Des moines armés et court vêtus !...
1335. A
l’époque, les Jumiégeois croisent des
moines court-vêtus, portant les armes pour chasser dans
plaines et marais. Malgré un interdit
général prononcé dans la province en
septembre 1335.
L’église Saint-Pierre devient manaçante. La voûte du chœur est ruinée. Plus de vitres aux baies. Gamblet entreprit 18 mois de travaux.
Une
partie de l'église sera désaffectée au
profit d'un
vestibule surmonté d'une bibliothèque.
Raccourcie,
Saint-Pierre était maintenant privée
d’issue. Le
peuple y entre par la grande église puis un long corridor
voûté. Ce vestibule portera longtemps le nom de chapitre des grièves
coulpes. On y enterra durant les travaux
le corps d’Ensulbert, doyen de
Jumièges et abbé de Saint-Wandrille.
Jumièges connut une abondante moisson en 1334. Le revenu de l’abbaye à Jumièges, Duclair et autres paroisses est de 1900 livres. 60 vont à l’habillement des pauvres à la Toussaint. 50 aux religieux mendiants, « pauvres écoliers et autres… » Il y a toujours un écuyer à l’abbaye, mais aussi deux pages. Des maîtres enseignent la grammaire, la logique et la philosophie. Des enfants servent à l’église.
Importants sont les frais de justice. Le cellérier, grand fermier de la maison, monte aux greniers seigle, froment, méteil, pois, orge, avoine… La vendange produit 140 muids de vin. La recette du cellérier s’élève à 3400 livres. Considérable. Mais il y a des dépenses. Il pourvoit à la fabrication du pain pour les 55 religieux et les domestiques. 21 travaillent sous ses ordres. Il dispense aussi des aumônes en nature aux pauvres, aux malades, les jours de fête des fondateurs et anniversaires des abbés.
Une centaine d’étrangers font halte chaque jour à l’abbaye, centre névralgique en Normandie. La noblesse, les privilégiés viennent passer ici leurs contrats de mariage, célébrer leurs noces, traiter leurs affaires. Cent étrangers, ce sont cent chevaux à nourrir, cent repas à servir…
Ainsi
nos ancêtres voient-ils chaque jour défiler sous
leurs yeux le gratin de la province. L’abbé fait
remarquer au pape que son abbaye est l’hospice de tout le
monde, du plus pauvre au roi. Ces portes grandes ouvertes
coûtent la moitié des revenus.
L’industrie monastique compte encore l’infirmier, l’aumônier, le pitancier, le chantre, le sacristain, le jardinier, le prieur claustral et le cuisinier. L’aumônier délivre chaque année aux pauvres de la péninsule et à ceux qui frappent à l’abbaye blé, vin, la chair de trente porcs gras les restes du réfectoire, les vieux habits des religieux, dix robes neuves à la Toussaint, 186 livres aux aumônes journalières. L’hiver, le prieur garnit à ses frais les capuchons des moines de peau d’agneau pour les prévenir de la grippe. Les moines d’alors répugnent à faire maigre.
La guerre de Cent AnsDeux dynasties, Plantagenets et Valois, vont se disputer la couronne de France durant 116 ans, de 1337 à 1453.
Voilà un conflit qui
mêle rivalités dynastiques, territoriales et
économiques, et se déroule sur plusieurs
générations avec des périodes de
victoire alternées. Il
va donner un nouveau coup
d'arrêt au développent de l'abbaye,
située
près d'un fleuve propice aux invasions.
1348.
Après
la peste noire de 1348, certains auteurs situent le transfert de
léproserie à Saint-Paul pour éloigner
la contagion.
A cette époque, les habitants de Jumièges ont construit des maisons jusqu’à la maladrerie Saint-Michel. Alors, ils viennent voir l’abbé Guillaume pour le prier de démolir cet édifice. Ils craignent la contagion. L’abbé refuse. La chapelle lui rapporte 7 livres. Mais les religieux joignent leurs voix à la population. Et l’abbé consentit à la démolir. On transhuma le corps de l’abbé de Fors à l’abbaye. D’autres restèrent en terre.
On reconstruisit la léproserie au mont d’Avilette, près de la chapelle Saint-Paul. Elle prit le nom de cet apôtre ainsi que celui de saint Nicolas. Bien que les plans la nommeront aussi Saint-Julien-du-Bout-du-Bois. L’abbaye en gardera le patronage en y nommant un religieux. La léproserie était entourée d’une douzaine d’acres de terre. Elle vivait grâce aux subsides des moines et des plus riches habitants de la péninsule mais aussi de Duclair et de Saint-Marguerite.1349. Le 16 septembre 1349 mourut l’abbé Guillaume. Avant sa mort, il avait fait bâtir des greniers à l’emplacement de l’ancienne porte de l’église Saint-Pierre.
A
Guillaume succéda Jean de Boiracher, originaire de Duclair,
53e abbé. On dit qu’il fut nommé par la
volonté du peuple. Il réclama le rattachement de
l’église de Saint-Paër à la
mense abbatiale, arguant des temps orageux nuisibles aux revenus
agricoles et des séjours prolongés des princes en
son abbaye. Un envoyé alla le dire au pape en Avignon
où il fut retenu quinze jours.
1355-1364 : Charles Ier, duc de Normandie
Jean de Valois duc de Normandie, fut sacré roi de France en 1350. Après une vance de cinq ans, son fils Charles hérita du titre. Il joue un rôle important dans la gestion du duché pendant la guerre de Cent Ans, mais meurt avant de pouvoir accéder au trône royal.
Le pillage, la jachère...
1358. En
1358, vers la Saint Martin d'hiver (11 novembre) huit-cents Navarrais
fondent sur la contrée. Six jours durant, sous les yeux des
Mainberte, ils pillent l'abbaye, délaissée par la
plupart de ses moines réfugiés en leur manoir de
Rouen. Seuls quelques jeunes cénobites
demeurèrent. Jean de Boiracher, le Duclairois, passa pour un
déserteur.
1359. Au
début d'août 1359, sur ordre de Louis d'Harcourt,
lieutenant du régent Charles, 24 pionniers
passèrent trois jours à abattre les escaliers de
l'église et de la grosse tour qui servaient de
gué.
Cinq ans durant, il n'y eut plus de cultures dans la presqu'île. On tenta bien de la relancer vaille que vaille, mais treize moines moururent, et bien plus de domestiques. L’abbé fit parvenir des aides. Il mandata un envoyé pour quêter dans les monastères de l’ordre en faveur des défunts. L’émissaire n’alla pas plus loin que Saint-Wandrille. Les chemins étaient si peu sûrs.
|
Vente de dix
livrées de rente en la paroisse de Ducler, faicte au roy par
Jean
Duquesne. L'an 1369, may. |
1362. Boiracher mourut le 29 août 1362. On le remplaça par Pierre II dit de Mauroi, 54e abbé. Il ne survécut que deux ans, remplacé par Jean III dit de Saint-Denis ou encore Papillon, 55e abbé. Un étranger à la communauté. Il ne viendra séjourner à Jumièges qu'à la fin de son abbatiat. |
1366. L'arsenal de Rouen produit des armes à plein régime pour doter les places fortes. Jumièges est du nombre. Un navire armé patrouille sans cesse entre Rouen et Caudebec.
1369. En mars 1369, année où la trève avec les Anglais va expirer, le bailli de Rouen et Gisors, Guillaume Auxeau, accompagné de Baudrain de la Heuse vient inspecter les forticications de Jumièges, du Trait, de Saint-Wandrille...
Du 16 au 24 août, Charles V s'établit à l'abbaye pour surviller la concentration de nefs armées en vue d'un débarquement en Angleterre.1370. Au monastère, les quelques moines méprisent la règle, écoutent la voix séditieuse du cellérier, Pierre Sevran qui s'oppose aux dictats extérieurs de l'abbé. En 1370, Jean III vient enfin à l'abbaye pour rétablir l'ordre. Et ses revenus...
1377. L'abbé Jean III mourut le 8 mars 1377 après, dit-on, avoir consommé, nous dit-on, quelques grappes de doux raisin qui lui ulcérèrent l’estomac au point que des vers lui sortirent des entrailles.
1380. L’aumônier de Saint-Denis lui succéda sous le nom de Jean IV dit de Fors, 56e abbé, né d’une famille de Rouen qui a déjà donné un abbé à Jumièges. Mais il ne vient pas à l’abbaye. Les moines refusent de donner la crosse abbatiale à son envoyé. Cela ne se fait pas. Ce n’est qu’à Pâques 1380 que De Fors entre à Jumièges. Acclamé par une trentaine de moines en haillons qui demandent le nécessaire. L’abbé y pourvoit.
Il meurt le jeudi 22 avril 1389.
1389.
Geoffroi
III, dit Harenc, lui succède comme 57e abbé. A
peine installé, il intente un procès aux
habitants du Trait qui ont installé un port accueillant des
marchands, de jour comme de nuit, au détriment de
Jumièges. Or le droit de passage de l’abbaye
allait jusqu’à Caudebec. Le fermier de
Port-Jumièges taxait du reste les moines de Saint-Wandrille
pour leur port de Caudebec. L’affaire monte à
Paris. 11 février 1389, sentence favorable à
Harenc. Le droit de passage est d’un denier par personne et
par bête. Le double la nuit. Le double encore si la personne
et la bête sont chargées. C’est deux
sols pour une charrette vide, quatre si chargée. Dans les
paroisses de Jumièges, Yainville et Mesnil, le droit de
coutume doit être porté à
l’abbaye par les marchands en quelque lieu de Normandie
qu’ils vendent leurs denrées.
Nos pêcheurs d'alors
Les pêcheurs de Jumièges, en 1389, sont les suivants : Robin Godeffroi, Simon Nivelet, Robin Mahommet, Guillaume Le Rouge, Raoul Amours, Robin Dane, Colin, Henri, Simon Le Roi, Guillaume Tuevaque (Tuvache), Roger Bernard, Robert Michel, Robin Le Rouge, Jouen Vi, Guillaume Le Blot, Jeannet Samson, Simon Leblont, Jouen Le Roi, Regnaut du Jardin, Ernault Hue, Guillaume Liart, Guillot Le Rouge. On les retrouvera un peu plus tard dans les rôles de fouages.

1390. Geoffroi
partit pour le Bec en mars. Sans chef, les moines se tournent vers le
pape. On les laisse patienter. Cette année-là,
Guillot
Hébert, de Jumièges, s'oblige près de
Jean du
Chastel, bourgeois de Rouen, à lui fournir un fausset de 36
pieds de long sur 10 à 11 de large suceptible de porter 26
poises de sel (environ 250 hectolitres).
1391.
Arrivée
de l'abbé Simon du Bosq, en avril 1391, Rouennais
d’illustre naissance, descendant de Danois, 58e
abbé. Mais le professeur de théologie
n’abandonna sa chaire que durant les vacances et durant les
grandes fêtes pour résider à
Jumièges .
Jean le Caron et Pierre le Cavelier de Saint-Martin-sur-Croisset s’est ensemble et l’un pour le tout à ce que ils feront un batel et rendront tout prest la Magdeleine prochain avenant ou de dans huit jours en suivant à Jean Boutard de la paroisse de Jumièges et à Marguerin le Blout (dit aussi Marquet Le Blond) bourgeois de Rouen de 28 pieds de long entre deux estables à pied marchand et 7 pieds ½ de lay et 4 pieds ½ de genoul, de merrein bon et suffisants, tel comme au cas appartient de clous et de ferrements, tel semble comme a de ce appatient et trouvera le dict acheteur le bray a faire le batel, pour 35 l.t et en auront les dicts vendeurs avant les marins 8 l. 15 s et que le fond en sera joint et les estables autant et quand il sera tout bordé autant et quand il sera bouté a l’eau l’autre quard paiement ; les dicts vendeurs promistrent livrer le dit batel en la manière que dict est et oblige corps et biens.
Deux artisans du bois de Croisset (réunis à Canteleu) s’engageaient donc à construire un bateau de 9 mètres 25 de long, 2 m 50 en sa plus grande longueur et de 1 m 50 de profondeur pour deux particuliers dont l’un demeurait à Rouen et l’autre a Jumièges. Ces artisans s’engageaient à fournir le bois de bonne qualité ainsi que les clous et les fers nécessaires à cette construction. Il n’est pas question de mat ni de gréement qui devaient être sans doute achetés à part, surtout les voiles. Les acheteurs devaient fournir le « bray » matière rare sans doute pour la peinture du bateau. Les constructeurs s’engageaient à le livrer avant la Sainte Madeleine (22 juillet) et au plus tard, huit jours après ce qui indique une construction réalisée en moins de quatre mois.
Le paiement était assuré en quatre fois, non pas à des dates fixées à l’avance, mais à des moments précis de la construction, avant la mise en chantier, lorsque le fond était joint, lorsque les cotés étaient terminés, à sont achèvement lors de la mise à l’eau. le prix de 35 livres tournois représentant le bois, le fer et le travail des ouvriers correspondant au prix de deux vaches vendues le même années à la grande foire d’octobre et de la Saint-Romain, c'est-à-dire que l’équivalence serait aujourd’hui établie entre 200 et 240.000 francs (1959).
Il existait alors de petits chantiers de construction et de réparations sur les bords de la seine, à Canteleu, à Dieppedalle, à Duclair, à Guerbaville, à Caudebec.
Ce petit bateau est le type même des bateaux employés sur la seine pour le cabotage. Au dix huitième siècle on en retrouve de semblables pour les voituriers d’eau – On y trouve encore des Boutard de Jumièges – qui deux fois par semaine faisaient un service de transport de marchandises entres Jumièges et Rouen notamment du cidre en fûts et des fruits de saison. La voie d’eau était alors la plus rapide à cause du reflux et la plus économique à cause du tonnage qui pouvait être transporté.
Dans ces actes du XVIIIe siècle, le contact était établi pour deux personnes dont l’une était toujours bourgeois de Rouen. Cette association devait sans doutes offrir des avantages du point de vue des droits de la ville; celui de Rouen pouvait aussi chercher pour le fret possible pour le retour. Ce contrat de construction peut également répondre au même but par l’achat en commun d’un bateau neuf. (source: A. Dubuc, Annales de Normandie, 1959).
1398.
La charge de maréchal est la
propriété de plusieurs familles
représentées par Jean Gouffre qui ne semble pas
posséder toutes les qualités requises. Car les
bénéficiaires sont aussi Richard de Conihout,
Raoul Marescal, héritier des premiers écuyers,
Jean Vauquelin, Raoul Vauquelin, le tonnelier, Raoul Duhamel, Raoul
Vauquelin du port, Guillot Vauquelin, Raoul Avril, Jean Marescot, Roger
Clarel, Thomas Viart, tous en leur nom.
Pierre le Nepveu en son nom et au nom de sa
femme. Robert
Boulard, ou Boutard, Simon Clarel, Colin Le Villain, Jean Lambert,
Pierre Cauvin, Roger Cornée, Raoul Mullot, Roger Thiebert,
Pierre Gaignet, Guillaume Le Sergent, Philippe Duhamel à
cause de leurs femmes.
24 serviteurs pour un seul office ! Et parmi eux, combien se sentaient capable d’aller en ambassade auprès du Roi, des ducs et des comtes, de pontes de la hiérarchie ecclésiastique. Ils renoncèrent donc à leur charge et avantages contre une rente. La date de cette transaction est du 8 mars 1398. Le fief de la maréchaussée subsista dès lors. Mais ce nom n’avait plus d’autre valeur qu’un souvenir historique.
1400. En
octobre 1400, Simon Luissier qui possédait un lopin de terre
près de Jumièges fut obligé de le
vendre à son créancier. Mais il continua de le
louer pour assurer sa subsistance. Le
fief du vacher de l'abbaye est représenté, en
1400, par
sept personnes ; celui du vigneron, par quatorze individus ; celui du
maréchal, on l'a vu, par plus de vingt. En ce cas, c'est
«
l'aîné » du fief qui en « rend
le service
», qui soigne les vaches, taille les vignes, ferre les
chevaux...
1402. Les Jumiégeois comme le reste du peuple répugnent à faire commerce le dimanche des rameaux. Si bien que la foire des religieux est presque abandonnée. Le 16 juin 1402, une lettre patente du Roi fixe désormais la foire annuelle à la saint Valentin, le 14 février, jour où foule d’étrangers investissent le village. On la veut semblable à celle qui se tient le dimanche de Pâques fleuries. On choisira l’endroit le plus commode pour les bestiaux. Mais cette foire ne fut pas plus courue. Alors, les commerçants allèrent bientôt à Duclair, le 11 octobre, jour de la saint Denis.
Un enfant de Duclair fut placé, en 1402, comme apprenti chez une femme orfèvre de la ville de Rouen. Alips Sevestre. Etienne Boutard entrait ainsi pour six ans sous sa coupe, moyennant une somme de 15 livres qui fut payée à sa patronne, et qu'elle s'engagea à rendre aux parents, dans le cas où, au bout du terme, l'apprenti consentirait à rester deux ans à son service.
Les parents devaient trouver à leur fils, « caucher et vestir et le ramener, à leurs dépens, s'il s'échappoit ».
Jean
Le Vacher vaque aux occupations liées à son
nom : garder sur cinq acres du Mesnil les vaches du cuisinier
de l’abbaye, les traire au manoir de la belle
Agnès, faire du fourmage et garder pour
sa peine le lait mesgué de la semaine,
autrement dit le lait maigre et tout le lait du dimanche matin. Jean Le
Vacher allait porter ses fromages aux cuisines de l’abbaye
où il les salait. On lui donnait en retour quelques
denrées. Quand le cuisinier décidait
d’abattre une de ses vaches, Jean recevait l’aler
et le parler, ce qui veut dire la tête et la
langue, deux joints du cou et les quatre pieds. Prenait-il un veau de
lait, le cuisinier ne gardait que les quatre quartiers et la peau, le
reste allait à Jean. Jean qui, au manoir, avait sa propre
vache. Pour son service, Le Vacher recevait des cuisines boire et
manger au fil de l’an et bénéficiait de
franchises pour ce qu’il vendait ou achetait au
marché, pour ses transports et passages sur la Seine, pour
les porcs qu’il menait en forêt. A sa mort, son
fief devra 60 sous et un denier aux religieux. A l’aube du
XVe siècle, le fief est tenu par sept personnes :
Jean Le Vaquier l’aîné, Philippe de
Poys, Robert Osmont, Martin Le Machon, Drouet Hardy et Denis de
Quiefdeville, un prêtre. Dans
l’incapacité de l’accomplir, tous
renoncèrent à leur charge et aux droits
correspondants. Sinon celui de panage et de taille de bois. Il leur
fallut alors verser au couvent 20 sols tous les ans, quitte
à se faire rembourser par leurs enfants qui reprendraient
l’office. L’accord est du 21 avril 1402.
1403 : Pierre Bourguegnon est recteur des écoles de Jumièges.
1407 :
On pense parfois que
quelques habitants de Jumièges accompagnèrent Du
Bosc pour aller en ambassade entre les deux papes rivaux de
l'époque. Douteux. Il partit de Paris le 16 avril 1407 en
compagnie d’un religieux, deux gentilshommes, un
maître-d’hôtel, un page, un valet de
chambre, un maréchal, un garçon
d’écurie et un valet de pied.
L’équipage arriva le 9 mai à Marseille.
Le voyage se poursuivit en Italie pour s’achever en janvier
1408.
Le 15 septembre 1407, une sentence est publiée à propos de l’application du droit mortuaire à un instituteur de Jumièges. Nous évoquerons le sujet plus loin. L'hiver de 1407 fut très rude: "Cinquante-deux nefs chargées de harengs, de figues et de vins doux furent arrêtées par les glaces dans la fosse du Leure, le carême approchait, les marchands craignaient de manquer l'occasion favorable à la vente, on déchargea les nefs et les chariots, traversant la Seine sur la glace, rapportèrent les chargements au port de Jumièges." Le passager du bac était Guillaume Hervieu, il était aussi fermier de la vicomté de l’eau. Les deux hommes aidèrent à la manœuvre en disposant des planches sur les bords du fleuve qui n’étaient pas gelés.
Il assassine un prêtre
1408.
Qu’apprend-t-on ! Domicilé au
Mesnil-sous-Jumièges, Robert Dubos d’Anneville a
assassiné un prêtre, Pierre Fauquart. Eh bien il
vient de bénéficier de privilège de
saint Romain. Oui, il est grâcié.
1409.
Du Bosc est au concile de
Pise qui désigne Alexandre V pour pape. En reconnaissance,
il lui accordera le droit de porter la mitre, l’anneau et les
ornements pontificaux les jours de cérémonie. Il
peut bénir le peuple, les objets du culte dans toutes les
églises dépendantes de l’abbaye si
l’évêque ou un légat du
Saint-Siège sont absents.
8
juillet 1409 : une bulle papale accorde quarante
jours
d’indulgences à qui visitera
l’église de Jumièges les jours de
l’Assomption, de Saint-Pierre et de Saint-Valentin.
Du
Bosc pousse les prieurs de sa mouvance à
l’étude au collège de Justice
où il enseigne et loge. De Jumièges, il fait
monter à Paris doms Guy de Vatetot et Jean de la
Chaussée.
1410. Le fief de la Vigne compte 14 tenanciers. Chaque jour que besoin est, ils doivent un laboureur aux religieux pour cultiver le clos de la grand’ vigne. Ils en demandent une rente de 30 sols et renoncent au pain et vin fournis par la cuisine du moutier.
Le fief MainberteEn 1410, les services de fiefs sont étendus par du Bosq. Parmi les religieux, certains sont en charge qui de l’infirmerie, qui du cellier, qui de la sacristie, des aumônes. Ce sont des titres de bénéfices auxquels sont annexés des revenus. On les désigne sous le nom d’offices claustraux. Chaque titulaire est donc un officier de l’abbaye. Le cellérier, on l’a vu, est aidé dans sa tâche par une vingtaine de domestiques. Mais les autres… Or Du Bosc constate que ses officiers claustraux, faute de disponibilité, ou plutôt par négligence, manquent à leurs devoirs religieux, aux exercices de jour comme de nuit. Ils n’assistent au chœur que dimanches et fêtes. Alors, l’abbé désigne sur Jumièges autant de familles qu’il y a d’offices. A l’aîné de chaque famille, il met à disposition une terre en fief et lui garantit la nourriture. Le voilà chargé de la garde du temporel de l’office auquel il est affecté. Il participera à son fonctionnement et cette charge est héréditaire. Il la transmettra à l’aîné de ses enfants. Peu enclins à observer les contraintes spirituelles de la vie monastique, les officiers protestèrent. Mais il en fut ainsi.
Le
nom de Rue de Mainberte existait déjà en 1290 et
1405. Après la décision de Du Bosc, on trouvera
mention du fief de Mainberte en 1486 mais encore en 1679 bien que ce
système soit alors tombé en
désuétude. L’abbaye devra racheter les
terres à leurs titulaires où les leur abandonner
contre rentes. C’est le cas notamment du fief de la Porte,
situé le long du bois de Jumièges, dont est
titulaire celui qui garde la porte du monastère. Il
apparaît dans un acte notarié du 24 mars 1519 et
dans une délibération capitulaire du 14
décembre 1658. Alors que disparaîtront les fiefs,
les religieux abandonneront aussi le campart, c'est-à-dire
leur droit à prélever des gerbes de la
récolte. Les tenanciers lui préfèrent
le cens, la rente en argent. La mutation aura lieu dans les
années 1500. Au profit des paysans car l’argent
allait perdre de sa valeur. Aux périodes de vaches maigres,
si faible que puisse être le cens, il sera cependant lourd
à supporter.
Alors
à quoi pouvait être tenu le titulaire du fief
Mainberte. Je pense à des corvées purement
agricoles. Comme les tenanciers du fief aux Vaindeaulx, aux
Cléreaux et du fief Savary à Jumièges,
du fief Campart, Dumoutier, Hersant à Yainville, ceux du
fief Mahommet, sur Heurteauville, du fief Fleury, Ferrant…
On note encore le fief de la bouverie, du bac, la terre aux
Chambellans, le fief du jardin des religieux, le tènement dit
lorumarii elemosine Gemmeticensis ecclesie ad sustentationem pauperum,
le ténement de serjantagium sacristarie
Gemmeticensis…
Les
actes de nos paysans sont dictés dans les aveux. Et par le
prévôt des vilains fiefs au moment venu. Ils
devaient arer, herchier et semer à la saison du
blé, séer, lier et tasser au champ la
récolte avant de la carrier (la charrier) au fenil du manoir
d’Agnès ou celui du monastère,
à la grange d’Yainville, à celle
d’Heurteauville… Leurs actes étaient
encore dictés pour l’orge, pour l’avoine
qu’il fallait fauquier,
fener…. Ils recevaient pour salaire… une gerbe de
blé. Eux, ils devaient verser de l’argent lors de
certaines fêtes, donner des œufs, des oies, des
poussins pour le cellérier, des poules pour le forestier.
Parfois, ils devaient encore aider à l’amarrage de
la nef apportant le vin de Longueville. Fournir de la toile pour les
sacs à grain. A celui-là, on demandait des
branches de buis le jour des Pâques-fleuries, à
d’autres des boisseaux de lierre le jour du vendredi aoré,
à d’autre encore la préparation des
harengs saurs qui servaient à la nourriture des religieux et
que l’on appelaient le flaquage. Quand il
ne fallait pas aller avec ses chevaux chercher le blé
à Motteville-l’Esneval. De menus services
rémunérés en pain d’orge.
1411. Abbé et chambrier sont en désaccord quant au financement du vestiaire. Des moines menacent de partir…
1412. Colin, Pierre et Sevestre du Demoral délaissent leur droit de heurtage et de chargement des navires, depuis la fontaine Saint-Vaast, tout le long du rivage de port Jumièges.
Jean de Mainberte et Jehanne Lemitoys1413.
Avant l'invasion des Anglais, la population semble jouir
d'une relative aisance. Le rôle des fouages fait
apparaître 686 foyers fiscaux dont 46, essentiellement tenus
par des veuves, sont exonérés pour
pauvreté. Jehan de Mainberte, mon ancêtre direct,
est alors le seul à porter le nom. Son père et sa
mère sont manifestement morts et il n'a pas encore d'enfant.
Le nom qui suit immédiatement le sien sur la liste des
contribuables est celui de Jehanne Lemitoys. Adoptons-la pour
aïeule. Elle est apparentée à Guillaume
Le Mitois qui est alors le meunier du moulin à vent de
Jumièges.
L'abbaye
emploie 32 personnes : procureur de l'église, valets,
cuisiniers, couturiers, bouchers, servantes de basse-cour et
bergères... L'écuyer de l'abbé est
Guiot Baudry et Perrin Boudin son barbier. La forge est
fieffée à la veuve de Simon Auber et la Porte
à Rogière, la fille de Jaquet Touppe. Le
prévôt de la ville est Robin Baudri et Rogier
Duval celui de la campagne. Les jours chômés pour
fêtes religieuses sont alors légion.
En
1413, c’est donc Roger Duval qui vient pousser le tenancier
du fief aux Cléreaux, à arer, herchier, semer
à la saison du blé puis séer et lier
en août demi-âcre de blé. Au temps de
l’avoine : arer, herchier et semer encore puis
fauquer, faner et charrier et tasser au fenil de l’ostel,
c'est-à-dire au monastère, demi-acre du
pré aux moines. Fournir au cellérier deux
ouées à la Saint Michel, 20 œufs
à Pâques, trois poules pour le forestier
à Noël à cause d’un droit
d’usage en forêt.
Du
Bosc est encore sur les routes. Ambassadeur,
député, bref, artisan de la fin du grand
schisme…
.
![]()

[1]
Actes de la chancellerie d’Henri VI concernant la Normandie.

