Tout le monde sait que Maurice Leblanc, l'auteur d'Arsène Lupin, vint régulièrement passer ses vacances chez son oncle, Achille Poulain, dit Granchamp. Celui-ci fut maire de Jumièges et même conseiller général du canton. Il vivait devant l'abbaye, dans ce que l'on appelait le Courtil ou encore le Château, un bâtiment qui abrite aujourd'hui la poste et l'office de tourisme. Mais comment la famille Grandchamp vint-elle s'implanter ici ? Il faut remonter à la Révolution...

On loue le Courtil

Il y avait, devant l'abbaye une ferme nommée le Courtil. On y trouvait notamment deux viviers où se conservait le poisson de Seine. Le 17 mars 1791, la municipalité de Jumièges jugea urgent de louer l'herbe du Courtil. Mais seulement pour un an.
Plan de l'abbaye

Domaines nationaux, 17 mars 1791

Du registre des délibérations de la municipalité de Jumieges a été extrait ce qui suit.

Du jeudi dix sept mars mil sept cents quatre vingt onze, devant nous maire et officiers municipaux soussignés est comparu le sieur Pierre Phillebert le Villain procureur de la commune lequel a dit qu'il est nécessaire de louer l'herbe du courtil seulement pour une année – Sy tems dure la faisance valoir confiée à la municipalité dont la jouissance commencé le quinze de ce mois pour finir a pareil jour de 1792, à l'effet de quoi il a fait afficher par différents dimanche que ladite herbe étoit à louer au plus offrant et dernier enchérisseur et que l'adjudication s'en feroit aujourd'hui dix heure de matin en la chambre municipale aux charges clauses et conditions qui vont être cy après declarés, pourquoi requiere qu'il soit presentement procédée à la dite adjudication et a signé lecture faite ainsi signé Le Villain procureur de la commune.

Surquoi faisant droit, l'assemblée municipale ordonne qu'il sera procédé presentement à louer l'herbe du courtil au plus offrant et dernier enchérisseur pour le tems cy dessus aux charges

1) d'embricoller les bestiaux que l'adjudicataire mettra dans le courtil.

2) qu'il sera garant de tous les dommages que feront les bestiaux aux arbres fruitiers dudit courtil.

3) de donner le libre passage au jardinier pour aller au jardin par la porte d'icelui, de laisser pâturer un cheval que ledit jardinier mettra dans le courtil.

4) L'adjudicataire payera le prix du loyer aux mains de M. Varanguien, maire, en quatre termes égaux, un terme par avance.

5) sera tenu l'adjudicataire comme clause essentielle de la présente adjudication de retirer ses bestiaux dudit courtil le 31 août prochain, inclusivement et de le laisser libre pour le dit jour jusqu'au 15 novembre aussi prochain et à partir de ce jour il pourra faire pâturer l'herbe jusqu'à la fin de sa jouissance, à laquelle adjudication il a été procédé.

Et après plusieurs criées et que personne n'a voulu couvrir l'enchère de Vallentin Landrin, l'herbe dudit courtil luy a été présentement adjugé comme le plus offrant et dernier enchérisseur par la somme de quatre cents quatorze livres en outre les charges et clauses référées au cahier et à ledit sieur landrin signé avec nous et officiers municipaux lecture faite signé V.L.D. Varanguien maire, pierre Duquesne, Dossier, pierre Desjadins;

Collationné conforme audit registre par moi secrétaire greffier ce jour d'hui cinq avril mil sept cents quatrevingt onze. Foutrel.

En arrière plan, le château édifié par Achille Grandchamp

L'appétit foncier de Granchamp

De Caudebec, un certain Jean Baptiste Grandchamp louchait sur cet endroit. Il venait de voir le manoir d'Yainville lui passer sous le nez. Le 17 juin 1791, il acheta ce fameux Courtil. Après quoi, il se proposa d'acquérir quatre bâtiments en ruines situés près de la porte d'entrée de l'abbaye, de les raser pour s'approprier le terrain et de construire un nouveau mur de séparation avec la cour de l'abbaye.

A Messieurs les administrateurs du district de Caudebec, supplie humblement J Bte Grandchamp marchand audit lieu et vous remontre que son intantion est de fere sa soumission sur une partie des batiments situés dans la cour de l'abeillie convantielle de jumieges, consistante en quatre corps de batimens totallement en ruine et a la suitte d'un l'autre a partir de contre le batiment nommé le pressoir de laditte abeillie jusque et contre la grande porte d'entrée de la ditte cour qui sonts les batiments de la menuiserie, la serrurerie, la platrerie et un autre batiment sans couverture tenant contre la grande porte d'entrée, le tout pour estre par moy démolis et fere sur le devants de la rue une muraille de sept pieds de hauteur en tel fin que la cour soit clause, qu'avant de fere sa soumission sur les quatres objets cidessu il vous prie de fere fere l'estimation par Mr menil entrepreneur a grancam qui a fait l'estimation de toute l'abeillie, le supliant ne pouvant faire sa soumission sans cela que sur l'evaluation qui en sera faitte pour quoy vous prie de bien la fere fere et a l'honneur d'estre en attendant l'avy de l'estimation Messieurs votre affectionné serviteur J Bte Grandchamp pere. A Caudebec le 21 9bre 1791 Jean Baptiste Laurent Poulain, dit Grandchamp, né en 1763 à Caudebec, était marchand de fer dans cette même ville. Il avait pour femme 'Anne Marie Ressancourt, épousée à Yvetot en 1796.

Il avait pour père Jean Baptiste Poulain dit Granchamp, époux de Anne Élisabeth Guillot dont il eut aussi :
- Angélique Désirée, née à Caudebec le 10 décembre 1767, mariée à Duclair à Clair Bailly le 14 vendemiaire de l'an IV.
- Aimée, née à Duclair le 27 mai 1772, mariée à Duclair le 20 frimaire an X à François Amédée Cavoret.
- Victoire Julie, mariée le 18 janvier 1792 à Duclair à Jacques Antoine Piard.

Jean Baptiste Poullain habitait Duclair en 1797. Un Poulain dit Grandchamp fut impliqué dans l'émeute du Catel, à Duclair et on retrouve un Jean Baptiste parmi les signataires des cahiers de doléances dans cette paroisse.

Un acte notarié passé au Havre le 4 octobre 1768 nous apprend que Jean-Baptiste Poullain, dit Grandchamp, était fils de Guillaume Poullain, dit Grandchamp, lui-même fils d'autre Guillaume.

Jean-Baptiste avait pour frère Vincent Laurent Poullain, dit Grandchamp, marchand en la ville du Havre.


Les Jumiégeois sont contre

A Caudebec, les administrateurs du district communiquèrent la requête à la municipalité de Jumièges pour avis. Il fut négatif. Et tiré par les cheveux...

Soit communiqué à la municipalité de Jumièges pour examiner les batiments dont l'exposant demande à faire l'acquisition, faire connaître s'il est possible de les vendre sans nuire à la maison conservée pour les relligieux qui voudront mener la vie commune. Faire les observations qu'elle croira nécessaires et renvoyer le tout dans le plus bref délai. En directoire, à Caudebec, ce 22 novembre 1791. Neufville

La municipalité de Jumiege ayant pris communication d'une requeste du sieur Grand Champ présentée à MM les administrateurs du district de Caudebec et communiquée à la municipalité pour faire ses observations, estiment que les bâtiments demandés par l'exposant pour être démoly ne peuvent l'être sans nuire à la maison conservée pour les religieux qui voudront mener la vie commune, que ces bâtiments quoi qu'en ruine sont demandés pour être loués, qu'en outre se tenant ensemble feroit un tort considérable au pressoir conservé aux dits sieurs religieux, nous observons de plus que les dits bâtiments que le dit sieur Grand Champ veut souscrire sont encore tenant d'un autre côté à un bâtiment près la grande porte d'entrée de la dite abbaye qui est réservée tant pour la municipalité que pour un portier. Il en résulteroit des frais condisérables pour faire des clôtures et séparations, que le mur de sept pieds que le sieur Grand Champ offre faire n'est pas suffisant pour clôre la cour intérieur de la maison conventuelle de Jumièges, les batimens, quoique en mauvais état sont dans le cas de servir de clôture.

Délibéré ce jourd'hui huit decembre mil sept cents quatre vingt onze. Amand maire, Poisson Pierre Desjardins, Delarue, Pierre Leroux Jean Baptiste Beauvet, Decau, François Amand, procureur de la commune.

Le directoire de Caudebec annote ainsi cette délibération...

Soient les observations faites par la muncipalité de Jumieges communiqués au s. Poulain dit Grandchamp, pour y répondre, faire celles qu'il croira convenables et renvoyer le tout dans le délai de huitaine.

En directoire à Caudebec ce 20 décembre 1791. Lemarié, Neufville, Herment...

Grandchamp insiste

Réponse aux observations de la municipalité de jumiege a ma demande par ma requette en lautre page ci devants en datte 21 novembre dernier.

Je suis on ne peut plus surpris des observations que fonds messieurs les mambres de la municipalité de jumiege a ma demande portée à ma requeste ci enoncés, ses messieurs observe que le présoir et le batiment de la grande porte d'antrée de la Beillie sonts reservés pour messieurs les religieux qui abiteronts l'abeillie mais ce sonts pas là les batiments que je demande dont ils n'onts pas besoing d'en parler. Ils disent que les vieux batiments en ruine que je demande ferais tort aux religieux qui abiteront l'abbeillie, cela ne peut pas estre puis qu'ils nen aurais pas besoing. Et que pour le prouver si ils sen servaits il en couterait plus quils ne valles a les fere mettres en etat, ils save bien eux même que les Religieux ne doivents pas les avoir, quils ce proposes de les louer en disants que lon leurs demande a louer, ce quil n'onts pas droit de fere sans surement vos ordre, que les louronts t-il apeuprais comme lecurie trais vaste de la ditte aveillie quil onts louee neuf livres par an a ce que lon ma su dire, beau preteste de ne pas vouloir vendre les vieux batiments non neufsere et a charge qui en les vendants produiraits des fonds a la nation et de louvrage au abitants de lendroit par la demolition que jen ferais fere et reconstruction, dans le courtil que je ay acqits de la nation dans laquelle masure il ni a aucuns bâtiments, double interais pour quoy vu mes observations je perciste a ce quil vous plaise et sans avoir egar a lestime qua monts fait messieurs de la municipalité de jumiege, macorder acte messieur du distric de Caudebec et macorder en outre den fere fere par vos ordres lestimation a mes frais par Mr Mesnil de Grancan des dits objets par moy demandés pour d'aprais son estimation que vous voudres bien me fere scavoir, en fere ma soumission et vous feres justice, a Caudebec ce vingts trois decembre mil sept cents quatre vingt onze.

J Bte Grandchamp

Caudebec tranche

Les administrateurs composant le directoire du district de caudebec qui ont pris communication de la requete presentee par le Sr J Bte Grandchamp, marchand demeurant en cette ville en positive qu'il est dans l'entention de faire sa soumission sur une partie des batiments situés dans la cour de l'abbaye de jumieges consistans en quatre corps de batiments totallement en ruine et a la suite l'un de l'autre a partir du pressoir jusque contre la grande porte d'entrées pourquoy il demande a être autorisé d'en faire sa soumission pour être par lui démolis, vu aussi la réponse de la municipalité et les observations audit St Grandchamp

Considérant que les batiments dont il s'agit ne sont d'aucune utilité pour les religieux qui habitent l'abbaye de Jumièges, que ces batiments sont d'un très grand entretien, qu'ils menacent ruine et qu'il seroit avantageux pour la nation de les faire vendre en obligeant l'adjudicataire de clore la cour de la dite abbaye par un mur de sept pieds de haut,

Oui le procureur syndic

Sont d'avis qu'il y a lieu de faire vendre au profit de la nation les batiments de la menuiserie, serrurerie et platetrerie de la dite abbaye de Jumieges et un autre batiment qui est contre la grande porte d'entrée. Parce que l'adjudicataire sera tenu de faire construire un mur de sept pieds de hauteur pour clore la dite abbaye a l'effet de quoy le sieur Grand Champ sera autorisé d'y faire sa soumission.

En directoire de Caudebec, ce 6 fevrier 1792, l'an 4me de la liberté. Neufville, :herment, f....

Jumièges plie

Domaines nationaux, Enclos de l'abbaye de Jumieges, vieux batiments à vendre pour être démolis;

MM du directoire du district de Caudebec,

Dès que vous avez acquis la certitude que les batiments situés dans la cour de la dite abbaye de Jumièges, à partir du pressoir jusqu'à la grande porte d'entrée, ne sont d'aucune utilité pour les religieux composant cette communauté et qu'ils sont dans un état de déperissement qui en rend l'entretien fort onéreux nous ne trouvons pas d'inconvénient qu'ils soit vendus pour être démolis, en obligeant toutes fois l'adjudicataire à clore la cour claustrale par un mur de 7 pieds de hauteur, nous vous prions en conséquence, MM, de faire estimer ces objets et de faire connaître au Sr Grandchamp notre déterminatation à cet égard afin qu'il soit à portée de faire sa soumission pour les acquérir comme il le désire

8 mars 1792 Extrait d'une soumission pour l'acquisition de biens nationaux dont la désignation suit.

Quatre corps de batiments situés dans l'enceinte de l'abbaye conventuelle de jumiege totallement en ruine dont un sans couverture consistant premièrement un nommé la menuiserie, l'autre la serrurie, l'autre la platrerie et enfin l'autre contre le batiment de la grande porte d'entrée sans couverture B d B contre le pressoir et d B. le batiment de la grande porte d'entrée dont dutout pour après l'achat être démolis de fond en comble et enlevés de dessus le fond et par l'acquérieur de clore la cour de la dite abbaye par un mur de toute la longueur des dits batiments détruits et ce le long de la route des dits batiements de sept pieds de hauteur aux frais de l'acquéreur.

Les biens sont estimés

Nous soussigné Jean Menil entrepreneur de batimens demeurant la paroisse de grancamps expert nomme par MM les administrateurs du directoire du district de Caudebec conformement aux decrets de l'assemblée nationalle a l'estimation et ventillation des biens nationaux.

Certifie estre transporté en la paroisse de jumieges dans l'enceinte de la baye de jumieges manse conventuelle pour voir visiter et estimer quatre corps de batimens telle qu'ils sont désignés sy dessus concernant seulement tous les matériaux des dits corps de batimens comme pierre, blocq, brique, charpente des comble, planchers, couverture tant en thuille que ardoise, plon, porte boiseris gros fers, le tout pour estre démoly et enlevé de dessus le fond a la charge de ladjudicataire les quelles démolitions seront jusqu'au redechaussées pour estre au profit de l'adjudicataire.

Le dit adjudicataire après l'achat fait il sera tenu et obligé de faire et construire un mur le long du chemin dans toutte la longueur des quatre batimens qui seront demolis lequel mur sera constuit en bloc provenant de la demolition de saize pouces d'épaisseur sur sept pieds de hauteur avec chaperon le tout avec un bon mortier quy sera composé d'un tiers de chaux et deux tiers de sable.

Lesquelles démolitions estimée valoir la somme de huit cens livres en capital a cause des grand frais de démolition et transport de matériaux cy 800 #

en foy de quoy nous avons fait et rédigé le present procès verbal pour estre remis à MM les administrateurs du directoire du district de Caudebec.

A jumiege ce huit mars mil sept cens quatre vingt douze Jean Mesnil.

La famille s'installe

Jean Baptiste Poulain aura pour fils Jean Baptiste Isidore Poulain dit Grandchamp, né à Caudebec le 30 avril 1798. Celui-ci épousa  à Rouen, le  25 octobre 1819, Zélie Adèle Lenormand, née elle aussi à Caudebec et fille d'un vinaigrier établi dans la capitale normande. Isidore habitait alors chez son père à Caudebec. Les témoins furent Louis Hauguel, maître tanneur, beau-frère de l'époux, Jean Laurent Siard, clerc de notaire, cousin, François Laurent Bocquet et Pierre Roux, négociants et amis. 

En avril 1822, Poullain de Granchamp père (sic) est syndic de la faillite du vinaigrier Bénard-Coté, à Caudebec. Il met en vente 133 barriques de vinaigre de poiré, une presse et son étalon, des chantiers et autre ustensiles de vinaigrerie.

En 1848, Isidore Poulain est attesté comme marchand de fer au 172 rue des Charettes à Rouen.  Mais il reste connu comme commerçant à Caudebec, faisant venir par voiliers son fer de Suède et son charbon d'Angleterre.

En 1856, on abat la salle des Dames, une ancienne dépendance située sur la ferme du Courtil avec la buanderie en rez-de-chaussée et le logement des hôtes à l’étage. C’est là que siège le conseil municipal. On construira une nouvelle mairie.

En 1857, Isidore Poulain est dit "propriétaire demeurant à Jumièges". Il y meurt le 15 mars 1862. Il eut sept enfants. Le second, Achille Désiré Poulain, dit Grandchamp, est né le 6 octobre 1821 à Caudebec. D'abord associé à son père, il quitta Caudebec pour Rouen et y créa, rue Lecat, un commerce à son compte, face à l'Hôtel-Dieu. En 1857, il crée une ligne entre Rouen et Grimsby. Les navires eurent pour nom l'Albert et l'Ernestine remplacée par un bateau du même nom et de plus fort tonnage, le Lord Cardigan et l'Imperator qui se perdra devant Fécamp. La ligne trafique entre l'Angleterre et la Suisse et prend pour port d'attache Dieppe, en 1860. 
Demeurant un temps rue Cauchoise puis rue Le Nôtre, Grandchamp
épousa Mlle Brohy. Celle-ci avait pour sœur Blanche Brohy mère de Maurice Leblanc. Ce qui expliquera la présence de l'auteur d'Arsène Lupin chaque été à Jumièges. Emile Leblanc et M. Charlemaine sont les associés de Grandchamp.  Il devient maire de Jumièges qu'il dote d'une très belle école. Républicain, il ravit le canton de Duclair aux réactionnaires et ne renoncera au conseil général que pour ses affaires de plus en plus prenantes.

Achile Poulain-Grandchamp étendra ses possessions dans la presqu'île. A Yainville, il rachète la Broche à l'entrepreneur Sabatier en 1877. C'est là que s'établira plus tard Sacha Guitry.

En 1881, on lit dans un guide de l'abbaye : "La guerre des Calvinistes fit abandonner l'abbaye par les moines qui cachèrent les trésors au bout du dortoir et au bas du courtil (propriété entourée de murs, actuellement appartenant à M. A. Granchamp)."

Après Grandchamp

Les 21 et 22 juin 1890, Grandchamp passe le week-end à Jumièges où il est toujours maire. Quand il éprouve un léger malaise. Rien d'inquiétant. A 69 ans, Grandchamp est en parfaite santé et gère ses affaires avec vitalité, notamment à Paris. Rentré à Rouen en son domicile du 25 rue Lenôtre, il est frappé d'apoplexie alors qu'il vient de se lever. Nous sommes le mercredi 25 juin. Ses obsèques furent célébrées le 27 en l'église de la Madeleine. Dans le cortège qui le conduisit au cimetière monumental, on comptait les employés de ses maisons de commerces de Rouen, Dieppe et Paris mais aussi une forte délégation du canton de Duclair, principalement de Jumièges. Les honneurs militaires lui furent rendus par un piquet de ligne et le premier adjoint de Jumièges lui rendit ainsi hommage :

"Les représentants du conseil municipal de Jumièges pourraient-ils se séparer à jamais de celui qui fut M. Grandchamp sans exprimer devant tous et les regrets unanimes que cette mort foudroyante a fait naître en nous et la reconnaissance que notre commune doit à l'homme généreux qui toujours fut son bienfaiteur ?

M. Grandchamp aimait Jumièges d'une affection toute particulière : quand il venait parmi nous se reposer du dur labeur qu'il s'est toujours imposé, c'était pour travailler à faire le bien et à semer à pleines mains en faveur de toutes les bonnes œuvres. C'est à M. Grandchamp que nous devons la magnifique école  de filles qu'il a édifiée à ses frais, c'est à lui, digne successeur de son père, que nous devons de posséder une compagnie de sapeurs pompiers modèle, c'est à lui que nos enfants devaient chaque année les nombreuses récompenses qu'il était heureux d'offrir, soit en livres, soit en livrets de caisse d'Epargne, car cet homme de bien semblait d'autant plus aimer l'enfant qu'il n'avait jamais eu le bonheur d'être père.

Si l'instruction des enfants l'occupait à ce point, la santé publique ne le laissait pas indifférent et, dimanche dernier, il offrait qjinze cents francs pour faciliter à un médecin le service de notre commune. 

Nous pouvons dire avec orgueuil, mais aussi avec le plus profond regret, que sa dernière pensée a été pour Jumièges, aissi, au nom de mes collègues du conseil municipal, au nom de tous les habitants de Jumièges, j'adresse à la mémoire de M. Grandchamp un suprême et dernier adieu."

Son testament olographe déposé chez Peschard, notaire à Jumièges, faisait de son beau-frère, Emile Leblanc, l'héritier de la Broche.

Un an plus tard, le 22 juin 1891, à 14h, réprésenté par Alfred Verte, de Reims, Emile Leblanc met en vente par adjudication les biens dont il a hérité. Le principal est consititué du domaine de Jumièges. Il s'agit d'un château, dit le château de Jumièges, au centre du bourg, "une jolie maison de maître de construction récente aménagée avec tout le confort moderne, beau parc, maison de jardinier, écurie etc."
Sont également mises en vente plusieurs pièces de terre courant jusqu'à Yainville. Parmi les acquéreurs : Pauline Alexandrine Dossier, divorcée de Sosthène Sabatier.

Le 8 juillet 1891, Leblanc vend La Broche à Maurice Ray, un peintre parisien. Le contrat est reçu par Me Hervieu, de Duclair, et Me Peschard, de Jumièges. 

Maison faisant partie du domaine Granchamp


SOURCES

Documents numérisés aux archives départementales par Jean Yves et Josiane Marchand, cote  1QP728 et 1QP721. Transcription : Laurent Quevilly.
Le Journal de Rouen.