En 1930, un certain Robert-Labbé publie dans la rubrique Les vacances du journal Le Mutilé d'Algérie, le compte-rendu d'une visite à Jumièges...


Parlons seulement aujourd'hui de Jumièges, situé sur une des boucles du fleuve et qui vaut qu'on s'y arrête tant par l'intérêt que présentent les ruines de son abbaye bénédictine que par la splendeur de la campagne et des forêts avoisinantes. Le village est déominé par une colline. De ce point culminant, l'oeil ravi contemple une chaîne de hauteurs bleutées par l'éloignement; en approchant, on découvre les deux tours de l'abbaye, puis on arrive sur une petite place triangulaire ombragée de tilleuls.

Sur l'un des côtés existe une auberge où l'abondance et l'excellence de la chère compense ce que le coucher peut laisser à désirer ; en face se trouve un long mur gris, dominé par des arbres centenaires: cette muraille enclôt les restes de l'abbaye, gememeticum monasterium. (...)

Le spectacle de ces ruines grandioses est réellement imposant, surtout lorsqu'on la bonne fortune de les visiter au clair de lune bleu, dans le silence d'une belle nuit a saturée des parfums qu'exhale cette riche contrée.

Le monastère fut ravagé pendant la révolution de 1789 et nous avons pu constater que nombre d'habitations particulères des alentours ne sont pas formée des matériaux du pays mais de moëllons très reconnaissables provenant de la destruction des bâtiments abbatiaux.


 (Croquis Robert-Labbé)          

A quelque distance du village, on remarquait il y a peu d'années, une grande villa inachevée construite en ciment armé.
—C'est la maison à Guillaume, nous dit en clignant de l'oeil le paysan qui nous conduisait.
— La maison à Guillaume ?
— Oui, des Boches qui se disaient Belges, l'ont fait pendant la guerre pour servir de point d'appui aux armées allemandes et surtour pour se rendre maîtres du fleuve. On a pu les arrêter à temps.
De fait, la situation de cette bâtisse est merveilleusement choisie pour commander les environs et la boucle de la Seine. La plateformé bétonnée établie devant la maison donne à réfléchir.
Non loin de là est situé un joli domaine, jadis propriété de Sacha Guitry. L'acteur l'avait baptisé "Chez les Zoaques" en souvenir d'une de ses créations.

Au sortir de Jumièges s'étire, plate et droite sur un kilomètre, une route qu'interrompt le cour de la Seine. On resterait des journées entières à voir s'écouler ses eaux rapides que sillonnent de temps en temps les navires remontant à Rouen. On ne se lasse pas de contempler les hautes falaises que couronne, comme une épaisse chevelure, la splendide forêt de Brotonne.

Un bac passe piétons et voitures sur l'autre rive sur laquelle s'ouvre un autre chemin pour le retour à Rouen ou au Havre.

A. Robert-L'Abbé
(Journal Le Mutilé d'Algérie, 20 juillet 1930)





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