Suivant des notes recueillies dans les archives de la mairie d'Anneville-sur-Seine (canton de Duclair), qui, autrefois, faisait partie du bailliage, vicomté et élection de Pont-Audemer, MM. Dupont, seigneurs de cette commune, eurent maintes contestations et procès avec les moines de Jumièges au sujet des droits de pêche, de chasse et autres sur le territoire de la sieurie d'Anneville.
Dans la tenue des pleds et gage-pièges des fiefs Dupont du 14 janvier 1719, on remarque ce passage: « Et sont mesdits Sieurs de Jumièges sujets trouver et quérir passages francs aux bacqs de Jumièges et de Duclé, tant pour nous, nos gens et serviteurs que fermiers dudit domaine Dupont ».

Vers 1404, le fief d'Anneville qui, par déshérence ou confiscation, avait appartenu à un nommé Ancelin, passa aux mains du Roi qui le donna ensuite à Jean, bâtard d'Orléans, comte Dunois et duc de Longueville.

Celui-ci, en 1449, vendit ses droits sur le fief d'Anneville aux religieux de Jumièges pour mille écus d'or.

Toutefois, M. Dupont avait conservé le droit de chasse sur ce fief avec « liberté de prendre ou faire prendre lièvres, connings (courlis), perdrix et autres animaux, par toute la terre et sieurie d'Anneville » en payant une redevance annuelle de 24 sous (le sou étant sans doute le quart d'écu appelé grand blanc et qui fut plus tard notre pièce de trente sous), comme droit de pavage, suivant l'aveu de 1404.

Par ordonnance de Charles VII, rendue à Alençon en mars 1449, les moines de Jumièges reçurent, à titre obituaire, c'est-à-dire à charge de service religieux, le droit de pêcher sur la rive droite de la Seine, « jusqu'au fil de l'eau » et la jouissance à Anneville de deux prés contenant ensemble 13 acres, d'un fossé courant et d'une motte, c'est-à-dire la largeur nécessaire pour circuler aux bords du fossé où, dans la saison, on pêchait le brochet et l'anguille.

Cette décision royale, quant à la pêche en Seine, fut contestée par les habitants d'Anneville et par M. Dupont, dont le titre de possession du droit de pêche « comme seigneur du fief de la Prévôté de la Rivière, depuis les limites d'Yville jusqu'au Val de l'Anerie » était bien antérieur à cette ordonnance, dit un factum du temps.

Ce fut la cause de nombreux procès avec les religieux de Jumièges qui finirent par faire une transaction avec M. Dupont et les habitants d'Anneville en 1543.

Néanmoins, d'un aveu de M. Dupont de 1542, rappelé dans la tenue des Plaids ( ou pieds) de gages-pièges au Grand Hôtel Dupont, le 14 janvier 1719, il semblerait résulter que M. Dupont, seul, et non les habitants, avait ledit droit de pêche « Et faire pêcher en l'eau et pêcheries desdits sieurs Religieux en la rivière de Seine, à l'époisse Seine, en toutes manières d'apelets et filets, et prendre toutes espèces de poissons comme saulmons, alloses, lamproyes et tous autres poissons aussi nous leur devons faire et payer pour chacun an 24 s de rente payable au terme de la My-Carême ».

Quoi qu'il en soit, suivant un titre de 1443, les habitants d'Anneville devaient aux religieux de Jumièges, chaque année 8 s. et non 20 s. suivant l'abbé Tougard, et une alose par chaque senne ou bateau pour pêcher sur la rive gauche de la Seine.

Enfin, par la transaction du 6 août 1543, ils acquièrent des Religieux le droit de pêcher « d'un côté et d'autre de la rivière de Seine », mais ils durent augmenter la redevance annuelle de 20 s. et d'une deuxième alose.

Ainsi, cette redevance fut de ce jour de 28 s. , somme considérable pour le temps, et deux « allozes ».

Ce ne fut pas les seules contestations que M. Mouret-Dupont, seigneur d'Anneville, eut avec les religieux de Jumièges, toujours disposés à anticiper sur les droits de leurs voisins. C'est ainsi qu'en 1728 ou 1730, les religieux propriétaires du marché et des passages de Duclair trouvèrent bon d'en tripler les droits de place et les péages pour traverser la Seine.

Mais M. Mouret-Dupont, président au Parlement de Normandie, devant lequel la question fut soumise, obtint gain de cause contre les moines, et la paroisse d'Anneville, lésée injustement dans ses  droits, se vit remise en possession des prérogatives anciennes qui lui accordaient le passage gratuit de la Seine.


Sources



L.-P. LEFÈVRE. - La Normandie littéraire.

HAUT DE PAGE



 N'hésitez pas à participer