Cette page n'est pour l'instant qu'un brouillon. Pour point de départ, puisqu'il en faut bien un, j'ai pris en guise de fil conducteur ce que me racontait mon père. Du moins ce dont je me souviens. A vous d'apporter vos témoignages familiaux, vos anecdotes, vos photos pour reconstituer cette période au jour le jour, à la nuit la nuit...


1939


La mobilisation générale fut proclamée le 2 septembre 1939 à 12h45. On vit refleurir ces affiches blanches aux drapeaux entrecroisés. Le lendemain, à 17h, la France était officiellement en guerre contre le IIIe Reich. Raphaël Quevilly fut appelé  sous les drapeaux  à Soisson. Mais il devra bientôt subir une intervention chirurgicale au genou. Le voilà affecté dans le civil, sous contrôle militaire.
 

1940


A Yainville, l'hiver est très rude. La Seine charrie des glaces. Elle est bloquée début janvier.

En Février 1940, Raphaël Quevilly est affecté à la Havraise et occupe un poste itinérant. Pour compenser les agents mobilisés ou prisonniers, des anciens sont réembauchés. 

Mars. Jean Lévêque et son conseil municipal consultent Duclair pour l'approvisionnement de la commune en viande par un boucher, "vu les difficultés de pouvoir d'achat."


Mai. La bataille de France est engagée. Tout va se précipiter.

Raphaël fut appelé à La Pallice, près de Le Rochelle, comme ajusteur. Daté du 18 juin, il reçut une attestation d'embauche aux chantiers navals Delmas-Vieljeux qui allait lui servir de permis de circulation. Il se rend donc à la Pallice accompagné d'Andréa, son épouse. Mais c'est la débâcle. Le couple assiste au naufrage du Champlain, torpillé par un sous-marin allemand. Ici c'est aussi le sabordage de la flotte.

Le déplacement des Quevilly se transforme en exode. Ils fuient vers le sud, se heurtent aux portes de  Rochefort, déjà occupée. Alors on rentre à Yainville.

Dans notre village, beaucoup sont partis avant l'arrivée des Allemands. C'est le cas de ma grand tante Marie Chéron, la tenancière du bac du Passage. De sa fille Hjoerdys et de son époux, Pierre Marcchi, qui eux, tiennent alors le café de l'Église. Le cas encore de Montagné, un voisin des Chéron à Claquevent, originaire de Pexiora, près de Carcassonne. Tous descendent donc en zone libre. A Pexiora où ils se lieront avec le futur maire de Yainville: Théophile Pourhomme...

Guy Cayron, le fils d'un ingénieur de la centrale, est bloqué à  Angers !  Lambert, le patron de la Havraise charge Raphaël Quevilly de le ramener. Il part en gazogène, drapeau blanc déployé, en compagnie de Mme Cayron, assise sur le capot pour guetter l'arrivée d'avions allemands. Tous les ponts ont été détruits... Pour traverser la Seine, un monte-charge les a hissés à bord d'un navire improbable.  Guy Cayron retrouvera Yainville.

Dimanche 9 juin, les  chars allemands fondent sur Rouen. Les Allemands sont là le 10 ou le 12 juin et le général Paulus établira son état-major au manoir des Zoaques, à Yainville.

Le 26 juin, les patrons d'industries furent convoqués en préfecture pour fixer les modalités de la reprise d'activité. Au profit de l'Allemagne bien entendu. De douze à vingt soldats surveilleront la centrale, assurent une permanence. Ils habiteront deux pavillons de cadres l'ancienne coopérative. Le café du Passage ferait une bonne infirmerie. Raphaël Quevilly prend le parti d'ouvrir l'établissement et de placer Andréa derrière le comptoir. Une batterie anti-aérienne est installé à proximité des logements réquisitionnés.

Fin juillet rentrent les habitants partis le plus loin sur les chemins de l'exode. Il y eut les communions solennelles annulées en juin. Le 3 septembre, ce fut la rentrée scolaire.

L'affaire du sabotage


Fin août. Les fils téléphoniques sont coupés dans la plaine entre Yainville et le château du Taillis. Paulus, Herr Kommandierende general, est ainsi privé de centaines de communications au manoir des Zoaques. Sabotage ? La sanction tombe: "Que deux otages soient pris à Duclair et deux au Trait." Un avis à la population est adressé aux maires de Duclair, Yainville, Jumièges et Le Trait. On demande le concours des habitants pour rechercher les coupables. "C'est en observant ces règles que les otages pourront être relaxés."

Ainsi, MM Hardy et Horion, du Trait, MM Baron et Guérin, de Duclair, sont-ils enfermés dans une classe de l'école de Yainville. Des sentinelles allemandes montent la garde. On craint pour leur vie.

Voici ce qu'en dit le Journal de Rouen du 31 août :


Duclair
Appel à la population. De  nouveaux incidents se sont produits : coupage de fils téléphoniques et coups de feu en forêt la nuit, qui ont provoqué l'arrestation d'otages de Duclair et du Trait.
Il est très regrettable de voir que certains individuss se livrant à de tels actes sans se rendre compte des sanctions qu'ils peuvent entraîner, non seulement pour ceux qui sont pris comme otages, mais encore pour toutes nos pouplations dordinaires si calmes.
Des peines plus graves peuvent à nouveau être appliquées si de tels faits se renouvellent et la municipalité demande instamment aux auteurs de ces attentats de comprendre quelles suites amèneront leurs actes inqualifiables envers l'armée d'occupation.
Elle demande aussi à toutes les personnes qui seraient en mesure d'orienter ou de faciliter la recherche des coupables de porter à la connaissance de la mairie ou de la Kommandantur, tous faits et renseignements qui pourraient permettre de toucher les auteurs de ces faits.

Avis. La police allemande signale qu'au cours de ses patrouilles de nuit, elle rencontre encore des fenêtres éclairées.
A partir de ce jour, tous les occupants des maisons où les prescriptions n'auront pas été rigoureusement observées, seront signalées chaque matin et se verront dresser contravention.
En cas de récidive, des peines plus sévères seront appliquées.

Finalement, les quatre otages seront libérés en octobre. On n'a pas retrouvé les coupables. Les Allemands taxent en tout cas les habitants d'une amende.


Quand vint le 11 novembre 1940, on s'interrogea. Faut-il fleurir le monument aux morts? Finalement, Jean Lévêque chargea Raphaël Quevilly et le père Herment de déposer la gerbe traditionnelle. Ce qui sera répété chaque année. La fille de M. Herment était l'épouse d'un fils Colignon.
En ce mois de novembre, Raphaël Quevilly, André Bidaux et Colignon formèrent la commission du prisonnier de guerre. Ils se chargèrent d'adresser un colis de Noël à chacun d'entre eux. La dépense fut prise sur la subvention allouée à la société de sport. Le chemin de Jumièges au Trait ayant été démoli par des entrepreneurs, on souhaita que ceux-ci le remettent en état. Mme Piart, en remplacement de son époux, fut chargée du ravitaillement général. On acheta 7000F à des fins scolaires un terrain loué à la veuve Levreux.

14 décembre 1940, le percepteur est contraint d'engager des poursuites contre ceux qui ont refusé de payer l'amende aux autorités allemandes suite au sabotage des lignes téléphoniques. Mais pour la petite histoire, certaines prétendent que ce sont les Allemands qui, par accident, avaient renversé les poteaux téléphoniques. Ils auraient dédommagé les muncipalité...
Le conseil municipal d'Yainville est alors composé de Lévêque, Riaux, Le Corre, Colignon, Quevilly, Blaise (prisonnier), Piot, Brunet, Bidaux et Grain.

1941: premier bombardement


9 janvier 1941. Le conseil décide de remettre en état de viabilité le chemin rural allant du Trait à Jumièges et de le faire entretenir.

Juillet 1941. Le 6, vers 9h35, un premier bombardement prive la rive gauche de courant. Le cable est coupé ainsi que celui du téléphone. On connaîtra ainsi plusieurs alertes durant la guerre. Le personnel se réfugie alors dans les abris construits par les Allemands dans la falaise. Le matériel continue de fonctionner pendant ce temps, la turbopompe alimentaire est mise en service par mesure de sécurité.

Les tôles ayant servi aux abris lors de l'invasion allemande sont revenues. André Bidaux est chargé de distribuer le pétrole dans la commune. Le garde-champêtre effectue des rondes de nuit pour surveiller cultures et jardins.

11 juillet, 11h40, attaque aérienne. Un mort au Trait.

12 et 31 juillet, nouveaux raids aériens.

1942


Janvier 1942. La commune achète 1000 stères de bois à 91F la stère pour les nombreux Yainvillais qui ont froid. Le thermomètre descend à moins vingt.

25 mars 1942, 17h05, nouvelle alerte aérienne. 14 morts, 20 blessés aux chantiers du Trait.

19 août. Débarquement à Dieppe. Alertes toute la journée.

24 août: bombardement. 10 morts au Trait.

1943


Février 1943: un jardin est cultivé par les écoliers sur le stade pour améliorer l'ordinaire de la cantine. L'hiver est dominé par les problèmes de ravitaillement.

19 avril, bombardements matinaux.

Juin 1943. Un pétrolier quitte Le Trait pour Rouen. Le capitaine, craignant une attaque aérienne, fonce. Dans la boucle du Mesnil, le navire prend une gîte inquiétante. Mais il arrivera à bon port.

12 juillet, le scadron 88 de la RAF composé d'orfèvres des vols à basse altitude, bombarde les centrales électriques du Grand-Quevilly et de Yainville.

30 juillet 1943.  La centrale électrique et ses alentours sont bombardés. Les bâtiments principaux, le poste, la ligne de 90 kw et le système de filtrage d'eau sont touchés. Mais surtout un agent est tué. On évacue le personnel des habitations situées derrière l'usine.
Au cours de ce mois d'été, la résistance s'est organisée. François Charles est le responsable du groupe FFI de la centale avec Jules Macchi, Georges Boileau, Jean-Marie Save, Jules Delaune et quelques autres. Leur principale activité: récupérer les pilotes de la RAF tombés dans le secteur, saboter le matériel allemand. Ils vont distribuer des tracts, renseigner sur les mouvements de troupes, les travaux de bases VI et V2.

4 août. Bombardements. 150 impacts dispersés sur plusieurs kilomètres. Une mère tuée, son fils blessé.

11 septembre. Bombardements. Quatre femmes tuées au Trait.

29 novembre 1943. Soixante Alsaciens arrivent au  Trait, enrôlés de force dans la Wehrmacht. Ils sont venus de Strasbourg en camion. Lucien Schmitt est affecté à la DCA de Yainville et il va travailler pour les résistants. Roger Sustranck se rend souvent à la centrale de Yainville pour recharger des accumulateurs. C'est là qu'il rencontre François Charles. Il va lui procurer des notes de services, des imprimés vierges, des tampons allemands qui serviront de laisser-passer.

1944


31 mars 1944. Les Allemands réquisitionnent tous les postes TSF. 27 à Yainville qui, comme tous ceux du canton, seront stockés à la mairie de Duclair. Mon père racontait qu'il fut un jour réquisitionné pour réparer la voiture Hochkiss du manoir des Zoaques. Ce qui lui valut la clémence des Allemands qui avaient repéré son poste à galène. Je ne puis dater cette anecdote.

21 mai 1944: la Flack de Yainville abat le spitfire de John Carpenter. Le pilote est sauvé grâce à l'intervention des résistants de Duclair.

6 juin 44. La nouvelle du débarquement crée la liesse. Les gens sages appellent à la prudence. La guerre n'est pas finie... Dès ce jour, les alertes vont succéder aux alertes.

Saint Paër
Des agriculteurs sont rançonnés


Dans la nuit du 19 au 20 juin, trois individus masqués ont pénétré dans la ferme de M. Alfred Gis, herbager à Saint-Paër, et l'ont obligé à leur remettre la somme de 3.200F, six livres de beurre, six litres d'eau de vie et diverses denrées. Les malfrats se retirèrent en menaçant leur victivme de représailles s'ils étaient dénonçés à la gendarmerie avant 48 heures.
Un vol identique avait été commis précédemment chez M. Folliot, cultivatuer dans la même commune. Celui-ci dut, sous la menace, remettre une somme de 2.000F et diverses denrées.
Le journal de Rouen
Duclair subit un nouveau bombardement
Un mort - un blessé

Dans la nuit de dimanche à lundi, Duclair a subi un nouveau bombardement. Une bombe est tombée sur une maison de maître, route de Barentin, tuant Mme Délu, âgée de 94 ans, et blessant sa fille, Mlle Délu, heureusement peu gravement. D'autres bombes sont également tombées rue Savalle et route d'Yvetot, causant des dégâts.
Journal de Rouen du 12 juillet.
Duclair
Un nouveau  bombardement

La R.A.F. a bombardé à nouveau Duclair jeudi vers 18h30. On compte deux morts. Mlle Denise Beaudelin, âgée de 14 ans, fille de M. Beaudelin, entrepreneur de travaux publics à Dclair et Mme evelyne Lamys, de Grand-Couronne. Il y a eu plusieurs blessés. M. Jean-Pierre Oursel, employé des Ponts et Chaussées, Mlle Denise Lemoine, MM Alfred Perrin et Devaux fils, de Barneville-sur-Seine.
La maison de Mme Mazot, commerçante, a été en partie détruite ainsi que d'autres bâtiments.
Lors du bombardement, la nuit du 11 au 12 juillet, Mme Leprout, femme de l'ingénieur vicinal a été tuée, Mlle Délu, déjà blessée la veille, a été de nouveau atteinte.
Journal de Rouen du 15 juillet

Le Journal de Rouen du 22 juillet nous apprend que le maire du Trait exhorte la population a creuser, là où ce n'est pas fait,  des tranchées individuelles.

7 août 1944. Raphaël dut se rendre à la gendarmerie du Trait pour y déclarer une bicyclette. Le commandant était le maréchal des logis chef Seguin.

Dans la région de Duclair

Duclair et ses environs ont subi le dimanche 13 août, vers 13h45, un violent bombardement. A Berville-sur-Seine, plusieurs maisons ont été détruits et 60 points de chte ont été relevés dans un seul herbage appartenant à M. Charles Hulin. A Duclair, 6o bombes sont tombées autour de la ferme Godalier où sont réfugiées une cinquantaine de personnes. Il n’y a pas eu de victimes.

Aux environs de Duclair, on a en outre relevé près de 200 points de chute.

C'est à Saint-Martin-de-Boscherville que les pertes sont les plus sensibles. En effet, à 12h, les bombardiers ont lancé plus de 50 bombes à la limite de cette commune et de Quevillon. On compte cinq tués, sept blessés grave, cinq blessés léger. Cinq immeubles, dont deux bâtiments de ferme et leurs dépendances, ont été complètement détruits et plusieurs autres endommagés.

Deux morts et deux blessés au Mesnil-sous-Jumièges

Jeudi 19 août, vers 10h, des bombes sont tombées à Mesnil-sous-Jumièges sur la propriété de M. Athime Ligois, cultivateur. Les sauveteurs ont retiré des décombres les cadavres de Mme Athime Ligois mère et de sa belle-fills, Mme Athime Ligois.
M. Athime Loigois a été blessé ainsi qu'une fillette. Après avoir reçu les premiers soins du poste de secours de Duclair, M. Ligois a été transféré dans une clinique de Rouen.


Du lundi 14 au mercredi 16 août, tout est calme.

Jeudi 17 août commencent les journées de bombardement à répétition.  Durant toutes ces journées, la famille Quevilly trouve refuge dans les grottes de la falaise, près de la centrale. Plusieurs morts au Trait où une quarantaine d'avions alliés ont largué des bombes à 16h10.


Un bombardement fait 13 morts et 15 blessés au Trait

La laborieuse agglomération du Trait a été l’objet d’un nouveau bombardement jeudi soir. A 17h30, de nombreuses bombes furent lancées sur la cité faisant, hélas ! de nombreuses victimes. Aux premières nouvelles, on avançait 13 morts et 15 blessés, une vingtaine de maisons complètements détruites et l’on compte plus de 250 nouveaux sinistrés.


Vendredi 18 août. Raids aériens à 19h, 20h, 21h entre le bac de la Mailleraye et Jumièges auxquels répliquent des tirs de DCA. Pas de victimes. La nuit ne ramènera pas le calme.

Samedi 19 août. Reprise de l'activité aérienne de 7h à 14h. Les circuits de la centrale sont détruits et interrompus. Explosion aux chantiers à 20h. Nuit calme. Légère pluie.

130 maisons ont été détruites ou endommagées à Duclair au cours d’un violent bombardement

 
La charmante petite ville de Duclair et des environs avaient été l’objet, dans la nuit de jeudi à vendredi, de fréquentes attaques aériennes qui ne firent aucune victime et peu de dégâts. Il n’en a pas été de même hélas samedi. Entre 5h et 9h, plusieurs vagues de bombardements anglo-américains se sont acharnées sur l’agglomération, détruisant ou endommageant 135 maisons et provoquant plusieurs foyers d’incendie. La mairie et deux maisons sur les quais ont été la proie des flammes. Les pompiers de la ville auxquels ceux de Barentin se sont empressés de prêter main forte ont combattu avec énergie le feu dont ils réussirent à se rendre maîtres après de rudes efforts. Le commandant Méré des sapeurs pompiers de Rouen dirigeait les opérations de sauvetage. Par bonheur on ne déplore aucun mort, la population ayant eu la sage précaution de se mettre à l’abri hors de la zone dangereuse sur les collines voisines. Seules quatre personnes ont été légèrement blessées. A nouveau, au début de l’après-midi, Duclair, Le Trait, la Mailleraye ont été violemment attaqués.



Dimanche 20 août. Matinée calme. Temps couvert. Le Trait enterre ses morts. A 12h15, reprise de l'activité aériennes. Notamment à 18h30 sur le Mesnil et Yainville. où  la DCA réplique. 19h20. Les Allemands débutent la destruction systématique des chantiers du Trait avant de nouvelles vagues aériennes. Peu après 20h, sept avions opérant sur Yainville et Jumièges piquent vers Le Trait.  Là-bas, explosions, incendies, mitraillades. De 23h à 23h20, explosions à Yainville.

Lundi 21 août. Petite pluie allant s'intensifiant à partir de 2h du matin. Aucun avion. Seul un V1 déchire le ciel. On circule beaucoup sur les routes. 
La centale réussit le tour de force de redonner du courant dans la soirée. Un bateau à moteur est en panne à Yainville. Nuit calme. Temps couvert allant s'éclaircissant.

Mardi 22 août. Matinée calme. Le temps s'est éclairci vers 11h30. Reprise des bombardements vers 16h45 sur Le Trait dont les chantiers sont toujours en feu

Mercredi 23 août. Toujours des bombardements répétés. Les alliés approchent. Les communes riveraines de la Seine constituent des poches de résistance allemande qui passe ses troupes par les bacs de Duclair, La Mailleraye, Caudebec. 21h à 23h: pluie abondante. Violents bombardements dans la région du Mesnil. Dans la nuit, des plots lumineux sont largués par des avions alliés pour observer les mouvement.

Jeudi 24 août. Les chantiers toujours en feu, toujours secoués d'explosions. 10h25: passage d'avions alliés. 12h45: violente pluie. Elle cesse en fin d'après midi. 20h30. Nouvelle activité aérienne. La DCA allemande semble avoir été renforcée. La nuit sera encore chaude.

Vendredi 25 août. Un temps exceptionnel. Et toujours un déluge de feu tout au long de la journée. Bombardements notamment à 8h40 sur le Mesnil et Jumièges. Une péniche, face à la cale du Trait, est la cible répétée de la RAF. 11h25: fort bombardement dans la région de Jumièges, mitraillade. A 19h également. Trève de 21h à 23h. Nuit relativement calme dans les airs. Des troupes en retraite passent sans cesse de la rive gauche à la rive droite.

Samedi 26 août. Le temps est toujours très beau. L'activité aérienne moins intense. Pas celle des troupes allemandes qui, dans la nuit, on pillé des maisons abandonnées. Les raids se portent plutôt sur la forêt du Trait ou ont trouvé refuge de nombreux civils. 20h: grondements sourds vers Rouen. Le soir, les Allemands franchissent toujours la Seine à différents points à l'aide d'un va et vient.
Daté du samedi 26 et dimanche 27 août 1944 paraît le dernier numéro du Journal de Rouen, "le grand quotidien normand fondé en 1762". Il n'y en aura plus d'autres...

Dimanche 27 août. Bombardements. Débâcle. Le canon est tout proche. De plus en plus proche...  Le soir, à partir de 21h15, des dépôts de munition sautent rive gauche.
22h: de Jumièges à La Mailleraye, quinze foyers d'incendie. Dans le bois d'Heurteauville, le spectacle est effarant. Des fusées multicolores s'échappent des dépôts en flamme. Toujours la débandade jusque tard dans la nuit. L'aviation ne bombarde pas. Elle photographie.

Dans la nuit, Sustranck, décidé à déserter l'armée allemande,  quitte la batterie du Trait et retrouve Schmitt sous la voûte, à Yainville. De là, ils se rendent à la ferme Jonquais, le maire de Saint-Paër. C'est François Charles qui leur a donné l'adresse. Seulement, il y là un détachement SS. Un sergent s'avance. "Notre unité est à proximité, expliquent les deux "Malgré nous".  Nous venons chercher du lait comme nous en avons l'habitude". Et ils entrent dans le bâtiment de ferme. Mme Jonquet fait sortir les deux Alsaciens par une porte arrière. Ils passeront la nuit dans le grenier d'une petite demeure. Pendant ce temps, sur les rives de la Seine, la nuit est secouée de canonnades.

Lundi 28 août.
Les  trois jours qui viennent vont meurtrir la centrale. Un obus éclatera dans une cheminée. Deux autres seront percées ainsi que des tuyauteries de vapeur. La toiture, les installations électriques, la maison du directeur seront endommagées.
Mais tout commence par un épais brouillard matinal. A la ferme Jonquet, les Allemands sont partis. Le fils Jonquet donne aux deux Alsaciens des vêtements  civils. Ils filent vers Duclair...

Toujours le va et vient sur la Seine, toujours les incendies, les bombardements. Légère pluie vers 14h. Éclaircie vers 15h30. 16h10: six avions frappent en piqué Heurteauville, face à la cale du bac du Trait. Des batteries ont été établies vers le Landin et toute la nuit elles crachent un feu nourri sur nos rives. 600 ? 1000 obus? Toujours des passages d'Allemands qui fuient vers le Rhin. Les Alliés pensent que l'armée allemande résiste en haut des falaises et des coteaux de la rive droite. Alors on canonne. Des Français traversent pour demander un cessez-le-feu. On n'accorde guère de foi à leur témoignage.

Mardi 29 août. A 7h, la canonnade cesse enfin. 7h45: une colonne de fumée d'élève de la centrale. Commencées la ville, les opérations de sabotage se poursuivent.
En quittant les lieux, les Allemands auront détruit à l'explosif cinq alternateurs, des transformateurs. 8h: les dépôts d'explosifs sautent encore à Heurteauville.  Puis c'est un calme impressionnant. Les Allemands tentent de faire passer des chevaux à la nage. Bientôt le fleuve charrie des cadavres. 14h15: la batterie placée sur le plateau du trait réplique à celle du Landin. Les tirs vont se multiplier sans toutefois atteindre l'ampleur de la veille.

Mercredi 30 août. 8h: l'embarcadère allemand situé à Heurteauville est en feu. 8h30: grosse rafale d'artillerie. 10h. Il n'y a plus de soldats allemands dans le pays. Sinon des éléments isolés. La résistance fait son apparition. 
Le groupe FFI de Yainville, rattaché à celui de Duclair, compte neuf hommes. Il arrête cinq Allemands qui se livrent sans résistance.
12h: les tirs d'obus reprennent. La résistance aura beau passer rive gauche pour donner un état des lieux, on aura beau hisser le drapeau tricolore, les Alliés tirent encore et encore. Au vacarme s'ajoute à 16h20 le bruit des blindés anglais sur l'autre rive. Puis le calme s'abat après 17h. Rompu à 19h30. par des sifflements, une rafale à 21h30. Il pleut toute la nuit.

«  Ce qui sauva Jumièges de la destruction… »

La bataille de Normandie a durement affecté toute la région riveraine de la Seine et en particulier celle de Duclair. Elle a été l’objet de bombardements intensifs les 29 et 30 août, de la même manière que la rive gauche de la Seine à Rouen. La retraite allemande a tenté d’utiliser les possibilités de passage que la Seine pouvait encore permettre et l’usage des bacs par les troupes ennemies a entraîné de sévères bombardements aériens, tant à Duclair qu’à Caudebec-en-Caux.

C’est ainsi que le mercredi 30 août, un très grand nombre de véhicules appartenant aux formations motorisées étaient massées rive gauche à Berville-sur-Seine au passage d’eau de Duclair. Ces véhicules, au nombre d’un millier, étaient embouteillés. 72 forteresses volantes ont survolé le parc automobile qu’elles ont détruit sur toute la longueur de la route qu’ils occupaient.

Les batteries anglaises de la rive gauche tiraient sur la rive droite où les batteries allemandes répondaient au feu. Néanmoins, le 30 août, les gendarmes de Duclair capturaient des prisonniers allemands.

A Duclair, peu de maisons restent debout mais toutes ont subi des dégâts importants. Il y a eu néanmoins fort heureusement peu de victimes, la plupart des habitants s’étant réfugiés dans les grottes aménagées au cœur de la falaise. Le chef de gare de Duclair a été tué par un bombardement. De Berville à la Mailleraye, les tirs d’artillerie ont pareillement causé de gros dégâts ainsi qu’à Mesnil-sous-Jumièges et au Trait.

A Jumièges même, le bombardement s’avérait très dangereux lorsque deux jeunes gens eurent la présence d’esprit et l’audace de passer la Seine en barque sous la protection du drapeau blanc qu’ils avaient arboré. Ils purent ainsi se rendre auprès des autorités anglaises et leur faire savoir que les Allemands avaient complètement abandonné Jumièges. Leur démarche fut comprise et le tir d’artillerie allongé. Ce qui sauva Jumièges de la destruction.

Le journal de Rouen


Le jeudi 31 août au matin, la canonnade s'est éloignée. C'est fini. Une odeur pestilentielle s'élève des cadavres de chevaux. A Duclair libérée, nos deux Alsaciens retrouvent François Charles. Et de là regagnent l'armée Leclerc. Les Anglais font leur apparition dans l'après midi et prennent livraison des prisonniers de la Résistance.

La Seine en ses anneaux a capturé von Klüge

A Rouen, sur la rive gauche, nous avons pu mesurer l’étendue de la défaite infligée à l’armée allemande et à ses blindés. Mais tout au long des rives de la Seine, l’on peut observer différemment l’effet de la terrible gelée de plomb qui s’abattit sans cesse sur les hommes éperdus dans leur retraite. En amenant leur matériel sur les berges de la Seine ou en l’entassant pêle-mêle, les Allemands l’exposaient du même coup à l’action incessante et terrible de l’aviation alliée. C’est ainsi qu’un peu partout l’on peut voir des monceaux de ferraille, derniers vestiges des « invincibles » formations du Fürher, restés  là, informes, au bord du fleuve qui fut l’obstacle infranchissable.
Ce n’est pas que les Allemands ne tentèrent point tous les efforts, mais ce fut en vain la plupart du temps. En effet, ils mirent tout en œuvre pour faire une traversée, utilisant barques, radeaux et autres moyens primitifs, jusqu’à des baquets !

C’est que sans doute les fameuses autos amphibies se montrèrent moins efficaces qu’on ne le pensait ou surtout qu’elles furent peu nombreuses. Aussi vit-on quelques soldats allemands essayer de passer à la nage.

A Duclair, les troupes en retraite chargèrent le bac tant et si bien qu’il finit par ouvlier. On le voit encore un peu à l’heure actuelle émergeant au milieu des débris de toute sorte et arrêtant au passage les innombrables chevaux morts qui dérivent au fil de l’eau.

A Caudebec, à Jumièges, à la Mailleraye, enfin à tous les passages d’eau, se fut la même tragédie.

Les hommes purent passer en se servant de baquets, de tonneaux, de planches quand ils échappèrent aux bombes et à la mitraille. Mais le matériel ! Camions, autos, tanks, voiures, canons : il fallut bien se résoudre à les abandonner sur la rive gauche du fleuve. Alors, le feu et le fer tombèrent du ciel.

Ce fut un très grand malheur pour les calmes et gentilles cités riveraines : elles eurent durement à souffrir. Principalement la petite ville de Duclair qui, cependant, en réponse à l’appel du chef locale des FFI, se remet courageusement au travail pour relever ses ruines et survivre. La Mailleraye aussi a subi de gros dégâts. Ailleurs, à Jumièges, à Caudebec, par exemple, les obus causèrent bien des ravages. Ils n’ont fait heureusement que peu de victimes.

Mais, si nous réfléchissons bien, nous devons nécessairement conclure par ceci : l’écrasement des Allemands sur la rive gauche de la Seine a été pour nous la véritable source de salut. En effet, un regroupement en bon ordre et en masse de l’ennemi eut été désastreux pour notre région déjà éprouvée par les bombardement et d’un autre côté par les destructions de l’occupant.
Le journal de Rouen


Le vendredi 1er septembre paraît le N° 1 de Normandie. Tous les journaux ayant paru sous l'occupation sont interdits. Le journal de Rouen est du nombre. La remise en état de la centrale durera six mois pour 26 millions de francs dont 22 imputables aux sabotages allemands, le reste aux bombardements alliés. 

Décembre 1944. Le conseil vote au général de Gaulle une motion d'admiration et de confiance pour l'oeuvre accomplie depuis quatre ans. Pendant ces années de guerre, la paroisse a été desservie par les abbés Lecossais et Lenouvel.

1945


Avril 1945. Le conseil décida de demander un devis à M. Noël, du Trait, la tombe d'Émile Silvestre ayant été profanée. On accorda une prime à Dufay, le garde-champêtre de Yainville.

29 avril 45: élections. Jean Lévêque est écarté. Sont élus: MM Passerel, Blaise, Riaux, Piot, Le Corre, Quevilly, Gouard, Conchis, Suzanne Marotte et André Bidaux

19 mai 1945. Gaston Passerel, doyen de l'assemblée, préside à l'élection du nouveau maire. André Bidaux est absent car il est mobilisé. 8 voix allèrent à Passerel et une à Marcel Blaise. Pour le poste d'adjoint, 8 voix allèrent à Blaise et une à Piot.

Le 27 mai 1945, à 10h, le conseil municipal se réunit. Seul absent, André Bidaux, toujours mobilisé. On forma les commissions.
 
Travaux: MM Piot, Riaux, Gouard, Bidaux.
 Fêtes: MM Quevilly, Le Corre, Conchis et Mme Marotte.
Répartiteurs titulaires: MM Wesolewski, Gouard, Piot, Louis Acron et le maire.
Suppléants: MM Macchi, Le Corre Conchis, Triboutte et Ferté.
Bureau de bienfaisance. Président: le maire, délégués du préfet: MM Riaux, Pellerin, Quéré.
Délégués du conseil: Mme Marotte, MM Quevilly, et Le Corre.
Commission des chaussures: MM Piot et Papé.
Commission des textiles: Mme Marotte, M. Conchis.
Commission des pneus: Henri Beyer et  Gouard.

On vota des indemnités au garde-champêtre, la femme de service à l'école et l'aide du secrétaire de mairie.

Le 6 juin 1945, on proposa au directeur des contributions directes une liste de 21 répartiteurs et classificateurs: MM Gouard père, Piot, Conchis, Quevilly, Le Corre, Riaux, Bidaux, Beyer Henri, Marotte, Leguillochet, Le Doze fils, Avenel, Pourhomme père, Brunet, Thiollent, Papé, Cauchois, Vasse père, Maurice Edde, Rigaut, tous domiciliés à Yainville.

Le 2 juillet 1945, Raphaël Quevilly écrivit à la centrale électrique pour lui demander une contribution: "La commune compte 17 prisonniers et rapatriés et nous espérons que votre générosité nous aidera à leur remettre un livret le plus élevé possible." La distribution doit avoir lieu le 15 du mois.

La réponse de la centrale fut négative. Elle portait déjà secours à ses prisonniers .

Jean Lemarchand, Henri Gascoin, André Fontaine, Maxime Dossier, Émile Bellet, Marcel Blaise, Robert Cotelle, Henri Vigneux, Robert Oursel, Fernand Prunier, Louis Boutard, Alfred Tap, Jules Vincent, André Langanay, Paul Bellet, Lucien Vautier, Joseph Jégou, Sylvain Saudrais, François Laudé, non encore rentré.

Le 12 juillet, Raphaël Quevilly, au nom du comité des Fêtes, adressa une invitation à MM Denise, Petit, Huet, Montagné ainsi qu'au curé, l'abbé Coupel.

"Le comité d'accueil aux prisonniers vous invite à assister à la manifestation de remise du livret qui aura lieu le dimanche matin, 15 courant. Rendez-vous à 10h précises à la mairie pour se rendre ensemble à la messe d'actions de Grâces, suivie d'un vin d'honneur au cours duquel il sera procédé à la remise du livret. On demanda aussi au préfet l'autorisation d'organiser un bal au profit du comité des Fêtes.

Le 26 juillet, Mustad fit un don de 1.000F au comité d'accueil au prisonniers. Le 28, Raphaël Quevilly écrivait à Berger Evensen, à Duclair, pour l'en remercier.

Ce même 28 juillet, Raphaël remercie aussi Verhoest, directeur de la Société des corps gras pour ses dons envers les prisonniers. Ils ont été déjà remis comme en témoigne ce reçu. "Je soussigné Leblond Roger reconnaît avoir reçu la somme de CENT CINQUANTE UN FRANCS du comité d'acceuil aux prisonniers. Yainville, le 23 juillet 1945. Leblond Roger"

Alors qui sont ces prisonniers. Un projet de répartitions des 6.000F reçus en donne la liste précise:

Bidaux (59 mois de captivité ou déporté), Blaise (58 mois), Duval (43), Fourquet (58), Kubista (61), Langanay (60), Oliviero (58), Oursel (59), Resse (50) et Saudrais (60).

Il y a aussi les requis: Bénard (79 mois), Bocquet (51), Bréard (13), Decaux (23), Fontaine (18), Leblond (6) et Ponty (23).

Le 24 septembre 1945, les 10 élus se réunissent cette fois au grand complet. On fixa les loyers du patrimoine communal. "Les maisons Silvestre, louées 400F sont portées à 800F. La maison de Mme Lefrançois reste au même prix en raison de la situation de l'intéressée presque indigente. L'ancien presbytère loué 1100F est porté à 1600F. La maison de M. Quevilly est louée 500F."
L'atelier public des bouilleurs de cru fut situé en bordure de Seine, sur le territoire de la Havraise, sous réserve d'acceptation du propriétaire. "En cas de refus, la prairie de M. Gouard sera désignée."
200F furent votés pour la souscription du monument interallié de New York.
Une allocation militaire est accordée à Bernard Edde et Henri Nouvel.
On proteste contre la nouvelle réglementation de répartition des pneus de vélo.
La commission de la reconstruction est formée Dominique Piot et André Bidaux. "M. Vasse remplacera M. Piot en cas de refus de celui-ci."
La commune paiera le pain et la viande de Mme Barnarbé dont les revenus sont insuffisants.
Nouvelle séance le 28 septembre.
 L'éclairage public est enfin rétabli gratuitement par la SHEE. Ne trouvant pas de gérant pour la cabine téléphonique publique, c'est Gaston Passerel qui s'en charge. La salle des fêtes est libérée de son locataire.


Sources


Journal de Rouen, articles numérisés par Josiane et Jean-Yves Marchand
Journal de Pierre Abbat.
Histoire de la centrale de Yainville
Le canton de Duclair, Gilbert Fromager
Archives Raphaël Quevilly
Registres des délibérations de Yainville
Le Trait, cité nouvelle, Paul Bonmartel



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