|
De
la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert |
||||||
Par Laurent Quevilly. |
||||||
André
Tioch est marié. Marié et bien
installé. Coiffeur stylé pour dames, c'est un
notable du Tréport. Mais le musicien garde une oreille pour
les technologies nouvelles. C'est tout naturellement qu'il se tourne
vers la
radio, un outil révolutionnaire de diffusion culturelle. La TSF
en est à ses tout premiers crachotements. En Normandie, on le
doit à une figure de la liqueur Bénédictine. Toute
une histoire... |
||||||
|
"Allô ! Allô ! Ici Radio-Normandie !..." Créé
en 1923, le club T.S.F. De Fécamp deviendra très
vite une station très écoutée dans
notre ancien duché. Et même au-delà,
là où nos ducs étaient rois :
l'Angleterre ! On le doit à Fernand Le Grand, petit-fils du
fondateur de la fameuse liqueur Bénédictine.
Voilà qui mérite un retour vers le
passé... Les secrets d'un élixir
Alexandre
Le Grand, son vieux grimoire en main. Près de lui ce fameux
flacon vert, paré des emblèmes
bénédictins, et qui est
déjà un plaisir des yeux avant celui des papilles..(DR).
Fernand Le Grand, ce sera bientôt
l'ennemi juré d'André Tioch. Au début des années 20,
menés par Radiola, les premiers essais
d'émissions radiophoniques ont lieu depuis la Tour Eiffel
mais aussi la rue de Grenelle. Elles restent de courte
portée. En Normandie, un auditeur de TSF se contente encore
de capter des signaux sommaires. Avant d'entendre des voix. C'est alors
que Fernand Le Grand, comptant parmi ces premiers radio-amateurs,
décida, en 1926, d'installer des émetteurs
expérimentaux au Palais Bénédictine,
posant ainsi les bases de ce qui deviendra Radio-Fécamp,
puis, quelques années plus tard, Radio-Normandie. Ses premières émissions étaient
irrégulières et de faible puissance, mais elles
marquaient le début de la radiodiffusion locale. Radio-Normandie peut être
considérée comme l’une des
premières radios libres en France. Elle se heurta rapidement
à la méfiance des autorités,
notamment de l’administration des PTT, car
l’État détenait le monopole des
télécommunications et voyait d’un
mauvais œil toute radio privée
échappant à son contrôle, tant sur le
plan réglementaire que politique.
Le fameux Citroën de reportage sur
lequel sont représentés les satellites de
Radio-Normandie dont celui présidé par
André Tioch... D’abord locale, la station gagna vite
une portée régionale, puis internationale. Ses
émissions étaient captées en
Cornouailles britanniques et au Pays de Galles, surtout le soir quand
les conditions de propagation étaient favorables. Son
succès outre-Manche fut tel que des animateurs anglais
s’exprimaient depuis Fécamp, et que des programmes
musicaux en anglais figuraient sur la grille, provoquant
parfois
l’agacement de certains auditeurs normands. Les studios se
situaient près du port, rue Georges-Cuvier, l'émetteur
était sur la falaise qui dominant Fécamp. Tioch, homme de
radio !
Un an plus tard, en octobre 1932, le voilà secrétaire de l'Association des auditeurs de Radio-Normandie. Son siège est fixé au 1, rue du Commerce, là où André Tioch a son salon de coiffure. En
1933, Tioch est
cette fois agent général de Radio-Normandie. Avec
Le Grand, il forme un tandem omniprésent. On les retrouve
à Paris quand les amateurs de TSF fondent un Conseil
supérieur des fédérations de
radio-clubs. Il s'agit de mieux défendre leur existence et leurs
droits. Puis nos deux compères se rendent à Berck
encourager les
initiatives locales. En décembre, Tioch est
chargé d'organiser la partie musicale du banquet qui
clôture à Rouen le IVe congrès national
des Radio-clubs. Ce dont on le félicite chaleureusement. On
a affaire à un spécialiste.
En 1933,
les autobus remplaceront définitivement le tramway devant le
café du Cygne De la friture sur la ligne En janvier 1934, André Tioch est directeur commercial de Radio-Normandie. Il a donc pour mission de vendre du temps d’antenne et de drainer de la publicité. Cela implique de négocier avec des annonceurs. Français mais aussi britanniques car la BBC est privée de publicité. Alors à Caen, en ce mois de janvier 1934, André Tioch siège encore entre Le Grand et le président du tribunal civil de la ville. Face à 1.500 auditeurs, le voilà à la tribune des notables lors de cette conférence visant à défendre la station auprès des PTT et renforcer la présence de la radio en Basse-Normandie. Mais le courant ne passe plus entre les deux hommes. L'un est est à droite, l'autre à gauche. Mais surtout la radio normande des années 1930 est un brouhaha inaudible entre logique commerciale et esprit associatif. On n'est d'accord sur rien : la vocation de la radio, la grille des programmes, les modes de financement, le rôle de chacun, la place de la Religion... Tioch aura sa version : "M. Fernand Le Grand qui, ayant en fait un monopole de radiodiffusion en Normandie, draine l'argent des sans-filistes de cette région vers une association fantôme et s'attribue 120.000 francs d'appointements annuels comme administrateur délégué de Radio-Normandie, société commerciale..."
Remplacé dans ses fonctions par M. Auzillon, Tioch garde de
l'estime pour certains membres de la famille Le Grand : Pierre, le directeur
général de la Bénédictine,
Eugène, le conseiller général, ancien de 14-18. Mais
Fernand et son cousin Marcel n'ont plus grâce à
ses yeux : " Qui donc êtes-vous ? Deux hommes ayant
eu la veine de naître Le Grand et de prendre place dans une
société où vous ne faites pas grand
chose..." On le voit,
André Tioch a tout du polémiste. Ayant
claqué la porte des instances de Radio-Normandie, imprégné d'idées radicales, il va
faire de son talent à brocarder ses adversaires un nouveau
projet professionnel. Encore plus ambitieux, celui-là... Laurent
QUEVILLY. (A
suivre) |
||||||

