Né à Duclair, Jules Lebeau fut un as de l'aviation. Des Etats-Unis, son fils cadet, Bernard Pierre, nous a donné les éléments de sa biographie...

Jules Pierre François Lebeau est né à Duclair le 4 novembre 1890 de François Lebeau et de Céleste Julienne Wagner. Ce couple s'était formé à Pavilly en 1885. Originaire de Saône-et-Loire, François Lebeau était gendarme à cheval, d'abord à Rouen puis à Duclair. Quant à Céleste Wagner, elle était née à Bourg-Dun d'un garde rivière.

Jules Lebeau vécut donc son enfance à Duclair. Il était employé de banque et demeurait rue des Emmurées, à Rouen, lorqu'il fut appelé sous les drapeaux le 10 octobre 1911. Soldat de 2e classe au 22e d'Artillerie, il va gravir très vite les échelons : brigadier puis maréchal des Logis en 1912. Rengagé en 1913, il est nommé sous-lieutenant au 205e Régiment d’Infanterie. Quand arrive août 14...

La Grande guerre

Le 205e RI fut mobilisé à Falaise le 4 août 1914. On va le retrouver engagé en Belgique puis dans la Marne, l'Aisne, la Picardie, l'Artois... Le 26 septembre 1915, le voilà en Champagne après une série de marches de nuit. Il est retranché dans le bois de la Galoche lorsque une attaque générale est ordonnée pour 16h15. Objectif : prendre la butte de Tahure. Blessé par un éclat d'obus, Jules Lebeau est évacué avec une plaie perforante au pied droit. Ce qui lui vaut une citation de la part du commandant de la 53e Division d'Infanterie:

"Officier très brave, a été blessé à la tête de sa section au moment où la compagnie dont il faisait partie se portait à l'attaque."

Carte postale illustrant le combat de Tahure en septembre 1915.

Alors que la butte de Tahure tombait aux mains de l'armée française après trois jours de violents combats, Jules Lebeau, est grièvement blessé. Son fils cadet raconte :

"Quand mon père a été blessé à Tahure, il a dû attendre deux jours là où il était tombé avant d’être secouru. Une fois à l’hôpital de campagne; les chirurgiens ont voulu l'amputer au-dessous du genou. Ils pensaient que sa cheville ne pourrait plus supporter son poids. Mais une infirmière, Mme de la Vergne, a insisté. Elle connaissait un chirurgien qui pourrait essayer de sauver sa jambe dans un hôpital à l’arrière des lignes. Après nettoyage de sa blessure, mon père fut envoyé à Limoges où il subit plusieurs opérations pour fusionner ce qui restait de sa cheville." Résultat : l'articulation ne fonctionnera plus, Jules Lebeau claudiquera le reste de sa vie. Mais l'entêtement de Mme de la Vergne lui permit de passer dans l'aviation. "Mon père resta longtemps en contact avec l’infirmière après la guerre..."

Atteint d'une invilidité à 80%, Jules Lebeau aurait pu rentrer dans ses foyers avec le sentiment du devoir accompli. Mais il demande effectivment à passer dans l’aviation. Un peu plus d'un an après sa grave blessure, le 11 novembre 1916, il sort de l'école militaire d'Etampes avec un brevet de pilote sous le numéro 4892. 

Photo ci-contre : le lieutenant Lebeau en 1916.

Passé à l’escadrille 44, Jules Lebeau est l'objet d'une nouvelle citation du 13e corps d'Armée en date du 15 septembre 1917 : 

"Pilote d'une bravoure et d'une conscience au-dessus de tout éloge. Venu en renfort de l'escadrille 19, s'est particulièrement distingué dans les attaques d'août 1917 où il a rempli toutes ses missions entièrement et avec le plus grand mépris du danger. A eu son appareil maintes fois atteint par l'artillerie ennemie. Le 24 août, au cours d'une mission effectuée à basse altitude, a eu son appareil traversé par un obus de plein fouet provoquant une large déchirure dans le plan inférieur et la rupture de plusieurs nervures."

Nouvelle citation du 31e Corps d'Armée le 11 octobre 1917 : "Officier de haute valeur morale. Passé dans l'aviation a sa demande à la suite d'une blessure grave reçue dans l'Infanterie où il avait obtenu de servir étant artilleur, donne chaque jour les plus belles preuves de courage et d'esprit de sacrifice. A rempli dans des conditions périlleuses de nombreuses missions dont il est rentré avec son appareil criblé de balles et d'éclats d'obus. A livré plusieurs combats contre des ennemis supérieurs en nombre. Notamment le 16 mars 1917, sans interrompre ses missions de photographie et de bombardement."

Entre deux guerres...

Affecté au 1er régiment de Bombardement puis au 11e régiment d’Aviation à Metz en 1920, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur le 16 juin. Le motif est publié au Journal officiel du 4 octobre :

"Officier d'une haute valeur morale et professionnelle. Après avoir été gravement blessé dans l'Infanterie en partant à la tête de sa section, a continué à se distinguer dans l'aviation. S'est dépensé sans compter dans l'exécution de ses missions et, par son dévouement et sa bravoure, a été du plus bel exemple pour tous."

Jules Lebeau est promu au grade capitaine en 1924. Le 30 mars 1925, il se marie à Saint-Mandé avec Geneviève Gallot. 

Dix ans plus tard, en 1935, il est promu commandant. Le 10 décembre 1936, on le fait Officier de la Légion d'Honneur alors qu'il est à la 38e escadre aérienne et demeure toujours à Metz. Affecté à l’Etat-major de l’Air régional 8 (Dijon) en 1938, il est porté au grade de lieutenant-colonel en 1939 puis, la même année, nommé commandant de l’Air Régional 8.

La seconde guerre

Jules Lebeau rejoint les Forces Françaises de l’Intérieur en 1944 et on le retrouve Major du secteur Est de Paris. Désigné pour suivre les cours d’Administration militaire française en Allemagne en 1945, il est envoyé à Innsbruck (Autriche) pour y former le Gouvernement militaire de la zone française du Tyrol. Là, il sera gouverneur-adjoint jusqu'en 1946.

Jules Lebeau sur les routes du Tyrol (Collection Pierre Lebeau).

Jules Lebeau prendra sa retraite en 1946. Retraite toute relative puisqu'il sera conseiller municipal de Saint-Mandé.

De 1952 jusqu'à la fin de ses jours, avec son épouse et son fils Jean, il reviendra régulièrement à Duclair où il descendait à l'hôtel de la Poste.  Il est décédé le 18 septembre 1962 à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, où son fils aîné dirigeait alors l'Institut français. Outre la Légion d'Honneur, il arborait la Croix de guerre, étoile d'argent.

Geneviève et Jules Lebeau à Duclair dans les années 50.



SOURCES

Bernard Pierre Lebeau - Registre matricules - Etat civil de Duclair - Archives de la Légion d'Honneur.