Le 14 août 1741, au marché de Duclair, une rixe eclate entre un meunier du cru et celui de Jumièges. D'autres s'en mêlent. Bilan: deux blessés, un procès. A vous de juger...

En 1741, le 15 août, fête de l'Assomption, tombe un mardi, jour traditionnel de marché. Celui-ci fut donc avancé d'un jour. 
L'abbaye de Jumièges compte alors quatre moulins à eau sur le siège de sa baronnie : à Duclair, les deux moulins de bas, dits aussi moulins jumeaux et le moulin de haut, appelé moulin Bulteux, actionné par le sieur Vincent Secard. Et puis, il y a le moulin sis en la paroisse de Launay.
Depuis 20 ans, ces quatre moulins relèvent directement de l'abbé de Saint-Simon, par ailleurs comte de Metz. Un profiteur qui s'enrichit au mépris de ses vassaux.


Ces Chasse-pouque...

" Parfois, les meuniers envoyaient leurs garçons chercher chez le paysan sa provision de grain. C'étaient les chasse-moute qui, coiffés d'un bonnet de coton, la veste toute enfarinée, un fouet enlacé autour du cou, parcouraient le village, sur un âne ou un bidet, faisant claquer leur fouet pour prévenir de leur présence les clients qui leur remettaient du blé à moudre..."

Georges Dubosc, Journal de Rouen, 26 octobre 1902.

Mais l'abbaye compte aussi un moulin à vent à Jumièges qui, lui, dépend des religieux du couvent.  Ainsi tous les "banniers" de la baronnie sont tenus de moudre aux moulins de l'abbaye. Mais lequel au juste ?

Le lundi 14 août 1741, jour de marché, un conflit de territorialité éclate entre les gens du meunier de Jumièges et celui du moulin de Bulteux. Bilan : deux Jumiégeois blessés.

L'un d'eux alla se faire soigner chez le barbier de la place. Puis regagna Jumièges avec son compagnon d'infortune. Le sang de Jean Thierry, meunier de Jumièges, ne fit qu'un tour en voyant venir à lui son fils et son cousin de commis ainsi rossés. Dès le lendemain, il porta plainte auprès de Nicolas Delamarre, bailli de la haute justice.

La plainte de Jean Thierry
15 aoust 1741.

A monsieur le bailli de la haute justice de Jumièges, Yainville et Duclair,

Supplie humblement, Jean Thierry, meunier du moulin à vent de la baronnie de Jumièges et vous remontre que Jean Thierry son fils, en prenant hier sous la halle de Ducler une pouche remplie de bled que lui donnoit à moudre la nommée Desmoulins, du hameau de Saint-Paul, Vincent Secard, du moulin Bulteux de Ducler se seroit jetté sur luy pour luy arracher la dite pouche, ce qu'il auroit fait et l'auroit maltraité de plusieurs coups,

à quoy étant survenu Charles Thierry, cousin et domestique du suppliant, le nommé Jean Piquet, boucher du même lieu, proche parent du dit Secard, l'auroit pris au collet et frappé de plusieurs coups dans l'estomac et par tout le corps l'auroit renversé et traîné à travers ses crochets et ses autres instruments de boucherie en sorte que Jean Thierry, son fils, se trouve blessé de plusieurs contusions à la tête, si oppressé qu'il a de la peine à avoir sa respiration et au lit malade d'une fièvre continue. Charles Thierry, son domestique, encore plus malade, en danger de perdre un œil et même en danger de mort. Ce qui fait un tort considérable au suppliant et le met hors d'état de vaquer à ses affaires.

Un vide juridique

« Mais comme le dit Secard n'a aucun droit d'empêcher le suppliant de prendre à Ducler le bled qu'on luy donne pour moudre à son moulin, et quand même il l'auroit, les mauvais traitements faits aux gens du suppliant sont des voies de fait très illicites dont le suppliant espère justice, c'est ce qui l'oblige de vous donner la présente requeste.

« A ce qu'il vous plaise, Monsieur, luy accorder acte de la plainte qu'il vous fait contre Vincent Secard et Jean Piquet dénommés en la présente de ce qu'ils auroient maltraités le jour d'hier au marché de Ducler, de plusieurs coup,s les personnes de Jean Thierry, son fils, et Charles Thierry, son cousin et domestique, luy permettre d'en informer, par devant vous à tel jour et heure qu'il vous plaira indiquer à laquelle fin mandement pour appeler témoins, sauf après l'information faite prendre par le suppliant telles conclusions qu'il appartiendra et cependant l'autoriser de faire dresser procès verbal par chirurgien juré de l'état de ses enfant et cousin ensemble de leurs blessures et vous ferez justice.

Et c'est signé Brunet, le conseil de Jean Thierry qui n'appose qu'une croix au bas de cette plainte,

Le juge Delamare communiqua cette plainte le même jour au procureur fiscal, maître Joret. La procédure est engagée...

Les consultations du chirurgien

Originaire de Saint-Pierre-du-Nogaret, Jacques Beyries exerçait ses talents de barbier-chirurgien à Duclair depuis maintenant plus de vingt ans. Le même jour où Thierry porta plainte, il scella son cheval pour se rendre à Jumièges et examiner les blessés. Il les trouva dans la maison, cernée d'arbres fruitiers, qui jouxtait le moulin de bois. Après avoir prescrit son invariable traitement, saignée, régime, il prit la plume sur un coin de table débarrassé par Marie-Anne Grippois, la maîtresse de maison :

« Jacques Beryries, maître chirurgien juré commis aux rapports certifie à tous ceux qu'il appartiendra que ce jourd'huy, mardy quinze du présent mois d'aoust l'an mille sept cent quarante un, j'ai été requis pour me transporter chez Jean Quiery, maître meunier demeurant à la paroisse de Jumièges pour y voir et parler et médicamenter son fils le nommé Jean Quiery âgé de vingt et un an, lequel se trouvait couché dans un lit, malade, et après l'avoir bien et dûment visité sur toutes les parties de son corps je luy ai trouvé des contusions sur le (temporal ?) droit en la partie supérieure de la grandeur d'une pièce de vingt quatre sous, lesquelles contusions m'ont paru avoir été faites par quelque coup violent ou par quelque chute,

« de plus je l'ai trouvé beaucoup oppressé, ayant de la peine à respirer, de plus, je lui ai trouvé de la fièvre et vu tous les susdits accidents dénommés ci dessus j'ai jugé à propos de le saigner du bras, ce que j'ai fait sur le champ et lui ai ordonné de garder un régime de vivre très (strict) c'est ce que je certifie véritable, fait à Jumièges ce jour et an que dessus.

Beyries.»

Aussitôt, le chirurgien rédigea un second certificat :

Jacques Beyries, maître chirurgien juré, commis aux rapports, demeurant au bourg et paroisse de Ducler, certifie à tous ceux qu'il appartiendra que le quatorze d'aoust l'an mille dept cent quarante un le nommé Charles Quiery, garçon mounier se serait transporté chez moi pour se faire panser et médicamenter de plusieurs coups qu'il aurait reçu sur son corps dans le moment même, lequel j'ai remarqué tout le visage rempli de sang avec une plaie très considérable au dessous de l'oeil droit de la grandeur d'une pièce de six livres avec une partie de la pommette de la joue arrachée, la dite plaie étant si profonde là où l'on aurait pu placer une noix dedans et même ne pouvant répondre si la vue ne sera point au risque de se perdre

« et le sieur Jean Quiery son maître m'ayant requis d'aller voir le dit Charles Quiery son valet pour continuer à le penser c'est ce que j'ai fait ce jourd'huy quinze d'aoust mille sept cent quarante un, lequel dit Charles Quiery j'ai trouvé « coché » dans un lit avec fièvre continue, c'est ce qui m'a engagé à le saigner du bras... » Mais craignant l'hémorragie, Beyries différa l'opération pour la soirée « et en attendant j'ai ordonné au malade de garder le lit et pour toute nourriture de n'user que des bouillons,

« et le dit Jean Query m'ayant requis de luy délivrer le présent procès verbal, ce que j'ai fait à Jumièges ce jourd'huy quinze d'aoust mille sept cent quarante un. 

Beyries. »

Ce certificats furent contrôlés le lendemain à Caudebec par Merinos.

La plainte de Secard

L'attaque est la meilleure défense. Le 16 août, Vincent Secard sait que des témoins sont auditionnés contre lui. Alors, il porte plainte à son tour.

« Supplie humblement Vincent Secart, garde d'un des moulins de Duclair appartenant à Monseigneur de Mest (sic).

« Et vous remontre que lundy dernier quatorze de ce présent mois, jour du marché dudit Ducler, il se seroit transporté dans la halle dudit lieu pour quester les pouches et monnées des personnes dépendant et relevant des susdites paroisses appartenants à mon dit seigneur comme il a coutume de faire tous les jours de marché 

« et dans ce même temps il s'est trouvé la personne du nommé Thierry fils demeurant à Jumièges, occupant le moulin à vent de messieurs les religieux, prieur et couvent, de l'abbaye de Jumièges qui finissoit de prendre et enlever la pouche de la veuve de feu Louis Demoulins demeurant en la dite paroisse de Ducler, au hameau de Saint-Paul dans lequel il y avoit deux boisseaux de bled 

« et le dit Secard voyant cela s'opposa à l'enlevement d'icelle, 

« et le dit Thierry par violence et colère lui donna un coup de pied dans les parties et sur le moment le dit Secard le prit à la cravate et comme ils se donnèrent plusieurs coups chacun est survenu le domestique du dit Thierry qui avoit un gros fouet lié autour de luy qui se mit en effet de le délier afin d'assassiner le dit Secard, 

« à l'instant, le nommé Jean Piquet, marchand boucher du dit lieu de Ducler s'est mis a devant pour l'empêcher et en se retournant faisoit tomber la viande de dessus l'étal du dit Piquet par terre. 

« Le dit domestique s'accrocha au croc du brancard de Laurent Hamelet aussy boucher attenant à celuy du dit Piquet, lequel croc luy fit une arrachure au visage sans luy avoir touché,

«  environ une heure après qu'il s'était fait panser de son mal, il dit à Piquet que d'un petit malheur qu'il avoit, c'étoit un grand bonheur parce que son dessein et son intention estoit d'ouvrir la cervelle au dit Secard, il est donc à croire que c'étoit un dessein prédestiné de la part du dit Thierry et de son domestique contre le dit Secard...

« Ce considéré, Monsieur, il vous plaise accorder mandement au dit suppliant pour faire assigner devant à tel jour qu'il vous plaira témoins pour rapporter l'énoncé cy dessus et vous ferez justice.»

Les témoins de Thierry

Ce même 16 août, Nicolas Delamare, assisté de son greffier, Jean-Baptiste Debreuil, commençait à auditionner au palais abbatial les témoins de Thierry assignés par le sergent royal, Guillaume Letourneur.

Michel Gruley, laboureur de Jumièges âgé de 23 ans, fut le premier à déposer. Gruley connait bien le moulin. Il y a vécu son enfance et les moines en ont chassé son père pour incompétence voici dix ans. 

Ils raconte :

« Etant lundi dernier au marché de Ducler, il aperçut Jean Thierry fils disputer avec Vincent Secard au sujet de quelque proche remplie de grain que le dit Jean Thierry avait ramassée sous la halle du dit lieu de Ducler et qui étoit réclamée par le dit Secard... Gruley vit le dit Secard donner un coup sur la tête au dit Jean Thierry dont il lui fit sauter son chapeau, et après que le dit Thierry l'eut ramassé, le dit Secard lui redonna un second coup dont il fit encore retomber le chapeau mais le dit Jean Thierry au lieu de le ramasser rendit le coup au dit Secard ce qui excita entre eux une querelle sérieuse et se prirent par les cheveux ce qui dura pendant un espace de temps assez long et Charles Thierry voyant que le dit Jean avait le dessous saisit le dit Secard par derrière par les cheveux et le lâcha peu de temps après mais voyant que la dispute ne finissait point entre le dit Secard et Jean thierry le dit Charles Thierry mit la main à son fouet pour retourner sur le dit Secard dont il fut empêché par Jean Piquet, boucher, qui quitta son étal et jeta d'une gourmade dans l'estomac le dit Charles Thierry sur l'étal de Laurent Hamelet dont il rencontra en tombant sur des crocs de fer servant à peser de la viande qui lui fit une plaie au visage dont le sang découlait abondamment ce qui obligea le dit Charles Thierry d'aller chez un chirurgien se faire médicamenter.

« Dépose en outre que pendant ce temps là, la querelle d'entre Jean Thierry et Vincent Secard dura toujours et le déposant s'en étant approché et voyant que le dit Secard tenoit le dit Jean Thierry par la cravate et le serrer si fort qu'il avoit peine à respirer, luy, déposant, à l'aide de plusieurs autres firent quitter le dit Secard et délivrer de ses mains le dit Jean Thierry...»

Guillaume Simeon, marchand, demeure à Jumièges et a 45 ans. Lui aussi « estant lundy dernier au marché de Duclair, il aperçut et vit Jean Thierry fils disputer avec Vincent Secard, lequel réclamait quelque poche remplie de grain que le dit Jean Thierry avoit ramassé sous la halle du dit Ducler et ne voulant pas les céder, le dit Secard lui poussa quelques coups ce qui forma une querelle entre eux et s'estant pris réciproquement par les cheveux, ils se traînèrent jusqu'à l'étal de Jean Piquet lors de quoy (Charles) Thierry estant survenu et voulant se servir du manche de son fouet pour frapper le dit Secard, il en fut empêché par Jean Piquet qui, en lui disant qu'il n'avoit que faire là, le poussa d'un coup de poing dont il tomba sur un crocher à peser la viande et se fit une plaie au visage...»

Michel Baillif, fondelier, demeure au Trait et a 40 ans. Il a assisté au début de la querelle, il a vu Thierry et Secard se tenir par les cheveux et se porter plusieurs coups mais « ne voulant pas être témoin d'une pareille dispute se retira en voyant tomber le domestique de Thierry sur un croc à viande qui lui déchira le visage sans savoir ni pouvoir se souvenir par qui le dit domestique a été poussé... »

Les auditions se poursuivent le jeudi 17.

Françoise Duchenne, 42 ans, est veuve de Louis Desmoulins. Elle demeure au hameau de Saint-Paul. « Etant lundi au marché de Ducler où elle acheta deux boisseaux de blé, elle le donna au fils de Thierry, munier de Jumièges, pour les moudre, lequel s'en saisit et le porta avec plusieurs autres poches et sacs qu'il avoit. Après quoi, la déposante ayant quitté le dit Thierry, elle fut surprise en retournant de voir son blé répandu par terre et le dit Thierry fils le visage ensanglanté et sans chapeau qui s'en retournoit et apprit la déposante par le bruit commun que le dit Thierry avoit eu dispute avec le mounier Secard qui réclamait les deux boiseaux de blé de la déposante et qu'il les emporta à son moulin d'où elle les a esté reprendre moulus en farine...»

Pierre Brunet, laboureur à Yainville, 48 ans, « dépose qu'estant lundy au marché de Ducler, il vit Vincent Secard quy traînait par les cheveux Jean Thierry fils et luy donnoit en même temps des coups de poing sur différents endroits de con corps et, lorsque Charles Thierry, son domestique, alloit pour le défendre, il en fut empesché par Jean Piquet, boucher, qui le poussa d'une gourmade dont il tomba à la renverse sur un croc de fer à peser la viande dont il eut le visage déchiré... »

Marie Anne Gaillardon, femme de Laurent Goubert, cordonnier demeurant à Ducler, est âgée de 30 ans. « Elle vit Vincent Secard qui traînait Jean Thierry fils par les cheveux et se battaient ensemble le long de l'étal de Jean Piquet, lequel Piquet pour éviter que sa viande ne fut renversée par terre repoussa un particulier à elle inconnu qui eut le malheur de rencontrer un croc à viande qui luy arracha le visage... »

Les témoins de Secard

Les témoins de Secard furent auditionnés par le bailli Delamarre ce même jeudi 17 août.

Marie Cécile Pécot, épouse de Denis Hamelin, le boulanger de Duclair, a 36 ans. « Elle vit le domestique de Jean Thierry fils, munier de Jumièges quy fut chez le sieur Beyries, chirurgien, pour se faire panser d'une plaie qu'il avoit au visage, après quoy, le dit domstique repassant après de la déposante, luy dit que c'étoit un grand malheur qu'il luy venoit de luy arriver et qu'il estoit bien malheureux de s'estre trouvé dans une pareille rencontre, qu'après tout, qu'il estoit bien heureux d'avoir de quoy se faire solliciter et sur ce que la déposante luy demanda comment il feroit sy l'oeil lui enflait et qu'il n'en vit point, il luy répondit qu'il se feroit apporter à Ducler afin d'éviter les voyages du chirurgien.»

Magdeleine Hamelet, 26 ans, demeure à Duclair. Etant sous les halles, « elle vit le domestique de Jean Thierry qui revenoit de chez le chirurgien se faire panser et quy dit à elle déposante et à plusieurs autres sous les halles de Ducler que d'un petit malheur quy venoit de luy arriver, il en naissait un grand bonheur puisque son dessein étoit de casser la tête à Vincent Secard s'il n'en avoit pas été empesché...»

Les auditions se termineront le 18. 

Antoine Leclerc, cordonnier de Duclair, 27 ans. Il n'a « d'autre connaissance du contenu en la dite plainte sinon que d'avoir vu du blé répandu par terre et une dispute entre Vincent Secaed et la veuve Demoulins... »

Philippe Lamandé, 40 ans, de la paroisse de Launay, est dit tantôt journalier, tantôt huilier. « Lundy dernier, estant à Ducler chez le sieur Bryries, chirurgien, pour s'y faire raser, il y trouva le domestique de Jean Thierry qui avoit le visage arraché et que le dit sieur Beryries médicamentois. Et lui, déposant, luy ayant demandé comment ce malheur-là luy estoit arrivé, il luy répondit que Jean Thierry, son maistre, se battant avec Vincent Sécart dont il fut empêché par Jean Piquet quy le repoussa et qu'en tombant il s'étoit accroché à un croc à viande et lui ayant encore demandé si il ne coucheroit point sa plainte, le dit domestique luy fit réponse que non puisque Secard ne luy avoit point touché et que tout le monde concevoit qu'il n'y avoit point de la faute à Piquet et que ce n'étoit qu'un malheur, lequel discours le dit domestique a tenu encore depuis au déposant.... »

L'impatience de Thierry père

Thierry père revient à la charge auprès du bailli de Duclair. Rappelant les faits, il précise :

« 
comme la maladie de l'un et de l'autre s'aigrit et augmente de jour en jour en sorte qu'ils sont en grand danger de mort, qu'il coûte considérablement au suppliant pour subvenir aux frais de nourriture et médicaments de ses enfant et domestique et que tous ces excès et violences à eux faits sont sans raison et sans droit parceque le suppliant a autant de droit que le dit Secard de prendre les bleds qui lui sont donnés pour moudre à son moulin, lui soient-ils donnés même par les habitants et vassaux de Ducler et dans la dépendance de la baronnie dudit lieu, ce qui seroit aisé à justifier en cas de contredits,


Le meunier et son garçon dans l'imagerie folklorique normande.

« par conséquence que tous ces excès et mauvais traitements sous auteur de guet-apens qui mériterait votre attention et celle de Monsieur le procureur fiscal,

« Ce considérant, Monsieur, il vous plaise ordonner que lesdits Secard et Piquet seront adjournés à comparoir en personne par devant vous pour être ouïs et interrogés sur les charges contre eux rapportées par votre information et vu le procès-verbal et référé de Me Jacques Beyries, chirurgien juré qui panse et traite actuellement les dits Jean Thierry son fils et Charles Thierry, son cousin et domestique, adjuger au suppliant la somme de trois cent livres de provision pour subvenir à leurs aliments et médicaments à prendre sur lesdits Secard et Piquet solidairement au paiement de laquelle ils seront contraints par corps et biens sauf à Monsieur le procureur fiscal à prendre telles conclusions qu'il avisera par la vindicte publique et sans préjudice au suppliant de prendre ses conclusions sur la question de ses dommages intérêts et vous ferez justice.»

Avant comparution des intéressés, une provision alimentaire de 100 livres fut accordée le 19 août aux blessés au lieu des 300 réclamés. Mais on ne sait qui fut condamné dans cette affaire.


SOURCES

ADSM 199BP40, documents numérisés par Jean-Yves et Josiane Marchand, rédaction Laurent Quevilly.
Voir les documents originaux