
1418. Accompagné
à Paris par Guillaume de la Haie et Jean de la
Chaussée, du Bosc mourut le 14 septembre 1418,
hors de l’abbaye désertée. Mais son
corps regagnera Jumièges. Le 29, à Rouen, les
moines élisent un nouvel abbé. La nouvelle est
annoncée à la foule qui attend dans la
rue : Nicolas Le Roux ! Un Rouennais
apparenté à du Bosc…
Mais
on réclamait de l’argent à
l’abbaye. Et l’abbaye en exil n’avait pas
les moyens de payer. En ces années, Jehan de Mainberte vit
les Anglais piller son pays. Il connut la misère, pria
contre la maladie et dut abandonner sa ferme, laissant ses terres en
friche. « Les domaines sont pleins
d'arbres, épines et buissons, note
un chroniqueur, habitants estant morts ou absens du
païs... »
| A cette époque vivait un dénommé Vitou, marin de Jumièges qui eut pour mousse durant deux ans à certain Robert Duffay, de Vatteville, Ce dernier naviguait encore en 1452. | Quand la petite communauté son nouvel abbé peut enfin revenir à Jumièges, c’est dans la plus grande pénurie. Pour y faire face, ont dut abandonner des biens à ceux qui alimentaient l’abbaye. Les Anglais sévissent toujours sur les terres, les métairies… Les officiers ramènent les soldats au calme. Le Roux alla remettre dans ses dépendances des fermiers là où il n’y en avait plus. |
L'affaire Gombaud
1419.
Guillaume Gombaud, l’un des religieux, a commis une
faute « grossière ».
Laquelle ? Mystère. Apprenant cela, Le Roux accourt
de Verneuil à Jumièges, fait la leçon
à Gombaud qui crie à la calomnie. De sa
pénitence, il mobilise sa famille qui accourt à
Jumièges en armes. Ces gens repartent, noircissent
l’abbé auprès des puissants. Puis
reviennent en force dans le moutier, insultent, bousculent les
religieux. Ils tentent alors de soulever les habitants de
Jumièges. Seulement, ces derniers demeurent
fidèles aux religieux. Jehan de Mainberte et les siens
menaçent même de prendre les armes pour les
défendre. Le Roux alerte le commandant anglais de la place
de Rouen. Deux compagnies de soldats débarquent à
Jumièges, se saisissent des rebelles et les jettent dans les
prisons de l’abbaye. Ils n’en sortirent sur ordre
de l’abbé qu’une fois repentis,
s’engageant à ce que Guillaume Gombaud aille faire
pénitence dans un autre monastère de
l’ordre jusqu’à la fin de ses jours. Les
rebelles ne vinrent plus inquiéter la communauté.
Quant au pécheur, on ne sait s’il
prononça son repentir…
La
guerre continuait entre Français et Anglais. Il est dit que
l'abbaye fut un temps abandonnée jusqu'en 1421.
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1426. Le tenancier du fief Savary, à Jumièges, doit arer et herchier à la saison du blé, séer et lier en août demi-acre de blé. Arer et herchier au temps de l’avoine une même quantité qu’il devra fauquier, fener et carrier en la grange du monastère. Là, il fournira deux ouées au cellérier à la Saint Michel, neuf gerbes et deux gélines pour le forestier. Sa rétribution au moment de la récolte : une gerbe de blé liée d’une longueur de deux blés. 1430. Collaborateur des Anglais, Le Roux prend part au procès de Jeanne la Pucelle et joue les Pilate. |

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1431. Le
Roux revient à
Jumièges en janvier 1431, les mains pleines
d’argent. Et tombe malade. Seulement, pendant son agonie, la
famille de l’abbé délesta le moribond
d’une partie de ses avoirs. Cela se fit à
l’insu des religieux qui n’étaient
autorisés à parler à Le Roux
qu’en présence de ses proches. |
Du rififi sur le
marché de
Duclair
Le mardi 18 septembre 1431 eut lieu un spectaculaire incident sur le marché de Duclair. On vit deux hommes, étrangers au pays, en arriver aux mains. Ils étaient venus là pour régler un litige devant la justice. Quittant précipitamment les halles, l’un d’eux s’enfuit soudain vers l’église, épée en main, poursuivi par un cavalier. Rattrapé, il assène un coup de lame à la main gauche de son poursuivant et lui sectionne les tendons. Ce dernier met alors pied à terre, tire sa propre rapière et en frappe du plat son adversaire. Sur ce intervint le sergent de Saint-Joyre qui dirigera les deux protagonistes et leurs serviteurs jusqu’à la justice de Rouen. L’un d’eux mourut peu après en tentant d’occire son monde.[1] |
« Prenez
garde de mal juger et de vous mettre en grand péril. Je vous
donne cet avis afin que si vous être punis de Dieu on
s’en souvienne. » Son
avertissement lors du procès sonnait comme une
prophétie. On ne trouva que mille sols sur Le Roux. Guy de
Vatetot les affecta aux obsèques. La pierre tombale est
toujours visible au musée de Jumièges.Au manoir de la Poterne, le
5 juillet 1431. on élit Jean de la
Chaussée, 60e abbé, jusque là
procureur de l’abbaye, 46 ans. Grand dîner pour
tous les électeurs. Jean reste à Rouen. 16
octobre : le pape excommuniera tous ceux qui ont
spolié l’abbaye durant la guerre s
1432. C’est
alors Jean Levesque le titulaire du fief du bouvier. Deux acres et
demie et 30 perches. Il percevait 30 sols et un dernier pour y passer
la charrue. On lui donnait sept pains d’orge quand il
labourait la terre du marais, six pour les terres de la Pierre. Les
jours de fête, c’était encore
mieux : du pain mais aussi du vin, de la chaire
fraîche et salée, un quartier de mouton, six
deniers, des chaussures et un valet. Seulement, avec la domination
anglaise, ce fief ruiné ne lui rapportait rien. Plusieurs
fois, il se retourna vers les religieux pour se dessaisir de cet
héritage. Jean Levesque fut rendu à la
liberté moyennant 40 sols de rente annuelle et
l’abandon des avantages en nature. Il ne garda que la
franchise de taille de tourtel, le droit
d’avoir deux porcs au panage comme les vavasseurs de la
baronnie. Le contrat fut signé le 17 août 1432 au
tabellionage de Rouen.
1433. Un
commissaire du Châtelet vient enquêter à
Jumièges en
juin 1433 sur la disparition des
avoirs de Le Roux. Il exhorte les éventuels
témoins à déposer à Rouen.
Plusieurs s’y rendent et confirment : la famille a
soustrait les 32.000 livres que réservait le
prélat à la réparation de son
monastère. On ne sait s’il y eut suite. Mais la
famille Le Roux mourut misérablement, rapporte la chronique
de l’abbaye.
1434. A l’automne, dans un pays
saigné par les Anglais, il y eut des pluies abondantes puis,
dès novembre, la gelée s’installa pour
ne fondre qu’à Pâques. Jean Dufay
rapporta qu’il put traverser la Seine à cheval
sans rien payer. Les semences furent perdues et il en
résulta une grande famine. La mine de blé vaut
ses quatre saluts d’or. On meurt en masse de
misère, de maladie. Quand on ne déserte pas. Il
est dit que le pays de Caux ne garda qu’un habitant sur cent.
1435.
En septembre, les Jumiégeois voient leurs moines revenir au
pays. Et leur nouvel abbé, déjà
préoccupé de disputer avec ses homologues sa
préséance dans les synodes. Mai les vivres
restent chers. La disette est toujours là. On dit que tous
les moines furent décimés à
l’exception de quatre. Et puis des malfaiteurs mirent le feu
à la forêt de Jumièges. 48 arpents
furent détruits.
| Vers cette époque, un certain Robin
Duquesne, de Jumièges, se disant chirurgien,
s’était taillé une certaine
réputation de son habileté. On venait parfois le
consulter de très loin. Des
moules à Jumièges
|
Les deux Duclairoises avaient faim
1438. Dépouillées de leurs biens par les Anglais, chassées de Duclair, une mère et sa fille se réfugient à Valognes. Un jour, la gamine dérobe une tasse d’argent dans l’hôtel de Michel Le Cappon. Les deux femmes la revendent aussitôt pour acheter du pain. En fuite, elles sont retrouvées au marché de Montbourg par le sergent royal du cru qui les ramène à Valognes. Là, on les emprisonne. Les religieux voulurent faire valoir leur privilège pour les amener à eux et le procès vint aux assises le 30 janvier 1439. Embarras des juges. La famine régnait encore, elles avaient longuement tâté de la prison où la faim n’épargnait pas les détenus. On les libéra. |
1448. Mes ancêtres furent condamnés pour laisser divaguer leurs bêtes en forêt. Seuls les porcs y étaient admis. De tels jugements seront encore rendus. De là naît peut-être une déchirure entre la population et l’abbaye.
La mort d'Agnès Sorel
1449. Charles
VII est là, sa maîtresse, Agnès Sorel,
aussi.
Elle
meurt au manoir de la
Vigne en mettant au monde un quatrième
enfant du Roi. L'un des grands événements de
l'histoire gémétique que nous
développons par ailleurs. Jumièges va pouvoir
entreprendre bientôt la reconquête de ses anciennes
possessions. Car en 1450, les Anglais quittent enfin la Normandie.
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POUR
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