Le
concours agricole de Duclair avait lieu hier,
concurremment avec celui de Totes et de Montivilliers, avec
l'assemblée de Fréville et avec la
bénédiction d'un calvaire à
Saint-Wandrille. Toutes ces cérémonies ont un peu
nui a la solennité du jour.
Peu de visiteurs, peu d'exposants. Quelques mats ornés d'écussons et de drapeaux indiquent le chemin de la mairie où a lieu la distribution des prix. La salle du rez-de-chaussée est tendue, sur un de ses côtés, de draperies de velours rouge agrémentées de crépines d'or. Cette draperie surmonte une estrade destinée au jury. De chaque coté des cartouches avec ces inscriptions : A l'agriculture ! Aux lauréats ! Au progrès !
Devant l'estrade, sur la place. sont exposés les instruments aratoires, en très petit nombre, une dizaine au plus, et les produits agricoles présentés. On remarque de très beaux échantillons de blé.

Les opérations du jury ont commencé à dix heures du matin pour ne se terminer qu'à deux heures. On a procédé tout d'abord à l'inspection des spécimens des races chevaline, bovine et porcine, qui ne présentaient rien d'exceptionnel ni comme nombre ni comme qualité.
Les animaux exposés sont installés sur l'éminence appelée le Catel, d'où l'on embrasse un panorama splendide : la presqu'île qui forme le fond de la vallée au dernier plan le clocher de Saint-Martin-de-Boscherville.
Les expériences des instruments aratoires ont eu lieu vers deux heures dans le champ de M. Prunier, appartenant à M. Darcel. Mais tout cela se passe devant quelques rares curieux ; ce sont les exposants, les éleveurs, les intéressés que l'administration du comice a gratifiés d'un
petit ruban vert, comme signe de ralliement.
Les habitants eux-mêmes constatent, avec un certain désappointement, l'insuffisance de leur concours. Ce qu'ils paraissent regretter surtout, c'est l'absence de musique.
La compagnie de pompiers ne s'est pas réorganisée depuis la guerre, et c'est elle qui prêtait son concours harmonieux à ces réunions.
Vers deux heures, la place de la mairie à peu près vide jusque là, commence à se garnir un peu de curieux. On s'ingénie tant bien que mal à passer le temps qui s'écoulera avant la distribution des prix. Les boutiques en plein vent offrent aux acheteurs des tentations à bas prix, et une somnambule extralucide donne ses consultations.
M. Raoul Duval , député de la Seine-inférieure, se procure, entre-temps, un succès facile et peu coûteux. Il dévalise une marchande de ballons rouges, et distribue sa marchandise a tous les gamins du village. Vous pensez quel accueil est fait à cette générosité renouvelée des magasins de nouveautés de Paris. Mais tout a un terme, même les ballons gonflés de gaz et l'enthousiasme des électeurs de sept ans, et peu à peu le calme renaît.
Il est quatre heures, l'estrade est garnie de monde et M. le secrétaire général de la préfecture prend place au fauteuil présidentiel, il a à ses côtés MM. Darcel, conseiller général ; Fizeaux de la Martel, président du comice; Raoul Duval , député ; Lamer, conseiller d'arrondissement ; Cavoret, maire de Duclair.
A l'entrée devant deux petites tribunes prennent place MM. Rochette, secrétaire du comice et Fortier, trésorier.
M. de Gironde ouvre la séance. Il s'excuse avec une certaine émotion de l'honneur qui lui est fait et adresse à l'agriculture, en Normandie, quelques compliments.
M. Fizeaux de la Martel prend la parole pour la lecture de son rapport, qui se termine par la biographie de M Auguste Beaudouin, mort en 1872, a l'âge de quatre-vingt-deux ans, le fondateur an comice de Duclair et des remerciements à la Société centrale d'agriculture, qui l'a nommé membre correspondant et a envoyé pour la réunion M. Philippe, délégué.
Cette lecture achevée au milieu des applaudissements, M. Rochette prend la parole pour la lecture de la liste des récompenses.
Les lauréats défilent devant le jury et reçoivent leurs récompenses des mains des membres du bureau.
Hélas ! les comices agricoles eux-mêmes ne sont pas a l'abri de la pâle envie. Un exposant, non récompensé pour ses produits agricoles, vient protester auprès des membres du bureau. On lui fait comprendre que les sentences sont sans appel.
- M. Raoul Duval a la parole, dit le président.
M. Raoul Duval a l'air de ne pas être dans la confidence ; il esquisse un geste de dénégation, puis il se lève et prononce un discours qu'il termine à peu prés comme il suit :
"Je vous dois un très grand honneur, a-t-il dit celui d'avoir été choisi par vous dans des jours plus difficiles. Dans ces temps troublés, la ligne du devoir est plus difficile à discerner pour l'homme politique. Mais, mon seul mérite, la seule chose dont je suis fier, c'est que ma ligne de conduite a toujours été : Tout pour la France, et rien que pour elle ! Je puis, parfois, m'être trompé, mais jamais aucun de mes actes n'a été inspiré ni par un mobile d'intérêt personnel ni de dynastie. Et, toujours, il me restera cette satisfaction qui console aux jours des dures épreuves , la satisfaction du devoir accompli !"
On voit que M. Raoul Duval ne néglige aucune occasion de préparer son terrain électoral.
La déclaration qui a terminé son discours ne serait désavouée par aucun membre habile de la majorité de l'Assemblée nationale.
Tous ceux qui, comme M. Raoul Duval, ont, le 24 mai, contribué au renversement de M. Thiers, viendraient aujourd'hui, toujours comme lui, jurer que ce jour-là, ils ont sauvé la patrie.
Il n'est pas même un seul membre du cabinet présidé par M. de Broglie qui ne soit prêt à déclarer qu'il n'a agi qu'avec le plus grand désintéressement. Quant aux intérêts dynastiques, qui donc en parle aujourd'hui, dans les rangs de nos adversaires ?
Reste à savoir comment les électeurs apprécieront les événements qui se sont passes et la part que nos députés y ont prise.
L'avenir seul nous l'apprendra et cet avenir-là, nous l'attendons avec une pleine confiance.
La cérémonie est terminée. Le banquet, qui commence à six heures, réunit une fois encore les organisateurs du comice, les membres du jury et quelques invités, parmi Iesquels 5 on 6 des vieux serviteurs, lauréats du comice. Le dîner, commandé pour 120 personnes, compte à peine 60 couverts. Le banquet se passe comme tous les banquets officiels, et au champagne, M. de Gironde ouvre le feu des toasts : "Laissez-moi, messieurs, vous remercier an nom de M. le préfet et en mon nom propre. Et maintenant permettez-moi de porter un toast à la France et surtout au président de la République, au maréchal de Mac-Mahon, au soldat loyal dont la devise est seulement : l'ordre, l'ordre toujours !
M. Raoul Duval porte ensuite la santé de l'illustre soldat entre les mains duquel la France a remis ses destinées. " Je porte maintenant un toast plus moleste en apparence, dit-il, je bois à notre nourrice à tous, à l'agriculture, je porte une santé à tous, à notre président, à notre cher pays dont dont l'agriculture est un des produits les plus riches, c'est à elle que reviendra la plus grande part dans notre relèvement :! à la Société d'agriculture !"
M. Philippe, délégué de la Société répond à ce toast : "Je porte un toast aux membres du comice ! "
M? Ch. Darcel porte un toast aux lauréats du concours.
M. Lamer se lève, sur les instance du président, Messieurs, dit-il, à notre santé à tous !
— Grand succès !
M. de Joigny boit à M. le maire de Duclair.
M. Cavoret renvoie les compliments à M. Guyard qui a organisé cette cérémonie.
M. Guyard répond qu'il n'a fait que son devoir, et qu'il est heureux d'avoir pu satisfaire les membres du comice.
M. Revelle porte la santé des vieux serviteurs.
La série des toasts est épuisée, il est huit heures. On se sépare pour aller voir les différents jeux.
Le mât de Cocagne vient de lâcher sa dernière timbale. Place aux danseurs ! On organise un quadrille en plein vent.
A ce moment, l'animation est plus grande qu'à aucun moment de la journée, le temps, un instant menaçant, semble fixé au beau. Les promeneurs affluent, allant des mystères de la somnambule aux merveilles d'un tourniquet chargé de porcelaines.
Mais voici la fusée du signal qui s'élance ! C'est le feu d'artifice ! Le dernier enchantement de la journée. Les chandelles, les soleils, les pièces se succèdent, puis le bouquet, pluie de feu, à laquelle succède la nuit ! Le fête est finie.
SOURCE
Peu de visiteurs, peu d'exposants. Quelques mats ornés d'écussons et de drapeaux indiquent le chemin de la mairie où a lieu la distribution des prix. La salle du rez-de-chaussée est tendue, sur un de ses côtés, de draperies de velours rouge agrémentées de crépines d'or. Cette draperie surmonte une estrade destinée au jury. De chaque coté des cartouches avec ces inscriptions : A l'agriculture ! Aux lauréats ! Au progrès !
Devant l'estrade, sur la place. sont exposés les instruments aratoires, en très petit nombre, une dizaine au plus, et les produits agricoles présentés. On remarque de très beaux échantillons de blé.

Les opérations du jury ont commencé à dix heures du matin pour ne se terminer qu'à deux heures. On a procédé tout d'abord à l'inspection des spécimens des races chevaline, bovine et porcine, qui ne présentaient rien d'exceptionnel ni comme nombre ni comme qualité.
Les animaux exposés sont installés sur l'éminence appelée le Catel, d'où l'on embrasse un panorama splendide : la presqu'île qui forme le fond de la vallée au dernier plan le clocher de Saint-Martin-de-Boscherville.
Les expériences des instruments aratoires ont eu lieu vers deux heures dans le champ de M. Prunier, appartenant à M. Darcel. Mais tout cela se passe devant quelques rares curieux ; ce sont les exposants, les éleveurs, les intéressés que l'administration du comice a gratifiés d'un
petit ruban vert, comme signe de ralliement.
Les habitants eux-mêmes constatent, avec un certain désappointement, l'insuffisance de leur concours. Ce qu'ils paraissent regretter surtout, c'est l'absence de musique.
La compagnie de pompiers ne s'est pas réorganisée depuis la guerre, et c'est elle qui prêtait son concours harmonieux à ces réunions.
Vers deux heures, la place de la mairie à peu près vide jusque là, commence à se garnir un peu de curieux. On s'ingénie tant bien que mal à passer le temps qui s'écoulera avant la distribution des prix. Les boutiques en plein vent offrent aux acheteurs des tentations à bas prix, et une somnambule extralucide donne ses consultations.
M. Raoul Duval , député de la Seine-inférieure, se procure, entre-temps, un succès facile et peu coûteux. Il dévalise une marchande de ballons rouges, et distribue sa marchandise a tous les gamins du village. Vous pensez quel accueil est fait à cette générosité renouvelée des magasins de nouveautés de Paris. Mais tout a un terme, même les ballons gonflés de gaz et l'enthousiasme des électeurs de sept ans, et peu à peu le calme renaît.
Il est quatre heures, l'estrade est garnie de monde et M. le secrétaire général de la préfecture prend place au fauteuil présidentiel, il a à ses côtés MM. Darcel, conseiller général ; Fizeaux de la Martel, président du comice; Raoul Duval , député ; Lamer, conseiller d'arrondissement ; Cavoret, maire de Duclair.
A l'entrée devant deux petites tribunes prennent place MM. Rochette, secrétaire du comice et Fortier, trésorier.
M. de Gironde ouvre la séance. Il s'excuse avec une certaine émotion de l'honneur qui lui est fait et adresse à l'agriculture, en Normandie, quelques compliments.
M. Fizeaux de la Martel prend la parole pour la lecture de son rapport, qui se termine par la biographie de M Auguste Beaudouin, mort en 1872, a l'âge de quatre-vingt-deux ans, le fondateur an comice de Duclair et des remerciements à la Société centrale d'agriculture, qui l'a nommé membre correspondant et a envoyé pour la réunion M. Philippe, délégué.
Cette lecture achevée au milieu des applaudissements, M. Rochette prend la parole pour la lecture de la liste des récompenses.
Les lauréats défilent devant le jury et reçoivent leurs récompenses des mains des membres du bureau.
Hélas ! les comices agricoles eux-mêmes ne sont pas a l'abri de la pâle envie. Un exposant, non récompensé pour ses produits agricoles, vient protester auprès des membres du bureau. On lui fait comprendre que les sentences sont sans appel.
- M. Raoul Duval a la parole, dit le président.
M. Raoul Duval a l'air de ne pas être dans la confidence ; il esquisse un geste de dénégation, puis il se lève et prononce un discours qu'il termine à peu prés comme il suit :
"Je vous dois un très grand honneur, a-t-il dit celui d'avoir été choisi par vous dans des jours plus difficiles. Dans ces temps troublés, la ligne du devoir est plus difficile à discerner pour l'homme politique. Mais, mon seul mérite, la seule chose dont je suis fier, c'est que ma ligne de conduite a toujours été : Tout pour la France, et rien que pour elle ! Je puis, parfois, m'être trompé, mais jamais aucun de mes actes n'a été inspiré ni par un mobile d'intérêt personnel ni de dynastie. Et, toujours, il me restera cette satisfaction qui console aux jours des dures épreuves , la satisfaction du devoir accompli !"
On voit que M. Raoul Duval ne néglige aucune occasion de préparer son terrain électoral.
La déclaration qui a terminé son discours ne serait désavouée par aucun membre habile de la majorité de l'Assemblée nationale.
Tous ceux qui, comme M. Raoul Duval, ont, le 24 mai, contribué au renversement de M. Thiers, viendraient aujourd'hui, toujours comme lui, jurer que ce jour-là, ils ont sauvé la patrie.
Il n'est pas même un seul membre du cabinet présidé par M. de Broglie qui ne soit prêt à déclarer qu'il n'a agi qu'avec le plus grand désintéressement. Quant aux intérêts dynastiques, qui donc en parle aujourd'hui, dans les rangs de nos adversaires ?
Reste à savoir comment les électeurs apprécieront les événements qui se sont passes et la part que nos députés y ont prise.
L'avenir seul nous l'apprendra et cet avenir-là, nous l'attendons avec une pleine confiance.
La cérémonie est terminée. Le banquet, qui commence à six heures, réunit une fois encore les organisateurs du comice, les membres du jury et quelques invités, parmi Iesquels 5 on 6 des vieux serviteurs, lauréats du comice. Le dîner, commandé pour 120 personnes, compte à peine 60 couverts. Le banquet se passe comme tous les banquets officiels, et au champagne, M. de Gironde ouvre le feu des toasts : "Laissez-moi, messieurs, vous remercier an nom de M. le préfet et en mon nom propre. Et maintenant permettez-moi de porter un toast à la France et surtout au président de la République, au maréchal de Mac-Mahon, au soldat loyal dont la devise est seulement : l'ordre, l'ordre toujours !
M. Raoul Duval porte ensuite la santé de l'illustre soldat entre les mains duquel la France a remis ses destinées. " Je porte maintenant un toast plus moleste en apparence, dit-il, je bois à notre nourrice à tous, à l'agriculture, je porte une santé à tous, à notre président, à notre cher pays dont dont l'agriculture est un des produits les plus riches, c'est à elle que reviendra la plus grande part dans notre relèvement :! à la Société d'agriculture !"
M. Philippe, délégué de la Société répond à ce toast : "Je porte un toast aux membres du comice ! "
M? Ch. Darcel porte un toast aux lauréats du concours.
M. Lamer se lève, sur les instance du président, Messieurs, dit-il, à notre santé à tous !
— Grand succès !
M. de Joigny boit à M. le maire de Duclair.
M. Cavoret renvoie les compliments à M. Guyard qui a organisé cette cérémonie.
M. Guyard répond qu'il n'a fait que son devoir, et qu'il est heureux d'avoir pu satisfaire les membres du comice.
M. Revelle porte la santé des vieux serviteurs.
La série des toasts est épuisée, il est huit heures. On se sépare pour aller voir les différents jeux.
Le mât de Cocagne vient de lâcher sa dernière timbale. Place aux danseurs ! On organise un quadrille en plein vent.
A ce moment, l'animation est plus grande qu'à aucun moment de la journée, le temps, un instant menaçant, semble fixé au beau. Les promeneurs affluent, allant des mystères de la somnambule aux merveilles d'un tourniquet chargé de porcelaines.
Mais voici la fusée du signal qui s'élance ! C'est le feu d'artifice ! Le dernier enchantement de la journée. Les chandelles, les soleils, les pièces se succèdent, puis le bouquet, pluie de feu, à laquelle succède la nuit ! Le fête est finie.
SOURCE
Journal de Rouen
