L'ancien hôtel de ville de Duclair, celui qui fait le bonheur des cartophiles, celui qui fut détruit durant la seconde guerre mondiale, a été inauguré deux fois. La première en 1839, la seconde en 1928 après rénovation. Son histoire...


"La première pierre de cet édifice a été posée sous le règne de Louis Philippe". Durant les travaux de rénovation lancés en 1927, des maçons découvrirent une cassette de plomb dans l'un des piliers de l'hôtel de ville. Et cette cassette contenait un parchemin indiquant la liste des entrepreneurs et le nom du maire de l'époque. Voilà qui fit dire au Journal de Duclair: "L'hôtel de ville est moins vieux qu'on ne le pensait, il date de 1835 ou 1838".



C'est en effet Louis Félix Sanson Queval, maire de 1835 à 1845, qui lança la construction de cet édifice. Le 31 mai 1836, on écrivit au Journal de Rouen : "Notre conseil municipal vient de voter une somme de 40.000F destinée à la construction de nouvelles halles en remplacement des anciennes dont le déplorable état faisait mal à voir. D'après le projet arrêté, on construira sur les nouvelles halles l'hôtel de la mairie, la salle des audiences de la Justice de paix et une vaste classe pour l'enseignement mutuel.
Après cette construction, on doit démolir le bâtiment servant à la fois de prison, d'hôtel de mairie et de salle d'audience. C'est encore une amélioration dont les habitants de Duclair auront gré au bon citoyen qui les administre avec tant de sagesse depuis quelques années.
Espérons que la sanction ministérielle ne se fera pas attendre longtemps et que bientôt un monument élégant et solide s'élèvera sur notre jolie place publique et lui donnera un aspect qu'elle est loin d'avoir avec ses trois ou quatre fractions de halles tombant en ruines."
 L'architecte Grégoire fut l'auteur du projet. L'adjudication des travaux eut lieu dans la salle de l'ancienne mairie le 11 décembre 1837 en présence de l'architecte. Le coût, hors les honoraires de l'architecte, était estimé à 41.000 F.
L'entreprise Boulen, du Havre, fut chargée des travaux.
QUEVAL FOUGUEUX...

Greffier de la Justice de Paix, époux d'Aimable-Julie Nion, Queval fut accusé par Charles-Antoine Deshayes, notaire de Jumièges, de s'être sucré au passage sur l'héritage de sa mère. En 1831, des menaces physiques furent échangées publiquement entre les deux hommes. Deshayes eut également maille à partir avec Prost, le receveur de l'enregistrement, qu'il considérait pour complice de Queval. En mai 1832, Deshayes fut finalement condamné  à huit jours de prison et 200 francs  de dommages-intérêt envers,

Nommé maire de Duclair avant la loi électorale, Queval fut reconduit par l'administration en 1834. Des voix lui reprochaient cependant de ne pas payer l'imposition voulue.
Réélu en 1837, Queval fut encore contesté par le Journal de Rouen. On lui reprochera d'avoir évincé un adjoint valeureux et de n'être entouré, à l'exclusion d'un conseiller, que d'hommes de paille.
Voici ce qu'écrit un anonyme en novembre 1837 : "M. Dureuil, adjoint au maire, est décédé dernièrement. Si l'existence de 22 testaments trouvés après son décès a fait craindre que le partage de sa fortune ne devint la source de nombreuses contestations, son héritage administratif n'a pas laissé non plus que d'exciter la convoitise de nos conseillers municipaux. Enfin, M. Lelièvre, filateur, a obtenu les suffrages de l'administration. Comme pour M. le maire, c'est au son des cloches qu'au eu lieu l'inauguration de notre nouvel adjoint, mais pas un coup de canon n'a été tiré, tandis que quinze l'avaient été pour apprendre que Duclair avait l'avantage de posséder un maire. C'est mettre bien de la distance entre un maire et son adjoint. Voici du reste encore une fonction de vacante à Duclair. M. Queval, qui, à sa qualité de maire, réunissait  celles de suppléant et de défenseur de la Justice de Paix, vient de se démettre des fonctions de suppléant. Ce ne sera donc plus chez lui que du cumul en partie double"

En fin de mandat, il a Waninge Boullard pour adjoint.. 

La pose de la première pierre

Le 9 mai 1838, un Duclairois donnait son sentiment sur les travaux des halles. "Depuis longtemps, les habitants de Duclair exprimaient le désir de voir s'élever sur les ruines des ignobles hangars auxquels on était convenu de donner le nom de halles un édifice qui pût, à juste titre, porter ce nom. Quelques mois encore, et nous n'aurons plus de désirs à former à ce sujet. Entrepris par M. Boulen, du Havre, sous la direction de M. Grégoire, architecte, un monument s'élève où se trouveront à la fois halles, école, mairie  et justice de paix, et qui promet de décorer dignement la vaste place de notre bourg. Nous ne pouvons que payer notre tribut d'éloges à la manière dont est conçu et exécuté ce travail. Nos félicitations surtout au zèle et au talent que déploie chaque jour M. Bertrand-Barthe, conducteur de cette entreprise. Aussi, tous nos concitoyens ont-ils, avec empressement, pris part à la petite fête qui a eu lieu dimanche pour la pose de la première pierre. Nous sommes heureux de pouvoir louer nos autorités locales d'avoir voté et activé, par leurs démarches, l'exécution de ces travaux. Mais pourquoi s'arrêter là ?
Un autre projet avait été conçu. Une route devait être faite qui, rendant désormais faciles les communications entre Duclair et Barentin, devait contribuer à l'accroissement et à la prospérité de notre bourg. Depuis quelque temps, il n'en est plus question. Le projet ne doit cependant pas être abandonné. Pourquoi n'en pas hâter l'exécution ? Notre pays en a tant besoin..."

Les anciennes halles étaient en bois de chêne et couvertes de plus de 50 milles de tuiles. Le bâtiment allait devoir être rasé mais les matériaux étaient récupérables. Pour les acheter, il fallait s'adresser, en juin 1838, à MM. Emangard et Cie, marchands plâtriers demeurant à Duclair.

L'inauguration de 1839

Le 2 janvier 1839 eut lieu la première audience du juge de paix dans le nouveau bâtiment. Il paraît que les plaideurs se disputaient l'honneur d'y être jugés les premiers. Cette audience qui tenait lieu d'inauguration eut lieu sur fond de polémique. Car un peintre-décorateur distrait inscrivit d'abord au dessus de la porte "salle des audiences de la justice de paix et des séances du conseil municipal". Ce qui froissa l'amour propre du maire et de ses conseillers dont plusieurs manifestèrent l'intention de démissionner. Si bien que Devergez, le juge de paix, ayant invité ce 2 janvier Queval à l'ouverture officielle, essuya un refus de sa part. Queval était pourtant son suppléant. Seuls deux conseillers et l'adjoint assistèrent au discours du juge qui évoqua l'évolution de sa fonction depuis 1791. Avant de regretter la bouderie du conseil. D'autant plus qu'on avait rectifié l'inscription figurant au fronton en gravant "salle des délibérations du conseil municipal et des audiences de la justice de paix."

L'inauguration de 1928


A gauche, l'ancienne mairie telle qu'on a pu la voir de 1838 à 1928. A droite, le bâtiment après travaux. Les halles ont éte cloisonnées pour aménager des bureaux. On a surélevé les portes d'entrées latérales pour les couronner d'un fronton.

Le 15 juillet 1928 eut lieu l'inauguration de l'hôtel de ville après rénovation. Il avait déjà cent ans. Le compte-rendu dans la presse de l'époque...




(Archives J. Legallet)


5 juillet 1928, on inaugure l'hôtel de ville de Duclair restauré. De gauche à droite : Henri Denise, Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, le Dr Allard, André Marie, le député, qui nous rappelle les brigades du Tigre, enfin M. Blot.



Le compte-rendu du Journal de Rouen





Les ruines de la mairie en 44

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