De la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert


Par Laurent Quevilly.

Le voyage d'André Tioch chez les Nazis touche à sa fin. Il trouve encore à interviewer des compatriotes normands. De Petit-Quevilly, du Havre, de Laigle... Avec eux, Tioch achève sa mission de propagande en faveur du travail en Allemagne. De juin 1942 à juillet 1944, plus de 600 000 ouvriers français seront acheminés vers l'Allemagne. S'y ajoutent les soldats restés prisonniers. 1 850 000 hommes au départ !


AVEC LES TRAVAILLEURS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE

Pas de clochard

Par ANDRÉ TIOCH
CORRESPONDANT SPÉCIAL DE « L'ÉCHO DE NANCY »

C'est dans une grande usine d'ersatz que nous prenons contact ce matin avec des ouvriers français.

900 ouvriers français travaillent dans cette usine qui s'étend sur plusieurs kilomètres carrés et n'a jamais subi la moindre alerte.

Ici les ouvriers français sont logés gratuitement par la Direction et touchent une prime de séparation de un mark par jour.

Tous ceux que nous rencontrons sont satisfaits de leur sort.

Poullain Albert, de Petit-Quevilly, est à l'usine depuis deux mois. C'est la deuxième fois déjà qu'il vient en Allemagne.

Legallais, du Havre, est à l'usine depuis six mois.

Fournier, de Laigle, est également là depuis plusieurs mois.

Ces trois Normands sont satisfaits des conditions de vie dans lesquelles ils travaillent.
Nous verrons en effet, en visitant cette usine, que rien n'est épargné pour protéger la santé des ouvriers.

Vingt chambres de bains comportant chacune quinze salles de bains sont mises à la disposition du personnel. D'autre part, comme cette usine n'employait pas avant-guerre de femmes et qu'elle en a maintenant à son service, elle a créé, à leur intention, trois chambres de bains dans lesquelles existent également quinze salles de bains.

L'infirmerie que nous visitons ensuite ressemble plutôt à un hôpital. Sept médecins, parmi lesquels quatre médecins, deux chirurgiens et un spécialiste, s'occupent chaque matin des malades qui viennent à la visite. Ils s'occupent également de la réception des ouvriers qui arrivent à l'usine, les font passer à la radio et établissent leurs fiches médicales.

— Quel est l'état sanitaire des ouvriers français, demandai-je au médecin-chef ?

— Très bon, me répond celui-ci. Toutefois, nous comptions 6 % d'ouvriers refusés dans ceux qui nous sont envoyés de France.

Nous visitons ensuite une salle de Diathermie où des ouvriers et des ouvrières prennent les uns, des bains de lumière, pendant que d'autres suivent leur traitement à l'aide d'appareils extrêmement compliqués.

Nous trouvons d'ailleurs à l'infirmerie M. Kommerath qui vient se faire soigner les dents.

M. Kommerath est en Allemagne depuis un an et demi, s'y est fait une situation convenable et vient de faire venir sa femme pour travailler avec lui.
Je pense d'ailleurs que c'est la meilleure solution pour les ouvriers sérieux, celle qui consiste à ce que l'homme parte d'abord pour assurer le foyer où viendra le retrouver l'épouse. C'est ce que s'apprêtent à faire d'autres ouvriers que nous voyons et tous nous disent :
« Surtout dites bien en France qu'on n'envoie pas de clochards ». Cinq d'entre eux nous demandent d'ailleurs de le faire savoir publiquement et fermement. Nous publions ci-dessous leur déclaration.

André TIOCH.

De gauche à droite les noms des signataires : MM. RIGOUTIER, de Grenoble, LE GALLAIS, du Havre, POULAIN, de Rouen, TESSIER, de Paris, CLOMEN, de Paris, FOURLIER, de LAIGLE.

Tioch peut maintenant regagner Rouen avec une voix nasillarde. L'Allemagne hitlérienne lui aura conféré un nom, un renom, des certitudes. Elles seront vite contrariées...

Laurent QUEVILLY.

( A suivre )

Ces notes sommaires ne sont encore qu'une ébauche. Elles sont bien sûr appelées à évoluer.

 


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