Il faisait chaud, très chaud en août 1901 à Port-Jumièges. La nouvelle d'un meutre suivi d'un suicide éclata comme un orage dans la torpeur estivale. 

Journal de Rouen 23 août 1901

Les époux Stempf, le mari, âgé de cinquante-six ans et la femme de cinquante, habitent depuis environ neuf années une chaumière dans un des nombreux vergers qui bordent le chemin de halage. Cette chaumière se compose de deux pièces au rez-de-chaussée : une chambre et une cuisine. Stempf, retraité des douanes, s'occupait de menus travaux et sa femme du ménage.

Avant son mariage avec Stempf, Rosalie Soligny avait eu un fils, âgé aujourd'hui de vingt-sept ans, pilote maritime, reconnu par Stempf depuis. 

Deux autres enfants sont issus de ce mariage : un jeune homme de vingt-deux ans, sous brigadier des douanes accomplissant son service militaire à Courbevoie, et une jeune fille employée à Jumièges.

Il part chercher du bois

Hier matin, Stempf partit de bonne heure dans la forêt et en revint vers onze jeures, portant un fagot de bois mort sur son dos.

Les personnes qui l'ont rencontrée à ce moment sur la rive n'ont rien remarqué d'anormal dans son état. Que s'est-il passé ensuite entre sa femme et lui ? On ne peut que le conjecturer, car les voisins n'ont rien entendu et pouvaient encore moins voir ce qui se passait dans leur maison.

Soudain, là, dans la Seine...

Toujours est-il que, vers midi et quart, un habitant du quartier, M. Lépagnol, en prenant du pain à un boulanger du Landin, arrêté sur la rive, devant la masure des Stempf, aperçut dans la Seine, à quelques mètres du bord, un pantalon d'homme qui émergeait de l'eau. Il fit part de sa remarque à deux douaniers, MM Lemaître et Tabouret, qui passaient justement par là.

Ceux-ci entrèrent dans le fleuve dont l'eau était basse et reconnurent que ce qu'ils croyaient être un vêtement flottant à la dérive était le corps d'un homme qu'ils ramenèrent à terre. A leur grande stupéfaction, ils reconnurent en lui Stempf, leur ancien collègue, qui avait cessé de vivre. Un seau qu'ils aperçurent auprès du lieu où avait été retrouvé le corps leur fit penser que Stempf était tombé accidentellement dans le fleuve en allant y puiser de l'eau.

La porte était fermée
Un rassemblement s'étant bien vite formé, on envoya une des femmes présentes auprès de Mme Stempf pour lui apprendre le malheur qui venait de la frapper. Mais les portes de la maison était fermées. On retrouva la clef dans les poches de Stempf, et on put pénétrer dans son domicile.

Un spectacle bien plus terrible

En entrant dans la cuisine, une spectacle inattendu et bien plus terrible que le premier s'offrit à la vue de l'obligeante voisine. Mme Stempf était accroupie dans une encoignure, le visage tout couvert de sang et poussant de sourds gémissements. Vite, elle appela les douaniers et M. Lépagnol. Sans perdre de temps, ces personnes étendirent une paillasse à terre, au milieu de la cuisine et y placèrent la malheureuse femme à laquelle ils donnèrent les soins les plus empressés.

Mais ce fut en vain. Une heure après, Mme Stempf rendait le dernier soupir après avoir prononcé quelques paroles que les assistant ne purent comprendre.

Pendant ce temps, un médecin de Routot, le docteur Lamotte, était mandé à Port-Jumièges, le corps de Stemf était ramené à son domicile et placé sur son lit. Puis, le garde champêtre d'Heurteauville, M. Deconihout, faisait prévenir la gendarmerie de Guerbaville qui arrivait à Port-Jumièges une heure après. Celle-ci avisait à son tour le parquet d'Yvetot, mais aujourd'hui, à quatre heures du soir, celui-ci n'était pas encore arrivé.

De nombreux coups de marteau

Les constatations médicales ont été faire, dès hier, par le docteur Lamotte. Il résulte de celles-ci que Mme Stempf a succombé à de nombreux coups d'un instrument contondant, – un fort marteau, retrouvé peu après devant la porte, – portés à la tête et sur le crâne.

Il paraît incontestable que le meurtrier de Mme Stempf n'est autre que son mari, lequel a voulu sans doute expier son crime par le suicide.

Si chacun s'accorde à attribuer à Mme Stempf les meilleurs qualités de femme de ménage et de mère de famille, il n'en est pas de même de son mari que l'on représente comme s'adonnant de temps à autre à la boisson et brutalisant souvent sa femme, à laquelle il reprochait aussi la faute qu'elle avait commise avant son mariage.

Inhumation d'urgence

Avant-hier, notamment, les voisin avaient entendu le bruit d'une scène entre les époux : mais aucun d'eux n'aurait pensé à un pareil dénouement.

On suppose qu'une discussion de ce genre a éclaté hier entre les époux Stempf, pour une cause qu'on ignore. On ajoute que Stempf a dû frapper sa femme par surprise, car celle-ci était de taille à se défendre et à lui résister.

L'inhumation des deux corps aura sans doute lieu demain, l'autorisation en ayant été demandée par le maire d'Heurteuville, au parquet, vu l'urgence nécessitée par la température.

Notes

Joseph Stempf était né le 21 février 1843 à Geiswasser, Haut-Rhin, il était fils de Martin Stempf et Colette Herrmann.

Julie Soligny était née le 19 mai 1849 à Villequier. Elle descendait de Jean Soligny (fils de François et Marie Cofourier) et Marie Guéroult, originaire de Petitville (fille de Jean Guéroult et Marie Roger) mariés en cette commune le 2 juin 1792.



Sources

Le Journal de Rouen, numérisation : Josiane Marchand
Transcription : Laurent Quevilly
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