Mes ancêtres paternels les plus lointains, du moins ceux qui me sont connus, vivaient à Duclair. Nous allons suivre ici les Quevilly sur quatre générations, Et survoler ainsi l'histoire du bourg...


D'abord quelques dates

671. Une abbaye est attestée à Duroclarum. Elle sera détruite par les hommes du Nord. Voici ce qu'en disait Toussaint Duplessis en 1740 :
Duclair n'est depuis longtemps qu'un Bourg sur la Seine à trois lieues ou environ au dessus de Rouen : c'étoit au septième siecle une abbaye d'hommes assez connue par une dispute qui s'éleva entre saint Lambert, second abbé de Saint-Wandrille & saint Filibert, premier abbé de Jumièges. Le Roi Childeric II avoit donné à ces deux saints abbés la forêt de Jumièges vers l'an 667 & saint Ouen, archevêque de Rouen, qui fut chargé de la leur partager par moitié, ne le fit pas avec une égalité parfaite, que Saint Filibert n'eût quelque lieu de se plaindre. Pour assoupir dans sa naissance cette division, qui auroit pu avoir des suites odieuses, saint Ouen transféra à l'abbaye de Duclair ce qu'il avait donné de trop au monastère de Saint-Wandrille; & moyennant ce nouveau partage, la paix fut rétablie entre les deux saints abbés.


28 août 1198: Richard Coeur de Lion fonde le marché de Duclair.


2 novembre 1264. L'achevêque Eude Rigaud, visitant la léproserie de Sainte-Marguerite, surprend et condamne à dix sols un homme qui, un dimanche, travaille en conduisant une voiture attelée avec les trois chevaux d'Odon, de Ducler. Il enjoignit le doyen de Saint-Georges d'en donner la moitié aux lépreux de Ducler, l'autre à l'hôpital dudit lieu.
 
1360:
Occupée par les Anglais, Duclair compte 1.500 âmes.

18 mars 1483 :
Guillaume et Jeanne Adens vendent à Jean Titaire "Une maison, le fons de la terre sur laquelle est siet en bourgage de Ducler, en laquelle est le cep du Roy pour prison, avecque le droit qu'ils avoient ou chemin royal à aller à la rivière pour y mener les prisonniers et certains droits d'usage en la forêt du Roy à cause d'icelle maison."
La vente ne s'élève qu'à 6 livres tournoi.


7 juillet 1483 :
les Duclairois dénoncent la cherté de la bière sur le marché. Il y a là une grosse fabrique.

15 février 1527.
La noblesse se réunit à Duclair en présence du grand sénéchal de Normandie.

1. Pierre Quevilly

Je ne sais pas encore d'où est réellement originaire mon ancêtre paternel  le plus lointain. Du moins celui qui m'est connu à ce jour. Dans les premiers registres du canton de Duclair, on ne trouve trace que de deux Quevilly. Guillemine, de Bardouville où elle épouse Jehan Farraguel le 20 novembre 1547. Et puis Fiacre Quevilly qui épousa Marion Douyère le 21 octobre 1554 à Saint-Paër. Il est dit originaire d'Yville. Après lui, un blanc de 80 années. Il nous mène jusqu'au  4 septembre 1633.
Ce jour-là, Pierre Quevilly alla épouser Colette Trubert à Rouen, en l'église de Saint-André-de-la-Ville. Pierre Quevilly est alors dit de "Ducler". Quant à Colette, était-elle native de la capitale normande ? Pas sûr. Des Trubert, on en trouve partout...

L'église Saint-André-de-la-Ville à Rouen.

C'est en tout cas à Duclair que Pierre Quevilly poussa son dernier soupir après avoir reçu les saints sacrements Nous étions le 12 mai 1685, sous le règne de Louis XIV. Il avait 71 ans. Il serait donc né vers 1614. Les témoins de son décès furent Pierre et Félix Quevilly, deux de ses enfants. Félix est mon ancêtre direct.



2.  Félix Quevilly

Félix Quevilly est né vers 1647. Prénom peu usité à l'époque. Mon aïeul avait  quinze ans quand, en 1662, des troubles éclatèrent au marché. Certains marchands de Rouen se présentaient avant l'ouverture pour faire main basse sur le grain. Du coup, il fallut réglementer les ventes. Celle de l'avoire à 9h, des pois à 10h, du blé à 11h.
A 22 ans, laboureur Félix Quevilly se marie à Marie Lemarne le 30 juin 1669. Les bans furent publiés trois dimanches. Témoins du mariage: Pierre son père et Pierre son frère aîné. Nicolas Mieux, laboureur est le tuteur de la mariée. Signent les deux Pierre Quevilly, un Nicolas Quevilly, peut-être frère de Félix et François Mieux.

 Un temps à Epinay...

Félix vécut un temps à Epinay-sur-Duclair où il eut deux filles de Marie Lemarne, Anne et Marie. Après quoi, le couple eut un troisième enfant à Duclair. L''accouchement fut tragique. L'enfant est mort né. La mère est sans doute décédée en couches.

...Puis au Vaurouy

Veuf, Félix se remarie très vite à 30 ans à Magdeleine Baville, alors servante à Caudebec. Nous sommes le 2 avril 1679. Félix est toujours dit laboureur mais résidant cette fois au Vaurouy, paroisse à part entière sur les hauteurs de Duclair. Les témoins de ces secondes noces furent Pierre Quevilly, Pierre Capelle, Nicolas Baville et Jacques Baville qui était l'époux de Jacqueline Prentout.

Cabaretier, il fraude le fisc

Très vite, Félix Quevilly délaisse ou du moins complète sa condition de laboureur pour celle d'hôtelier et cabaretier et redescend au bourg de Duclair. Seulement, lui et ses confrères duclairois, "omettent" de payer des droits sur les boissons vendues que réclame le
receveur de l'abbaye de Jumièges. Celui-ci, Martin Duchemin, les assigne le samedi 10 octobre 1682 devant le senéchal de la baronnie nommé Loynel, avocat de son état.
Sous l'oeil du sergent royal, Pierre Pellerin, on interroge Guillaume Filleul, Charles Durant, Pierre Duval. Vient le tour de Félix Quevilly. On lui demande combien il a vendu de boisson depuis trois ans. "Oh, cinq ou six pièces...", répond-t-il. On le condamne à 20 livres d'amende. Je ne suis pas sûr qu'il les ait déboursées car l'affaire n'en finit pas là...


Elu collecteur

Pour l'heure, voilà qui n'entame en rien son prestiqe. Le 8 septembre 1684, les paroissiens de Saint-Denis s'étant assemblés à l'issue de la messe, on procède à la nomination de plusieurs collecteurs d'impôt pour l'année suivante. Félix Quevilly est nommé sur la recommandation de Guillaume Filleul.

La mendiante

Félix avait manifestement bon coeur. Le 5 novembre 1685 meurt dans sa maison une "pauvre mandiante" prénommée Marie. Venue de Hautot, elle était à Duclair depuis quinze jours. Le lendemain, Félix l'enterra au cimetière en compagnie de François Campigny et de Jean Le Tandre.
L'église de Duclair vue par Lesage.
Un accord amiable

L'affaire des droits sur les boissons n'était pas éteinte. Félix finit par passer un accord amiable avec le receveur des droits du bourg de Duclair, Martin Duchemin. (voir pièce justificative en bas de page)

Il étend son domaine

En 1703, Félix Quevilly étend son domaine. Il prend possession, contre une rente foncière, d'une ferme située le long de la route tendant de Saint-Paër à Jumièges, en haut de la côte. Le contrat fut signé avec un taillandier de Darnétal, Charles Mareste, qui s'assurait ainsi un revenu annuel. Mareste était le gendre de feu Jacob Leroux, un temps chirugien de Duclair. 
Le mardi 18 juin 1715, Félix transmit ce bien à son fils Pierre. (Voir pièce justificative en bas de page)

Voilà déjà Félix Quevilly âgé de 81 ans. Le 7 septembre 1728 "a été inhumé le corps de Félix Quevilly, en présence des témoins". Ce texte fut rédigé par le clerc Laurent Maupoint... qui ne mentionna pas ces fameux témoins. Dommage.

3. Pierre Quevilly

Pierre Quevilly est né à Duclair vers 1694. Avant 1718, il épousa Catherine Lecoq, une fille de Jumièges.

En 1720, il y eut un curieux procès entre le procureur fiscal de l'abbaye de Jumièges et le procureur royal du baillage de Rouen. Les deux se disputant de droit de poser leurs scellés sur le presbytère...

De 1722 datent des plans de la halle de Duclair. Ils donnent une idée du décor familier à Guillaume. La halle au blé mesurait 130 pieds de long et 34 de heut. L'étage avait usage de salle de justice et de prison. On trouvait aussi une halle aux toiles, celle de la boucherie et une petite halle au blé.

Le grand dictionnaire géographique et critique de 1726 nous en dit plus: "Ducler. Bourg considérable de France au Pays de Caux. Il est fitué à l'embouchure de la petite rivière d'Enne dans la Seine à quatre lieues au-dessous de Rouen, entre les abbayes de St-George & de Jumièges. Son église paroissiale porte le titre de St.-Denis & tous les mardis on y tient un gros marché. Il y a beaucoup d'artisans, des fours à chaux & une voiture d'eau pour transporter des grains à Rouen. Le terroir produit de bon bled, des fruits, des chanvres & du bois à brûler. Un quart de lieue au-dessus de Ducler, assez proche du rivage de la Seine, on voit le château de Le Taillis d'assez belle apparence." Cette observation avait été dressée sur place en 1702.

LA GROSSE TETE

Charles Glatigny, né à Duclair en 1733, présentait une tête qui devint si énorme qu’en 1740, année où il mourut d'une fluxion de poitrine, il ne pouvait la supporter. « Si toutes les parties eussent pris un accroissement proportionné, notent les médecins, cet enfant fut parvenu à sept ans à la hauteur de 7 pieds ! »

Pierre Quevilly connut Jacques Bayries, le chirurgien de Duclair venu du sud de la Loire en  1729. Pierre mourut jeune. A 45 ans dans la condition de journalier. Son frère Nicolas et son beau-père signèrent l'acte de décès. Nous étions le 20 mai 1739, sous le ministère de Jean-Jacques Foucques, curé de Duclair.

Après sa mort, l'une des filles de Pierre, Anne, épousa Lemercier, le tailleur de Duclair. (Son contrat de mariage est en pièce justificative en bas de page) Nicolas, frère de Pierre, mourut à 76 ans à Saint-Thomas la Chaussée. Il était mendiant et son corps fut inhumé à Hénouville, sa paroisse, par M. Hüe, vicaire de St-Thomas, Guéroult, vicaire d'Hénouville, Rousselin, le curé, Martin Biret, journalier de St-Thomas. C'était le mardi 24 avril 1770.

 

4. Guillaume Quevilly


« Le 9e jour d'avril 1732 a été baptisé par moi, sous-signé curé de Duclair, Guillaume Quevilly, fils de Pierre et Catherine Lecoq. » Parrain : Guillaume Charles, marraine: Marguerite Lefebvre. Les deux marquent d'une croix. 

Le parrain de mon ancêtre s'était marié l'année précédente, le 16 janvier 1731, à Duclair, avec Anne Lefèbvre. Conformément à ses habitudes, le clerc Maupoint n'indiqua pas le nom de ses parents, toutefois, nous parvenons à situer ceux qui signent à ce mariage, Philippe Charles est père de l'époux, Nicolas Lefebvre le père de l'épouse. Signe enfin Anne Quevilly. 

Guillaume, dont la famille maternelle était à Jumièges, avait sept ans quand il perdit son père. Sa mère se remaria aussitôt à Jean Levasseur. Mais l'homme n'avait plus que deux ans à vivre. J'imagine que l'enfance de mon aïeul fut difficile.

L'année 1749 fut marquée par une grande mission à Duclair qui dura un mois. Un mois de ferveur religieuse durant lequel on releva la croix du cimetière. Guillaume avait alors 17 ans. Cette même année, Jacques Bayries, le chirurgien du bourg, rendit l'âme. Il fut remplacé par un Savoyard, François-Améndée Cavoret qui épousa la veuve du défunt.

L'année suivante, la sœur de Guillaume, Anne Quevilly épousa François Lemercier, tailleur de Duclair. 

Les années 1751 et 1752 furent pluvieuses avec des récoltes gâtées, des vivres chers. Le blé se vendait 2 pistoles la mine. Il y eut quelque tumulte parmi le peuple au mois de mai. On exécuta à Rouen un sergent de Duclair accusé de mener la sédition dans la capitale normande.

En 1756, avec le début de la guerre de Sept-Ans, Guillaume vit une armée de 14.000 hommes traverser Duclair pour gagner les côtes normandes. Elle repassa en septembre.

Quand, à 25 ans, Guillaume convole avec Marie Madeleine Bardet, il entre alors dans une famille de marins. Nous sommes en 1757 sous le ministère de l'abbé d'Irlande, un curé issu de l'aristocratie. Les témoins du mariage de Guillaume : Catherine Lecoq, sa mère, Marie Pontif, celle de l'épouse, Nicolas Bardet, son grand-père, Guillaume Bardet, oncle de la mariée, Jacques Bardet, Michel Duval, cousin de l'époux, François Lemercier, son beau-frère.

 24 août 1762. « C'étoit jour de marché, raconte Nicolas Duchesne, la place étoit vivante et peuplée. Nous avons siégé à l'audience, à la place des conseillers assesseurs, et nous avons entendu des Normands plaider leur cause eux-mêmes. M. de la Mare, bailli, a donné sa sentence sur les conclusions de M. Joret, procureur fiscal, qui nous avait si bien reçus à Caudebec, où il est avocat du Roi. Nous avons ensuite dîné à l'auberge du baillage, chez un des Hupé, A l'Ecu de France. M. de Fréville, nouveau conservateur des chasses, qui venoit d'être installé, nous a payé sa bienvenue en gibier de sa chasse. M. du Vrai et M. Planquet, fermier du prince, et M. de la Saune, avocat, ont dîné avec nous. Après dîner, nous avons rendu visite aux beautés de la place. Mlle Boutillé mérite la pomme, Mlles Amelin et Hupé, quoique sous ordres, ne sont point indifférentes...»

Petit Jean l'enfant trouvé

En 1765, Guillaume Quevilly est le témoin d'un touchant mariage. Celui de son voisin, Jean Baptiste, dit Petit Jean, présent à Duclair depuis cinq ans. Jean Baptiste est un enfant trouvé. On l'a abandonné un jour devant la porte du sieur Desmarets, paroisse de Saint-Godard. Guillaume témoigne avec d'autres qu'on ne lui connaît aucun parent. Notre ancêtre est alors siamoisier, autrement dit tisserand de ces étoffes qui imitent celles du Siam offertes au Roi. Il habite sans doute une voie passante. La rue Pavée? Les quais? La place du marché? 

Les voisins de Guillaume qui forment un cercle affectif autour de Petit-Jean sont Maître Jean-Baptiste Brunel, passementier, Denis Hamelin, le boulanger, Jacques Pierre Joseph Poisson, l'horloger, Jean Lefebvre, le serrurier. Jean Lefebvre !... Et dire que quelques siècles après, un comédien du même nom viendra tourner un film au même endroit sur fond de bac de Duclair...

En 1765 encore, veuve, Anne Quevilly, la sœur de Guillaume se remaria à François Morin, laboureur, originaire de Saint-François-du Boulay, canton de Thiberbille, dans l'Eure. Guillaume avait une autre soeur, Catherine, qui vécut à Fréville avec un Lefebvre et mourut vers 35 ans. 

Guillaume avait 56 ans lorsqu'il enterra sa mère. On la déclara sous le nom de veuve Pierre Quevilly. Son remariage avec Levasseur avait manifestement peu marqué les esprits. Guillaume écrit son prénom et son nom d'une signature assurée. Cette signature, on la retrouve souvent associée à celle du clerc de la paroisse, René Hardy, au bas d'actes étrangers à sa famille. Elle est suivie de la mention domestique de la paroisse. Occupait-il alors une fonction laïque auprès du clergé ?

L'année suivante, en 1779, on retrouve trace d'un Guillaume Quevilly dans le rôle des vingtièmes. comme possédant "une petite maison composée de deux chambres. Tenu par luy." Observation: "Maison tombant en ruine."

Mais deux Guillaume Quevilly cohabitent à Duclair. L'homonyme de notre ancêtre appartient à une branche issue du mariage d'un Pierre Quevilly avec Marie Duval.

Le héros de la famille


En 1784, Nicolas Bardet est alors passeur du bac de Duclair. Et voilà que, entouré de ses gens, se présente Nicolas Charles Mouret, seigneur du Pont d'Anneville, du Grand-Camp, de la prévôté de la Rivière, conseiller du Roi au parlement de Normandie et président de la cour des requêtes. A Duclair comme à Jumièges, la noblesse passe gratuitement. Mais Bardet ose lui réclamer le droit de passage. Outré, Mouret finit par s'en acquitter mais porte l'affaire devant la justice. Le 21 juillet 1784, une copie du verdict est portée par le sergent royal Isaac Marette, du baillage et de la vicomté de Rouen, chez Nicolas, à Duclair, "y demeurant en parlant à la personne et domicile où je me suis exprès transporté à ce qu'il n'en ignore et iceluy sommé de satisfaire au contenu de la présente sentence à protestation à son refus de ce faire." Bon, une autre copie fut porté aussi aux moines de Jumièges "audit couvent où je me suis exprès transporté chargé le dit potier de le faire savoir afin qu'ils n'en ignorent...". Bref, Nicolas Bardet fut condamné à restituer les 39 livres, 18 sols et 6 deniers perçus lors du passage de l'aristocrate et de sa suite. On lui fit grâce cependant des frais du procès. 

Ainsi est décrit le Duclair de l'époque: "Il n'y a pas de manufactures particulières mais partie des habitants y exercent différents métiers et professions. Ceux qui demeurent hors de l'enceinte sont laboureurs. Il y a un marché assez considérable tous les mardis de chaque semaine où ils servent beaucoup de grains et bestiaux. L'abbaye de Jumièges est seigneur et patron de la dite paroisse."

Impliqué dans la Révolution

En 1788, un Quevilly figure au sein de la toute première assemblée municipale. Mais je ne saurais dire s'il s'agit de mon ancêtre ou de son homonyme. 

En 1789, nos deux Guillaume Quevilly sont encore là. L'un s'acquitte pour la taille de 5 livres et 5 sols et est recensé comme journalier. L'autre est noté comme domestique. Tous deux signent en tout cas le cahier de doléances. Un Guillaume Quevilly apparaît aussi comme marchand de laine et de coton.

Avec la Révolution bourgeoise venait d'en débuter une autre : la Révolution industrielle. La vallée de l'Austreberthe commençait à multiplier ses moulins à papier, à huile, ses cotonneries. Guillaume finit par quitter Duclair pour s'établir d'abord à Varengeville, hameau de la Vallée. Là, il perdit sa femme, Marie-Madeleine Bardet, en 1797. Elle était fileuse. Depuis au moins quatre ans, Guillaume avait abandonné sa condition de journalier pour endosser celle de contremaître de manufacture pour la fabrication d'huile.

Le 17 germinal de l'an 6 (6 avril 1798), un Guillaume Quevilly se fit délivrer un passeport. On précise qu'il est cultivateur et âgé de 48 ans. Taille 5 pieds 2 pouces, cheveux et sourcils noirs, yeux gris, nez large, bouche moyenne, menton rond, front moyen, visage ovale, inscrit n° 685, pour aller à Caudebec et à Rouen, signe: oui. Voilà qui fait naître cet homme en 1750 à Varengeville. Ce n'est pas le nôtre...



Veuf, Guillaume déménagea pour rejoindre son fils Nicolas François dans la commune des Vieux.
Le château de Bois-Guéroult dominait son territoire et son châtelain, Timoléon d'Epinay, avait émigré. 1802 fut la dernière année de sa vie et, au mois de janvier, des brigands terrorisèrent les habitants de sa paroisse si bien que des patrouilles de nuit furent organisées.



A 72 ans, Guillaume était encore ouvrier huilier lorsqu'il mourut le 10 mai 1802 en son domicile. Il était 7h du matin. Guillaume Fabulet, ouvrier papetier en fit la déclaration. Originaire de Saint-Paër, c'était son voisin et celui-ci demeurait dans la maison de Maurice Martin, le maire de la commune, propriétaire d'un moulin. 
Le second témoin du décès de Guillaume fut Michel Godalier, également ouvrier papetier et ami du défunt mais demeurant au Houlme. Maurice Martin, maire des Vieux, enregistra leur déclaration. Je ne sais où fut inhumé mon aïeul. En 1802, vide de tout curé, vendu comme bien national, le presbytère était devenu propriété privée. L'église de la Trinité était encore debout mais délabrée. Depuis un an, on ne procédait plus à aucune inhumation dans son cimetière. Guillaume fut donc enterré à Saint-Paër ou à Varengeville où résidaient ses trois fils, Guillaume, Pierre Pascal Amédée, mon ascendant, et François-Nicolas.

La Révolution industrielle, mes ancêtres paternels vont continuer à la vivre dans la vallée. Un temps à Varengeville. Puis enfin à Saint-Paër...

Pour suivre : les Quevilly de Varengeville



Pièces justificatives






1) Accord amiable entre Félix Quevilly et Martin Duchemin concernant les droits de gallonage au bourg de Duclair


..."Scavoir faisons que, par devant Pierre Gruslay, nottaire et garde note royal de la Sergenterie de St-Georges et Pierre Pellerin, sergent royal hérédital de la ditte sergenterie, adjoint pour terminer le procèds prest à mouroir entre Félix Quevilly, cabaretier au bourg de Duclair d'une part et Martin Duchemin, receveur des droits du bourg de Duclair appartenants à Messieurs de Jumièges sur la demande faite par le dict Duchemin audit Quevilly du droit de gallonnage à raison d'un pot par ponson de sildre ou vin qu'il a ci-devant vendus suivant que ledit Quevilly y a déjà été condamné par sentence du sieur sénéchal du dixième octobre mil six cent quatre vingt deux    et ont, les dites parties, transigé de la manière qui suit,
scavoir est que le dit Félix Quevilly s'est submis payer toutesfois et quantes audit Duchemin le somme de neuf livres pour le gallonnage de toutes les boissons qu'il a ci-devant vendues jusques à ce jour, ce quoy ledit sieur Duchemin s'est contenté et arresté parce que le dit Quevilly à l'adevnir arrettra le dit sieur Duchemin des boissons qui lui viendront pour vendre aux fins par lui de se faire payer dudit un pot de sildre ou vin par ponson pour ledit droit de gallonnage ainsi qu'il advisera bien et à ce moyen s'en sont allés hors de cour et de procès sans déppend de part ny d'autre jusqu'à ce jour.

Et, en témoing de ce,

nous, à la relation des dits notaire adjoint et témoings ci après nommés, avons mis avec présente le dit sel royal, ce fut et passé à Duclair le dix octobre mis six cent quatre vingt six, présence de maistre Jean Le Gendre, arpenteur royal demeurant à Fréville et de Mr Jacques Anffray, prestre demeurant à Jumièges, témoings qu'ils ont avec lesdittes parties signé à la notte des présentes suivant l'ordonnance

ainsi signé Gruslay et Pellerin chacun un paraphe."


2) Contrat de Félix Quevilly avec Charles Marestre.


"Du lundy avant midy, cinquième de novembre mil sept cents trois, devant Jean Hue, nottaire et garde nottes royal en la vicomté de Roüen, sergenterie de St Georges et Guillaume Davoult, nottaire en la haute justice de Monville, pris pour adjoint.
Fut présent Charles Marestre, maître taillandier, demeurant en la paroisse de St Léger de Darnétal, ayant espouzé Marie Le
 Roux, fille de feu Me Jacob Le Roux, vivant chirurgien, et de Françoise Perdrix, lequel en cette qualité a reconnu et confesse avoir baillé à titre de fieffe et rente foncière innaquittable pour luy, ses hoires et ayant cause à Foelix Quevilly, laboureur, demeurant en la paroisse de Duclair, présent preneur audit titre de fieffe et rente foncière innaquittable tant pour lui que pour les siens ce acceptant

c'est à scavoir...
une maison, four et masure dans laquelle sont construits les dits bâtiments, bornée d'un costé MM les relligieux de Jumièges, d'autre costé les héritages Jean Ponty, d'un bout le sieur Cantel et d'autre bout le chemin tendant de St Paer à Jumièges, contenant vergée et demie ou environ avec une petite pièce de terre en labour contenant dix perches ou viron avec les hayes qui en déspendent bornée d'un costé les dits relligieux de Jumièges, d'autre costé et des deux  bouts ledit sieur Cantel, lesdits héritages assis en la paroisse de Duclair en haut de la coste lesquelles pieces telles qu'elles sont sans fourniture ny répétition des mesures et tout et autant qu'il en appartient audit Mareste au droit de sa femme, à la charge par le dit preneur d'en payer la rente seigneuriale qui en peut estre deue à Messieurs les relligieux de Jumièges dont lesdits héritages sont relevants pour en joüir du jour de St Michel dernier et à l'avenir comme de son propre et vray héritage.

Cette présente fieffe ainsy faitte...

outre et moyennant le prix et somme de treize livres dix sols de rente foncière par chacun an payables au jour de St Michel de chaque année, premier payement commençant au jour de St Michel prochain et ainsy continuer à tousjours sur tous et uns chacuns des biens et héritages dudit Quevilly et par spécial et privillège sur les dits héritages présentement fieffez sans que la spéciallité desroge à la généralité ny la généralité à la spéciallité parce qu'au cas où le dit Quevilly fut (...) delayant de payement trois  années consécutives l'une sur l'autre le dit bailleur pourroit rentrer en possession et jouïssance de ses dits héritages fieffés
et a esté stipulé que si le dit Quevilly estoit troublé dans la possession et jouïssance desdits hériages en le dépossédant ou autrement il seroit permis de se faire payer et rembourser de ses améliorations et adménagements en représentant par lui quittances vallables des ouvriers, dont lesdites parties sont ainsy convenues et s'est ledit preneur obligé...


PROMETTANT le contenu cy dessus tenir, ledit Mareste la présente fieffe garantir et ledit Quevilly ladite rente faire et payer sur l'obligation respective de tous leurs biens présents et à venir, ce fut fait et passé à Berville en la maison du dit Davoult présent de Pierre Leconte, marchand boulanger demeurant au bourg de Duclair, de Guillaume Campigny, serrurier, et de Jacques Duquesne, charpentier, demeurant en ladite paroisse de Berville, témoins..."


3) Contrat de mariage entre François Lemercier et Anne Quevilly, fille de feu Pierre Quevilly
.

Pour parvenir au mariage qui au plaisir de Dieu sera fait et célébré en face de notre sainte église catholique apostolique et romaine entre François Lemercier ouvrier tailleur demeurant à Ducler fils du sieur Germain Lemercier et de Cécile Lemaistre d’une part
et Anne Quevilly, fille de feu Pierre Quevilly et de Catherine Lecoq, tous de la paroisse de Ducler d’autre part ont été faits les accords, dons, pactions et promesses de mariage qui suivent, 

c’est à scavoir...
que lesdites parties de l’avis et consentement de chacun leur mère ce sont réciproquement promis la foi et s’épouser en légitime mariage. 
Les cérémonies de l’église préalablement faites et observées en faveur duquel ledit futur époux a promis gager douaire coutumier à la dite future épouse à avoir et prendre lorsqu’il aura lieu sur tous ses biens présents et à venir sans par elle esté tenu de lui faire aucune demande en justice, déclarant ledit futur époux prendre ladite future épouse pour les biens et droitzs qui lui appartiennent et qu’il faira arbitrer quand et ainsy qu’il appartiendra, 


déclarant en outre ladite future épouse avoir en ses mains et qu’elle a de ses gains épargnés la somme de 400 livres qu’elle se submet et oblige d’apporter au futur époux le jour des épouzailles et laquelle déclaration tiendra lieu de la réception du jour desdites épouzailles et que le dit futur époux à dès à présent remplacé et consigné d’un denier vingt, prix du Roy, sur tous ses biens présents et à venir pour lui tenir nature de dot, parce que si ladite future épouse décédait la première les 400 livres cy dessus constitués demeureraient en dons mobil au futur époux sans en rien rendre aux héritiers de la future épouse

et si le futur époux décède le premier, soit qu’il y ait enfants ou non procéés du mariage, la future aura et remportera ses habits, hardes et linges à son usage, son lhit et son coffre, ses bagues et joyaux. les autres droits a elle attribués par la coutume de cette province de Normandie
et comme ladite Cécile Lemaistre, mère du futur, entend continuer sa demeure avec son fils et sa ditte brû et vivre ensemble la communauté, il est convenu entre eux que le dernier vivant aura à son seul et singulier profit tout et uns chacuns les meubles, meublants, effets, or et argent monnayés qui se trouveront dans le ménage lors de la dissolution du mariage ou du décès de ladite mère sans que les héritiers de l’un ni de l’autre y puissent jamais rien prétendre, espérer ni demander de façon quelconque

parce que (manque manifestement une  page) Cependant si après le décès du futur avant sa mère elle ne pouvait s’accommoder avec sa brû en ce fait elle aurait pour son compte (?) ses habits, hardes et linges à son usage, son coffre et lhit, ses bagues et joyaux et ne jouirait et entrerait en possessions (?) qu’après le décès de la dite Catherine Lemaistre, veuve dudit Lemercier et mère du futur époux, car ainsy les parties convenues et demeurées d’accord.


Ce sans lesquelles clauses le dit mariage n’aurait sa perfection, fait et passé à Ducler en la maison de Madame Tiranlt, l’an mil sept cent cinquante, le dimanche quatorze de juin par devant Maistre Romain Depouville, notaire garde note du baillage de Rouen pour la noble sergenterie de Saint-Georges, soussigné 

en présence des sieurs Jean Lesage et Nicolas Buirette, officiers de sa majesté demeurant à Ducler, témoins qui ont signe, le futur et les autres parties ont déclaré ne savoir écrire elles ont fait leur marque ordinaire. 

François Lemercier signe cependant et l’acte fut enregistré à Bourg-Achard le 15 juin.


4) Acte de décès de Marie Madeleine Bardet.

Aujourd'hui, sept de germinal an cinq de la république française, une et indivisible, par devant moi, Michel Sylvestre Leguillon, agent municipal de la commune de Notre-Dame de Varengeville, département de la Seine-INférieure, canton de Duclair, sont comparus le citoyen Guilluaume Quevilly, contremaître de manufacture pour fabrication d'huile, âgé de soixant et quatre ans et Pierre Vignerot, maître d'ouvriers (?), âgé de soixante et dix ans, tous deux domiciliés en ce lieu de Varengeville, lesquels m'ont déclaré que Marie Anne Madeleine Bardet, épouse du dit Quevilly, âgée de viron soixante et cinq ans, est décédée aujourd'hui, à trois heures du matin, dans la maison du dit Quevilly, située hameau de la Vallée. D'après cette déclaration, je me suis sur le champ transporté au lieu de ce domicile, je me suis assurée du décès et j'ai rédigé le présent procès verbal que le dit citoyen Quevilly et Pierre Vigneront ont signé avec moi. Fait à Notre-Dame de Varengeville, jour mois et an que dessus. A aussi signé Guillaume Quevilly, fils du dit déclarant.

Deux Guillaume Quevilly signent.




Pour suivre : les Quevilly de Varengeville

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Avec le concours de Jean-Claude Quevilly