Par Jean-Pierre Hervieux.

Il succédait à Louis Jourdain suite aux élections du 15 juin 1837. Le 7 septembre 1847, il informait le conseil de sa démission "pour raison que j'ai besoin d'être tranquille à mon âge." Il avait alors 83 ans.
Godefroy Quirinus Rouff était déjà conseiller municipal le 27 octobre 1831 (le premier registre des délibérations du conseil couvrant la période 1791-1831 n'a pas été retrouvé). Il le restera jusqu'à sa mort en 1854.
| Mais qui était Godefroy Quirinus Rouff ? |
Un personnage fort curieux comme vous allez pouvoir en juger. Né à Carlsruche (Grand Duché de Bade) le 5 août 1763, Godefroy Quirinus Rouff est issu d'une famille protestante peu aisée de 22 enfants. Il vint en France très jeune et apprend le métier d'imprimeur sur étoffes à Tarare. En 1784, il s'établit à Rouen où il crée un petit atelier d'impression d'étoffe à la main, puis, en 1788/1789, il s'associe avec Abraham Frey, Genevois protestant qui fut le tout premier à introduire, vers 1758, la fabrication d'indiennes à Rouen et qui possédait une fabrique de toiles peintre à Notre-Dame-de-Bondeville. |
L'indienne est une toile de coton imprimée utilisée pour les vêtements la décoration. Elle s'appelle ainsi car, à l'origine, elle était fabriquée aux Indes.
Le 14 octobre 1793, il épouse la fille d'Abraham Frey, Jeanne Madeleine Perpétue. De cette union naquirent quatre enfants : Madeleine Thermidor, Jaques Frédéric, Julie Madeleine et Madeleine Iphigénie.
En 1793, il effectua des travaux dans la fabrique de Notre-Dame-de-Bondeville dont il établit le comptoir (lieu de vente) à son domicile à Rouen, 53, Boulevard Cauchoise (actuel Bd des Belges).
Le
1er avril 1804, il achète le moulin à papier d'Ambroise
Hermier situé sur le Cailly, au Houlme, et se met à son
compte. Il fut l'un des premiers à introduire dans
l'agglomération rouennaise une machine à imprimer
à une couleur au rouleau.Cette machine révolutionna l'impression des tissus qui se faisait alors à la main de façon rudimentaire.
A cette époque, son établissement prospère vite et acquiert une solide réputation. Il fournit deux types d'indienne, l'une pour les vêtements, l'autre pour le mobilier. En 1806, il emploi 150 ouvrier.
La prospérité dura jusqu'en 1814, année où l'invasion des armées étrangères et l'introduction sur le marché français d'une grande quantité de marchandises anglaises perturbent gravement le commerce. Godefroy Quirinus Rouff vit en moins de deux ans sa fortune s'écrouler mais, à 57 ans, grâce à son courage et son énergie, il entreprend sur de nouvelles bases la reconstitution de sa position.
A cette, époque, grâce à un travail incessant, il voit sa réputation et sa fortune s'accroître rapidement. Les articles à petits bouquets jaunes sur fond puce rouge ou vert grand teint étaient tellement demandés dans le sud de la France et le nord de l'Espagne que la fabrication ne suffisait pas aux demandes.

Outre sa fabrique du Houlme, Godefroy Quirinus Rouff possédait également, en 1836, la fabrique de Rougaine au Paulu (plus tard la Smen) et habitait le château du Bourg-Joly. Le 20 juin 1822, Godefroy Quirinus Rouff marie sa fille Julie Madeleine à Émile Schlumberger, fils d'une grande famille industrielle alsacienne protestante qui le secondait pour diriger son entreprise.
Le 16 juin 1824, il maria également au temple sa fille Madeleine Iphigénie à Pierre César Dieusy, commerçant rouennais. Après la Révolution de Juillet, 1830 ; Godefroy Quirinus Rouff prend sa retraite et se retire dans son château de Saint-Pierre-de-Varengeville, laissant la direction des fabriques à son gendre, Émile Schlumberger.
Après le décès prématuré de son gendre, le 17 mais 1838, il reprend à 75 ans la direction de son entreprise en s'associant avec sa fille, Julie Madeleine Schlumberger, et l'un de ses employés, Albert Raupp.
Le 21 juillet 1842, il vend la fabrique du Houlme à Albert Raupp qui la cédera plus tard à Henri Rondeaux. Toutefois, les affaires sont moins florissantes que prévu et, en 8143, la fabrique du Houlme n'emploie plus que 70 ouvriers.
Godefroy Quirinus Rouff conserve toute la plénitude de ses facultés jusqu'à sa mort, le 21 mars 1854, à 91 ans. Il s'employa toute sa vie à faire le bien et à encourager les institutions d'intérêt public et principalement l'Instruction publique. D'après un membre de la Société industrielle de Rouen, son nom était vénéré à Saint-Pierre-de-Varengeville en 1879.
Godefroy Quirinus Rouff était Chevalier de la Légion d'Honneur et l'ancêtre des familles Dieusy et Le Breton bien connues à Saint-Pierre.
Jean-Pierre HERVIEUX.
