Par Jean-Pierre Hervieux.


Lorsque je prononçais le mot "polo vélo", je vis un grand étonnement sur le visage de mon interlocuteur. Et pourtant, le polo vélo, même s'il n'est pas très pratiqué en Normandie, n'est pas un sport nouveau.

Le polo à cheval est un sport très prisé des Anglais.

Le polo à bicyclette aurait vu le jour en France à la fin du siècle dernier.

Dans un article du Journal de Rouen du 5 mars 1899, Georges Dubosc évoque les origines du polo à bicyclette.



Après que quelques amateurs aient essayé le polo à tricycle avec la crosse et la balle de polo à cheval, c'est pendant l'été 1898 au bois de Boulogne à Paris qu'un Anglais, le capitaine Wood, inventa le polo à bicyclette. Joueur lui-même, le capitaine Wood constitua un team de quatre joueurs. Véritables acrobates cyclistes qui passèrent en attraction au Nouveau cirque ou au Casino de Paris.

En équipe de deux ou quatre, il s'agit de pousser dans le but avec la roue du vélo une petite balle dure de sept centimètres de diamètre recouverte de cuit.

Le but est une boîte de 25 cm de hauteur ; lorsque la ball entre dans le but, une clochette suspendue à l'intérieur se fait entendre : c'est un goal, il vaut dix points.

Après chaque goal, les équipes changent de camp. Une partie se joue en deux mi-temps de 20 minutes, séparées par trois minutes de repos.

Il est interdit de se servir des pieds et des mains pour pousser la balle ni de rouler son vélo étant à terre.

Il est cependant autorisé de se pousser, de se bousculer avec l'aide des épaules, de jouer des coudes, de faire du genou ou de faire exécuter à sa bicyclette des ruades défensives.

L'arbitre sanctionne les fautes par la perte de points par l'équipe responsable. Il arrête le jeu en cas de blessures des joueurs car ce sport est fort périlleux.

Le terrain n'est pas délimité avec précision. On joue sur des terrains variant de 60 m de long sur 25 m de largeur à une piste de manège.

Les parties donnent lieu à de vrais numéros d'acrobates.

Le dimanche 5 mars 1899, un match de démonstration se déroula au Cirque de Paris lors de la fête du Véloce-club.

Georges Dubosc concluait son article en précisant que, compte-tenu des qualités d'adresse et d'équilibre nécessaires aux cyclistes voulant pratiquer ce sport, ceux-ci ne seraient jamais très nombreux...

Le polo vélo fut relancé en France par Edmond Frans qui apporta des modifications dans le tenue et le matériel du joueur.

Celui-ci évolue désormais en short et maillot ; le maillet est en charme et le manche en jonc manille et est habituellement fabriqué par les joueurs ; la balle en cuir avec vessie d'un diamètre de 14 cm est fabriquée par les Etablissement Unis-Sport.

A Saint-Pierre-de-Varengeville, c'est en 1952 que quelques Varengevillais créèrent une association permettant la pratique du polo vélo. Les Pédales varangevillaises, dont André Levreux fut le premier président.

Le 22 juin 1952, les Pédales varangevillaises organisaient un après-midi sportif comportant un match de démonstration avec l'équipe de Sanvic, championne de France 1951.

Le 24 août 1952, après un match opposant à nouveau les équipes de Sanvic et du Port autonome du Havre, les Varengevillais purent assister au premier affrontement entre les deux équipes de polo vélo varengevillaises nouvellement créées.

A cette époque, il fallait vraiment y croire pour pratiquer ce sport : chaque joueur devait entretenir son matériel en parfait état, les entraînements avaient lieu non pas sur le stade mais dans différents herbages de la commune broutés par les vaches !

Pour les déplacements, le club avait acquis une vieille camionnette Peugeot 202 où devaient s'entasser les six joueurs et leurs vélos ; il était impératif de s'arrêter fréquemment pour refaire le niveau d'eau.

C'était l'époque héroïque mais il régnait une ambiance de solidarité entre copains.

Les équipes étaient souvent appelées pour participer à des matchs de démonstration ; c'est ainsi qu'elles jouèrent sur la place (goudronnée) de l'Hôtel de Ville de Rouen.


 
On est les champions !
 L'équipe championne de France en 1976.
De gauche à droite : Bernard Gamelin, président, Jean-Claude Quibel, Jean-Pierre Chatillon, Jean-Pierre Pesquet, Raymond Paris, Claude Siméon, Patrice Quibel, Hervé Maréchal, Jean-Pierre Siméon, dirigeant.


En 1966, Saint-Pierre-de-Varengeville disputait sa première finale nationale et perdait 3 à 2 face à Bègles.

En 1971, seconde finale nationale, mais nouvel échec face à Pessac, 3 à 1.

C'est en 1975, lors de sa troisième finale nationale que Saint-Pierre-de-Varengeville devenait champion de France pour la première fois en battant Pessac.
En 1977, Saint-Pierre-de-Varengeville battait à nouveau Pessac et devenait champion de France pour la seconde fois puis une troisième fois en 1984, toujours devant Pessac qui doit bien maudire notre équipe.

On est
                  les champions !

Les Pédales varengevillaises ont par ailleurs un palmarès élogieux :

● 5 fois vainqueurs de la Coupe de Normandie.
● 7 fois champion de Normandie
● 16 fois finaliste du championnat de France.

Jean-Pierre HERVIEUX.



Source

Bulletin municipal n° 43, juin 1997.

N.D.L.R. Depuis cet article, le club varengevillais a bien entendu étoffé son palmarès. Notamment en remportant une nouvelle fois le championnat de France en juin 2022 à Duclair.

Une réaction de l'arrière-petit-fils du Capitaine Wood :


« Votre article m'a vivement intéressé, car le capitaine Wood était mon arrière-grand-père. Cependant, je pense que le sport auquel il jouait était le cycle-balle plutôt que le polo à vélo, car la balle est frappée avec les roues et non avec des maillets. Merci. »

N.D.L.R. Cette précision technique est essentielle. À la fin du XIXe siècle, les sports de balle à bicyclette étaient encore en pleine genèse et le terme « polo » était souvent utilisé de manière générique pour les spectacles de cirque. Si le capitaine Wood est bien le pionnier qui a popularisé ces rencontres en France, sa technique de jeu — utilisant la roue plutôt que le maillet — l'établit effectivement comme l'un des premiers maîtres du cycle-balle.