voici ce narratif compris d'un bout à l'autre entre guillemets. Notre envoyé spécial se contente d'y ajouter sa signature.

AVEC LES TRAVAILLEURS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE

1.700 Français travaillent là...

Par ANDRÉ TIOCH

CORRESPONDANT SPÉCIAL DE « L’ÉCHO DE NANCY 


NOUS visitons ce matin-là une grande usine de produits chimiques. Cette usine, nous reçut en nous présentant un rapport fort complet sur le travail des ouvriers français dans l’usine. Voici d’ailleurs l’exposé qui nous fut fait sur la question :

« Nous employons des ouvriers français civils depuis 1940. Il s’agissait d’abord uniquement de travailleurs embauchés par les services du ministère du Travail allemand.

Depuis le mois de mai 1941, nous avons favorisé, sur une plus vaste échelle, le recours à la main-d’œuvre qui était mise à notre disposition par des firmes françaises. Dernièrement, nous avons fait l’essai de la mise en action d’un groupe complet de travailleurs français. Environ une centaine d’ouvriers chimistes, sous la direction d’un chimiste, et avec leurs contremaîtres, seront employés chez nous. Nous avons l’intention de confier à ce groupe, après le temps qu’il lui faut pour s’habituer à nos conditions de travail, la direction indépendante de tout un atelier.

« Pendant un certain temps, plus de 2.000 ouvriers venant de France ont travaillé chez nous. Actuellement ils ne sont plus qu’environ 1.700, dont 900 embauchés par des firmes françaises.

« Les rendements des travailleurs français sont en général bons. Ils dépendent beaucoup de la façon dont les ouvriers sont placés. Le travailleur est intelligent et employé chez nous surtout dans les ateliers artisanaux. À partir du moment où, après sa première venue en Allemagne, il a maîtrisé sa méfiance, qu’on peut d’ailleurs comprendre, il devient un bon camarade de travail et il est apte à nos tâches.

« Nous nous sommes efforcés de réunir les ouvriers français dans un camp et de tenir compte aussi dans le ravitaillement de leurs désirs spéciaux en employant en partie, dans la cuisine, du personnel français. Il faut prendre en considération les conditions actuelles de guerre qui ne permettent pas un grand choix de vivres dont les quantités sont naturellement aussi restreintes. La question du ravitaillement est la seule qui nous préoccupe quand nous pensons à l’emploi des ouvriers français. Mais nous tâchons d’épuiser toutes les possibilités qui nous sont données pour les satisfaire.

« Dans le camp, il doit y avoir une forte discipline. C’est pourquoi nous avons des chefs de camp qui font partie du Front du Travail. Ils contribuent en même temps à faire respecter les prescriptions du Front du Travail en ce qui concerne les soins à donner aux ouvriers étrangers et l’organisation de leurs loisirs. Le camp se compose de bâtiments en bois comprenant des chambres de huit ou douze ouvriers. Les repas sont servis dans les réfectoires du camp mais, à midi, la grande partie des ouvriers mange dans les cantines à l’usine même. Nous comptons un R.M. par jour pour la nourriture et pour une bouteille de bière. Des lavabos et des douches modernes, ainsi que d’autres installations sanitaires prouvent qu’on n’oublie rien de ce que l’hygiène demande. Le rationnement des textiles ne nous permet pas, malheureusement, de mettre du linge à la disposition de l’ouvrier français. Notre désir, si souvent exprimé, que le travailleur apporte lui-même son linge de France, ne s’est presque jamais trouvé réalisé, bien que nous fussions prêts à payer dans ce cas le nettoyage et l’entretien du linge, de même qu’une certaine indemnité pour son usure.

« Nous employons aussi, en plus grand nombre, des femmes et des jeunes filles françaises qui sont logées dans des foyers spéciaux en ville. Seules, les difficultés actuelles de logement nous empêchent d’augmenter le main-d’œuvre féminine française.

« Les soins médicaux, dont bénéficient nos ouvriers étrangers sont donnés par les médecins de l’usine. Nous avons établi une infirmerie spéciale pour les travailleurs étrangers, de façon à ce qu’une grande partie de leur maladie puisse être traitée chez nous. En outre, nous avons installé un cabinet dentaire pour nos ouvriers étrangers.

« Nous n’oublions pas non plus le domaine spirituel et nous favorisons toutes les tentatives et relatives. Le Front du Travail organise des soirées de variétés et présente des artistes de première classe. En outre, nous montons périodiquement des soirées de camaraderie. Ce sont des ouvriers étrangers eux-mêmes qui offrent à leurs camarades un programme bien varié. Cela vous intéressera peut-être de savoir que nous avons formé un orchestre des camps qui réunit des ouvriers de différentes nationalités. Nous avons même des films français qui constituent toujours un lien vivant entre l’ouvrier et son pays. Nous sommes en outre abonnés à des journaux français, que nous distribuons gratuitement à nos travailleurs français, de sorte qu’il y en ait dans chaque chambre. Il nous est enfin possible d’installer une bibliothèque française. C’est assez difficile d’obtenir les livres, mais avec un stock de 600, nous croyons pouvoir satisfaire au besoin de lire de nos ouvriers. Ils ont aussi la possibilité de faire du sport, car nous avons loué un terrain de sports pour notre personnel étranger.

« Si nous vous communiquons quelques-unes de nos observations concernant ce qui entrave un peu une bonne mise en action de la main-d’œuvre française, nous le faisons parce que nous croyons qu’en échangeant franchement nos opinions, nous arriverons plus facilement à une solution satisfaisante. Il nous faut un peu l’aide des services compétents français.

« En évitant ces quelques faits peu agréables pour notre usine, nous réaliserons une meilleure collaboration et la compréhension mutuelle s’approfondira.

« Ce qui frappe, ce sont les fortes fluctuations de la main-d’œuvre française, ainsi que le désir de partir souvent en permission pour la France. Ces fluctuations sont relativement désagréables pour nous parce qu’en beaucoup de cas, le temps qu’on a mis pour habituer les ouvriers à nos travaux est perdu. Nous tenons compte des désirs des ouvriers de partir en permission autant que nous le puissions, sans désavantage pour l’atelier. Mais nous constatons que le travailleur français prolonge volontiers sa permission et souvent ne revient qu’après des semaines pour reprendre son travail. Il serait souhaitable qu’on arrive à une meilleure discipline à ce sujet.

« Ce qui frappe en outre, c’est le pourcentage élevé de malades qu’on trouve parmi les ouvriers français, surtout si on le compare avec ceux des ouvriers allemands et de tous les autres étrangers. La Caisse de maladie de l’usine à laquelle appartiennent aussi les travailleurs français, a constaté que le nombre de malades chez les ouvriers français atteignait, pendant les derniers mois, un pourcentage moyen de quatorze à dix-sept, tandis qu’il n’a élevé chez les autres étrangers qu’à cinq et chez les Allemands qu’à trois. Nous croyons que ce fait peu agréable pour nous est dû à la situation géographique de notre usine, qui est relativement proche de la frontière française, ce qui fait que les ouvriers essaient d’obtenir de fréquents séjours auprès de leurs familles ou de prolonger les permissions accordées par l’usine moyennant une déclaration de maladie. Dans l’intérêt de l’estime mutuelle, nous serons reconnaissants si des mesures sont prises du côté français pour éviter que l’on abuse de ces institutions sociales.

« En général, nous pouvons être contents avec la mise au travail des ouvriers français qui sont venus pour nous aider à la reconstruction d’une Europe nouvelle. Le tour d’inspection que vous allez entreprendre maintenant pour vous rendre compte des conditions de vie et de travail vous donnera l’occasion de vous convaincre que nous faisons tout pour rendre supportable à l’ouvrier français son séjour en Allemagne.

« Il est inutile d’ajouter quoi que ce soit à ce rapport fort complet et la visite que nous avons faite pendant près de deux heures dans cette usine nous a convaincus des réalisations sociales entreprises par la Direction.C’est une jeune fille de 22 ans qui est chargée de l’organisation du camp français, hommes et femmes. Parlant couramment le français et l’allemand, cette jeune fille de 22 ans travaille de 7 heures du matin à 11 heures du soir, pour assurer un minimum de bien-être à nos ouvriers. Quoique nous n’ayons pas retenu son nom, qu’elle reçoive ici un grand merci pour la tâche formidable qu’elle accomplit.C’est encore cette usine qui, ayant le privilège d’avoir à 15 kilomètres de chez elle une mosquée, y envoie ses travailleurs Nord-Africains pour assurer leurs dévotions. »


André TIOCH.

(A suivre)

 
Ces notes sommaires ne sont encore qu'une ébauche. Elles sont bien sûr appelées à évoluer.



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