Chez nous, dans les cantons de Duclair, de Pavilly, de Maromme ou de Clères, celui ou celle qui a connu les années 1950 à 1970 ne peut pas avoir oublié le président André Marie, ministre de la Justice après guerre luttant contre le marché noir, rétablissant l'appareil judiciaire français après les intrusions de Vichy dans le Droit, mais aussi ministre de l’Éducation nationale parcourant la France et la Normandie pour faire reconstruire les écoles détruites par le second conflit mondial et en construire de nouvelles pour accueillir les enfants du baby boom.
15 juillet 1928, on inaugure l'hôtel de ville de Duclair restauré. De gauche à droite : Henri Denise, Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, le Dr Allard et André Marie, nouvellement élu député
André Marie a aussi été président du Conseil en 1948 sous le président de la République Vincent Auriol. Élu député pour la première fois en 1928 et jusqu'en 1962, André Marie devient un véritable repère pour les Normands. Même lorsqu'il est déporté à Buchenwald de 1943 à 1945 par la Gestapo pour des soupçons de résistance, les Normands continuent de s'adresser à sa femme Simone Marie pour obtenir des secours dans la vie de tous les jours.
La une de France Illustration, 31 juillet 1948.
Après la seconde guerre mondiale, André Marie constitue un accélérateur de procédures, toujours trop longues, dans le contexte d'urgence que constitue la période de reconstruction. Comment reloger les personnes qui n'ont plus de maisons, détruites par les bombardements ? Comment vivre ensemble après les procès et les trahisons de l'Occupation ? La politique menée par le ministère de la Justice d'André Marie oscille entre répression et réconciliation pour permettre à tous de retrouver sa place dans la société. André Marie prend alors une large part à la reconstruction du pays et au rétablissement de l'autorité de l’État.
André
Marie est bien plus qu'un ministre pour les Normands. Lorsque l'on
évoque son nom à ceux qui l'ont connu, il n'est
pas rare qu'un sourire s'esquisse sur les visages car André
Marie était un homme abordable à l'humour
toujours prêt à frapper. Relisons son Tartuffe.
Acte VI ou ses Écrivains normands. Parodies et pastiches !
Ici au ministère de la Justice.
Le président Marie aide et intervient lorsque l'on fait face à une difficulté de la vie quotidienne. Et tous les samedi, il reçoit à la mairie de Barentin des personnes venant de tout le département et même au-delà. Des milliers de lettres lui sont adressées et conservées aux archives départementales de la Seine-Maritime. Elles témoignent de la place particulière qu'avait André Marie dans l'esprit des Normands. Besoin d'un logement, un patron qui ne paie pas son salarié, un enfant qui a besoin d'un emploi, une affaire de justice à régler ? André Marie prend des notes et prend le parti de résoudre les problèmes efficacement grâce à ses réseaux d'avocat, d'ancien ministre, de député, d'écrivain.
Cette aide d'un élu n'est cependant pas toujours bien vue et considérée comme du clientélisme. Les défauts qu'on lui prête – l'opportunisme, le clientélisme, l'Algérie française – ne doivent pas masquer une oeuvre politique dont les effets sont bien présents : la zone commerciale de Barentin qu'il a initiée s'étend encore de nos jours par exemple et le « musée dans la rue » demeure aux yeux de tous. La culture est accessible à toutes les classes sociales comme il le souhaitait.
A sa table de travail...
Rappeler
André Marie, c'est aussi se remémorer les remises
de légions d'honneur, de médailles diverses sur
les places ou dans les mairies de nos communes et les inaugurations
d'écoles dans nos cantons. Aujourd'hui, André
Marie donne son nom à des écoles jusque dans les
Alpes-Maritime.Son oeuvre locale et nationale ainsi que son sens du
devoir en font bien un
homme d’État parmi les plus importants de
l'histoire politique de la Normandie au XXe siècle.
Mathieu BIDAUX.
Pour en savoir plusChristophe Bouillon et Mathieu Bidaux, André Marie (1897-1974). Sur les traces d'un homme d’État, Paris, Autrement, 2014.