Les vieux registres paroissiaux ne trahiront jamais les secrets d'alcôve. Mais de leurs pages transpire un aperçu des mœurs de nos ancêtres. Carnet rose...

D'abord tordons le cou à un vieux cliché : les Jumiégeois, c'est bien connu, sont tous cousins ! Alors, voyons si ces prétendus cousins se mariaient entre eux. Sous l'Ancien régime, une relation entre un homme et une femme séparés par moins de quatre degrés canoniques était considérée comme incestueuse. A titre d'exemple, deux cousins ne pouvaient se marier sans une dispense de consanguinité signée du Pape. De même que deux enfants de cousins, deux petits-enfants de cousins. Là, on s'adressait à l'archevêque. Eh bien contrairement aux idées reçues, bien peu de Jumiégois sont dans ce cas. Cinq dispenses délivrées à Jumièges avant la Révolution, six au Mesnil, aucune à Yainville.

1700 : Richard Ouin et Geneviève Hiet, dispense de consanguinité du 3e au 4e degré.
1703 : Valentin Vastey et Marie Lebourgeois, du 3e au 4e degré.
1704 : Jacques Can et Geneviève Levesque, 4e degré.
1737 : Robert Bourdon et Catherine Hue, 3e degré.
1741 : Jean Lefebvre et Rose-Clotilde Delahaye, 3e degré.

Au Mesnil

1695 : Simon Duparc et Magdeleine Deconihout, 2e degré et reconnaissance d'un fils.
1715 : Pierre Mercier et Catherine Billy, 3e au 4e degré.
1717 : Philebert Marcescot et Madeline Anselme, 18 ans, 3e degré.
1724 : Valentin Vauquelin et Marie Deconihout, 3e et 4e degré.
1737 : François Mustel et Magdeleine Deconihout, du 3e au 4e degré.
1767 : Pierre-Nicolas Vauquelin épousa sa cousine germaine, Marie-Anne Vauquelin. Ils étaient issus de deux frères Vauquelin qui avaient épousé deux sœurs Amand. Il fallut une sacrée dispense du Pape.


A partir d'un couple fictif, voici comment se calculaient les liens de parentés de leurs descendants en droit canon.

Mais il existait une autre forme d'inceste qui nécessitait aussi dispense, c'est la parenté non pas biologique mais simplement par alliance. Les mariages entre beaux-frères et belles-soeurs, parrains et marraines étaient surveillés par l'Eglise. Qu'un veuf veuille épouser la petit-cousine de sa défunte épouse était considéré comme incestueux d'un point de vue spirituel. Il fallait donc une dispense. Là, le nombre d'exemples est encore plus restreint.

En 1691, c'est d'une « dispense d'affinité » dont bénéficièrent François Cottard et Jeanne Diepois.

En 1729, Jean-René Courant obtint quant à lui une « dispense de parenté » du Pape pour épouser Marie Vassal dont il avait du reste un enfant.

Il arrivait que ces liens ne soient découverts qu'après le mariage. Aussitôt, cette union était cassée. Sauf si le couple parvenait à obtenir une dispense. Le mariage était alors "réhabilité", autrement dit célébré une seconde fois. Un seul cas est répertorié chez nous : celui de Louis Claverie, originaire du Bordelais, chirurgien à Jumièges et Elisabeth Daureroux, native d'Artois. Le 15 avril 1700, le curé de Jumièges procéda à la réhabilitation de leur mariage. Le même jour, le couple reconnut une fille de 3 ans.
Alors, tous cousins les Jumiégois ? Pas vraiment si l'on en juge par le peu de mariages consanguins.

La fille... était un garçon !

Le 25 février 1866, Denis Désiré Landrin, un journalier du Sablon marié à Rose Désirée Neveu, alla présenter en mairie de Jumièges un enfant né la veille et qui fut reconnu de sexe féminin. Ainsi cette charmante petite fille reçut les prénom de Désirée Augustine. Instituteurs, les deux témoins, MM. Gruley et Condor-père, étaient des gens sérieux. Tout semblait donc en ordre. 

Seulement, la gamine inscrite par le secrétaire de mairie était en réalité un garçon qui, parvenu à l'âge adulte avec du poil au menton, épousa le métier de marin. A 24 ans, il souhaita épouser aussi une fille du pays. Alors, en 1891, il fallut d'abord un acte du juge de Paix de Duclair puis un jugement du tribunal de Rouen pour officialiser ce changement de sexe. Cette erreur fut alors qualifiée d'inexplicable. 

Désirée Augustine devenue Désiré Auguste, était tellement un garçon qu'elle prit d'abord Marie Henriette Malandain pour épouse en 1892 à Jumièges puis, en 1903, jeta son dévolu sur Albertine Monchy, à Yainville. Lors de son premier mariage, Landrin fut dispensé de produire son acte de naissance. Ce qui épargna certainement une syncope à celle qui s'apprêtait à lui dire oui.


Fille ? Garçon ? Un baptème normand en 1843. Les garçons étaient jadis habillés en fille la première année de leur vie. Il serait intéressant de consulter le registre de catholicité de Jumièges pour voir s'il diffère de celui de l'état-civil.

Les deux fiancées de Martin Hue
Martin Hue était un joli cœur. A la fin de 1685, deux femmes étaient enceintes de lui. Il était temps pour lui de choisir et de se ranger.
La première à accoucher fut Anne de Morgny. Le 23 janvier 1686, en l'église Saint-Valentin, Martin donna son nom à cette petite fille qui reçut le prénom de Madeleine.

Ayant reconnu cette enfant, on aurait pu penser que Martin allait en épouser la mère. Eh bien non. Trois semaines plus tard, il annonce au curé son intention de se marier avec Anne Lefebvre dont le ventre se tendait. Ces fiançailles officielles se firent avec le consentement des parents de nos futurs époux : Jean Hue et Marie Braquehais, Charles Lefebvre et Marie Mainberte.

Le dimanche qui suivit, le curé annonça donc la chose aux prônes de la grand messe. Lorsque soudain, Pierre Pellerin, le sergent royal, intervint. Il est porteur d'une opposition à cette union au nom d'Adrien de Morgny et de sa fille Anne. Nous sommes alors le 17 février. Et tout va aller très vite. Le 23 février, Martin Hue scelle cette fois ses fiançailles avec Anne de Morgny. Et ce, toujours avec le consentement de ses parents décidément disposés bien facilement à changer de future bru. Le 25 février, après avoir obtenu une dispense de bancs, Martin prend la Morgny pour légitime épouse.

Que devint cette pauvre Anne Lefebvre ? Elle accoucha en juin suivant d'un garçon que l'on prénomma Charles. Il semble qu'elle resta mère-célibataire et vécut sans doute auprès de ses parents, Charles Lefebvre et Marie Mainberte. Pendant ce temps, son promis volage eut plusieurs enfants d'Anne de Morgny.

Une fois parvenu à l'âge adulte, c'est avec la mention d'enfant naturel que Charles Lefebvre se maria à son tour, en 1716, avec Marie Mulot. Le jour des noces, Anne Lefebvre était encore en vie. Puis on ne trouve nulle part l'acte de décès de cette infortunée décidément condamnée à l'anonymat.

Brave marin...

Cette histoire n'est pas sans rappeler la chanson "Brave marin revient de guerre". Sauf que ce marin-là ne revint pas. Et que sa femme lui resta fidèle. Magdeleine Boutard était enceinte quand son mari, Jean Lebourg, fut appelé dans la Marine pour le service de Sa Majesté. Aussi, le 5 février 1710, c'est seule qu'elle accoucha d'un garçon que l'on prénomma André. Les années passèrent, passèrent. Jamais Jean Lebourg de réapparut. On chercha bien à s'informer de son devenir mais aucune réponse ne vint de l'administration royale. Si bien qu'à Jumièges, tout un chacun finit par le considérer comme étant mort à l'armée.

21 ans après le départ de son mari, Magdeleine Boutard, en accord avec sa famille, voulut marier son fils à une veuve, Valentine Duquesne. Les bans furent publiés sans aucune opposition. Mais au moment de célébrer le mariage, l'abbé Gilles s'y refusa. Il voulait le consentement de père car André, à 22 ans, plus jeune que sa promise, était encore mineur. Le garçon se tourna alors vers la Haute-Justice pour contraindre le curé de Jumièges à célébrer cette union. Ce qui fut fait en novembre 1731.

Au nom du père

Passé 25 ans pour les filles, 30 ans pour les garçons, le consentement des parents était toujours requis mais l'on pouvait s'en passer après leur avoir adressé trois sommations respectueuses. Au Mesnil, en 1781, Sophie Lebourgeois n'avait pas obtenu le consentement de son père pour épouser Jean-Michel Lehéricy. Et ce père, il habitait Bolbec. Sophie dépêcha donc un huissier qui se présenta par trois fois au domicile de Lebourgeois-père, accompagné de témoins. Cette démarche étant épuisée, Sophie put épouser son promis. Elle était "majeure d'ordonnance"...

NB : l'expression majeure d'ordonnance fait référence à l'ordonnance royale de Blois datée de 1579 et qui fixait la majorité matrimoniale à 25 ans pour les filles et 30 ans pour les garçons.

Ces si jeunes mariés...

Mais au fait, à partir de quel âge pouvait-on se marier. Jusqu'à la Révolution, en droit canon, l'âge nubile était de 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons. Mais ce cas de figure n'existe pas dans la presqu'île de Jumièges. Jean-Baptiste Beauvet avait 18 ans lorsqu'il épousa, en 1751, Françoise Beauquet qui en avait 20. Louis Nicolas Desmoulins, marinier, avait aussi 18 ans en s'unissant à Catherine Rose Duquesne, le 8 fructidor de l'an 3. Celle-ci avait sept ans de plus que son mari.
Le 16 février 1795, Valentin-Victor Barnabé a 17 ans et 10 mois lorsqu'il épouse Marie Catherine Rose Tropinel, âgée pour sa part de 26 ans.
A partir de 1803, l'âge minimum a été porté de 12 à 15 ans pour les filles et de 14 à 18 pour les garçons. Sauf impératif de la nature, évidemment...

La veuve épouse un mineur

A Yainville, Le 18 mars 1807, Jean-Baptiste Eudes, mineur de 20 ans, né en 1787 à Saint-Paër de père inconnu, assisté de son tuteur Louis Hémard, meunier de Saint-Paër prend pour épouse Catherine Victoire Hue, une journalière de 35 ans née en 1772 de Valentin et Marie Lemaître. Elle est veuve de Pierre Héricher, disparu deux ans plus tôt.  Elle en a eu trois enfants qui tous sont morts.
Voilà donc Jean-Baptiste l'époux d'une femme mâture. Le jeune mari sera journalier à Yainville. Un premier enfant viendra au monde en juillet 1908 qui ne survivra pas. Catherine Victoire fera commerce de ses seins. De nombreux enfants seront placés en nourrice chez le couple. Certains y perdront la vie.

Les vieux galants

A l'inverse, on pouvait se marier fort tard. L'exemple de mon ancêtre direct, Charles-Ambroise Mainberte, m'a toujours laissé perplexe. Le 19 avril 1779, à 64 ans, il se marie au Mesnil avec Catherine Tropinel... de 34 ans sa cadette! Sacrée différence d'âge ! On ne lui connaît aucune union avant cette date et celle-ci ne semble même pas précipitée par la nature. Car il a 67 ans quand lui vient un premier enfant. Ce ménage déséquilibré dura treize ans. En 1792, immédiatement après la mort de son vieil époux, la veuve de Charles se remaria avec un jeune veuf. Elle avait sans doute besoin de fraîcheur.  

Contrairement à son père, le fils de Charles Mainberte fut très précoce puisqu'il se maria à 17 ans avec une femme plus âgé que lui. Le monde à l'envers...

Les mariages multiples

Effet de la mortalité, nombreux sont ceux qui auront eu plusieurs conjoints successifs dans la vie. Surnommé Boisselier, Pierre Boutard est de mes ancêtres celui qui détient le record du nombre de mariages à Jumièges. Il eut en tout cinq épouses : Anne Chantin en 1721, Anne Duparc en 1729, Magdeleine Levillain en 1742, Magdeleine Cabut en 1746 et enfin Marguerite Lefrançois en 1763. Il mourut à l'approche de ses 80 ans après avoir eu 14 enfants. Ce qui est loin de constituer une performance inégalée.

L'un des cinq mariages de Pierre Boutard, le quatrième, est original. Le 22 janvier 1746, il épousa la veuve d'un homonyme, Magdeleine Cabut. Exactement le même jour, un fils de la mariée épousa une fille du marié. Du coup, pour cette dernière, son père devenait du coup son beau-père. Le curé s'appelait Grossetête. Il fallait vraiment s'appeler ainsi pour ne pas y perdre son latin...

En entendant Grossetête lui promettre la vie éternelle, Pierre Boutard devait avoir bien du mal à s'imaginer au Paradis, entouré de ces cinq femmes et de leurs anciens maris. Une partie fine difficile à gérer. Mais Jésus à tout prévu : "A la résurrection les hommes ne se marient pas et les femmes ne sont pas données en mariage, mais ils sont comme des anges dans le ciel".

Mariages sous le drap
La reconnaissance d'un enfant lors d'un mariage n'est pas rare à Jumièges. On parle alors de mariage sous le drap. Les plus récalcitrants à officialiser leur union furent Jean Vauquelin et Marie-Jeanne Lequesne. Il finirent par s'épouser, le 1er octobre 1746, après avoir eu trois enfants. Pour alors, les parents des époux étaient déjà tous morts.
Un avocat du nom de maître Grésil sévissait auprès de la Haute-Justice du cru. En 1751, il avait 50 ans et sa fille en avait déjà 15 quand il épousa Catherine Thérèse Hallavend.

Reconnus, ces enfants hors mariages avaient encore de la chance...

Ces pères inconnus

De la chance. Car combien sont ceux nés de père inconnu. C'est sans parler des enfants issus de relations adultérines et qui faussent nombre de généalogies...

1800. François Picard, l'ancien cordonnier de Jumièges, ne risque pas d'honorer sa femme, Prudence Binard. Depuis quatre ans, il croupit à la prison d'Yvetot pour le vol de six quintaux d'orge perpétré en compagnie de Jean Roger, un journalier. Nous sommes le 12 avril 1800. On frappe à la porte de François Le Saint, le maire d'Yainville. C'est la sage-femme du Trait, Marie Guillemare, qui l'avertit que l'épouse du détenu vient d'accoucher d'un garçon. On l'appela tout de même Valentin Picard...

La veuve accouche

1822, toujours à Yainville. Maçon, Augustin Tiphagne est mort depuis bientôt deux ans quand sa veuve, Rose Levillain, accouche d'un garçon forcément de père inconnu. Lui, on lui donna le nom de sa mère. C'est la sage-femme du Trait, Thérèse Delaunay, qui déclara cette naissance en mairie.

Née dans un champ

Restons encore à Yainville. Le 16 décembre 1794, Augustine Fournier, journalière originaire de Duclair accouche... dans l'herbage situé près de la maison de Michel Acron, journalier. L'enfant fut prénommée Marie Lucie. Père inconnu, bien entendu...

Maintenant, il arrive que des circonstances exceptionnelles mettent un nom sur le géniteur de ces enfants illégitimes. 1790. Servante chez les Bocquet, à Jumièges, Rose Deconihout est seule à la maison en compagnie de sa sœur.Quand elle ressent les douleurs de l'enfantement. Vite, sa sœur part alerter les voisines. Quand tout ce monde revient, Rose est prostrée près de la cheminée de la cuisine. Entre ses jambes : un enfant mort-né. Il y eut enquête. La responsabilité de Rose fut dégagée car le foetus était prématuré. On apprit en revanche le nom du père : c'était son maître, Charles Nicolas Bocquet, l'époux de Catherine Moulin. Vingt ans plus tard, Rose épousa le frère de son amant, accoucha d'un enfant. Et mourut peu après.

Les divorcés de l'an III

A la Révolution, Joseph Hauriolle, maçon et tambour à ses heures passait pour un original. C'était aussi un zélé délateur. Quant apparut le divorce. Il fut le premier à inaugurer la chose en se séparent de Marguerite Lecoutre après 25 ans de vie commune. Un mois plus tard... il se remaria avec son épouse ! Ce qui fit bien rire le village tandis qu'au Mesnil l'ancien curé épousait sa bonne, Marie Anne Fleury. Mais l'abbé Le Faucheur, assure-t-on, n'oublia jamais de lire son bréviaire avant de se mettre au lit.

Les mariages contestés

Comme le veut la règle, les bans sont publiés trois dimanches aux prônes de la grand messe et les mariages se scellent sans opposition. Notons toutefois de rares cas. Au Mesnil, le 12 octobre 1695, François Deconihout peut épouser Marie Bichot après que Denis Héricher ait levé son opposition. A Jumièges, le 22 janvier 1731, Antoine Foulquet épouse Marie-Françoise Blocquet. Valentin Delépine s'y était opposé. On en ignore la raison. En revanche, on en sait beaucoup plus sur l'opposition formulée lors du mariage de Pierre Lambert. Et nous terminerons sur cette longue histoire...

Geneviève Beauvet, dite « Belle tête », passait pour une libertine. Elle s'était pourtant mariée en 1730 avec Antoine Herpin. Mais celui-ci décéda l'année suivante. Belle tête vécut alors seule au Conihout. Seule, enfin pas tout le temps...

La jolie veuve accoucha d'abord d'un garçon qu'elle déclara à la justice de Duclair comme étant né des œuvres de Pierre Lambert, un jeune célibataire. Et c'est bien sous le nom d'Etienne Lambert qu'il fut baptisé le 26 décembre 1732. 

Geneviève va élever seule son enfant. Quelques mois ont passé quand Pierre Lambert annonce son intention se marier avec une autre qu'elle. Nous sommes en octobre 1733. Belle-tête fait opposition. Puis revint sur sa décision quatre mois plus tard.

Trois années passent. Alors qu'elle est servante chez les Porgueroult, Belle tête met encore au monde un enfant. Une fille cette fois. Valentin Porgueroult, le fils de la maison, avoue avoir fauté avec la bonne. La sage-femme ondoya l'enfant qui ne fut baptisée qu'une semaine plus tard et reconnue par son père. Quelques jours après, Valentin prit Belle-Tête pour épouse en étant dispensé de deux bancs. Ce jour-là, le couple reconnut la fille qui venait de naître. Mais aussi... le petit Etienne Lambert, né quatre ans plus tôt. Le couple promet alors au curé que « c'est mal à propos que le dit Etienne a été déclaré des œuvres de Pierre Lambert. » Voilà donc un garçon qui change de nom et de père. Lequel est le bon !

Les Porgueroult eurent d'autres enfants qui devinrent la terreur du Conihout. Jusqu'au jour où ils tuèrent d'un coup de lance-pierre la petite Rose Lambert. Notons au passage que le père de la victime se remaria par la suite avec... la soeur du meutrier. L'amour a de ces secrets. Toujours est-il qu'après cette affaire, Belle-Tête, comparut au palais abbatial devant le juge Delamarre. Nous sommes le mercredi 3 mars 1751 et Geneviève revient sur sa sexualité.

— Pendant votre premier mariage, n'avez-vous pas mené une vie scandaleuse et avec qui ?
— Jamais!...
— Mais vous alliez souvent chez Valentin Porgueroult. Dès la mort de votre mari, vous avez demeuré chez lui. En quelle qualité ?
—Étant fille, j'avais servi Porgueroult comme servante. Cinq ou six ans. Et puis je me suis mariée avec Antoine Herpin. On a vécu ensemble sept mois. Quand qu'il est mort, j'ai vécu dans une petite maison au Conihout. Deux ans environ. A cette époque, j'allais queques fois à journée travailler chez Valentin comme servante. Jusqu'au temps de notre mariage...
— A quelle date est mort votre mari et quand vous êtes-vous remariée exactement?
— Je m'en souviens point...

Delamarre insiste :

Vous me dites vous être bien comportée durant votre premier mariage. Mais une fois veuve, n'avez-vous pas mené une vie libertine et avec qui?
— Je me suis toujours bien gouvernée pendant son veuvage.
— Mais à cette époque, vous avez bien eu des enfants ! De qui sont-ils prononcés et chez qui demeuriez vous alors?
— Veuve, j'ai eu un enfant de Valentin Porgueroult. Oui, j'ai dis à la justice qu'il était de Pierre Lambert. Mais je l'ai jamais chargé de cet enfant. Je l'ai nourri, je l'ai élevé toute seule...
— Alors dites-nous quel est celui, ou ceux, qui vous ont déterminée à déclarer cet enfant sous le nom de Lambert alors que vous saviez parfaitement qu'il était de Valentin Porgueroult ?
— J'ai su que Valentin Porgueroult et sa sœur voulaient me faire enlever et enfermer si je déclarais l'enfant du nom de Porgueroult. C'est mes voisins qui m'ont conseillé de le déclarer sous celui de Lambert. Mais je n'ai jamais eu l'intention de charger Pierre de la nourriture de l'enfant.

Delamarre est abasourdi. Voilà une femme qui désigne un faux géniteur parce que le vrai la menace. Et qui finit par épouser ce dernier ! Difficile à comprendre. Le juge veut en savoir plus:

— Peu après l'accouchement, Pierre Lambert était dans le dessein de se marier. Et vous avez fait opposition aux bans sous prétexte que le commerce que vous aviez eu ensemble était pour vous dans l'espoir d'un mariage. N'avez vous pas obligé Pierre Lambert à demander à l'officialité une sentence mettant la main levée sur votre opposition...
— J'ai jamais mis d'opposition à la publication des bans ni au mariage de Pierre. Jamais !...

Geneviève ment. Effrontément. Sur les registres de Jumièges, le mariage de Pierre Lambert est assorti d'un commentaire stipulant formellement que Geneviève Beauvet a levé son opposition...

— Après la naissance de l'enfant, n'avez-vous pas continué un mauvais commerce avec Valentin Porgueroult, au moins jusqu'à votre mariage...
— Oui, queques fois. Peu de jours avant notre mariage, j'ai accouché de ma fille. On l'a reconnue le jour des noces. Ainsi qu'Étienne qu'avait été baptisé sous le nom de Lambert. C'est Monsieur le curé de Jumièges qui nous a poussé à le faire...


Vous avez relevé des histoires originales dans les registres paroissiaux et d'état-civil, signalez-les nous...