De la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert


Par Laurent Quevilly.

En Allemagne, André Tioch interviewe encore une compatriote normande. Mais sous la surveillance d'un représentant de l'Office Français d'Information. Créé en 1940 sur les cendres de l'agence Havas, c'est l'unique organe de presse du régime de Vichy. L'OFI diffuse la propagande de la Révolution nationale avec le concours de la censure allemande. A La Libération ses moyens techniques seront saisis par les journalistes de la Résistance pour fonder l'Agence France-Presse.

AVEC LES TRAVAILLEURS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE

22.000 francs d’économies

EN SIX MOIS

Par ANDRÉ TIOCH
CORRESPONDANT SPÉCIAL DE « L’ÉCHO DE NANCY »


Après une promenade en bateau sur les bords de la Sprée, nous visitons, ce matin-là, un camp de femmes d’une importante usine qui ne compte pas moins de 450.000 ouvriers.

Fort bien aménagé, ce camp est prévu pour loger près de 1.500 femmes. Les dortoirs y sont conçus pour quatre personnes, ce qui permet aux ouvrières de se réunir selon les affinités ou les amitiés ayant pris naissance à l’atelier.

Après avoir parcouru dortoirs, réfectoires, douches, bains, salles de couture, de lecture, etc…, le médecin-chef des usines précitées nous convie à visiter l’infirmerie du camp.Deux infirmières et quatre femmes de service s’occupent des malades que le médecin de service vient voir chaque jour.

On ne garde ici que les malades devant se reposer quelques jours, les autres étant immédiatement dirigées sur l’hôpital par l’ambulance de l’usine.

Toutefois, 40 lits sont prévus en cas d’accident ou d’épidémie à évolutions rapides.

André TIOCH interviewe Mme Sennick À droite, M. Lavoix, de l’Office Français d’Informations de Vichy, assiste à l’entretien. *

Ce matin-là, fort heureusement d’ailleurs, deux ouvrières seulement occupent des lits à l’infirmerie

Avant de leur rendre visite, nous parcourons des salles de consultations où tout le matériel est réuni pour donner les premiers soins, voire même y pratiquer de petites interventions chirurgicales.

M. le médecin-chef, qui nous pilote (un vieil habitué de Paris), nous conte tout ce qui est fait dans l’usine au point de vue hygiène. C’est à peu près identique à ce que nous trouverons dans toutes les usines visitées par nous au cours de notre séjour en Allemagne.

Au dortoir de l’infirmerie, nous interrogeons une dame qui vient de Reims. Mariée et mère de famille, celle-ci en est à son troisième engagement en Allemagne et espère travailler encore un an à l’usine qui l’emploie, après quoi, elle retournera près des siens où elle pourra exploiter le fonds de commerce qu’elle veut acheter.

Nous sortons de l’infirmerie et nous nous trouvons devant un jardin où se reposent quelques malades.

J’en interroge quelques-unes et particulièrement Mme Seninck, de Saint-Sanson-de-la-Roque.

Mme Seninck n’a pas l’air contente.

— Qu’y a-t-il, Madame ?

— Je suis en colère, je ne vois pas pourquoi on me garde ici, je loge en privé (chez l’habitant), je pourrais aussi bien me soigner chez moi.

Éternelle question des femmes qui, n’ayant jamais subi les lois de la promiscuité du collège ou de la caserne, ne conçoivent pas de vivre en commun.

J’appelle le docteur et lui fais part des doléances de Mme Seninck qui étant une Normande, devient une protégée.

On va chercher la fiche médicale de la malade. « Angine aiguë — danger de contagion. »

Les règlements sont formels, ajoute le médecin. Toute malade présentant des dangers de contagion doit être gardée à l’infirmerie ou à l’hôpital.

J’ai appris depuis les quelques jours que je suis en Allemagne, qu’on ne badine pas avec les règlements sanitaires ; je n’insiste pas.

Je calme ma protégée et réussis à lui faire entendre raison, mais tout de même…

— C’est dur, me dit-elle, de rester là, j’ai un chez moi dans Berlin, très bien installé, où j’habite depuis déjà près d’un an, vous comprenez que je suis mieux qu’ici.

— Alors, vous êtes satisfaite de votre existence ici ?

— Oh, pour cela, c’est bien, je travaille dans un bureau, je loge en ville, je mange chez moi. J’ai envoyé 22.000 francs en France dans es six derniers mois.

— Alors, ceci compense cela. Quelques jours de patience et vous réintégrerez votre chez vous !

Et sur cet espoir, Mme Seninck retrouve son sourire pour nous dire au revoir, car l’heure nous presse et nous avons encore beaucoup à faire, sur les bords de la Sprée où se mêlent aux sites magnifiques, à multiples cheminées d’innombrables usines qui travaillent toutes vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André TIOCH.

( A suivre)


 
Ces notes sommaires ne sont encore qu'une ébauche. Elles sont bien sûr appelées à évoluer.




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