Par Jean-Pierre Hervieux.

Dès le début de l'année 1789, des incident éclatèrent dans la région rouennaise. La misère à son comble, le bois, le blé et le travail manquaient à la fois.

De nombreuses bandes de mendiants armés parcouraient la campagne et contraignaient les cultivateurs à leur remettre du blé pour de l'argent. Devant le refus des cultivateurs, ils s'en emparaient de force, arrêtant les convois et les pillant.



L'incident le plus important de la région se déroule à Maromme, côte de la Valette. A cette époque, la côte de la Valette était étroite et sinueuse et bordée de bois touffus.

Le livre sur Maromme en rend compte ainsi :

"Le 11 juillet 1789, vers 4 heures du soir, neuf voitures chargées chacune de 25 sacs de blé venant du havre arrivèrent tranquillement à la suite l'une de l'autre à la côte de la Valette. D'abord, sept ou huit hommes armés de bâtons sortirent du bois et tombèrent à l'improviste sur la dernière voiture, puis une autre troupe d'hommes et de femmes jusque-là cachés surgirent et, tandis que les uns maintenaient les charretiers, les autres montaient sur la voiture, coupèrent les cordes et en moins de trois minutes vidaient la voiture, emportant les sacs et la bandes disparaissait.

Les autres charretiers s'étaient-ils aperçus de ce coup de main et avaient-ils espéré y échapper en abandonnant leurs camarades ? Ou bien n'avaient-ils rien vu ? Toujours est-il qu'ils continuaient leur chemin lorsque vers le milieu de la côte, deux-cents personnes tombèrent sur une seconde voiture. En un clin d'œil le tour fut fait, les cordes coupées, le blé enlevé et les pillards enfuis.

Un peu plus loin une troisième voiture subit le même sort.

Enfin,le reste du convoi parvint jusqu'à l'entrée de Maromme ; mais là il fut arrêté par une foule qui grossissait sans cesse. Avant que les charretiers aient le temps de réaliser, leurs voitures furent vidées et il ne leur resta plus qu'à se rendre chez le maire de Déville pour y déclarer leur déconvenue.
Ce coup de main hardi fut promptement connu à Rouen et un détachement de la maréchaussée fut immédiatement envoyé à Maromme pour y rechercher les coupables ; un seul fut arrêté et gardé à vue jusqu'au lendemain.

Le lendemain, 12 juillet, on attendait un nouveau convoi composé de 26 voitures chargées de blé et de farine. Pour assurer sa protection, on envoya jusqu'à Barentin un fort détachement composé de cavaliers de la maréchaussée et de soldats du régiment de Royal-Champagne.

Le convoi ainsi escorté se trouvait à 2 km de la côte de la Valette, à la Cadonnette, lorsqu'une centaine de personnes se présenta en travers de la route, demandant la libération d'un prisonnier. Ce prisonnier ayant été libéré le matin-même, la petite troupe se retira. Arrivé en haut de la côte de la Valette, le convoi se trouva arrêté par une troupe de 3.000 personnes qui voulaient du blé.

Le commandant de l'escorte leur laissa quelques voitures et se hâta vers Maromme, pensant ainsi sauver la plus grande partie du convoi. Cependant, le convoi arrivé à Maromme se trouva face à une nouvelle troupe forte de 2.000 personnes, à majorité des femmes, qui
pilla à nouveau le convoi. Le commandant de l'escorte se hâta de faire filer le reste du convoi vers Rouen, mais se heurta à une nouvelle troupe à Déville.

Quelques voitures seulement purent gagner le Vieux-Palais de Rouen au galop. Seules deux voitures purent entrer dans le Vieux-Palais, les autres obligées de rester à l'extérieur, à cause de la largeur de leurs essieux, furent immédiatement pillées. Ainsi, sur 25 voitures de blé et de farine, deux seulement furent sauvées !

Ces troupes de pillards étaient nommés "carabots" à Rouen et à Caen à cause de leur cri de ralliement.

Jean-Pierre HERVIEUX

Pour suivre : Les troubles de Rouen


Source



Varengeville La Montagne, et Varengeville L'Egalité,
fascicule édité en 1989 par Jean-Pierre Hervieux avec l'aide de Bernard Léger, maire de Saint-Pierre-de-Varengeville, Mme P. Quibel et T. Kermarrec qui en ont réalisé la saisie et la mise en page.