L'AFFAIRE BANSE

1790. La Révolution ébranle les murs de l'abbaye de Jumièges. Sous son toit, une brebis galeuse sème la discorde. On s'accuse de vol, de violence, de débauche. Feuilletons le registre des actes capitulaires,  journal de bord d'une nef en plein naufrage...


Né à Périer, dans la Manche, dom Banse à 51 ans et occupe les fonctions de sous-prieur à l'abbaye. C'est par lui que le scandale arrive.
Voici comment dom Hubert, secrétaire du chapitre, note consciencieusement les développements de l'affaire dans le registre capitulaire...


De prétendus vols nocturnes

L’an de grâce mil sept cent quatre vingt dix, le lundi 18e jour d’avril, dom Banse, sous-prieur, en l’absence du révérend frère Prieur, a fait sonner la cloche capitulaire à trois reprises, suivant l’usage accoutumé, vers huit heures du matin ; les capitulants avertis en partie par lui s’étant trouvés au nombre de treize, lui compris, il leur a exposé que plusieurs vols nocturnes faits avec et sans fractures depuis quelques mois et notamment la nuit dernière des matelas, couvertures, courtepointes et autres objets réunis dans une chambre garde-meuble, il paroisoit naturel et urgent qu’on procédât aux partages de ce qui restoit de linges et autres meubles et effets de la maison.

L'opposition de Dom Allix


Aussitôt, Dom Allix s’est levé pour représenter au frère sous-prieur que sa place ne l’autorisoit pas à assembler le chapitre pour faire des partages, surtout en l’absence du père prieur qui peut être désapprouveroit cette démarche. A quoi "dom Souprieur" a répondu qu’il étoit certain que le père Prieur ne trouveroit pas mauvais, qu’au reste, il se chargeoit de tout. Dom Allix crut devoir interpeller alors les deux officiers qui ont prétendu ne pas scavoir la façon de penser du père Prieur : donnons nous biens de garde, a repris dom Allix, que ce ne fut un piège qu’on nous tende : latet anguis in herba (Un serpent dans l'herbe).

On partagera tout

On a été aux voix : dom Doyen a opiné pour le partage du linge seulement, dom Courbet sénieur a déclaré plusieurs fois qu’il vouloit que tout fut partagé et est sorti par après en répétant vivement qu’il vouloit des partages de tous les meubles et effets.
Dom Despinase autre sénieur et les officiers ont aussi opiné pour les partager ainsi que la plupart des autres, excepté Dom de Quéane qui a déclaré ne vouloir se mêler de rien.

Il ouvre les armoires

Le frère sous-prieur a dit ensuite qu’on commenceroit par le linge de l’hôtellerie et du réfectoire, qu’ensuite il ouvriroit les armoires et la sacristie pour partager les aubes. Et puis qu’on partageroit l’argenterie et tous les meubles et effets de la maison, on a même député 4 capitulants, entre autre le père procureur et nous secrétaire du chapitre pour visiter la chambre dite de dom Decourtemanche dont les armoires se sont trouvé fermées, nous y avons remarqué un bon lit bien rempli de trois matelas, un lit de plume et après notre rapport la séance a été levée, en foi de quoi, j’ai dressé le présent actes aux dits jours et an que dessus et ont signé.

Fr. Toussaint – Outin – fr. Bronquart – Bride a désapprouvé les partages – fr. Allix – fr. Gobard – fr. Hubert, secrétaire.

Voilà le maire


L’an de grâce mil sept cent quatre vingt dix, le lundy troisième jour de may, MM les officiers municipaux s’étant rendus au nombre de trois, scavoir M. Varanguien, maire et notaire, M. JB Hüe et M. François Cabut ; députés, le premier de ce mois par l’assemblée de la chambre municipale pour l’exécution du décret de l’assemblée nationale du 20 mars, le chapitre a été formé vers une heure après dîné. La communauté réunie avec les dits sieurs députés municipaux, M. le maire a fait faire lecture

1°) des lettres patentes portant la sanction dudit décret.

2°) de l’arrêté de la chambre municipale qui les nomme tous trois pour cette commission desquels préliminaires il a été dressé acte servant d’ouverture au procès verbal de Messieurs les commissaires municipaux.

Banse est encore récusé


Le nom du Révérend Père Prieur inséré au procès verbal, Dom Banse s’est nommé avec sa qualité de sous-prieur ; aussitôt une voix s’est élevée pour que son nom ne fut inséré qu’à son rang de profession. La très grande majorité a soutenu cette motion contre dom Banse malgré ses cris et protestations.

MM. les officiers municipaux se trouvant désagréablement arrêtés par cette difficulté non prévue qui dégénéroit en altercations, dom Outin a fait la motion pour que la communauté se retira un instant dans la salle capitulaire afin d’en délibérer, ce qui ayant été exécuté après quelques discutions, la ballotte a été demandée sur le champ par le 1er opinant.

On vote à la ballotte

Aujourd’hui 3 mai Dom Banse ayant exigé de MM. les officiers municipaux d’être inscrit au rang de sous-prieur, la majorité de la communauté s’y est opposée et s’est retirée dans la salle capitulaire pour en délibérer. La Ballotte ayant été proposée par le même opinant, il a été dit par dom Prieur qu'avant d’y procéder, chacun devoit déduire ses raisons, ce qui ayant été fait, les ballottes distribuées, le RP Pieur a déclaré qu’il ne prenoit rien sur son compte et que ce n’étoit qu’à la réquisition de la majorité de la communauté qu’il consentait qu’il fût ballotté Ce qui, ayant été fait la majorité des ballotes se sont trouvées noires pour l’exclusion...

Ainsi fait et arrêté aujourd’hui pour être déposé sur les registres capitulaires ce trois mai l’an 1790

Signé Outin, Allix, de Mésange, Guesdon, Gobard, de Montigny, Painblanc, Montéage, Broncart, Quéane, Hubert…

Il faut vendre les foins

L’an de NSJC 1790, le samedi 12e jour de juin, issüe de la grande messe, le RP Prieur ayant fait former le chapitre en la manière accoutumée pour lui donner communication de deux lettres du comité ecclésiastique de l’assemblée nationale relative à la sortie de dom Banse, a d’abord proposé de vendre les foins sur pied pour épargner 100 écus de frais, d’en garder deux ou trois acres pour la provision et d’appeler quelques officiers municipaux à l’enchère ; ou bien qu’on se conformeroit au décret qui prescrit de faire valoir comme cy devant.
La matière mise en délibération, le chapitre a consenti unanimement à la vente des foins avec la réserve de la provision de la maison, pour un an an, au besoin.

Banse accuse


Ensuite le RP Prieur a fait lecture 1° d’une lettre particulière qu’il a dit être de Saint-Germain-des-Près, en date du 7 juin 1790 et dont il croyoit devoir nous faire part parce qu’elle contenait une partie des propos indécents tenus contre notre maison par dom Banse qui suppose que chaque individu à un costume séparé ; qu’on va en bonnet de nuit et robe de chambre, fumer jusqu’au bord de la Seine, qu’on va joüer et boire avec la canaille… Mais surtout, que 4 à 5 religieux ont voulu le forcer, en le prenant à la gorge, le jeudi 22 avril, de leur livrer la sacristie et le trésor au pillage ; que s’il n’avoit pas appelé quelques domestiques, on lui auroit fait un mauvais parti.

Il réclame sa pension

La communauté a senti que ces propos et autres de cette espèce, auroit pu être aussi tenus par dom Banse comme dom Prieur l’a observé, à MM du comité ecclésiastique dont les deux lettres ont été lues par le RP Prieur.
La 1ère adressée à MM les officiers de la municipalité de l’abbaye de Jumièges datée du 7 juin 1790 les autorise à faire payer la pension de dom Banse à compter du jour de son départ et est de la teneur qui suit :

Paris, 7 juin 1790,
Le comité ecclésiastique, Messieurs, vous autorise à faire payer à dom Banse la pension décrétée par l’assemblée nationale et vous charge spécialement de veiller à ce qui ne soit rien distrait des meubles de la sacristie et du trésor de la dite abbaye dont la garde étoit autrefois confiée à ce religieux
Le 1er quartier de sa pension courra du jour de sa sortie du monastère.
(Suit toute une série de signatures plus ou moins lisibles sont celle de Durant de Maillard, vice président du comité ecclésiastique de l’assemblée natioonale)

"Des scènes indécentes"


La 2e adressée à MM les religieux de l’abbaye de Jumièges aussi datée du 7 juin 1790 portant que MM du comité ont été scandalisés des scènes indécentes qui se sont passées dans l’abbaye de Jumièges, laquelle lettre est de la teneur suivante :
Paris, 7 juin 1790,
Le comité ecclésiastique, Messieurs, est très scandalisé des scènes indécentes qui se sont passées dans votre abbaye. Il vous prévient que vous serez comptables au District et au Département de toute distraction du mobilier de votre sacristie et de votre trésor sur lequel vous n’avez aucun droit.
Les officiers municipaux de Jumièges vous notifieront les intentions du comité relativement à dom Banse.
Au comité ecclésiastique de l’assemblée nationale, Signé Durant de Maillart, vice président, Le Breton de Redon, La Boule, Gassendy, Languinair, de Boulandry secrétaire.

Poudré à la messe !


Sur quoi il a été observé et dit par chacun que dom Banse avoit le 1er changé de costume et avoit scandalisé les plus indifférents par sa manière de se poudrer jusqu’au blanc, paroissant ainsi au chœur où il a chanté la grand’ messe le 15 janvier ainsi poudré au scandale du clergé et autres étrangers présents, étonnés comme nous, de ce nouveau costume dans celui qui auroit dû en changer le dernier s’il y avoit été contraint.

"Il s'est fait insulter"

Que c’est lui qui a scandalisé le public par ses allures, ses grimaces, son costume quand il sort, qui l’a fait méconnoitre et prendre pour un roulier, qu’il se fit insulter l’été dernier dans la cour d’un café où l’on jouait, vis à vis de notre abbaye, qu’il y a joué lui-même il y a deux mois avec un particulier qui refusé de boire ce que dom Banse avait perdu, lui disant qu’il étoit trop près de son monastère pour boire avec lui ; qu’aucun religieux de la maison n’a fait d’éclats scandaleux comme dom Banse.



"Le pillage, c'est lui !"

Que quant aux partages, c’est lui qui a pressé les religieux d’en faire, tant du mobilier de la maison que de celui de la sacristie et du trésor, ainsi qu’on peut voir dans l’acte capitulaire du 19 avril dernier.
Que le jeudi suivant, 22 dudit mois d’avril, il a lui-même inventorié le mobilier le plus précieux de la sacristie et plusieurs pièces du trésor pour être partagées.
Dom Prieur a même promis au chapitre de lui représenter au besoin la signature de dom Banse comme ayant proposé de lui-même de pareilles partages et qu’on pourroit faire usage de cette déclaration de dom Prieur.

On a encore ajouté que dom Banse avoit lui-même livré le linge et aidé à transporter les ornements le jour précédent chez dom Procureur sans y (être) forcé par personne.

"Il manque des ornements"


Dom Outin a dit qu’il avoit demandé pendant la séance de la municipalité, mais surtout le 6 may dernier, qu’on fit un inventaire exact de ce qui restoit à la sacristie pour le rapprocher de celui de la municipalité et avec ce qui a été porté chez dom Procureur parce que quoi que dom Banse ait répété aut(re) fois qu’on ne lui avoit rien donné par compte, propos qui le rendroit déjà suspect, il y a des objets dont la plupart ont connoissance, tels que les aubes garnies pour les grandes fêtes dont on scavoit le nombre qui n’a point été diminué pendant la première année de la gestion de dom Banse comme sacristain ainsi que les 16 aubes garnies données il a près de deux ans à la sacristie et trois aubes unies neuves, qu'on scait le nombre des ornements qui devroient encore se trouver, qu’il paroit qu’il en manque depuis quelques mois et qu’en ce cas, en consentant de lui payer son quartier, on doit prévenir MM du comité de nous autoriser à faire des retenues sur les autres quartiers de sa pension pour remplacer ce qui manqueroit.

Combien de clefs ?


Mais la majorité s’est opposée à ce qu’on lui payât son quartier et dom Prieur a observé que dom Banse avoit, pour se mettre à l’abri, dit que dom Prieur et un autre, dom Outin, avoient des doubles clefs de la sacristie, que quant à lui, Prieur à ce titre, il avoit droit de les avoir, mais que dom Outin, ayant été sacristain autre fois,  avoit pu faire faire des doubles clefs, les avoir gardées et finalement qu’il en avoit, pour quoi lui, dom Banse, ne répondroit de rien.

Calomnie !

Dom Outin a repris que dom Banse avoit eu ses raisons d’avancer légèrement cette calomnie pour tâcher de le compromettre ; mais qu’il scaura s’expliquer et développer les motifs d’une pareille invention de la part de d. Banse.
D. Prieur a demandé qu’on chargeât quelqu’un de répondre, au nom de la communauté, à MM du comité ecclésiastique.

Quelques opinants ayant voulu en charger dom Prieur, il s’y est refusé en disant qu’il écriroit de son côté pour ce qui le concerne mais qu’il falloit désigner quelqu’un pour le faire au nom de la communauté puisqu’elle désiroit unanimement que l’on fit connaître dom Banse à MM du comité, on désiroit dom Allix pour ce travail, mais il n’avoit pas voulu assister à la séance.
D. Outin désigné par acclamation au défaut de dom Alix s’y est refusé absolument, disant avoir ses raison pour n’écrire qu’en particulier. Enfin dom Prieur ayant levé la séance, il n’y a eu rien d’arrêté sur ce sujet. En foi de quoi, j’ai dressé le présent procès verbal audits jour et an que dessus, lequel j’ai signé.

Outin, Allix, Bronquart, Bride, Hubert, Gobard.

Le scandaleux, c'est Banse !

Le vendredi 18 juin 1790, le P. Prieur ayant réuni la communauté issue de la messe, lui a lu un projet de réponse au comité ecclésiastique.
Par ce projet qui entre dans quelques détails sur dom Banse, la communauté demande communication de sa requête à la municipalité et de ses plaintes avant de démontrer que s’il s’était passé des scènes indécentes et scandaleuses à Jumièges et dans les environs, ce seroit particulièrement dom Banse qui en auroit été l’acteur.
Et que s’il y a voit eu des soustractions de faites dans le mobilier qui étoit à sa garde, elle devroient retomber à sa charge.
Ce projet a été adopté pour être signé de tous les capitulants sauf rédaction, pour quoi le teneur n’en pouvant être insérée ici, elle sera transcrite parmi les pièces justificatives ou de supplément à la fin du présent registre, fol. 191, recto et verso. En foi de quoi j’ai dressé le présent auxdits jour et an que dessus, lequel j’ai signé.

Allix, Hubert, Bronquart, Outin, Bride.

On nommera deux commissaires

L’an de NSJC 1790, le samedi 26 jour de juin, le chapitre assemblé issue de la grande messe, après trois volées de la cloche capitulaire, le RP Prieur a exposé que d. Banse étoit venu le trouver hier avec M. le maire, que celui-ci lui auroit en même temps notifié la lettre de MM du comité ecclésiastique du 7 du présent cy dessus transcrite dans la délibération du 12 courant avec l’arrêté de la municipalité du 19 du présent dont la teneur suit.

De la délibération de la municipalité de Jumièges, du 19 juin 1790 a été extrait ce qui suit :

Il a été mis sur le bureau une lettre adressée à MM. les officiers municipaux de Jumièges, par Messieurs du comité ecclésiastique de l’assemblée nationale, du sept de ce mois. Lecture faite de la dite lettre, l’assemblée à arrêté que copie de la dite lettre sera remise par le secrétaire greffier, de lui collationnée, à M. le Prieur de l’abbaye de Jumièges, avec aussi copie de la présente délibération. Délibéré ce dit jour et an susdit signé Phillipe Dossier, Jean Baptiste Hüe, Jean b ? Formant, Hue, P.F. Amand,, Vallentin Cabut et Varenguien, maire et Foutrel, secrétaire greffier.

Collationné conforme au registre de la délibération de Jumièges par moy, secrétaire greffier de la municipalité de Jumièges soussigné ce jour d’hui, 25 juin 1790. Foutrel.secret. greff.

Ensuite le RP Prieur a proposé à la communauté de nommer deux commissaires pour rédiger ensemble les réponses à faire, tant à la municipalité qu’à MM du comité ecclésiastique.
Dom Prieur a demandé que ceux qui se chargeroient de la commission de répondre à la municipalité et au comité ecclésiastique fussent aussi chargés du mémoire instructif sur la conduite de d. Banse en cas de besoin.

Les voix s’étant réunies sur dom Toussaint Outin, bibliothécaire et dom Henri Hubert, secrétaire du chapitre, ils ont accepté mais dom Outin a déclaré qu’il n’entendait s’obliger que pour cette fois, qu’il ne falloit pas borner la confiance de la communauté mais lui laisser la liberté de changer les commissaires ou de leur donner des adjoints ;
Les dits deux commissaires ayant pris le temps de rédiger leur travail, la réponse à la municipalité a été adoptée unanimement dans la teneur qui suit :

« Extrait de la délibération de la communauté de Jumièges du 26 juin 1790.

« Arrêté qu’il seroit répondu à Messieurs les officiers municipaux dans la forme qui suit :

La pension est suspendue

«  Votre arrêté, Messieurs, qui porte que copie de la lettre du 7 du présent qui vous a été adressée par MM. du comité ecclésiastique, sera remise à M. le Prieur, nous ayant été par lui communiquée, ainsi que la dite lettre relative a M. Banse, nous avons rapproché ces deux pièces de la lettre du même comité à nous adressée, aussi du 7 du courant.

« Ces deux lettres supposent des inculpations graves de la part de dom Banse contre notre maison pour avoir un prétexte de demander une pension.

« Pour quoi nous avons résolu de susprendre (sic) sa d. pension pour le payement de la quelle nous n’avons d’ailleurs, ni vous, Messieurs, reçu aucun ordre.

« Vous n’y êtes qu’autorisés ; ce qui vous donne droit d’examiner s’il y  a lieu.

« Et vous voudrez bien, Messieurs, avant de rien arrêter sur le payement de sa pension attendre que MM du comité nous ayent donné communication des griefs de dom Banse contenus, sans doute, dans la requête qu’il vous avoit adressée et envoyée par vous à l’assemblée nationale.

« Nous nous réservons de faire à cette requête de griefs, telle réponse qu’il appartiendra. Nous avons cependant délibéré de payer la pension de dom Banse si l’assemblée nous en donne l’ordre provisoire comme dom Banse prétend qu’il l’a donné, dès qu’il nous en aura fourni la preuve.

« Arrêté que la présente seroit  a signée de tous les capitulants. Fait au chapitre le 26 juin 1790 et ont signé f. P. a. Bride, prieur, f. J.F. Durel, doyen, f. de Mesanges, Sénieur,. F. Tousst Outin, Bibliothécaire, f. Painblanc, dépos. F. Gobard,, f. Brancquart,, f. Guedon, f. Montigny et fr. h. Hubert, secrétaire du chapitre.

Quant à la réponse à MM du comité ecclésiastique, dom Outin ayant cité le projet présenté le 18 et adopté par la communauté qui avoit arrêté d’abord de le signer, on a demandé une nouvelle rédaction d’après laquelle la réponse a été adoptée dans la teneur suivant

« Extrait du registre des délibérations de l’abbaye de Jumièges du 28 juin 1790.

« Arrêté qu’il sera écrit à Messieurs du comité ecclésiastique ainsi qu’il suit :

Messieurs,

« Nous avions délibéré dès le 12 du présent sur la réponse à faire à votre lettre du 7.

« Mais nous croyons ne devoir plus différer après la notification de celle que vous avez aussi adressée à la municipalité qui ne nous a fait passé qu’hier 25 sa délibération sur cet objet.

« Cependant, nous avons résolu de vous prier, Messieurs, de nous communiquer les plaintes que dom Banse peut vous avoir faites lui-même et la requête, où les griefs que la municipalité doit vous avoir envoyés de sa part.

Qu'il revienne !

« Votre comité, Messieurs, n’a pu être scandalisé que d’après les faux exposés de dom Banse qui n’avoit aucun prétexte de nous quitter et qui trouvera toujours chez nous sa subsistance comme les autres dès que son amour propre lui permettra d’y reprendre son rang de profession.

« Dom Prieur l’a déclaré de vive voix, d’après l’avis de la plupart d’entre nous, à la municipalité, qui sans doute vous  aura fait passer copie de notre réponse à sa notification.

« La communauté, Messieurs, espère se justifier pleinement des inculpations de dom Banse et vous faire revenir de l’opinion désavantageuse qu’il vous en auroit donnée.

« Arrêté que la présente sera signée des capitulants, fait au chapitre le 26 juin 1790 et ont signé etc.
 
En foi de quoi etc.

Paiement par contrainte

L’an de notre S. JC 1790, le 29e jour d’août, la communauté assemblée au son de la cloche, dom Pierre Amand Bride lui a présenté l’arrêté de la municipalité qu’il avoit fait circuler depuis le 27 afin que chacun se préparoit à en délibérer. Le dit arrêté de la teneur qui suit.

« De la délibération de la municipalité de Jumièges du 26 août a été extrait ce qui suit.

« L’assemblée municipale étant en séance dans le lieu  ordinaire, il a été fait lecture 1° de l’autorisation donnée à la municipalité le 7 juin dernier par le comité ecclésiastique de faire payer à dom Banse la pension décrétée par l’assemblée nationale de laquelle autorisation il a été donné copie à MM les Prieur et religieux.

« 2° de leur arrêté en date du 26 juin dernier et considérant qu’une pension alimentaire doit être payée provisoirement à toutes dattes quelconques et que les moyens employés par l’arrêté de MM les Prieur et religieux ne sont pas suffisants pour en arrêter le payement. Pour quoi l’assemblée municipale a délibéré qu’il sera demandé à MM les Prieur et religieux le payement de la pension de dom Banse à compter du jour de sa sortie du monastère et à leur refus, l’assemblée se réserve de prendre les voyes convenables pour les y contraindre.

« Délibéré en outre qu’il sera demandé à MM les Prieur et religieux le compte et nombre de leur récolte dont état sera dressé.

« Copie du présent arrêté sera remis par MM Varenguien, Philippe et Dossier aux dits sieurs religieux pour, par eux, s’y conformer. Délibéré lesdits jour et an que dessus. Signé Varenguien, maire, Philippe, Dossier, Hüe, Forment, Cabut, Duquesne, Amand, Le Vilain, procureur de la commune avec paraphes. Collationné conforme au registre des délibérations de la municipalité de Jumièges par nous, secrétaire greffier de la dit municipalité, soussigné ce jourd’huy 26 août 1790. Signé Foutrel, secr.greffier.

De faux exposés


« Copie de la présente a été remise à M. le Prieur par MM Varenguien, Philippe et Dossier qui a dit qu’il communiqueroit la présente délibération à la commun assemblée ce ditjour 26 août 1790 ; signé Varenguien maire, Philippe, Dossier.
Lecture faite, il a été observé que la municipalité préjugeoit la décision du comité ecclésiastique, auquel la communauté ait fait part des motifs qui luis faisoient suspendre le payement de la pension de dom Banse ; que le silence du comité ecclésiastique semble prouver suffisamment qu’il ne croit pas que dom Banse mérite qu’il s’occupe de lui et presse le payement d’une pension demandée par de faux exposés et des calomnies contre la commun où il auroit eu la malice de supposer que la vie n’étoit pas en pureté et autres noirceurs de cette espèce.

Levilain ? L'ami de Banse !

« Que cet arrêté paroissoit avoir été l’effet d’une réquisition du sieur Philbert Levilain, Procureur de la commune, que l’on assure en correspondance avec dom Banse et lié avec lui plus particulièrement. Que la municipalité a dû écrire elle-même au comité ecclésiastique, qu’elle doit attendre des ordres, comme nous qui avons délibéré le (blanc) de payer dès que nous en aurions reçu de l’assemblée nationale ainsi que porte notre réponse à la municipalité lorsqu’elle nous a notifié la lettre du comité ecclésiastique du 7 juin dernier.
D’après ces considérations, il a été unanimement résolu de répondre à la municipalité dans les principes cy dessus et dom Prieur ayant demandé que la communauté désignoit quelqu’un pour rédiger cette réponse, dom Allix s’en est trouvé unanimement chargé.
Ensuite il a été dit par dom Painblanc, pour répondre à la 2de partie de l’arrêté municipal, qu’il donneroit l’état de la récolte. En foi de quoi j’ai dressé le présent.

Dom Banse finit ses jours à Toulouse.


SOURCES

Actes capitulaires de l'abbaye de Jumièges, cote 9H37, archives départementales de la Seine-Maritime, numérisation : Jean-Yves et Josiane Marchand, transcription : Laurent Quevilly