A l'occasion de l'aménagement du lotissement du Bourg-Joly, des fouilles archéologiques avaient révélé la présence de deux fours à briques du XIXe. La Drac fit mention de cette découverte dans son bilan scientifique 2013...

 La construction d’un lotissement à environ 300 m à l’ouest de l’église a été précédée par un diagnostic archéologique justifié par l’important potentiel de la commune. L’emprise du projet est localisée en rebord du plateau de Caux, sur le sommet d’une boucle de la Seine et à l’intersection de deux valleuses, l’une, au sud, descendant vers le fleuve, et l’autre, à l’ouest, rejoignant la vallée de l’Austreberthe.


Saint-Pierre-de-Varengeville, Route des Lilas, Briqueterie, Le Bourg-Joli : mur en silex adossé au four et pourvu d’un canal voûté qui donne accès à la sole du four (D.Lukas)

L’emprise de l’aménagement projeté étant située sur des terrains abritant, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, "la briqueterie Emengard", l’intervention archéologique a, avant tout, mis en évidence des vestiges liés à cette activité artisanale moderne.
Parmi les témoins de ce passé industriel figurent principalement deux fours à briques imposants construits en 1876/77 par E.-D. Emengard, chaufournier à Duclair et propriétaire de quelques parcelles de terrain au Bourg-Joly (ADSM–3 E 289/43 ; ADSM–3 E 289/35 ; ADSM-3 E 289/37).

En 1877/78, il y fit construire la maison encore visible sur la parcelle 1297 qui était occupée par C.-D. Chauveau, briquetier entre 1868 et 1891. L’activité des fours s’est poursuivie durant les deux premières décennies du XXe
siècle, alors qu’en 1926 les deux fours à briques étaient en ruine.

Lors de notre intervention, leurs substructions encastrées dans l’encaissant argileux étaient encore conservées sur près de 4 m. Alignés selon un axe nord-ouest/sud-est, ces fours construits simultanément possèdent une fosse de service commune, large de 11 m et aménagée entre les deux chambres de chauffe de plan rectangulaire et de dimensions similaires (respectivement 8 m et 8,70 m x 5,20 m).

Leurs murs en briques, larges de 0,40 à 0,70 m, ont été plaqués directement contre les parois du décaissement initial, entraînant une rubéfaction importante de la surface d’argile en contact direct avec les maçonneries. Les températures élevées lors de la cuisson ont également durci les parois internes qui possèdent, sur toute leur hauteur conservée, une teinte bleue à violette.

La sole d’un des fours appréhendés est conservée sur toute sa hauteur et composée de plusieurs murets parallèles aux petits côtés du four. Des briques placées à cheval sur ces murets constituent une liaison permettant d’entasser la charge au-dessus de ce plancher apparu à 2,70 m sous la surface actuelle.
Deux imposantes maçonneries en silex, larges d’environ 1 m et d’une hauteur équivalente à celle des chambres de chauffe, s’appuient de chaque côté de la fosse de travail contre les fours.

Dans leur partie inférieure, les murs sont percés par un canal voûté donnant accès à la sole du four. Tandis que cette ouverture permettait une alimentation en combustible depuis le fond des fosses de service, un second accès, situé sur la façade sud-ouest de chacun des fours, facilitait l’enfournement et la vidange des chambres de cuisson à l’aide d’une échelle, à partir de la surface.
Quelques aménagements liés à cette activité artisanale ont été reconnus en périphérie des fours, et en particulier d’importants épandages et accumulation de briques, ratés de cuisson que les briquetiers ont évacués en arrière de l’aire de cuisson. Les nombreuses cuvettes localisées à l’est témoignent d’une activité d’extraction d’argile sur place.


Si cette activité moderne a laissé de nombreuse empreintes sur ces parcelles, seules quelques petites fosses isolées attestent, à l’extrémité occidentale de l’emprise, une occupation ancienne, datée de La Tène finale. Ces vestiges protohistoriques qui n’ont livré qu’un faible nombre de tessons, délimitent l’occupation mise en évidence auparavant sur la parcelle voisine (Maret, Breton 2005). À l’issue de ce diagnostic, sa fonction demeure toujours indéterminée.


Dagmar LUKAS.
Inrap
 
Bibliographie

Maret C., Breton D., 2005 : Saint-Pierre-de-Varengeville, "Rue de la Paix",
Rapport de diagnostic, Inrap Grand-Ouest.

Source


Bulletin municipal de Saint-Pierre-de-Varengeville, décembre 2013 : Lien vers le compte-rendu de la Drac.