A la Révolution, les premiers élus de Duclair présentèrent un mémoire pour désenclaver leur bourg. Le marché battait de l'aile, la population était pauvre. En cause : l'état des chemins...

Mémoire que présentent les membres de la municipalité du bourg de Ducler à Mrs de l'assemblée du département de rouen.

Sur la nécessité d'un chemin pour accéder à ce bourg du côté du pais de Caux.

"C'est aux assemblées municipales qu'il appartient de proposer à celles du département la demande des atteliers de charité que leurs communautés désireront d'obtenir, de faire valoir les raisons qui doivent porter à accorder ces atteliers et de veiller, lorsqu'ils auront été accordés, sur leur exécution la plus économique et la plus avantageuse, art. 2..."

Ducler est un bourg d'une certaine considération pour la capitale de la Normandie, c'est un des endroits d'où elle tire son approvisionnement en grain.

Un marché affaibli

Son marché était autrefois beaucoup plus considérable qu'il n'est aujourd'hui, on y a compté jusqu'à 80 et 90 chariots chargés de bled, à peine s'y en trouve-t-il aujourd'hui 25 ou 30.



Ces faits sont connus de tous ceux qui fréquentent ce marché.

Ce qui doit surprendre, ce n'est pas que le nombre en soit diminué, c'est au contraire qu'il y ait encor quelques labouteurs qui veulent bien risquer leurs chevaux et leurs voitures pour y en apporter.

Trois cavées tortueuses

Ducler communique avec le pais de Caux par trois cavées auxquelles on ne peut pas donner proprement le nom de chemins.

La première qu'on nomme la cavée de St-Paër et que l'on appelle encore cavée de montée est absolument impraticable pour la descente et aucun chartier ne s'y risque.



La seconde, nommée la cavée de la Cour du mont, du nom  d'une ferme appartenant à Mr l'abbé de Jumièges et connue sous le nom de cavée de descente est enfoncée de 8, 10, 12 et en quelques lieux de 15 pieds, elle a à peine en certains endroits huit à neuf pieds de largeur.

La troisième apellée cavée de Ste-Margueritte, parce qu'elle conduit à cette paroisse et de là à Caudebec, est séparée dans sa majeure partie par un éperon de 15 ou 20 pieds de largeur, en deux très petits passages auxquels on doit plus tôt donner le nom de ravins que de routes.

Tous ces prétendus chemins a à peine la voye d'une large voiture et s'il s'en trouve une qui monte lorsqu'une autre descend, il faut nécessairement qu'une des deux rétrograde.

L'inspection du local démontrera ces vérités à ceux qui les révoqueraient en doute.

Les mauvais travaux de l'abbé

Mr l'abbé de Jumièges a sollicité et obtenu il y a quelques années un attelier de charité pour faire la partie du chemin comprise entre le bourg de Ducler et le pont jetté sur la rivière d'Enne ou de Ste Autreberte.

Cette route est bien sinueuse, on aurait pu faire mieux sans plus de frais, le chemin pouvait ne faire qu'un seul coude, on lui en a fait faire trois, si la municipalité eut été formée dans ce temps, certainement on n'aurait pas si mal employé une telle somme d'argent. Quelques personnes qui la composent firent des représentations dans le temps, mais elles n'ont produit aucun effet.


Quoiqu'il en soit ce chemin, qui aurait pu être mieux dirigé est fait, il est bon, il peut servir au moins un certain temps, mais pour que l'on en fasse usage, il faut que l'on puisse y accéder et cela est très dangereux dans l'état actuel des choses.

Une fois constant que le marché de Ducler est nécessaire à l'approvisionnement de Rouen, que ce marché est bien diminué de ce qu'il était autrefois à cause de la difficulté des chemins, la municipalité est persuadée que l'assemblée provinciale s'occupera des moyens de remédier à de tels inconvénients.

Aménager la cavée de Ste-Marguerite

Ce n'est point à la municipalité à tracer le plan de la nouvelle route indispensable pour arriver au bourg de Ducler de tout le canton du pais de Caux, ce sera la tâche des ingénieurs que l'assemblée provinciale enverra sur les lieux, cependant, pour donner tous les renseignements qui sont en son pouvoir, elle observera que cette route devrait être prise dans la cavée de Ste-Margueritte.

1° parcequ'avec un seul chemin dans cet endroit, les deux autres actuellement impraticables deviendraient entièrement inutiles, les trois cavées se réunissant aisément au haut de la côte.

2° parceque ce chemin conduit d'un bourg à une ville, Caudebec, et à deux bourgs considérables, Yvetot et Bolbec,

3° parcequ'il passerait par des landes et terreins incultes dont les propriétaires feraient aisément le sacrifice et que quand on leur accorderait une indemnité, elle serait très peu considérable.

4° parceque le chemin pourait être plus doux par cet endroit que partout ailleurs et à moindre frais.

5° parqu'en traçant la route on trouverait la majeure partie et peut-être même la totalité du caillou nécessaire pour l'enquaissement.

Le bourg est pauvre

La nécessité de ce chemin démontrée, il ne reste plus qu'à examiner le moyen de l'exécuter.

Dans les atteliers de charité, le Roy fournit les deux tiers de la somme, ceux qui les sollicitent doivent faire le fond de l'autre tiers.

La municipalité de Ducler ne peut rien proposer sur cet objet jusqu'après le devis estimatif, mais elle observera

1° que le bourg n'est pas riche, qu'il n'a aucune espèce de commerce ni d'industrie et que le numéraire y est très rare.

2° que la paroisse paye à la corvée une contribution considérable

3° qu'il ni a pas, si l'on en excepte Mr l'abbé de Jumièges, de gros propriétaires.

Intéresser l'abbé

Cependant après le devis on pourait trouver des moyens de se procurer quelques sommes, surtout en engageant Mr l'abbé de Jumièges auquel ce chemin serait très avantageux puisque plus il vient de denrées à son marché, plus la recette de sa coutume est considérable, à fournir quelques deniers pour un objet aussi utils et aussi intéressant.


Quoique l'assemblée provinciale, d'après les principes sages et des vües louables ait disposé pour une année ou deux des deniers de la corvée pour mettre à l'entretien simple les deux grandes routes ouvertes dans sa généralité qui ne sont pas encor, cependant, après ce court délai, ne serait-il pas de sa justice de consacrer, sinon la totalité, au moins une partie des deniers de la corvée de la paroisse à ces travaux d'une urgente nécessité.

Le pain risque de manquer

Une considération qui ne doit pas échapper à MM de l'assemblée provinciale, c'est que Ducler est un bourg et un bourg pauvre, peuplé dans sa majeure partie de manouvriers qui n'ont d'autre ressource, après les travaux de la moisson, que la filature et qui dans l'état actuel des choses se trouvent exposés à manquer de pain cet hivert si on ne leur procure pas quelque moyen de gagner leur subsitance et celle de leurs enfans.

Ces motifs réunis doivent avoir le plus grand poids sur MM de l'assemblée provinciale dont le éèle pour le bien public est connu et pour les engager à prendre en considération une demande aussi raisonnable et aussi juste.

Parmi les signataires : Neufville, sindic , Caillouel, Lemettais, Gueudry, J Bte Granchamp, Vincourt, greffier....




SOURCES

ADSM. Cote C2133. Recherche et numérisation: Josiane et Jean-Yves Marchand. Transcription et mise en page : Laurent Quevilly.