Par Jean-Pierre Hervieux.
Les représentants des paroisses ainsi désignées qui étaient, je le rappelle, pour les paroisses Notre-Dame-de-Varengeville Louis Levasseur et François Poullain et pour la paroisse de Saint-Pierre-de-Varengeville Jean-Baptiste Delamare et Pierre Paumier, se réunissaient à Rouen, du 1er au 11 avril 1789, en assemblée préliminaire du Tiers-État.
Ils étaient chargés de rédiger un cahier de doléances pour l'ensemble du baillage d'après les cahiers de doléances rédigés dans chacune des paroisses.
Toutefois, la confrontation entre les ruraux et les citadins provoque dès la première séance de violents remous. L'élaboration du projet par un nombre restreint de représentants des ruraux provoque une très vive réaction de leur part face aux 80 représentants qui étaient autorisés à députer directement. En outre, les citadins étaient assurés de trois sièges que le Roi leur réservait alors que les ruraux ne disposaient que d'un seul siège aux États-Généraux.
Lors des élections préliminaires qui suivaient ces manifestations de mécontentement, les ruraux éliminèrent les fabricants ainsi que tous ceux qu'ils soupçonnaient de desservir leurs intérêts.
Après maintes discussions, la réduction en un seul de tous les cahiers de doléances fut réalisée par 47 commissaires désignés proportionnellement au nombre de députés de la Ville et par sergenteries. La sergenterie de Saint-Georges, dans laquelle nos paroisses était comprises fut représentée par quatre commissaires dont Neufville et Callouel, avocats à Duclair.
Ce nouveau document fut rédigé par Thouret

Il convient de s'attarder quelques instants sur Jacques Guillaume Thouret, né en 1746 à Pont-L'Évêque. il était fils de tabellion royal. Épris de droit séculier et admirateur de la République romaine, il fit ses armes d'avocat en plaidant ses premières causes à 19 ans. Inscrit au Parlement de Rouen, il devint le conseil juridique de renom de la Ville, de l'Hôtel-Dieux et du collège.
Elu en 1787 à l'ancienne assemblée de Haute-Normandie, en qualité de procureur-syndic, l'avocat endosse la robe du juge, ce qui atteste ses qualités de juriste. Lorsqu'il s'agit de préparer les élections aux États-Généraux, Thouret, novateur enthousiaste, fut de ceux qui réclamèrent pour le Tiers-État la représentation numérique égale à celle des deux autres ordres.
Le Roi fit droit à cette demande qu'avait appuyé la municipalité rouennaise dès le 5 janvier 1789. Deux brochures de Thouret proposèrent dans toute la France l'élan réformateur : "l'Avis des Bons Normands à leurs frères, tous les Bons Français de toutes les provinces et de tous les ordres" en janvier 1789, suivi en février de la "suite de l'Avis des Bons Normands".
Malgré la diffusion de ces brochures lors de l'élaboration des cahiers de doléances, peu de paroisses reprirent les principes préconisés par Thouret : dans notre région, seul La Vaupalière y fit référence. Il fut élu député représentant du Tiers-État aux États-Généraux de 1789.
Il joua un rôle important au sein de l'Assemblée constituante dont il fut quatre fois président.
Mirabeau disait de cette assemblée "qu'elle ne contenait pas six personnes de la force de Monsieur Thouret"
Il créa un code civil uniforme et participa très activement au découpage de la France en départements. Grâce à l'action prépondérante de Thouret, l'Assemblée nationale décrète le 22 décembre 1789 que le régime administratif existant était aboli et que le royaume serait divisé en provinces, départements, districts et cantons : les départements conservant leur rôle de cellule administrative de base.
La province de Normandie fut divisée en cinq départements annexant ainsi une grande partie du Perche. La commission locale chargée de ce découpage était animée par Jean-Baptiste Cherfils, avocat et député du Tiers-État au baillage de Caux et Robert Lindet, avocat, maire de Bernay et député de l'Eure à l'Assemblée législative.
Thouret fut condamné par le Tribunal révolutionnaire pour complicité dans une conspiration et guillotiné le 22 avril 1794.
Une rue de Rouen porte son nom. C'est dans cette rue qu'est
situé l'ancien hôtel-de-ville de Rouen. Un buste de
Thouret ornait la façade de l'ancien hôtel-de-ville. Il
fut détruit pendant la Seconde guerre mondiale comme de
nombreuses autres statues rouennaises.Les trois députés de Rouen aux États-Généraux furent, outrer Thouret, de Fontenay Aimé et Le Couteux, de Canteleu, premier échevin de Rouen en 1788-1789 ; banquier, il fut l'un des fondateurs de la Banque de France.
Jean-Barthélémy Lecouteux, gravure de Courbe.
Le baillage de Caudebec-en-Caux était représenté par Lasnon, fermier à Etoutteville, près d'Yvetot.
Pour suivre : Les incidents de Maromme
Varengeville La Montagne, et Varengeville L'Egalité, fascicule édité en 1989 par Jean-Pierre Hervieux avec l'aide de Bernard Léger, maire de Saint-Pierre-de-Varengeville, Mme P. Quibel et T. Kermarrec qui en ont réalisé la saisie et la mise en page.
