Il ne manquait qu'une lettre à son nom pour donner mascaret ! Paul Mascart, le douanier de Duclair, était un immense artiste...

Né à Condet-sur-l'Escaut le 18 avril 1874, engagé volontaire au 12e puis au 6e régiment de chasseurs à cheval, il tombe amoureux de la Haute-Normandie et s'installe à Rouen en 1891 où il entre dans l'administration des Douanes

Élève aux beaux-arts sur son temps libre, il fonde en 1906 avec Marcel Delaunay la Société des artistes rouennais. Lié à Albert Lebourg, il exposera à ses débuts au salon de la Société nationale des Beaux-Arts puis à ceux aux Salons des Indépendants et des Tuileries.

Mascart obtient un poste de douanier à Duclair en 1908 où un siècle plus tard son souvenir sera honoré au travers d'un atelier présidé par Brigitte Auger. 

La même année, il expose à la galerie Legrip de Rouen. Le prix Pellecat de l'Académie de Rouen lui est décerné en 1911.

En 1920, Paul Mascart expose 48 toiles à Paris, Maison Bézier, dont de nombreuses ont pour sujets Duclair, Boscherville. Jacques Hébertot signe la présentation du catalogue. Ecrivain au racines jumiégeoises, Gabriel-Ursin Langé donne un compte rendu dans le Carillon de Caen. Il avait déjà parlé de Mascart dans Paris-Journal.

En 1929, il est muté à Nouméa et peint un grand nombre d’œuvres exposées à l’exposition coloniale de 1931.

En 1935, il rentre en France, établit son atelier à Montmartre et prend sa retraite en 36.

On le retrouveà l'exposition internationale de Paris de 1937. 

Durant la guerre, il reprend du service aux douanes. En 1952, à l’âge de 78 ans, il séjourne plusieurs mois à laMartinique.

Il est régulièrement exposé depuis son décès dans le cadre de rétrospectives sur l’École de Rouen qui valorisent sa période normande.

Son fils Roland (1909-1988) fut un peintre établi au 189 de la rue Ordener à Paris. En 1977, il organise à Nouméa exposition des œuvres de son père. À son tour,il y fit l'objet d'une rétrospective au centre culturel Tjibaou en 2012.


Voici ce disait en 1911 de Paul Mascart l'Académie de Rouen.
 
Lui aussi, il a commencé par l'Ecole régionale de Rouen, et l'un de ses anciens professeurs, M. Scarcérieau, nous écrit le 15 mai 1911 : « Paul Mascart a toujours été un élève sérieux, assidu ; je n'ai eu qu'à me louer de lui à tous points de vue. Depuis sa sortie j'ai pu constater ses progrès incessants en peinture, grâce à un labeur constant et opiniâtre ».



Mascart
traite au besoin la figure, mais il se distingue surtout comme paysagiste. Les très nombreuses Expositions vous avez rencontré ses toiles, à Rouen ailleurs, amènent le public et la presse à juger sa valeur. Il appartientà cette classe d'artistes, ne se contentant pas d'exécuter des tableaux pour la vente, et chez lesquels on trouve des carnets, des albums couverts de notes, de croquis, et de projets attestant une étude sérieuse de la nature, en vue d'oeuvres futures.

Ce travail d'incubation, l'Académie a pu s'en rendre compte dans la galerie Mascart envoyait, le mois de juin dernier, un bagage artistique des plus variés. Nous retrouvions, à côté de toiles finies, destinées à l'amateur, des études très vivantes dans leur état de motifs pris sur le vif, sur le rasoir de l'occasion, comme dit Topffer. Indications de mouvements, effets de lumière, notations de temps et d'heures, pochades lestement enlevées à la pointe de la brosse et du sentiment. 

Avec de pareils matériaux dans sa poche, on se trouve facilement en forme, le jour l'on s'asseoit, châssis en main, devant le site aimé. On l'a choisi, on y a pensé la nuit, on l'a analysé sous tous ses aspects, on sait d'avance comme il est tendre sous la fine rosée du matin, à l'aube les lapins rentrent sous bois; comme il est sonore, baigné dans le soleil du soir, alors que des facettes d'or ruissellent sur l'épiderme du fleuve assoupi : on l'a vu fumer, à midi, on l'a vu jaunir au vent de l'automne, défaillir aux glaces de décembre, que sais-je ? On le chérit, ce coin d'amour, car on en a épelé le charme. On le traite en jolie femme ; on l'aime mieux ainsi qu'ainsi, avec sa robe mauve, ou son écharpe bleue, ou son air de rêve, ou son allure tapageuse.



Ah
! comme on devrait faire un chef-d'oeuvre alors, si on avait le sens commun. Comme de cette divine union entre la nature qui s'offre et le peintre qui lui demande le baiser suprême, après lui avoir fait longtemps la cour, devrait sortir un être beau, solide, bien portant, et plein des grâces de sa mère.



Hélas
! triste réveil, amère extrémité de cette lune de miel! Unchef-d'oeuvre ! Qui ne fait que des chefs-d'oeuvre ? Sur dix toiles peintes en deux mois, combien de passables ? Répondez, Messieurs les artistes diplômés par la Renommée! Qu'une seule soit réussie et c'est déjà beau. Dans la délicieuse correspondance de Corot, récemment publiée par Moreau Nelaton, je cueille au hasard ce passage : «Depuis que je vous ai vu, mon ami, j'ai fait aux environs de Paris deux études, pas de première qualité. Espérons qu'il en viendra plus tard! »
 


Consolons-nous donc, mes chers confrères en art ; si Corot n'était pas toujours égal à lui-même, nous avons bien le droit, nous, les petits, de ne pas être constamment « de première qualité ».


Ce qu'il faut, c'est, quand on réussit, d'avoir à soi une manière de réussir qui vous reste personnelle. Mascart est toujours bien lui, et sans signature, on dévoilerait l'incognito de ses tableaux. Ils portent tous sa marque. Tous,même les discutables, attestent une sincérité de rendu qui a son prix. Mascart se laisse impressionner par des sujets généralement bien choisis dans les environs de Duclair il habite ; il en dégage le caractère avec science et conscience, plutôt en l'exaltant qu'en le voilant.


 Duclair (1915)

Sa
palette est chaude, sa brosse est indépendante, quelquefois audacieuse. Il accuse de préférence l'effet dans des tonalités très soutenues. Nous nous souvenons avoir vu, signé de lui, au Salon des artistes rouennais, il y a deux ans, un paysage d'inondation en plein hiver qui donnait, non pas la chair de poule, car les poules détestent l'eau, mais un sentiment d'anxiété et de désolation intense. Ces troncs noirs, en silhouette sur un fond blafard, et sous un ciel mélancolique, emprisonnés de toutes parts et tendant leurs grands bras à tous les vents comme pour appeler au secours ! C'était navrant et c'était parfait.

J'ai nommé la Société des artistes rouennais, et c'est bien le cas d'en parler quand on s'occupe de Paul Mascart; il est le premier qui en ait eu l'idée : avec M. Marcel Delaunay, son dévoué président, on peut dire qu'il l'a fondée.Dans un journal dirigé par lui, et il traitait les questions d'art, il a lancé le projet en le justifiant : syndiquer les artistes, les mettre en contact avec les amateurs, les pousser ainsi à travailler, faire oeuvre de décentralisation,besogne difficile, et aussi besogne excellente. Les rapides succès de cette vaillante Société ont légitimé sa création.



On
doit donc dire que, dans la mesure de ses moyens, Mascart a tendu la main à ses jeunes confrères normands ; à notre tour nous l'aidons de nos encouragements et nous sanctionnons ses progrès. C'est justice.

Avant tout, Mascart est un persévérant, et comme il aime la nature, il viendra à bout de la pénétrer jusque dans ses arcanes les plus intimes.
«
L'artiste, disait encore Corot, doit avoir une conscience invulnérable. S'il fait desouvrages se laisse voir un défaut, même saillant, peu importe, qu'il poursuive ; on n'est pas peintre en un jour. »

Académie de Rouen, 1911.