1417-1420 : Henry V, roi d'Angleterre, règne sur la Normandie

1418. Accompagné à Paris par Guillaume de la Haie et Jean de la Chaussée, du  Bosc mourut le 14 septembre 1418, hors de l’abbaye désertée. Mais son corps regagnera Jumièges. Le 29, à Rouen, les moines élisent un nouvel abbé. La nouvelle est annoncée à la foule qui attend dans la rue : Nicolas Le Roux ! Un Rouennais apparenté à du Bosc…

Mais on réclamait de l’argent à l’abbaye. Et l’abbaye en exil n’avait pas les moyens de payer. En ces années, Jehan de Mainberte vit les Anglais piller son pays. Il connut la misère, pria contre la maladie et dut abandonner sa ferme, laissant ses terres en friche. « Les domaines sont pleins d'arbres, épines et buissons,  note un chroniqueur, habitants estant morts ou absens du païs... »

 A cette époque vivait un dénommé Vitou, marin de Jumièges qui eut pour mousse durant deux ans à certain Robert Duffay, de Vatteville, Ce dernier naviguait encore en 1452. Quand la petite communauté son nouvel abbé peut enfin revenir à Jumièges, c’est dans la plus grande pénurie. Pour y faire face, ont dut abandonner des biens à ceux qui alimentaient l’abbaye. Les Anglais sévissent toujours sur les terres, les métairies… Les officiers ramènent les soldats au calme. Le Roux alla remettre dans ses dépendances des fermiers là où il n’y en avait plus.

Le 19 janvier 1419, Guy Le Bouteiller, capitaine du château de Rouen, remet les clef de la ville. Alain Blanchard, capitaine des arbalétriers est exécuté. Henri V, roi d'Angleterre a débarqué au printemps de 1418 et pris Caen, Bayeux, Argentan, Alençon, Falaise, Bernay, Pont-de-l'Arche. Et donc Rouen qui capitule après un long siège...
L'affaire Gombaud

1419. Guillaume Gombaud, l’un des religieux, a commis une faute « grossière ». Laquelle ? Mystère. Apprenant cela, Le Roux accourt de Verneuil à Jumièges, fait la leçon à Gombaud qui crie à la calomnie. De sa pénitence, il mobilise sa famille qui accourt à Jumièges en armes. Ces gens repartent, noircissent l’abbé auprès des puissants. Puis reviennent en force dans le moutier, insultent, bousculent les religieux. Ils tentent alors de soulever les habitants de Jumièges. Seulement, ces derniers demeurent fidèles aux religieux. Jehan de Mainberte et les siens menaçent même de prendre les armes pour les défendre. Le Roux alerte le commandant anglais de la place de Rouen. Deux compagnies de soldats débarquent à Jumièges, se saisissent des rebelles et les jettent dans les prisons de l’abbaye. Ils n’en sortirent sur ordre de l’abbé qu’une fois repentis, s’engageant à ce que Guillaume Gombaud aille faire pénitence dans un autre monastère de l’ordre jusqu’à la fin de ses jours. Les rebelles ne vinrent plus inquiéter la communauté. Quant au pécheur, on ne sait s’il prononça son repentir…

1420-1450 : Heny VI, roi d'Angleterre, règne sur la Normandie

La guerre continuait entre Français et Anglais. Il est dit que l'abbaye fut un temps abandonnée jusqu'en 1421.


MEURTRE A SAINT-PAUL

 1425. Jugement concernant Varnier dit Villes, pêcheur de Duclair : une nuit, revenant du hameau du Val-de-la-Mare au hameau de Saint-Paul, ou est situé son hôtel, il a frappé mortellement de son épée Jean Coulombel, qui le soupçonnait d'entretenir commerce d'adultère avec sa femme.

1426. Le tenancier du fief Savary, à Jumièges, doit arer et herchier à la saison du blé, séer et lier en août demi-acre de blé. Arer et herchier au temps de l’avoine une même quantité qu’il devra fauquier, fener et carrier en la grange du monastère. Là, il fournira deux ouées au cellérier à la Saint Michel, neuf gerbes et deux gélines pour le forestier. Sa rétribution au moment de la récolte : une gerbe de blé liée d’une longueur de deux blés.


1430. Collaborateur des Anglais, Le Roux prend part au procès de Jeanne la Pucelle et joue les Pilate.

1431. Le Roux revient à Jumièges en janvier 1431, les mains pleines d’argent. Et tombe malade. Seulement, pendant son agonie, la famille de l’abbé délesta le moribond d’une partie de ses avoirs. Cela se fit à l’insu des religieux qui n’étaient autorisés à parler à Le Roux qu’en présence de ses proches.
Il meurt le 17 juin 1431, soit 18 jours après Jehanne. Et on ne manqua pas de remarquer l’étrange hécatombe parmi ses juges. 
’ils ne lui restituent pas ses biens.

Du rififi sur le marché de Duclair

Le mardi 18 septembre 1431 eut lieu un spectaculaire incident sur le marché de Duclair. On vit deux hommes, étrangers au pays, en arriver aux mains. Ils étaient venus là pour régler un litige devant la justice. Quittant précipitamment les halles, l’un d’eux s’enfuit soudain vers l’église, épée en main, poursuivi par un cavalier. Rattrapé, il assène un coup de lame à la main gauche de son poursuivant et lui sectionne les tendons. Ce dernier met alors pied à terre, tire sa propre rapière et en frappe du plat son adversaire. Sur ce intervint le sergent de Saint-Joyre qui dirigera les deux protagonistes et leurs serviteurs jusqu’à la justice de Rouen. L’un d’eux mourut peu après en tentant d’occire son monde.[1]


« Prenez garde de mal juger et de vous mettre en grand péril. Je vous donne cet avis afin que si vous être punis de Dieu on s’en souvienne. » Son avertissement lors du procès sonnait comme une prophétie. On ne trouva que mille sols sur Le Roux. Guy de Vatetot les affecta aux obsèques. La pierre tombale est toujours visible au musée de Jumièges.Au manoir de la Poterne, le 5 juillet 1431.  on élit Jean de la Chaussée, 60e abbé, jusque là procureur de l’abbaye, 46 ans. Grand dîner pour tous les électeurs. Jean reste à Rouen. 16 octobre : le pape excommuniera tous ceux qui ont spolié l’abbaye durant la guerre s 

1432. C’est alors Jean Levesque le titulaire du fief du bouvier. Deux acres et demie et 30 perches. Il percevait 30 sols et un dernier pour y passer la charrue. On lui donnait sept pains d’orge quand il labourait la terre du marais, six pour les terres de la Pierre. Les jours de fête, c’était encore mieux : du pain mais aussi du vin, de la chaire fraîche et salée, un quartier de mouton, six deniers, des chaussures et un valet. Seulement, avec la domination anglaise, ce fief ruiné ne lui rapportait rien. Plusieurs fois, il se retourna vers les religieux pour se dessaisir de cet héritage. Jean Levesque fut rendu à la liberté moyennant 40 sols de rente annuelle et l’abandon des avantages en nature. Il ne garda que la franchise de taille de tourtel, le droit d’avoir deux porcs au panage comme les vavasseurs de la baronnie. Le contrat fut signé le 17 août 1432 au tabellionage de Rouen.

1433. Un commissaire du Châtelet vient enquêter à Jumièges en juin 1433 sur la disparition des avoirs de Le Roux. Il exhorte les éventuels témoins à déposer à Rouen. Plusieurs s’y rendent et confirment : la famille a soustrait les 32.000 livres que réservait le prélat à la réparation de son monastère. On ne sait s’il y eut suite. Mais la famille Le Roux mourut misérablement, rapporte la chronique de l’abbaye.

1434. A l’automne, dans un pays saigné par les Anglais, il y eut des pluies abondantes puis, dès novembre, la gelée s’installa pour ne fondre qu’à Pâques. Jean Dufay rapporta qu’il put traverser la Seine à cheval sans rien payer. Les semences furent perdues et il en résulta une grande famine. La mine de blé vaut ses quatre saluts d’or. On meurt en masse de misère, de maladie. Quand on ne déserte pas. Il est dit que le pays de Caux ne garda qu’un habitant sur cent.

20.000 paysans, 50.000 peut-être se soulèvent alors pour chasser l’Anglais. Chasser surtout la faim. A Jumièges, en 1434, on dévaste les granges, l'abbaye… En guise de repoussoir, les huissiers avaient pourtant posé des panonceaux et des bâtons royaux sur toutes les dépendances normandes du monastère.  Avec reliques et trésor, toujours protégés des Anglais, les moines doivent une nouvelle fois se réfugier en leur manoir de la Poterne auprès de leur abbé qui refuse d’en bouger. La communauté ne s’aventure pas dans les rues de Rouen. Ne reçoit pas de visite inutile. En revanche, elle remplit sa chapelle si bien que le curé du quartier s’en plaint.

1435.  En septembre, les Jumiégeois voient leurs moines revenir au pays. Et leur nouvel abbé, déjà préoccupé de disputer avec ses homologues sa préséance dans les synodes. Mai les vivres restent chers. La disette est toujours là. On dit que tous les moines furent décimés à l’exception de quatre. Et puis des malfaiteurs mirent le feu à la forêt de Jumièges. 48 arpents furent détruits.

Vers cette époque, un certain Robin Duquesne, de Jumièges, se disant chirurgien, s’était taillé une certaine réputation de son habileté. On venait parfois le consulter de très loin.

Des moules à Jumièges
Toujours en 1435. On signale l'existence d'une moulière à Port-Jumièges. Des hommes exploitent pour le compte de l'abbaye ce gisement à l'aide de leur bac.

Archives de la Seine-Maritime 9 H 129 et 9 H 130 « moules peschées par les hommes de labbaïe de Jumièges » et 9 H 128 « Un sergent venait à jumièges pour les moules mures ».


Les deux Duclairoises avaient faim

1438. Dépouillées de leurs biens par les Anglais, chassées de Duclair, une mère et sa fille se réfugient à Valognes. Un jour, la gamine dérobe une tasse d’argent dans l’hôtel de Michel Le Cappon. Les deux femmes la revendent aussitôt pour acheter du pain. En fuite, elles sont retrouvées au marché de Montbourg par le sergent royal du cru qui les ramène à Valognes. Là, on les emprisonne. Les religieux voulurent faire valoir leur privilège pour les amener à eux et le procès vint aux assises le 30 janvier 1439.  Embarras des juges. La famine régnait encore, elles avaient longuement tâté de la prison où la faim n’épargnait pas les détenus. On les libéra.

1448. Mes ancêtres furent condamnés pour laisser divaguer leurs bêtes en forêt. Seuls les porcs y étaient admis. De tels jugements seront encore rendus. De là naît peut-être une déchirure entre la population et l’abbaye.

La mort d'Agnès Sorel

1449. Charles VII est là, sa maîtresse, Agnès Sorel, aussi. Elle meurt au manoir de la Vigne en mettant au monde un quatrième enfant du Roi. L'un des grands événements de l'histoire gémétique que nous développons par ailleurs. Jumièges va pouvoir entreprendre bientôt la reconquête de ses anciennes possessions. Car en 1450, les Anglais quittent enfin la Normandie. 


Fin de l'occupation anglaise
La parenthèse aura duré 30 ans




POUR SUIVRE:  LA MORT 

DU DUCHÉ