Par Jean-Pierre Hervieux.
Le traité de
commerce franco-anglais de 1786 ouvre les portes de la France aux
produits manufacturés anglais ; cette mesure entraîne
rapidement une régression importante du trafic intérieur
: on note un accroissement des faillites dans la juridiction consulaire
de Rouen.
En outre, l'industrie
connaît une grande crise qui atteint plusieurs secteurs
implantés dans la région rouennaise :
– Faïencerie, verrerie, tannerie, métallurgie, draperie, toilerie de coton... des ateliers ferment.
De plus, une
récolte médiocre en 1788 due au mauvais temps (violents
orages les 12 et 13 juillet sur le Pays de Caux,: grêlons pesant
jusqu'à 8 livres) suivie d'un hiver rigoureux entraîne une crise des
subsistances et l'augmentation des denrées de première
nécessité : bois, blé etc.
Tous ces éléments augmentent le chômage et développent la misère et la mendicité. 

| Les causes de la Révolution |
Pendant ce temps, la philosophie des Lumières préconisée, entre autres, par Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Condorcet pénètre les classes moyennes avec des principes nouveaux. La Franc-maçonnerie est puissante, la circulation du livre se développe. A ce sujet, Rouen est un centre de production important possédant plusieurs imprimeurs et de nombreux libraires. |
Dans ce contexte, et
compte-tenu des difficultés financières et de
l'opposition de la Noblesse et du Haut-Clergé aux
réformes, Louis XVI est contraint, le 8 août 1788, de
convoquer les États-Généraux pour le 1er mai 1789.
La rupture entre le Tiers-État et les privilégié
amène le gouvernement à accepter, le 27 décembre
1788, la revendication réclamée depuis longtemps par le
Tiers. Le Tiers aurait autant de députés que les deux
autres ordre ensemble. Toutefois, le Roi avait omis de préciser
la façon dont la prochaine assemblée se réunirait
et délibérerait : cette question alimentera le
débat politique au cours du premier semestre 1789.
La préparation des élections dans les baillages
Les élections des
députés devaient se faire sur la base du baillage au
suffrage direct pour les privilégiés et au suffrage
à trois ou quatre degrés pour le Tiers.
La
Généralité de Rouen était divisée en
trois grands baillages : Rouen Caux (dont le chef-lieu était
Caudebec-en-Caux) et Evreux.
Saint-Pierre-de-Varengeville
se trouvait en limite du baillage de Rouen, de même que Barentin,
Villers-Ecalles, Duclair et Yainville. A titre indicatif, Le Trait,
Saint-Paër, Sainte-Marguerite et Bouville étaient
situées dans le baillage de Caux, partie de Caudebec en Caux.
Les baillages
étaient divisés en sergenteries, le baillage de Rouen
comprenant outre la ville de Rouen, les sergenteries de :
– Darnétal et faubourgs de Rouen.
– Saint-Georges-de-Boscherville.
– Pavilly.
– Cailly.
– Pont-Saint-Pierre.
– Couronne.
– Saint-Victor-l'Abbaye.
A chaque degré,
l'assemblée des votants rédigeait un cahier de
doléances consignant les idées qu'étaient
chargés de défendre les délégués ou
députés de chaque paroisse. Les assemblées se
réunissaient dans chaque paroisse.
Notre commune était composée de deux paroisses : Notre-Dame-de-Varengeville et Saint-Pierre-de-Varengeville.
Elle
dépendait de la sergenterie de Saint-Georges-de-Boscherville qui
comptait 30 paroisses. Marc Bouloiseau la définit ainsi :
"La
sergenterie de Saint-Georges-de-Boscherville occupait les trois boucles
de la Seine à l'ouest de Rouen. Suivant l'orientation des méandres, le
plateau crétacé surplombe le fleuve qui coule au pied d'une falaise
abrupte (comme à l'Anerie), ou bien la vallée s'élargit et forme une
plaine alluviale d'étendue variable. Des vallons secs aux pentes
rapides de Roumare, Mauny, Jumièges, Le Trait et la Seine y joue un
rôle important. elle conditionne en partie la vie des riverains, tant
par ses inondations que par son trafic."
"Le long du fleuve, les habitants étaient, comme à Croisset, essentiellement pêcheurs et mariniers.
"Ailleurs, ils demandaient à la terre, à l'exploitation du bois ou au commerce du coton leur subsistance. Les plaines à limon étaient rares et il n'y avait guère de grandes fermes : la petite culture dominait, l'élevage et les arbres fruitiers tels que pommiers, cerisiers et pruniers y prospéraient."
Jean-Pierre HERVIEUX.
Pour suivre : Les cahiers de doléances.
Varengeville La Montagne, et Varengeville L'Egalité, fascicule édité en 1989 par Jean-Pierre Hervieux avec l'aide de Bernard Léger, maire de Saint-Pierre-de-Varengeville, Mme P. Quibel et T. Kermarrec qui en ont réalisé la saisie et la mise en page.
Illustration : Histoire de France en bande dessinée, Larousse / FR3, N° 15, décembre 1977. Dessins de José Bielsa et Maurillo Manara, textes de Pierre Castex et Roger Lécureux.
