Par
Laurent
Quevilly
À
Duclair, en 1892, une jeune servante avoue avoir
étranglé son nouveau-né. L’enquête
révèle un drame marqué par la solitude
et le silence sans s'interroger sur sa
grossesse.
Le 29 mai 1892, à Duclair, une enquête est ouverte par le parquet de Rouen suite à un infanticide commis par Louise-Françoise Poullet, une servante de ferme âgée de 19 ans. Employée chez M. Poullard, un cultivateur du hameau de Saint-Paul, la jeune femme avait éveillé les soupçons de ses maîtres sur une possible grossesse, qu’elle avait toujours niée malgré des signes évidents. Le matin du 28 mai, après avoir paru malade, elle avoue, sous la pression et face à des indices accablants, avoir accouché la nuit précédente d’un enfant vivant. Prise de panique à l’idée qu’on entende ses cris, elle l’a étranglé, puis a caché le corps dans son placard, projetant de s’en débarrasser dans la Seine.
Le 29 mai 1892, à Duclair, une enquête est ouverte par le parquet de Rouen suite à un infanticide commis par Louise-Françoise Poullet, une servante de ferme âgée de 19 ans. Employée chez M. Poullard, un cultivateur du hameau de Saint-Paul, la jeune femme avait éveillé les soupçons de ses maîtres sur une possible grossesse, qu’elle avait toujours niée malgré des signes évidents. Le matin du 28 mai, après avoir paru malade, elle avoue, sous la pression et face à des indices accablants, avoir accouché la nuit précédente d’un enfant vivant. Prise de panique à l’idée qu’on entende ses cris, elle l’a étranglé, puis a caché le corps dans son placard, projetant de s’en débarrasser dans la Seine.
Alertée,
la gendarmerie fait venir des magistrats et un médecin de
Rouen,
qui confirment, après autopsie, que l’enfant, un
garçon viable, a été tué
par strangulation.
Louise Poullet, qui explique son geste par la peur de perdre sa place
et son dénuement, est dans un état de faiblesse
tel
qu’elle est conduite à l’hospice avant
son transfert
à la maison d’arrêt. Issue
d’une famille
honorable d’Anneville-sur-Seine, elle est décrite
comme
ayant des mœurs légères, un jugement
qui semble
hâtif et peu nuancé. L’enquête
met en
lumière son désespoir, mais omet
d’explorer les
circonstances ou les responsabilités entourant sa grossesse.
Le comte-rendu dans le Journal de Rouen :
Duclair,
29 mai (1892) 6h30, soir.
La justice a ouvert une enquête sur un infanticide dont s'est rendue coupable une servante de ferme, la fille Louise-Françoise Poullet, âgée de 19 ans. Cette fille était au service de M. Poullard, cultivateur au hameau de Saint-Paul.
Depuis un certain temps, ses maîtres avaient remarqué en elle des apparences de grossesse, mais, questionnée à diverses reprises au sujet de son état, Louise Poullet s'était énergiquement défendue d'être enceinte. On ne laissait pas que de douter de sa sincérité, car cette fille était de mœurs assez légères.
Hier matin, elle vaquait à ses occupations habituelles dans la ferme, mais elle paraissait malade, et, de plus, sa maîtresse remarqua à certains signes qu'il s'était produit chez elle quelque chose d'anormal. Pressée de questions, et ne pouvant plus nier la vérité en présence des indices découverts, Louise Poullet se décida enfin à avouer qu'elle était accouchée, la nuit précédente, d'un enfant qui avait vécu.
En venant au monde, l'enfant avait poussé quelques cris, alors, de peur qu'on ne l'entendit de la chambre voisine, elle lui avait serré le cou jusqu'à ce qu'il fût mort. Elle avait alors enveloppé le petit être dans caraco, et elle comptait bien s'en débarrasser en le jetant dans la Seine sans que personne ne se fût aperçu de rien.
Effectivement, elle montra le petit cadavre qu'elle avait caché dans son placard.
La gendarmerie fut avertie aussitôt du fait et télégraphia à Rouen. Les magistrats, M. Camus, juge d'instruction, et M. Lefresne, substitut, accompagnés de M. le docteur Cerné, médecin du parquet, sont arrivés aujourd'hui. Devant eux, la fille Poullet a renouvelé ses aveux, en disant que c'est parce qu'elle était sans ressources et qu'elle redoutait de perdre sa place qu'elle avait constamment dissimulé sa grossesse et résolu de se débarrasser de son enfant même au prix d'un crime.
L'autopsie a confirmé que l'enfant, un garçon, était né viable et avait été étranglé.
Vu son état de faiblesse, Louise Poullet a été transportée à l'hospice pour y rester jusqu'au moment où elle pourra être transférée à la maison d'arrêt de Rouen.
Cette malheureuse appartient à une honorable famille d'Anneville-sur-Seine.

Cette malheureuse... On saluera la compassion du journaliste de Rouen. A aucun moment, on ne se soucie de savoir qui a bien pu engrosser cette jeune fille de 19 ans, mineure pour son époque. A aucun moment on ne se s'interroge sur ce geste qui a bien pu lui être dicté par la crainte, voire la contrainte. Bien que de famille honorable, souligne notre enquêteur, elle est de mœurs légères. Forcément de mœurs légères. Un peu court...
Laurent QUEVILLY.
Source
Le journal de Rouen, numérisé par Josiane Marchand, bien avant sa mise en ligne.
