De la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert


Par Laurent Quevilly.
Il a livré une série de papiers à l'Echo de Nancy. Quand sa signature apparaît à un autre point cardinal. Recueilli par André Tioch, Le Grand Echo du Nord publie le témoignage d'une Chti' prisonnière en Allemagne. A Lille, L'Echo est un de ces journaux qui encombreront les tribunaux en 1945. Jean Dubar, son directeur, aura alors plus de chance qu'André Tioch. Du moins quant au Verdict. Il échappera au peloton d'exécution...

Datée de Mannheim, le 26 septembre 1942. une lettre arrive à la Grande-Garde de Lille sur le bureau de Jean Dubar, ancien combattant, chevalier de la Légion d'Honneur, directeur du Grand Echo du Nord. C'est un journal puissant hérité de son père et que la Propagandastaffel juge mollement collaborationniste. Aussi,  un directeur politique, Charles Tardieu, a-t-il été nommé pour durcir le ton. Et c'est lui le vrai patron. 
A la Libération, Tardieu, frappé d'indignité nationale, sera condamné aux travaux forcés à perpétuité et dirigé sur l'île de Ré. Jean Dubar (ci-contre) sera également jugé. Sa distance relative avec la collaboration lui épargnera une aussi lourde condamnation. Il écopera tout de même de cinq ans de travaux forcés tandis que son éditorialiste, Jean Housseaux, en subira vingt. Bien entendu, les biens du journal seront confisqués au profit de la Voix du Nord... Amnistié, Dubar sera cependant réintégré dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Il est mort à Marc-en-Barœul en 1968.

Alors venons-en à cette lettre qui intéresse tant nos Chtimis...

Monsieur le Directeur, 

Je vous envoie cette lettre pour vous demander si c'est possible de faire paraître l'article ci-dessous dans votre journal. Depuis longtemps je suis lectrice de votre journal ; je voudrais bien prouver à des gens de Lille que c'est la vérité que j'ai vu mon mari, car j'étais en permission et on ne voulait pas me croire. 
Dans l'espoir que ma demande sera acceptée, recevez, Monsieur le Directeur, mes sincères remerciements.

Mme Jeanne Steelendt, Mannheim Sandhofen, Maedchenheim.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mannheim comme sa voisine Ludwigshafen) est un très grand pôle industriel chimique et métallurgique, notamment autour d’IG Farben et d’autres entreprises de guerre. L'article dont fait état Jeanne Steelendt est signé André Tioch. Le Grand Echo le publie le 7 octobre 1942 :

Une Lilloise a passé huit jours 
avec son mari prisonnier


Je veux aujourd’hui raconter cette histoire « d’une femme de prisonnier qui passe 8 jours avec son mari ». Mme Jeanne Steelendt, qui me conte son histoire, est née à Lille, le 7 mai 1915, et demeurait 212, rue du Bois. Elle travaillait à La Madeleine, comme dévideuse, et, aujourd'hui, elle travaille dans une usine de Mannheim. 
En Allemagne depuis plus de 12 mois, elle avait appris que certaines ouvrières obtenaient la permission d'aller voir leur mari prisonnier. Très bien cotée dans l'usine de tissage qui l'occupe, elle demanda la permission d'aller voir son mari. La permission lui fut accordée pour 8 jours (salaires payés). 
Elle s'en fut et se présenta au stalag, munie d'une lettre de recommandation de l'usine. En présence de cette lettre, et en raison de l'attitude loyale du mari au stalag, le chef de camp accorda au prisonnier une permission de 8 jours pour coucher en ville. 
Comme il était impossible de donner des tickets au prisonnier pour manger en ville, le commandant du stalag autorisa le prisonnier et sa femme à prendre leurs repas à la cantine du camp. 
Une femme de prisonnier qui passe 8 jours avec son mari, je pense que cela valait d'être conté. J'ajoute d'ailleurs que j'ai rencontré une autre ouvrière, Mme Heller, de Lille également, qui eut la même joie. 
— J’espère y retourner à Noël, me dit-elle en guise de conclusion. Ceci se passait le 7 juillet dernier.

André TIOCH.

Quelques lignes, tout un drame humain. Pour convaincre ses voisins qu'elle a bien revu son mari, Jeanne Steelendt doit s'adresser à un journal. Pour retrouver son époux prisonnier, huit jours, rien que huit jours, il lui faut l'accord d'une usine, d'un camp, de plusieurs administrations...Témoignage sincère ? Propagande calculée ? Ce que présente en tout cas André Tioch comme une parenthèse heureuse oublie que l'Occupation allemande aura déchiré les relations les plus intimes en les plaçant sous contrôle.

Laurent QUEVILLY.

(A Suivre )

 


Ces notes sommaires ne sont encore qu'une ébauche. Elles sont bien sûr appelées à évoluer.




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