A la Révolution, le citoyen Sallentin fut le premier instituteur de Sainte-Marguerite. Le problème, c'est qu'il exerçait aussi les fonctions d'adjoint. Préhistoire de la communale...

Le 31 octobre 1796, le citoyen Sallentin, instituteur public à Sainte-Marguerite écrit aux administrateurs du canton de Duclair :

Citoyens, je ne contreviendrai jamais aux dispositions des lois, vous me dites qu'elle s'opposent à ce que je sois tout à la fois adjoint et instituteur. Il est étonnant que vous ayez fait exécuter si tard une loi que nous ne me citez pas et que je vous demandais à connaître. 

Quoi qu'il en soit, pour vous prouver que je ne crains pas la surveillance dont vous me parlez dans votre lettre, lorsque vous me dites que je ne puis être surveillant et surveillé tout ensemble, je tacherai, comme instituteur, de répondre à la confiance publique que je n'ai cessé de mériter depuis sept ans dans les différentes places que j'ai occupées. 

Vous m'enjoignez sous trois jours d'opter, j'ai reçu votre lettre ce matin, neuf heures et demie, après cinq jours de date, ce qui prouve la fidélité de vos commissionnaires. Pour réparer ce long retard, je n'ai pas hésité de vous remettre sur le champ la place d'adjoint. Je puis vous protester de tout mon dévouement à la chose publique, toutes fois que les lois le permettront. Vous n'aviez pas besoins de m'enjoindre, j'aurais été plus charmé de trouver une expression plus fraternelle et plus amicale de la part d'anciens collègues. Je n'en demeure pas moins votre très dévoué concitoyen et ancien collègue. 

Sallentin.

Nota. La servante du citoyen Samson m'a remis votre lettre ce matin à neuf heures et demie.

PS Vous aurez la bonté de pourvoir à mon remplacement conformément à l'article 188 de la constitution. Si contre mon attente vous n'y mettez pas le même empressement que vous avez mis à m'enjoindre l'option des deux places, je vous préviens que je ne garderai pas plus longtemps les registres de l'état-civil dont je suis chargé.

Accusé, il se défend

Le 29 brumaire Sallentin reprend la plume : J'ai remis ce matin au citoyen Thieffray mon successeur dans la place d'adjoint les registres des actes civils, je ne l'ai pas fait plutôt pour répondre aux désirs du citoyen agent municipal.

Il ne me reste qu'un regret dans la démission que l'on m'a forcé de faire de cette place, c'est que ce soit la passion et les mauvais rapports qu'on a fait sur mon compte qui soient cause qu'on m'ait enlevé une place que la confiance publique m'avait donnée. J'ai été dénoncé à votre administration comme un agitateur et un homme qui m'opposait à l'exécution de vos arrêts et délibérations. Enfin, on m'a accusé d'avoir défendu de payer les charges locales et d'avoir par là chercher à frustrer les employés de votre administration du juste salaire qui leur est dû.

Je vous prie citoyens administrateurs de faire à mes dénonciateurs la même proposition que j'ai faite il y a cinq jours en présence de plus de 1200 personnes. J'offre cinq louis à celui qui pourra me prouver que je me sois opposé à la perception des charges locales de l'an 4e et même de l'an 3e.

J'offre au contraire de prouver que j'ai conseiller à toute la commune de payer et que sur le nombre des citoyens qui n'ont pas payé les charges locales de l'an 3e, il y en a au moins six que je peux nommer et à qui j'ai répondu, lorsqu'ils m'ont consulté, qu'il était raisonnable de payer ces charges locales en argent puisque le papier monnaie ne valait plus rien.

Il est hors de toute vraisemblance que j'ai voulu m'opposer à la perception des charges locales de l'an 3e puisque j'étais un de principaux créanciers sur ces mêmes charges locales.

Je vous prie de vous rappeler ce ue je vous ai dit il y a environ cinq semaines au sujet des charges locales de l'an 3e que les citoyens Capelle et Herment ont perçu en argent de concert dans la ci-devant … de Sainte-Marguerite.

Je vous ai présenté depuis une pétition le dix de ce mois, vous y verrez ma conduite. Si elle mérite le moindre reproche, je les recevrai, persuadé que tiendrez la balance de la Justice et de l'impartialité pour me juger.

Rassurez, je vous prie, votre secrétaire et vos employés sur les mauvaises impressions qu'on leur a données de ma personne. J'aurais cru que le citoyen Barette qui m'avait entendu une première fois dans ma juste déclamation n'aurait pas eu besoin de recourir aux règles administratives et aux dispositions des lois pour me donner un sujet de mortification. Quoi qu'il en soit, j'ai promis au citoyen Thieffray d'après sa demande de l'aider dans la tenue des registres lorsqu'il aurait besoin de mon peu de lumière.

Je souhaite rentrer dans la part de l'estime à laquelle j'avais droit de votre part.

Salut et fraternité.
Sallentin.

Le curé lui succède...

 Manifestement, Sallentin finit par démissionner aussi de son poste d'instituteur. Car on retrouve bientôt à ce poste l'abbé Nicolas Béard. Comme on lui suggérait de participer à la fête de la jeunesse à Duclair en compagnie de ses élèves, il jugea l'idée bonne mais mal venue un jour de marché. De plus, il est enrhumé. Le 3 avril 1798, Béard en fait part aux administrateurs du canton...

Citoyens administrateurs,

Je me férais un devoir de répondre à l'honneur de votre invitation et j'assisterais aujourd'hui à la fête de la Jeunesse avec autant de plaisir que j'en ai gouté à celle de la Souveraineté du Peuple, fête que vous avez sçu rendre intéressante par la lecture d'excellens morceaux, par un discours pathétique qu'a prononcé le citoyen hüe & par des hymnes patriotiques composés par un citoyen que votre administration du canton doivent d'enorgueillir de posséder, mais un mal de tête & un gros rhume m'obligent de rester chez moi.

D'ailleurs je ne dois pas vous dissimuler que j'aurais bien de la peine à rassembler une partie de mes disciples, vû que le jour du marché de Duclair, ils sont obligés de garder leurs hares, leurs parents se rendant à ce marché, les uns pour y vendre le résultat de leurs travaux, les autres le fruit de leur industrie, ceux-ci la production de leur faisance valoir, ceux-là pour y acheter les objets de première nécessité.

Des menaces

Vous me direz sans doute, citoyens, qu'à la fête dernière, j'ai eu l'honneur de vous présenter au moins cinquante ecoliers, qu'ell avait tombé aujour du marché, cela est vrai, mais je vous avouerai que pour les forcer à me suivre, j'avais usé de menaces en leur déclarant la veille que vous chasseriez de ma classe ceux qui se trouveraient absens. Aujourd'huy les mêmes menaces ne produiraient aucun effet, vû qu'ils se sont trouvés seuls la dernière fois...

Qu'il me soit permis, citoyens administrateurs, de vous dire avec la franchise d'un vrai Républicain que vous devriez jamais mettre aujour de votre marché nos fêtes civiques & que la dernière ainsi fête vous a fait tort dans l'esprit de l'administration centrale de notre Département.

Qu'il me soit permis de vous observer aussi qu'il conviendrait de nous prévenir plûtot de la célébrations des fêtes aux quelles nous & nos éleves devons assister ; par la vous nous mettriez à portée de disposer nos (élèves) à réciter devant vous quelques lecons du catéchisme français dont la morale est sublime ou les 377 articles de notre sage constitution de l'observance de laquelle dépend notre bonheur & vous exciteriez l'émulation de ces jeunes républcains et ce par titre ainsi que les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen.

Les premiers de la classe

Pour mettre le citoyen Pouchet Maugendre, président de cette administration, dans le cas de remplir envers mes élèves l'art. 10 du réglement provisoire des ecoles primaires, je crois devoir vous faire connaitre ceux d'entr'eux qui se sont le plus distingués par leur assiduité au travail, leurs progrès rapides et leurs vertus civiques, voici le leurs noms et prénoms.

L'école des filles telle qu'on la verra plus tard.

Saillard Jean ; Bourgeois Jean Bte, Pecot Joseph, ces trois se distinguent dans l'écriture et le calcul.

Les plus forts pour la lecture sont Filleul Jean Bte, le susdit Saillart, Lieury Bathilde, Le Couteux Marie, Frémont Marie Angélique, Renault Françoise.

Je suis avec la plus haute considération, citoyens administrateurs, Ste Marguerite, ce 14 germinal l'an 6e de l'ère républicaine, votre dévoüé concitoyen, Béard, inst.

Les élèves de Béard


Qui sont les élèves de Béard ? Ils ont de 6 à 14 ans, certains viennent même de Duclair et d'Epinay...

Noms des élèves

Leurs prénoms

leur âge

Leur demeure

Observations sur leur moralite, leur civisme et leurs progrès.

Saillard

Jean Pierre

13 ans

Ste Marguerite

Je désirerais pourvoir rendre aux progrès de mes élèves un témoignage aussi flatteur que celui que méritent leur assiduité et leur civisme car je puis assurer avec autant de vérité que de satisfaction qu'ils fréquentent exactement ma classe et qu'ils donnent les plus hautes espérances du pur Républicanisme mais le petit nombre se distingue par la rapidité de ses progrès sans qu'on puisse condamner le grand nombre (pluribas intentas, minor estad singula sensus). En effet il sera ais aux citoyens administrateurs de ce canton d'en deviner la cause en voyant le nombre de mes écoliers et ce puissant motif doit les déterminer à procurer une institutrice à la commune de Ste Marguerite. C'est aussi le service signalé qu'attendent de cette administration les fidèles et soumis administrés, les pères et les mères de la susdite commune.

Saillard

Amédé

10 ans

Eadem

Pecot

Denis

14 ans

"

Pecot

Joseph

13 ans


Bourgeois

Jean Bte

14 ans


Bourgeois

François

12 ans


Berteaux

Pierre

14 ans


Loiselier

Joseph

13 ans


Filleul

Jean Bte

11 ans


Le Couteux

Jean Louis

10 ans


Le Couteux

Jacques

11 ans


Cordier

Michel

10 ans

Epinay

Gueudry

Nicolas

9 ans

eadem

Lefebvre

Etienne

8 ans

"

Frêmont

Thomas

7 ans

"

Coudray

Louis

11 ans

Ste Marguerite

Cavelier

Jean Bte

12 ans

Eadem

Viard

André

13 ans

"

Viard

Pierre

13 ans


Thomas

François

13 ans


Demarezt

Jean Bte

10 ans


Samson

Pierre

10 ans


Landrin

Alexandre

7 ans

Duclair

Boyer

¨Pierre

6 ans

Ste Marguerite

Boyer

Jean Bte

6 ans

Eadem

Foubert

Joseph

6 ans

"

Dannery

Pierre

6 ans


Heauveau

Nicolas

9 ans


Heauveau

Ferdinand

7 ans


Léonard

Jean Bte

13 ans


Le Couteux

Jean Bte

10 ans


Fermand

Nicolas

13 ans


Fermand

Alexandre

11 ans


Fermand

Joseph

10 ans


Lieury

Pierre

12 ans


Cavelier

François

7 ans


Bapeaume

Pierre

8 ans


Veaulier

Nicolas

7 ans


Simon

Thomas

11 ans


Boyer

Amédé

7 ans


Vallois

Louis

8 ans


Barjolle

Jean

8 ans


Galien

Sever

9 ans


Courtin

Pierre

6 ans


Le Breton

François

7 ans


Frémont

Angélique

13 ans

Epinay

Frémont

Maximiliaine

11 ans

Eadem


Renault

Françoise

11 ans

"


Joli

Marie Anne

12 ans



Lefèbvre

Marie

9 ans



Rousseau

Françoise

8 ans



Landrin

Véronique

13 ans

Duclair


Landrin

Désirée

9 ans

Eadem


Quiqueham

Françoise

8 ans



Lieury

Bathilde

11 ans

Ste Marguerite


Pécot

Rose

11 ans

Eadem


Pécot

Constance

8 ans

"


Le Couteux

Marie

11 ans



Demarezt

Désirée

8 ans



Quiqueham

Marie

13 ans



Lubin

Rosalie

8 ans



Courtin

Marie

13 ans



Courtin

Julie

7 ans



Samson

Pélagie

10 ans



Boyer

Elisabeth

8 ans



Le Clerc

Marie

13 ans



Frémont

Françoise

7 ans



Filleul

Rose

9 ans



Dubos

Marie

13 ans



Coudray

Aimée

11 ans



Coudray

Amélie

7 ans



Danney

Marie Rose

10 ans



Guéroult

Françoise

12 ans

Epinay


Le présent état certifié véritable par moi, instituteur primaire de la dite commune de Ste Marguerite sur Duclair. En ma classe, le trois floréal, l'an sixième de la République française une et indivisible. Béard.


Il veut redevenir curé


Le 12 juillet suivant, Béard est placé devant un choix : continuer d'enseigner ou redevenir curé. Il opte pour ce dernier état avec cependant des réserves de bon républicain...

Liberté Egalité Justice

Nous soussigné François Nicolas Béard, instituteur primaire de la commune de Ste Marguerite, canton de Duclair, département de la Seine Inférieure, pour nous conformer à une lettre de l'administration centralle du dit département sous date du 18 prairial dernier tendante à établir l'incompatibilité de fonctions entre celle de ministre du culte & celle d'instituteur primaire, fonctions que nous exercons d'après les lois dans la susdite commune, déclarons par le présent adopter les fonctions de ministre du culte catholique, en conséquence, nous donnons notre démission d'instituteur primaire. Malgré notre profond respect pour les ordres de l'administration et notre soumission entière à leurs arrêtés, nous déclarons avec la franchise et la liberté d'un vrai Républicain notre démission n'être de notre part définitive & absolue qu'autant que l'objet de la lettre précité sera approuvé & ratifié par une loi de nos immortels mandataires composant les deux conseils. L'article 7 des Droits de l'homme et du citoyen & l'article 354 de notre bienfaisante constitution militent en notre faveur. En donnant une démission pure & simple, nous croirions manquer à la fidélité et à l'attachement que nous devons à la constitution que nous jurons de nouveau de maintenir.

Ste Marguerite ce 24 messidor an six de l'ère républicaine. Béard.

Une classe surchargée

Finalement, Béard reste en poste. Avec un tel succès que, le 10 septembre, il demande un adjoint.

Aux citoyens composant l'administration municipale de Duclair et au citoyen hüe, commissaire du directoire exécutif près cette admnistration

Auguste magistrat François Nicolas Béard, instituteur primaire en la commune de Ste Marguerite et duement authorisé a y exercer ses fonctions en vertu de la loi du 3 brumaire an 4 relative à l'instruction publique et vos arrêtés subséquents

Expose que depuis qu'il remplit dans la ditte commune ses penibles et honorables fonctions, sa classe est au moins fréquantés par soixante dix a quatre vingt dix eleves..." Plus d'une fois, il a même dû en refuser. Ce qui a donné naissance à deux écoles particulières,"écoles ou souvent les principes republicains sont oubliés et méme méconnus." 

Un travail assidu et opiniâtre de sa part mais hélas trop divisé singulierement a altéré sa santé et n'a pas produit dans ses chers eleves tous le succès qu'il auroit desiré. En voici la raison : pluribus, intentus minor estad singula sensur...

Cette santé affaiblie et souvent de grands maux de tête vulgairement appelés migraines seraient pour l'exposant des motifs assez puissants pour lui faire abbandonner les eleves qui lui sont confiés, eleves si chers a son coeur.

Mais investi et honoré de la confiance générale de ses concitoyens... (ici le texte devient illisible. Mais on comprend que Béard entend concourir à l'épanouissement de jeunes plantes qui rendront d'importants service à leur patrie.)

L'exposant ose faire auprès de vos nobles organe et interprètes fidèles des loix justres et sages qui nous dirigent, ose dis-je, faire une tentative pour vous convaincre du désir sincère qu'il a de répondre aux vues bienfaisantes du gouvernement qui n'a pour but que de propager l'éducation, faire fleurir les sciences et les arts ; ce seroit de permettre à l'exposant de d'adjoindre un coadjuteur qui depuis trois ans et plus remplit aussi les fonctions d'instituteur public dans la commune de Gruchet, canton de Bolbec.

Vous appercevrez aisément, citoyens administrateurs, que ce langage ne peut être tenu par l'exposant que dans l'intention de voir faire à ses aimables disciples des progrès rapides dans les sciences républicaines..". Bréard jure la main sur le cœur n'être point guidé par un vil intérêt, "triste apanage des ames vulgaires, basses et rampantes."

Puisse cet expédient, citoyens administrateurs, vous être agréable et mériter votre approbation ou au moins être par vous souscrit d'un avis favorable sir l'autorisation d'iceluy outrepasse la démarcation de vos pouvoirs. Salut et respect. Béard. Ce 24 fructidor an 6e.

La plus vieille photo de classe connue à Sainte-Marguerite. Elle est de la fin du XIXe

Ce sera une institutrice !

En marge, l'administration émit un avis favorable. Il fut adopté en séance publique, à Duclair, le 2 vendemiaire de l'an sept. vu la lettre de Béard, vu aussi la loi du 4 brumaire sur l'Instruction, "considérant que la commune de Ste Marguerite est une des plus populeuses de cet arrondissement et qu'il résulte des recensements que nous avons pris que le nombre des élèves monte à près de quatre vingt, qu'il n'est pas possible que le pétitionnaire, malgré son assiduité et son zèle puisse donner à l'éducation de chaque élève toute l'éducation convenable..." considérant encore que le local destiné à l'école primaire de Ste Marguerite est suffisant pour logement d'un instituteur principal et d'un adjoint et conséquemment qu'il ne résulteroit aucun préjudice pour le trésor public (...) oui le commissaire du directoire exécutif," 

bref, on donne un avis favorable, sous réserve de vérifier par le jury d'instruction publique séant à Yvetot que l'adjoint demandé présente toutes les qualités réquises. Il s'agit du citoyen Varin.

Le 5 brumaire, la réponse de l'administration centrale est négative. Du moins nuancée...

Citoyens, nous désirons beaucoup seconder le zèle et les talens du ctioyens Béard, instituteur national à Ste Marguerite, mais nous ne pouvons faire de la manière qu'il propose parce que cela ne s'accorde pas avec le voeu de la loi. Faites donc tout ce qui dépendra de vous, citoyens, pour indiquer incessamment au jury, une institutrice digne d'en remplir les fonctions par son patriotisme et ses connaissances.

Piqué au vif

Citoyens administrateurs

Par votre circulaire du 30 brumaire dernier, vous me marquez que l'administration supérieure de ce département se plaint que plusieurs instituteurs négligent leurs fonctions et en confient l'exercice à des aides dont la moralité, le civisme et les connaissances ne sont pas connus des autorités constituées. Il m'est aisé de vous faire voir que ce reproche ne peut me regarder sous aucuns de ses rapports. D'abord je ne craind point qu'on puisse me reprocher avec fondement et raison que je néglige mes fonctions d'instituteur, vous pouvez, citoyens surveillans, venir à toute heure, depuis neuf heures du matin juqqu'à troi sheures de relevées, vous me trouverez toujours à mon poste. Enseignant à mes élèves les principes solides de la sublime morale républicaines, les quintidis l'après midi et les décadis. Ma classe est fermée. On ne serait plus fondé à me reprocher que je confie l'exercice de mes fonctions aux citoyens dont les valeurs, les vertus et la morale ne sont point connus de nos magistrats puisque mon coadjuteur a subi comme moi l'examen voulu par la loi du 3e brumaire et a été jugé capable de remplir avec succès les fonctions d'instituteur.

Il me reste maintenant, citoyens administrateurs, à vous faire connoitre les motifs qui m'ont déterminés à prendre un aide. Les voici : le grand nombre d'enfants qui suivent mes leçons. J'ai dans cet instant soixante dix écoliers sans y comprendre quatorze qui viennent le soir. Vous serez sans sous sous peu à portée de vous en convaincre par vous mêmes et par la visite dont vous devez nous honorer et par le tableau que je vous adresserai à la fin de ce mois.

2°) Le désir sincère que j'ai de les voir faire des progès rapides dans les sciences et par la de répondre aux vües bienfaisantes de notre sage gouvernement qui ne désire rien tant que de voir les sciences et les arts briller sur le sol français affranchi des ténèbres de l'esclavage et de l'hÿprocrisie. La véritable religion étant absolument désintéressée, occupée à rendre à Dieu le culte qui lui est dû et nos semblables heureux.

Enfin la faible santé dont je jouis, santé qui me met quelquefois dans l'impuissance de remplir mes fonctions pénibles.

Ce furent ces mêmes motifs qui me dictèrent la pétition que j'eu l'honneur de vous adresser l'année dernière, pétition que vous avez souscrit d'un avis favorable mais que l'administration centrale n'a malheureusement pas vu d'un même œil en arrêtant qu'il serait envoyé à Ste Marguerite une institutrice sans faire attention au peu d'étendue du local qu'on nous destine, comme il appert par le procès verbal qui fut dressé lors de mon installation ni au bien petit nombre de filles qui viennent en classe, nous n'en avons encore que dix. La grand multiplicité d'affaires dont nos administrateurs supérieurs sont accablés ne leur a sans doute pas permis de faire ces petites réflexions. J'espère qu'il voudront bien rapporter leur premier arrêté et octroyer mon humble demande.

Salut et Respect, ce deux frimaire an 7 de l'ère républicaine. Béard.

Ecole payante... et impayée

Pour nivose an 7, on retrouve dans la classe de Béard Saillard Amédée, Bourgeois François, Cavelier Louis Guillaume, Loiselier Joseph, Le Roi Jacques, Lemercier Jean Bte, Le Couteux Jean, Bappeaume Pierre, Le Vallois Louis, Vautier Louis, Gallion Sever, Courtin André Le Couteux Jacques, Le Couteux Jean, Le Couteux Marie, Barjolle Pierre Lieury Jérôme, Pécot Rose, Lieury Bathilde, Pécot Constance, Ponty Jacques, Ponty Victor, Ferment Jacques, Ferment Joseph, Thieffray Pierre.

Nous ne pouvons que nous louer de leur civisme et de leur assiduité à fréquenter notre classe malgré la rigueur de la saison ils été très exacts à suivre nos leçons, les progrès de la majeure partie répondre à nos soins et vive la République.

Pour répondre aux demandes faites par l'administration centrale sur le paÿement fait aux instituteurs par leurs élèves nous assurons avec vérité qu'un tiers de nos disciples sont dans l'impuissance de nous satisfaire de nos peines.

Un concurrent peu motivé

Mais au fait, quelles sont ces écoles particulières qui profitent du sureffectif de Béard? L'une d'elle est animée par un certain Languette...

St Wandrille ce 2 pluviose an 7e de la République

Aux citoyens composant l'administration municipale du canton de Duclair,

Citoyens

Je reçus hier votre lettre dattée du 27 nivose dernier dans laquelle vous me réprimandez de notre inexactitude aux fêtes décadaires et nationales, tant qu'a moi, j'avoue que je ne m'acquitte pas des obligations que la loi prescrit à cet égard, mais ne n'est pas par mépris ni aucun prétexte, c'est que j'ai un certain âge et un tempérament détruit par les maladies que j'assuyai les années passées avec l'éloignement de viron trois lieues que je suis du canton de Duclair me fatiguerait beaucoup si la loi est des administrateurs prudents ne m'en dispensoient, 

en outre vous jugez bien que la rigueure de la saison ou nous sommes ne contribue pas non plus. Cependant, citoyens, je me rendrai tems en tems et le plus qu'il me sera possible, pour du moins accomplir une partie du voeu de la loi à l'egard des jours cidevant fériés je tiens mes ecoles comme aux autres jours a moins que mes affaires particulières ne m'appelles provisoirement, je ne donne qu'un jour de vacance par décade. Je vous engage, citoïens, de croire que je ne suis point de ces espris à deux feus. J'ai fait un aveu sincère à la Révolution et je persiste. J'espère, citoyens, que vous voudrez bien avoir pour agréable celui a qui a l'honeur d'être votre contitïen.

Languette, instituteur particulier de Ste-Margueritte.

Le retour de Sallentin

Quelques années plus tard, nous retrouvons le citoyen Sallentin au poste d'instituteur public. Et il n'est pas payé !


Citoyen,

Je suis informé par le citoyen Legrand, chef de bureau de l'agence nationale et notre ami commun que vous êtes un des membres du jury d'instruction publique. J'espère trouver dans votre attachement aux principes de la justice et de l'égalité une décision favorable à la cause que je plaide infructueusement depuis plusieurs mois.

Lorsque la première loi en date du 17 frimaire concernant les écoles primaires a eu son exécution, j'ai été nommé du consentement du peuple de cette commue pour instituteur.

J'en ai rempli les fonctions depuis le 15 germinal dernier jusqu'au jourd'huy sans en avoir pu toucher le salaire.

L'administration du district m'a objecté que je ne pouvois être payé comme instituteur et qu'il existoit un arrêté du comité se Salut public qui excluoit des fonctions d'instituteur les ci devant ministres du culte.

Notre municipalité a demandé à connoitre cet arrêté dans une requête où elle cherchoit à faire triompher les principes de la justice et de l'égalité sur les vains prétextes de l'intolérance et de l'exagération t la requête est restée sans réponse;

Comme c'étoit moins l'intérêt que l'envie d'être utile qui m'avoit fait accepter cette place, je me suis rendu au voeu de mes concitoyens et j'ai continué juqu'alors à faire l'instruction publique.

Je vous avouerai cependant que je me disposois à céder au prétendu arrêté du comité de Salut public et à retourner dans ma famille y chercher un azyle poir moi et un orphelin que j'ai adopté lorsque la dernière loi en date du 27 brumaire concernant les écoles primaires a été promulguée.

Cette loi ne fait aucune exception, non plus que la première du 17 frimaire, 2e année républicaine.

Plusieurs de mes amis entre'autres le citoyen Legrand m'ont toujours fait espérer que la justice et la raison prévaudroient sur la prévention et sur l'intrigue.

Si donc le moment est arrivé de distinguer le bon d'avec le mauvais citoyen, si les droits se l'homme sont respectés et si tous les citoyens sont également admissibles aux emplois, je vous demande votre agrément pour être admis en qualité d'instituteur des écoles primaires de cette commune. Je ne vous offrirai peut-être pas autant de talents et de lumières que vous en désirez mais je me flatte que vous rencontrerez en moi un patriotisme éprouvé et des moeurs irréprochables.

Je vous envois cy joint un extrait de la délibération par laquelle j'ai été choisi pour instituteur le 10 germinal dernier, vous trouverez aussi un mot du certificat de ma municipalité qui atteste ma capacité et mon zèle. D'ailleurs je n'ai pas à faire à étrange partie, j'ai l'avantage d'être connu de vous et de votre cher frère, vous avez été à même de m'apprécier plus d'une fois c'est ce qui me fait croire que vous exaucerez ma demande.

Salut et fraternité.

Sallentin, votre confrère d'électorat.

Le citoyen Legrand a eu la bonté de prévenir le citoyen Lenud votre collègue dans le jury d'instruction.

Nous, maire et officiers municipaux de Marguerite, canton de Duclair, certifions que le citoyen Sallentin, instituteur de cette commune, a rempli ses fonctions depuis sa nomination avec la capacité et le zèle nécessaire... en foi de quoi nous lui avons délivré le présent le six nivose 7ème année républicaine. Valois, Delamare, Duval, Leclerc, Fortin, Blondel, Le Couteux, Saillard, Jn Bte Pécot, maire, Landrin, agent, Miot...

Ste Marguerite sur Duclair, 9 nivose, 13e année républicaine

Quelques enseignants

Voilà donc quelle fut la préhistoire de la communale de Sainte-Marguerite. La suite reste à écrire. Les filles furent prises en charge par une religieuse jusqu'en 1884. De 1881 à 1892, c'est Emile Riquier qui est l'instituteur des garçons, secondé par son fils Elie qui écrivit une histoire de la commune dont ont aimerait lire les pages. 

1918-1919 : on trouve M. Baille.

1933 : on compte 45 garçons et 44 filles.

1935 : la classe enfantine compte 54 élèves.

1936 : projet d'école au hameau de la Belevue. Il sera enterré 10 ans plus tard.

Juin 40 : André Bouffay, le directeur et Rolande Desmarais, institutrice laissent la place aux Allemands. Les enseignants reviennent le 3 août et constatent la disparition du matériel.

M. Gallet est adjoint jusqu'en mai 43, remplacé par Mme Gerdy.

18 juin 43 : on accueille des réfugiés du Trait.

Juin 46 : ouverture d'une cantine scolaire.

1950 : Mlle Pionnier anime la classe des grandes.

A vous de compléter cet ébauche d'historique jusqu'à nos jours...

Source

Document L3212 numérisé par Jean-Yves et Josiane Marchand. Transcription : Laurent Quevilly.
Le canton de Duclair, GIlbert Fromager.