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De
la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert Par Laurent Quevilly. |
![]() Radical, André Tioch a quitté le Tréport pour lancer son hebdomadaire du haut de Mont-Saint-Aignan. Après des débuts laborieux, le Républicain normand se fait vite une place dans les kiosques de Haute-Normandie. Au point qu'à peine créé, il descend à Rouen. Dans l'arène. En 1935, nous sommes en pleines municipales... |
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La nouvelle rédaction du Républicain se trouve à proximité de l'église Saint-Etienne-des-Tonneliers. Tout a été détruit sous les bombardements de la Seconde guerre... Le 7 avril 1935, après sept mois d'existence, le Républicain normand quitte déjà les hauteurs de Mont-Saint-Aignan, laissant place à un pressing. Le déménagement s'opère sans un avis aux lecteurs. La Rédaction descend alors à Rouen au 20 de la rue Saint-Etienne-des-Tonneliers. C'est l'hôtel où logeait la Dépêche de Rouen, journal radical lui aussi, mais de bien plus grande audience et fidèle à la ligne du Pari. Ses services administratifs sont partis maintenant rue Grand-Pont tandis que l'imprimerie et la rédaction demeurent rue des Espagnols. Dans les kiosques...
Le kiosque de la rue Jeanne-d'Arc.
Alors que l'hôtel-de-ville est tenu par les Radicaux, nous sommes en pleine campagne électorale. Cible constante d'une extrême-droite florissante menée par Joseph Levet, le maire sortant Georges Métayer, pigiste à l'occasion de la Dépêche, jette l'éponge comme nombre de ses colistiers. De guerre lasse, par réticence au Front populaire, il cède le relais à son premier adjoint, Eugène Richard. Face à ce fervent partisan de l'union de la Gauche se dresse René Morin tête de liste des Conservateurs. C'est le bras droit du Préfet. Aussitôt installé dans ses nouveaux locaux, le Républicain normand s'en prend bille en tête au Journal de Rouen. Tioch lui reproche des sympathies pour les "21 Croix-de-feu de la liste de droite". Et dire que dans dix ans, Tioch et Lafond seront tous deux condamnés pour intelligence avec l'ennemi ! En attendant, la tension monte... Échauffourée au cirque de Rouen... Georges Métayer, Député-maire radical de Rouen. Photo : Le Républicain normand. Les
débats sont vifs, et la salle bruissante,
débordante de partisans,
d’adversaires ou de simples curieux venus se faire une
idée. Dans les travées,
André Tioch compte les points. Quand, vers 23 h 30, il
descend
aux lavabos. un cortège hostile le suit. Ce
dont se plaindra Tioch dans une lettre ouverte à Morin. « En
ressortant pour regagner ma place, sans un mot de ma part et sans le
moindre geste, je fus encadré par une cinquantaine de vos
supporters. Lesquels, m’encerclant de façon
vraiment
stratégique, commencèrent à me
distribuer force
horions et me tirer les cheveux » Front populaire : à gauche toute ! Le 14 Juillet 1935 est à marquer d'une pierre blanche. Le Parti radical signe un pacte d'union avec socialistes et communistes. Il va nous mener vers le Front populaire. L'extrême-droite reste dominée par les Croix de Feu mais l'union de la gauche lui fait perdre du terrain.
Brandissant des journaux, militants rouennais du Front populaire... Le Républicain normand s'est
professionnalisé. Aux pseudonymes douteux des premiers
numéros ont succédé des signatures
plus
solides. La pagination s'étoffe
régulièrement,
la parution se rapproche du milieu de la semaine. Tioch est bien
installé dans la capitale normande puisqu'il fait partie, en
août 1935, de la commission consultative du Théâtre
des Arts. Condamné pour diffamation En
janvier 1936, André Tioch est traduit devant le
tribunal
correctionnel de Rouen. Il est poursuivi pour diffamation par Jean Paul
Piétrini, imprimeur rouennais, ancien lieutenant. Natif de
Corse, il arbore la Légion d’honneur, la Croix de
guerre.
Mais il est surtout Croix de Feu. Ce qui aveugle quelque peu Tioch car
le dossier militaire de cet ancien engagé est
blindé. Le Républicain
doit répondre d’un article publié sous
un titre
aussi ironique que provocateur : « Le Père la
Tremble
». Tioch
est défendu avec fougue par une grande figure du barreau,
André
Marie, deux fois membre du Gouvernement, député
radical
du canton de Pavilly, futur président du conseil. Et puis
quelque peu "confrère" de son client puisque cet avocat fort
cultivé collabore à la rubrique théâtrale de
la Dépêche de Rouen. Mais la bonne foi
invoquée
par la défense ne suffit pas : Tioch est condamné. Mais la cour d'appel
reviendra sur ce jugement. Tioch donne une conférence sur la
liberté de la presse et jubile : 300 journaux ont
parlé
du sien. Quant à Piétrini, débouté, son fils sera
Résistant.
André
Marie, En 1936, en qualité de publiciste, André Tioch abrite rue des Tonneliers un mensuel, le Limonadier de Normandie, imprimé lui aussi chez Desvages. Le gérant en est Gaston Dubois. Il intéresse non seulement les cafetiers mais aussi les hôteliers et les loueurs de garnis, profession à laquelle les Tioch ne sont pas étrangers. Présent dans toutes les réunions de le Fédération départementale du Parti radical, patron de presse reconnu, Tioch nourrit l'espoir de devenir député. La vie politique est en ébullition. Le Front populaire arrive au pouvoir. Laurent QUEVILLY.
(A suivre) |

