Par Jean-Pierre Hervieux.

 Les troubles les plus importants se déroulèrent à Rouen et Maromme mais également à Yvetot.

Les troubles et émeutes qui se sont déroulés à Yvetot de mars 1789 à février 1790 ont toujours pour origines principalement le chômage, le manque de subsistances et la famine qu'ils entraînent.

L'émeute la plus importante se déroula le 4 mars 1789. Il faisait froid ce mercredi 4 mars et l'approvisionnement des céréales à la halle à Yvetot été trop faible pour satisfaire la demande. En outre, le blé était très cher, son prix avait doublé en une année !... Au moment où les membres de l'Assemblée des officiers municipaux allaient se réunir avec les représentants des corporations pour désigner leurs députés chargés de rédiger les cahiers de doléances, un grand nombre de citoyens se présenta à la halle aux blés et exigea que des mesures soient prises immédiatement afin d'enrayer la disette.
Les officiers municipaux prirent par devant cette assemblée tumultueuse qui grossissait à vue d'œil et demandèrent le concours de la maréchaussée. La foule jette des pierres sur les cavaliers qui répliquèrent en tirant. Il y avait eu au cours de cette funeste journée mort d'hommes.
D'autres incidents moins violents eurent lieu entre octobre 1789 et février 1790. Des incidents moins importants toujours liés au manque de substances se déroulèrent dans la région à Bois-Guillaume, Canteleu, Bondeville, Saint-Jean-du-Cadonnay, Mesnil-sous-Jumièges, Duclair, Barentin, Pavilly, Blacqueville, Caudebec-en-Caux, Croixmare, Sainte-Marie-des-Champs, Ectot-lès-Baons, Vauville, Allouville pour ne citer que les communes les plus proches.

Les incidents à Duclair


A Duclair, on note un conflit au sujet du blé le 21 août 1789, mais l'incident le plus grave se déroule le 26 octobre 1789 dans le cadre de la Garde nationale.
Il faut préciser que la Garde nationale chargée du maintien de l'ordre était en fait un lieu de règlement de comptes ; des conflits y éclatèrent sans cesse entre personnes ou groupes d'influence. A titre d'exemple, en août 1789, le tambour refuse de battre la caisse pour appeler les Volontaires patriotes ; l'homme et l'instrument sont mis en fourrière.

Le lundi 26 octobre 1789, une bagarre éclate à 3 h dans la milice, elle ne prendra fin seulement que le lendemain qui était déjà jour de marché, à 10h on déplore un mort. La municipalité décide une enquête mais il y a conflit de juridiction et rien n'avance. Des menaces sont lancées contre Neufville qui semble impliqué dans cette affaire. En décembre 1789, Lafayette, commandant la Garde nationale de Paris, écrit à la municipalité au sujet de cette bagarre.


La vie à Saint-Pierre à l'époque de la Révolution



En ce qui concerne notre commune, il ne semble pas qu'il s'y soit déroulé d'incidents. Le premier registre des délibérations datant de 1787 a vraisemblablement disparu.

A cette époque, le maire s'appelait le syndic, les municipalités étaient composées du seigneur, du curé, du syndic et de membres. En 1789, je vous rappelle que le seigneur était Messire Vincent Raoul Louis Duval, baron de Beaumets, le curé s'appelait Barette et le syndic Charles Delafenêtre.

En compulsant les registres paroissiaux, registres tenus par les prêtres avant que n'existent les registres d'état civil que nous connaissons actuellement nous trouvons à la paroisse Notre-Dame, le 26 juillet 1789, le baptême de Marianne Désirée Le Baron, née le 25 juillet 1789, fille de Jacques Antoine Le Baron et de Elizabet Le Gohon. Les prénoms de l'enfant laissent  penser que les parents devaient être patriotes.

Dans les registres paroissiaux, on trouve également le 9 mai 1790 l'inhumation de Messire Jean-Baptiste Alexis Denoyers, ancien garde du Roy, pensionnaire de Sa Majesté, officier du Corps royal des Invalides, décédé le 8 mai 1790 à l'âge de 79 ans, en présence de Michel Ouin, curé de Saint-Pierre et de Robert Hue, vicaire de Saint-Thomas. Cet acte a été dressé par Quentin, vicaire de Notre-Dame.
Toujours en parcourant les registres paroissiaux, on trouve bien-sûr des personnes originaires des paroisses voisines qui se nommaient à cette époque Villers-Chambellan, Ecalles-sous-Villers ou Ducler.
Jean Pierre HERVIEUX.

Pour suivre : Les comités de surveillance



Source


Varengeville La Montagne, et Varengeville L'Egalité,
fascicule édité en 1989 par Jean-Pierre Hervieux avec l'aide de Bernard Léger, maire de Saint-Pierre-de-Varengeville, Mme P. Quibel et T. Kermarrec qui en ont réalisé la saisie et la mise en page.