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De
la collaboration en Normandie au soleil de l'Équateur
André Tioch, alias Valhubert Par Laurent Quevilly. |
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En janvier 1938, la
rupture est consommée entre les partis de gauche. Le Franc dévalue,
les prix grimpent, c'est la crise. Le
3 février 1938, le Républicain normand
revient à deux pages, avoue ses
difficultés et lance une souscription. Et de pointer du doigt
ceux qui gouvernent depuis mai 36. autrement dit le Front populaire. Les amis d'hier... 1938 : le spectre du conflit Sur
fond d’instabilité politique, l’année 1938
s’annonce difficile. Le 11 mars, l’éditorial du Républicain
exprime des doutes sur l’efficacité du système
parlementaire. Sans toutefois l'enterrer. Il faut sauver la
République, pas instaurer un régime autoritaire.
Dans
le même temps, plus rien n'arrête Hitler. l'Autriche est
annexée. L'Anschluss inspire à Duvalde un
éditorial bien indulgent à la une du Républicain. Mais
ses critiques du régime hitlérien
fusent encore. Nettes et sans bavures. Virage dangereux Été 1938. Adolf Hitler revendique puis annexe cette fois la région frontalière de la Tchécoslovaquie peuplée d’Allemands, les Sudètes. Nouveau point de friction. Vers le 10 septembre, la guerre semble imminente, Hitler multiplie les provocations au congrès de Nuremberg. A la recherche d'une issue pacifique, Daladier engage des négociations sans passer par le Parlement.
Pour Tioch, les députés sont peut-être des individus intelligents. Mais une fois réunis au Parlement, ils deviennent incapables de prendre des décisions utiles. Qu’ils restent donc en vacances pour le bien de nos finances. Selon lui, alors que le ministre Marchandeau réclame de l'argent, le pays a surtout besoin que le Parlement se taise pour laisser Daladier travailler et stabiliser l'économie. Cette prise de position d'un journal radical est signalée par plusieurs journaux. Expulsé, Tioch démissionne !
A
midi, Galimand, député qui a voté l'exclusion,
vient s'asseoir à la table de Tioch, au Café Victor. Mobilisé à Rouen Mais
foin de polémique. Deux jours plus tard, le
27 septembre 1938, comme beaucoup, le caporal Tioch est mobilisé
de toute urgence au Train des Équipages N° 3, à Rouen. C'est
un
service
responsable de la logistique, du transport de matériel, des
munitions
et des vivres. Et voilà que dans la nuit du 29 au 30
septembre, sont signés les accords de Munich. Contre de vagues
promesses de paix, la guerre paraît
évitée. Mais la légende veut que, revenant de Munich, acclamé
par ses partisans, Daladier ait murmuré
: "Les cons, s'ils savaient..." Galimand enfonce le clou
"Heil Hitler !"
Daladier et Chamberlain. Mais le journal a-t-il vraiment rompu avec les Radicaux ? Pas vraiment. Le 3 mars 39, le Républicain relate une conférence donnée au Tréport par Galimand dans une salle du Kursaal archi-comble. L’article s'empresse d'abord de souligner un paradoxe : le 25 septembre précédent, le député de Dieppe avait voté l'exclusion de Tioch, coupable à ses yeux d'avoir félicité Daladier avant même les accords de Munich. Or, au Tréport, Galimand défend désormais toute la politique du même Daladier. Toute ! La reconnaissance du régime franquiste, l'abandon de conquêtes sociales au profit de la production nationale. l'effort d'armement face à l'Allemagne, Dans son envolée, l'élu radical condamne tour à tour la grève syndicale du 30 novembre qualifiée de haute trahison, les propos défaitistes des Pierre Brossolette, des Geneviève Tabouis, farouches partisans des Républicains espagnols et pour qui reconnaître Franco c'est encourager Hitler. Les faits vont leur donner raison... De nouveau mobilisé !
Germaine Tioch (Coll. Valhubert) Le Républicain Normand défend la ligne Daladier : nous sommes dans une guerre défensive, l'allié, c'est l'Angleterre. "Réprimons la propagande hitlérienne en France" titre encore le journal en janvier 40. Comme dans tous les journaux, quelques placards blancs apparaissent avec la mention "Article censuré". L'Armée veille à tout propos défaitiste, voire pro-germanique. L'Armée ou plutôt Anastasie puisque c'est sous ce prénom désuet qu'est désignée la censure depuis le XIXe siècle. On la représente sous les traits d'une vieille femme en coiffe, armée de ciseaux, une chouette sur l'épaule. Surveillé de près, le journal des Tioch ne perd pas pour autant sa verve. Il s'en prend à Je suis partout, l'hebdomadaire d'extrême-droite où Brasillach exprime déjà son antisémitisme et ses sympathies hitlériennes. Non sans talent du reste puisqu'il échappe aux ciseaux d'Anastasie. On s'illusionne encore. Le 1er mars 40,
l'imprimerie du Républicain normand
recherche un apprenti,
appelle à souscrire à l'effort de guerre. Pour pallier a ses absences, on fait appel à des figures du radicalisme dont les éditoriaux sont publiés après de larges coupes. Gaston Bergery, député de Seine-et-Oise, Emile Brachard, élu de l'Aube et journaliste. C'est le père de la carte de presse. Ces collaborations montrent à quel degré Tioch a porté son journal, lui qui l'avait lancé six ans plus tôt dans une petite rue de Mont-Saint-Aignan. "Nos soldats luttent héroïquement contre l'armée allemande", titre encore le 8 juin le tout dernier Journal de Rouen. Mais c'est la défaite. Ceux qui prônent la poursuite du combat et les tenants de l'Armistice s'affrontent vainement. Chez les Radicaux, une majorité de parlementaires comme Brachard, vote les pleins pouvoir à Pétain. Le Républicain normand ne paraîtra plus jamais. C'est l'Occupation... Laurent QUEVILLY. (A suivre) |

